L'univers théâtral de José Manuel Cano Lopez constitue un pilier majeur du paysage culturel tourangeau depuis des décennies, incarnant une histoire riche d'engagement, de créativité et de défis. Loin d'être un simple acteur de la scène locale, le metteur en scène a façonné des structures et des projets qui ont marqué le département, notamment à travers sa présence emblématique au château du Plessis, à La Riche. Celui qui a dirigé ce haut lieu culturel du département en y implantant sa compagnie de théâtre, dès 1998, est depuis quelques mois, non plus directeur mais coordinateur, une fonction que José Manuel Cano Lopez occupe main dans la main avec Agathe Lorriot. Ce changement de rôle s'inscrit dans une continuité d'une implication profonde et constante dans la vie artistique.
Genèse d'un Parcours Artistique : Des Études à la Création Théâtrale
Le parcours de José Manuel Cano Lopez débute loin de la Touraine avant de s'y ancrer durablement. José-Manuel Cano-Lopez a quitté Bourges pour Tours en 1975 pour faire ses études à la faculté de lettres à l’Institut d’études hispaniques et latino-américaines où il prépare le CAPES. C’est durant cette période formative qu'il a découvert le théâtre, une révélation qui s'est produite grâce au mouvement d’éducation populaire. Cette rencontre fondamentale avec le théâtre l'a profondément marqué, et il a été très influencé par Gabriel Monnet, une figure emblématique qui dirigeait la Maison de la culture de Bourges dans les années 1960. L'empreinte de cette éducation populaire et de l'approche de Monnet est palpable dans l'ensemble de son œuvre et de son engagement ultérieur.
Cette passion naissante pour le théâtre se concrétise rapidement par la fondation d'une troupe. En 1979, il fonde une troupe de théâtre amateur, l’Autruche-Théâtre. Cette initiative a rassemblé autour de lui des personnalités qui allaient devenir des collaborateurs clés et des compagnons de route, avec, entre autres, Françoise Cano-Lopez, Luis Garcia et Alain Papillon. Les répétitions des spectacles de cette troupe novatrice ont eu lieu à la faculté de lettres des Tanneurs, un lieu d'effervescence intellectuelle et artistique. Plusieurs créations ont été montées avec succès salle Thélème, contribuant à dynamiser la scène culturelle étudiante et locale. C’est à cette occasion, au cours de ces premières expériences scéniques, qu’il a rencontré Jean-Pierre Conin, régisseur de la salle et "créateur de lumières", selon sa propre expression, un collaborateur précieux qui allait marquer l'esthétique de nombreuses productions. Ce socle initial a permis à José Manuel Cano Lopez de jeter les bases d'une carrière dédiée à l'art dramatique, en explorant les différentes facettes de la création et de la production théâtrale.
L'Évolution des Compagnies : De L'Autruche à Diotima, un Engagement Ininterrompu
Le metteur en scène José Manuel Cano Lopez ne peut pas pour autant être considéré comme un élément extérieur à cette ruche artistique et culturelle qu'est le château du Plessis. Son engagement dans la création théâtrale s'est manifesté par la succession de plusieurs structures au fil des ans, chacune marquant une étape de son développement artistique. Après avoir monté plusieurs compagnies, d’abord amateur avec le Théâtre de l’Autruche, cette première expérience a jeté les bases d'une approche collaborative et d'une exploration constante des formes théâtrales. Le succès de cette troupe amateur a naturellement mené à une professionnalisation de l'activité.
Ainsi, l'évolution se poursuit avec la création de structures professionnelles : d’abord l’Autruche Théâtre, qui a opéré entre 1986 et 1998, puis la Compagnie José Manuel Cano Lopez, qui a perduré jusqu’en 2021. Ces compagnies successives ont permis au metteur en scène de développer son répertoire, de professionnaliser ses équipes et de s'inscrire durablement dans le paysage culturel. Aujourd’hui, une nouvelle entité voit le jour sous son impulsion : Diotima. José Manuel Cano Lopez la décrit comme « une compagnie libre », soulignant une volonté d'affranchissement et d'expérimentation renouvelée. Parmi ses fondateurs, on retrouve des figures familières et des compagnons de route de l’homme à la barbe, témoignant de la fidélité et de la force des liens qui unissent son équipe artistique : Françoise Cano Lopez, Alain Papillon, et Reine Bernard, que José Manuel Cano Lopez présente avec affection comme « ma première professeure de théâtre ». Diotima intègre donc l’essaim des compagnies en résidence permanente au Plessis, assurant ainsi la continuité de la présence artistique de José Manuel Cano Lopez dans ce lieu emblématique.
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Cette dynamique de création continue est profondément liée à des inspirations artistiques marquantes. Un spectre protecteur, celui de Federico Garcia Lorca, reste au cœur de cette pièce hommage. Adios a Federico est une nouvelle étape dans le parcours qui lie le metteur en scène et le grand poète andalou. Cette connexion avec Lorca est une constante dans l'œuvre de José Manuel Cano Lopez, imprégnant ses créations d'une sensibilité et d'une profondeur particulières. « C’est une création très particulière, développe José Manuel Cano Lopez, parce qu’elle marque l’ultime étape d’un parcours passionné, engagé il y a près de cinquante ans, avec Lorca. » Avec Adios a Federico, le metteur en scène « invite ses amis artistes de tous les horizons à s’emparer d’un univers inoubliable », témoignant de sa volonté de partage et de collaboration artistique. Les représentations de cette œuvre sont annoncées les jeudi 28, vendredi 29 et samedi 30 avril, à 20 h, au château du Plessis, à La Riche, avec des tarifs libres de 8 €, 12 € et 14 €, favorisant l'accès du public à cette expérience artistique significative.
Le Château du Plessis : Un Ancrage Historique et Culturel
L'histoire de la Compagnie José Manuel Cano Lopez est intrinsèquement liée à celle du château du Plessis, un lieu qui a servi de cadre et de moteur à ses activités pendant de nombreuses années. C'est en 1998 que José Manuel Cano Lopez a implanté sa compagnie de théâtre au château du Plessis, à La Riche, transformant ce site historique en un vibrant centre de création et de diffusion artistique. L'installation de la compagnie dans ce lieu n'était pas un choix anodin mais le fruit d'une conjoncture particulière et d'une volonté politique d'insuffler une nouvelle vie au château.
L'exposé de José Manuel Cano Lopez lors d'une conférence de presse a permis de retracer précisément les liens de la Compagnie Cano Lopez avec les acteurs politiques locaux et l'histoire du Plessis. C’est par un rappel historique de sa compagnie que José Manuel Cano Lopez a commencé son exposé, cherchant à éclaircir des points et à répondre à des accusations. Il a souhaité apporter un peu d’histoire pour mieux répondre aux accusations de copinage avec Jean Germain qui lui aurait permis d’obtenir des « privilèges ». Le metteur en scène a tenu à rectifier la chronologie et les responsabilités, soulignant que la décision initiale d'héberger la compagnie est antérieure à Jean Germain. « Dès 1988 c’est Jean Royer qui décida de loger la compagnie qui existait depuis 1979, dans des bâtiments municipaux, d’abord rue Albert Thomas puis rue Fernand Léger ». Cette précision est cruciale car elle établit une continuité de soutien municipal, initiée bien avant les mandats de Jean Germain. José Manuel Cano Lopez renchérit, comme pour mieux attaquer la droite sur l’héritage de l’ancien maire, que « C’est d’ailleurs Jean Royer qui est l’élu qui est venu le plus souvent ici assister à des spectacles », soulignant ainsi un engagement sincère de la part de cet élu envers la culture et la compagnie.
C'est suite à l'obsolescence des locaux précédents que l'opportunité du Plessis s'est présentée. « Quand en 1998, la Menuiserie 2 (le nom donné au local de la compagnie), rue Fernand Léger, était devenu obsolète pour des raisons de sécurité, Jean Germain nous a proposés d’être logés au Plessis qui était fermé depuis 1993 ». Cette proposition a marqué un tournant, offrant à la compagnie un écrin prestigieux et une stabilité pour ses activités. La présence de la compagnie au Plessis ne s'est pas limitée à une simple occupation des lieux ; elle a été essentielle à la préservation et à l'animation du château. Le directeur du Plessis-théâtre continue son exposé en affirmant : « C’est notre présence qui a permis d’entretenir les lieux », soulignant le rôle actif et responsable de la compagnie dans la maintenance et la valorisation du patrimoine.
Le Plessis-Théâtre Gabriel Monnet, sous l'impulsion de la compagnie, a développé une infrastructure complète pour soutenir ses activités et celles d'autres artistes. Outre deux salles de spectacle et un espace convivial, le lieu abrite également un centre de documentation sur l’histoire de la compagnie et le théâtre en général. Cette polyvalence a permis au Plessis de rayonner comme un véritable pôle culturel. La compagnie a démontré sa capacité à accueillir un public nombreux et à gérer des événements de grande envergure. « Nous avons toutes les autorisations pour accueillir du public, nous avons accueilli 2 900 personnes dans les cadre des Ilots Electroniques dernièrement sur une après-midi », précise le directeur du Plessis-théâtre, attestant de la capacité du site et de l'organisation de la compagnie à gérer des flux importants de spectateurs et à contribuer à l'animation culturelle de la ville.
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La Controverse autour des Subventions : Une Analyse Détaillée des Difficultés Financières
La situation financière de la Compagnie José Manuel Cano Lopez, et en particulier la question des subventions, est devenue un point central de discorde avec la mairie de Tours, révélant des divergences d'interprétation et des coupes budgétaires importantes qui mettent en péril la viabilité de la structure. José Manuel Cano Lopez est sorti de son silence par conférence de presse, dans la salle de représentation Didier-Georges Gabily, pour aborder ces questions. Le directeur du Plessis-Théâtre a longuement exposé son point de vue, répondant point par point à la mairie et à ses détracteurs, comme il l'a annoncé la semaine dernière. Pour comprendre les enjeux de cette situation tendue, il est essentiel d'examiner les chiffres et les déclarations avec précision.
Le metteur en scène a commencé par un constat alarmant concernant le financement de l'activité artistique essentielle de la compagnie : « Nous ne sommes plus subventionnés sur la création et la programmation depuis deux ans ». Cette réalité, que la compagnie n'est plus subventionnée sur la création et la programmation depuis deux ans, constitue un tournant significatif dans son modèle économique et sa capacité à proposer de nouvelles œuvres. José Manuel Cano Lopez souligne avec force cet aspect, insistant sur l'impact direct de cette absence de soutien financier sur l'essence même de l'activité théâtrale.
Les chiffres avancés par la mairie ont été contestés avec fermeté par José Manuel Cano Lopez. Il attaque : « Etre un élu politique ne permet pas de dire n’importe quoi ». En cause, les chiffres annoncés par Christine Beuzelin pour qui la compagnie Cano Lopez représente « 70 % des subventions théâtrales de la ville ». Le directeur du Plessis-théâtre a méticuleusement réfuté cette allégation. « Quand on avance des chiffres il faut être précis, j’ai regardé et cela ne représenterait que 54 % ». Plus fondamentalement encore, il a précisé : « En réalité cela représente zéro, puisque nous ne sommes plus subventionnés sur la création et la programmation depuis deux ans ». Cette distinction entre les différents types de subventions est cruciale pour comprendre la situation : les fonds alloués ne soutiennent plus directement l'activité artistique de production. Les 70 000 euros alloués cette année le sont pour les frais fixes liés aux locaux, les résidences organisées et les formations, des postes essentiels mais qui ne couvrent pas le cœur de métier de la création et de la programmation.
Toujours sur la question des subventions, José Manuel Cano Lopez dénonce les propos de Christine Beuzelin qui déclarait la semaine dernière « Quand nous sommes arrivés nous avons augmenté sa subvention de 10 000 euros, la passant de 100 000 à 110 000 euros ». Cette déclaration, visant à présenter une augmentation de soutien, est perçue par la compagnie comme une falsification de la réalité historique des financements. Par un long exposé, le directeur du Plessis-théâtre détaille avec minutie l'évolution des subventions perçues. « Depuis 1989 notre compagnie touchait entre 140 et 145 000 euros de subventions de la mairie, notre principal partenaire ». Cette somme témoigne d'un engagement financier stable et conséquent de la part de la ville pendant une longue période, permettant à la compagnie de prospérer et de planifier ses activités sur le long terme.
La situation a commencé à se dégrader au début des années 2010. « Quand Christine Beuzelin dit qu’elle a augmenté notre subvention de 10 000 euros, c’est faux ». José Manuel Cano Lopez explique les mécanismes complexes des financements récents : « En 2013, face à nos difficultés financières suite aux baisses des subventions de la DRAC, de la Région et du Département, nous avons été accompagnés par les services de la mairie pendant 6 mois. Une sorte d’audit ». Ce dispositif d'accompagnement visait à évaluer la gestion de la compagnie face à la diminution des aides d'autres partenaires institutionnels. Les résultats de cet audit ont été déterminants : « Au premier janvier 2013, nous avons touché 100 000 euros, auxquels s’ajoutait un complément après les résultats de l’audit 6 mois plus tard. On a eu 145 000 euros au total finalement ». L’audit s’est révélé positif, avec comme conclusion que c’était bien la baisse de subventions des autres entités qui mettait la compagnie en difficulté et non un problème de gestion interne. Ce processus d'évaluation impartiale avait donc validé la bonne gestion de la compagnie.
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Le même dispositif a été reconduit en 2014, avec une logique similaire de versement initial suivi d'un complément. « Le même dispositif a été fait en 2014 avec 100 000 euros au premier janvier, un audit de 6 mois qui s’est avéré positif également ». Cependant, le contexte politique local a changé, entraînant une rupture dans cette approche. « Seulement entre temps l’équipe de Serge Babary s’est faite élire ». Ce changement d'administration municipale a eu des conséquences directes et rapides sur la compagnie. « L’adjointe n’est jamais venue nous voir, c’est moi qui ai demandé un entretien pour la rencontrer en juin 2014 ». Le manque de dialogue et de considération de la part de la nouvelle équipe est mis en lumière par cette démarche unilatérale de la compagnie pour tenter d'établir un contact. La décision concernant le complément de subvention pour l'année 2014 a été brutale et tardive : « Nous n’avons appris qu’en novembre par voie de presse que notre complément ne serait que de 10 000 euros pour l’exercice 2014. Soit un mois seulement avant sa clôture ». Cette annonce tardive et le montant dérisoire du complément (portant le total à 110 000 euros, bien loin des 145 000 euros des années précédentes) a rendu la planification financière extrêmement difficile et a mis la compagnie dans une situation précaire.
La tendance à la baisse s'est accentuée l'année suivante, atteignant un seuil critique. « Cette année la subvention baisse à 70 000 euros (ndlr : la compagnie avait demandé 100 000 euros pour l’année 2015) ». Cette réduction drastique, sans explication ni accompagnement adéquat, est perçue comme une volonté délibérée de fragiliser la compagnie. José Manuel Cano Lopez alerte sur les conséquences irréversibles d'une telle politique : « Avec l’accompagnement qu’il y a eu en 2013 et 2014, ils connaissent tout du Plessis-théâtre et savent qu’avec cette baisse brutale la compagnie n’est pas viable ». La situation est d'autant plus préoccupante que les audits précédents avaient attesté de la bonne gestion de la compagnie et que les difficultés étaient imputées à des facteurs externes. La conclusion du metteur en scène est sans appel : « Une baisse de 52 % en 2 ans, personne ne peut s’en relever indemne ». Cette réduction massive des financements municipaux en si peu de temps représente un défi existentiel pour la Compagnie José Manuel Cano Lopez, menaçant la poursuite de ses activités et son rôle au sein du paysage culturel local.
L'Avenir du Plessis et la Question du Relogement : Des Incertitudes et des Propositions Inadéquates
Au-delà des coupes budgétaires, la Compagnie José Manuel Cano Lopez est confrontée à une incertitude majeure concernant son lieu d'ancrage historique, le château du Plessis, et l'absence de solutions de relogement satisfaisantes proposées par la ville de Tours. La situation de la Compagnie Cano Lopez et le château du Plessis est au cœur des préoccupations. Le metteur en scène exprime une vive inquiétude face à l'inaction de la municipalité sur cette question cruciale. « Nous n’avons aucune proposition de relogement de la ville de Tours », déclare-t-il, soulignant le manque de prévoyance et de dialogue constructif.
Les rares suggestions émanant de la mairie sont perçues comme inadéquates et révélatrices d'une méconnaissance des besoins spécifiques d'une compagnie de théâtre professionnelle. « Quand j’ai rencontré Christine Beuzelin elle m’a dit : « Il y a bien une salle des fêtes pour accueillir votre travail » », rapporte José Manuel Cano Lopez. Une telle proposition, qui assimile un théâtre professionnel à une simple salle des fêtes, démontre une incompréhension de la complexité des exigences techniques, acoustiques et logistiques nécessaires à la production et à la diffusion de spectacles.
Concernant l'avenir même des lieux du Plessis, les déclarations des différents acteurs municipaux semblent contradictoires, ajoutant à la confusion et à l'incertitude de la compagnie. « Quand à l’avenir des lieux, Madame Amiot dit à juste titre qu’une étude pluridisciplinaire est menée sous la direction de l’historien Alain Salamagne, chercheur au Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance de Tours ». Cette initiative laisse entendre une volonté d'approfondir la réflexion sur le devenir patrimonial et culturel du château. Cependant, d'autres discours pointent vers des orientations différentes. « D’un autre côté Bruno Lonchampt, le directeur des affaires culturelles de la ville de Tours, nous a dit qu’un projet d’accueil d’artistes était prévu dès 2016 ». Cette perspective pourrait potentiellement offrir un cadre à la compagnie, mais sans proposition concrète ni garantie, elle reste une simple éventualité. Enfin, une autre priorité semble être avancée par Christine Beuzelin, qui « parle de priorités à donner aux travaux », suggérant que des rénovations lourdes pourraient rendre le site inaccessible pour une période prolongée, sans pour autant proposer une alternative de repli. Cette multiplicité de discours sans ligne directrice claire contribue à l'instabilité et à la difficulté de la compagnie à se projeter.