Se retrouver face au mât imposant de son voilier, avec la nécessité d'y grimper seul, est une situation que tout marin averti est amené à rencontrer. Qu'il s'agisse d'une drisse récalcitrante, d'un gréement nécessitant un ajustement, ou d'une inspection de routine, la capacité à monter au mât en solitaire constitue une compétence fondamentale, gage d'indépendance et de sécurité en mer comme au port. Cette manœuvre, qui peut paraître intimidante au premier abord, devient accessible avec une préparation minutieuse, un équipement adéquat et une bonne compréhension des techniques. Elle est particulièrement précieuse lors de navigations en solitaire, où l'absence d'équipage impose d'être autonome pour toute intervention rapide.
Comprendre la Nécessité et les Défis de l'Ascension Solitaire
Monter dans le mât, également appelé "monter dans la mâture", consiste à s'élever le long de l'axe vertical du voilier pour effectuer divers travaux d'entretien, des réparations ou des réglages essentiels aux voiles et au gréement. Cette compétence est indispensable pour les marins désireux de maintenir leur embarcation en parfait état. L'ascension du mât en solitaire offre une flexibilité accrue et une autonomie précieuse. Elle supprime la dépendance à l'égard d'autres personnes, un avantage considérable lors de longs voyages où l'équipage est absent ou limité, ou lorsque des réparations immédiates s'imposent en l'absence d'aide.
Traditionnellement, l'ascension s'effectuait en hissant le marin désigné dans une chaise de mât, attachée à une drisse et tirée par une ou plusieurs personnes suffisamment robustes, souvent assistées par un winch. Ce système est acceptable avec des équipiers costauds, mais il se révèle impraticable dans de nombreuses situations, notamment pour les familles où le seul capable de travailler en hauteur est aussi le seul à pouvoir manœuvrer les winchs, ou lors de défis comme le Global Solo Challenge (GSC), où les marins naviguent en solitaire. Dans ces contextes, des méthodes d'ascension autonomes deviennent impératives.
Les défis des méthodes traditionnelles sont multiples. L'utilisation d'un winch pour une ascension solitaire n'est pas une option. Le matériel d'alpinisme professionnel peut sembler trop complexe pour de nombreux marins non initiés. Par ailleurs, bien que les échelons de mât fixes soient une alternative, ils exigent de percer le mât et d'interférer de manière permanente avec sa structure, pouvant affecter son intégrité et la répartition du poids, ce qui doit être pris en compte. Les échelles de type corde ou sangle, hissées sur une drisse, sont notoirement difficiles à monter, même dans les conditions les plus calmes, d'autant plus qu'une réparation nécessaire survient rarement sur une mer lisse et paisible. Grimper sur ce type d'échelle est également physiquement éprouvant, un facteur aggravé par la fatigue accumulée lors de longues navigations en solitaire.
Préparation Essentielle et Matériel Indispensable pour une Ascension Sécurisée
Avant d'entreprendre toute ascension, une préparation rigoureuse est la clé de la sécurité et de l'efficacité.
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Vérification Préalable de l'Environnement et de Soi
Il est primordial de vérifier les conditions météorologiques, en évitant absolument les vents violents, les tempêtes ou toute autre situation instable qui pourrait rendre la manœuvre dangereuse. Parallèlement, une inspection minutieuse de tout l'équipement est impérative pour s'assurer qu'il est en parfait état et pour remplacer tout élément présentant le moindre signe de défaillance. Enfin, une préparation physique régulière est recommandée, car des exercices d'endurance et de renforcement musculaire contribuent à développer la force nécessaire et à réduire la fatigue lors de l'ascension.
L'Équipement de Protection Individuelle (EPI) : Votre Première Ligne de Défense
Pour réussir une ascension en toute sécurité, un équipement spécifique est essentiel. Un harnais de sécurité est la pièce maîtresse, permettant de se fixer au mât et de prévenir toute chute. Il doit être solidement attaché et toutes les connexions vérifiées. L'ajustement doit être précis mais confortable. Certains marins ont expérimenté des harnais d'escalade classiques, mais il est noté que ces systèmes, souvent de type "cuissard", peuvent comprimer les fesses et les cuisses, devenant douloureux lors de passages prolongés dans la mâture. Un harnais complet, comme un baudrier de spéléo, avec des sangles pour les jambes et les épaules, est souvent jugé plus confortable et plus sûr, offrant le même niveau de confort qu'une chaise de mât, mais avec une sécurité accrue.
Un casque d'escalade est indispensable pour protéger la tête des chutes d'objets, des chocs accidentels contre le mât ou le gréement, ou des projections. Le port d'un pantalon s'impose également, tout comme celui de gants adaptés. Les mâts, avec leurs rivets, échelons, réas et emplantures de barres de flèches, peuvent présenter de nombreux objets contondants ou coupants. Les gants anti-coupures, fins et offrant une excellente préhension tout en assurant une protection de premier ordre (souvent utilisés en métallerie, charpente ou menuiserie), représentent un excellent compromis à avoir à bord.
Dispositifs d'Ascension et d'Assurage : Les Outils du Grimpeur
Plusieurs dispositifs sont au cœur des techniques d'ascension solitaire :
- Grigri (ou descendeur autobloquant) : C'est un dispositif d'assurage qui facilite le contrôle des montées et des descentes. Il est crucial de s'entraîner à l'utiliser dans un environnement sécurisé avant une première ascension en solo. La compatibilité avec le diamètre de la corde est vitale ; un Grigri Petzl, par exemple, fonctionne pour des cordes de 9 à 11 mm, optimisé pour 9,4 à 10,3 mm. Il se fixe au harnais et à la corde, permettant un coulissement aisé d'une main tout en étant autobloquant. Le fait que certains marins "n'aient jamais vu un grigri se bloquer" souligne la fiabilité de ce type de matériel lorsqu'il est correctement utilisé.
- Poignée autobloquante et étrier (ou pédale) : La poignée autobloquante se positionne au-dessus du Grigri sur la drisse et est reliée, via un mousqueton, à un étrier (une sangle de pied, parfois avec plusieurs "marches" pour l'escalade artificielle ou la spéléo). Ces poignées sont conçues pour des diamètres de corde spécifiques, typiquement entre 8 et 13 mm.
- Mousquetons : Indispensables pour sécuriser les cordes et le matériel, ils doivent impérativement être des mousquetons avec sécurité (à vis ou à verrouillage automatique).
- Élingue double longueur : Utilisée pour créer des points d'ancrage supplémentaires ou fournir un soutien accru.
Outils et Accessoires pour le Travail en Hauteur
Lors des travaux en hauteur, un sac à outils dédié est indispensable. Il doit s'attacher facilement au harnais et disposer de dragonnes pour sécuriser les outils contre les chutes accidentelles. Un sac avec un bord supérieur rigide facilite l'accès d'une seule main et une fermeture Velcro sécurisée maintient l'équipement en place. La poche à magnésie des grimpeurs est également parfaite comme contenant pour de petits objets. Enfin, un couteau, capable de venir à bout d'une drisse en cas d'urgence, doit impérativement être à portée du grimpeur, et non dans un seau d'outils resté sur le pont. La capacité à se libérer quoi qu'il arrive est fondamentale.
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Techniques d'Ascension du Mât en Solitaire : Méthodes et Systèmes
Plusieurs approches existent pour monter au mât seul, chacune avec ses spécificités.
La Méthode par Équipement d'Escalade (Type "Tracson" ou Spéléo)
Cette technique est une des plus appréciées pour son efficacité et sa sécurité, s'appuyant sur du matériel d'escalade ou de spéléologie. Le principe est simple : le harnais est relié par un mousqueton au Grigri, bloqué et autobloquant sur la drisse principale. Au-dessus, une poignée autobloquante est fixée sur la drisse, elle-même reliée à un étrier (une sangle de pied) par un mousqueton, éventuellement avec 2 mètres de corde d'escalade selon le type d'étrier. L'ascension se fait principalement par la force des jambes : on pousse sur les jambes pour s'élever, la poignée et l'étrier étant fixes. Après cette extension, on fait glisser le Grigri vers le haut pour reprendre le mou du harnais, puis on fait glisser la poignée et l'étrier plus haut, avant la prochaine extension. Ce mouvement de "debout et assis", où le marin se hisse en utilisant uniquement ses jambes, permet d'économiser l'énergie des bras et de réduire la fatigue. Il est fondamental de s'entraîner sur de faibles hauteurs, avec un équipier assurant via une seconde drisse de sécurité, pour maîtriser le mouvement. Une fois la technique acquise, l'ascension peut être relativement rapide. Pour les drisses, un diamètre équivalent aux cordes d'alpinistes, soit environ 10 mm, est crucial pour l'utilisation sécurisée du Grigri. Il est déconseillé d'utiliser une vraie corde de montagne souple et élastique pour cette méthode, car bien qu'excellente pour amortir les chocs "dynamiques" en escalade (les "vols"), elle est peu commode pour une progression constante le long du mât.
L'Utilisation d'Échelles de Mât
Une alternative consiste à utiliser des échelles, qu'elles soient fixes ou textiles.
- Les Échelles Textiles (corde ou sangle) : Ces échelles sont hissées sur une drisse, généralement celle de grand-voile, de spi ou de génois. Un équipementier breton, par exemple, a développé une échelle textile qui se fixe en tête de mât en frappant la drisse sur une boucle en haut de l'échelle, puis en la hissant. Ce système est généralement léger et simple à mettre en œuvre, bien qu'il demande un peu de pratique pour se sentir parfaitement à l'aise. La fixation le long du mât par des coulisseaux, comme pour les modèles de 4Yachts (MastL, MastS, MastXS), assure la stabilité de l'utilisateur, un point crucial même en marina où un léger roulis peut apparaître. Le principal inconvénient de ces échelles "mobiles" est leur difficulté à rester tendues et stables, pouvant pivoter sur elles-mêmes pendant l'ascension, surtout en mer formée.
- Les Échelles Fixes ou Rabattables : Ces systèmes sont constitués de marches permanentes ou rabattables installées le long du mât. Leurs avantages résident dans leur solidité et leur commodité. Cependant, ils présentent des inconvénients majeurs : un coût élevé (plusieurs milliers d'euros pour un système complet, 60€ l'unité pour une marche rudimentaire), un poids supplémentaire dans les hauts (non idéal pour les dériveurs, pouvant fragiliser le mât à long terme) et une interférence permanente avec l'intégrité structurelle du mât (nécessitant des perçages).
Les Systèmes Spécialisés et Adaptations Nautiques
Certains fabricants proposent des systèmes spécifiquement conçus pour l'ascension solitaire :
- L'ATN Mastclimber : Proposé par nos amis d'ATN, ce système utilise une drisse de rechange attachée à un taquet de pont. Le marin, installé dans une chaise de mât avec harnais intégré, se hisse seul grâce à un système de taquets d'ascension brevetés et un mouvement de type "debout et assis", utilisant principalement ses jambes. Le Mastclimber est équipé d'un siège de planche solide, d'un haut dossier et de sangles pour les jambes, maintenant les fesses sur la planche.
- L'Olivette : Ce dispositif, venant de la montagne et conçu par Pascal Ollivier en collaboration avec Loïc Ponceau, est une adaptation du trio étrier-poignée autobloquante-descendeur/bloqueur des alpinistes. Il inclut un descendeur, une poignée de blocage, un baudrier et divers mousquetons. Sa plus-value réside dans une astucieuse sangle élastique qui fait suivre le descendeur sans avoir à se préoccuper du mou. Surtout, avec l'Olivette, on peut monter et descendre le long d'une corde qu'elle soit tendue ou non, un avantage considérable en navigation.
- Les Treuils Spécifiques : Des entreprises comme Switech (anciennement Swisstech) ont développé des treuils dédiés à l'ascension du mât en solitaire. Bien que souvent onéreuses, ces solutions semblent bien étudiées.
- L'Utilisation d'un Palan : Ce système, qui ressemble au "tire-fort" des garagistes, implique un palan hissé sur une drisse, avec un bout de manœuvre dont la longueur est ajustée à la hauteur du mât. C'est simple et efficace, mais l'ascension se fait via le câble du treuil, qui peut être plus ou moins ballant en fonction des mouvements du bateau.
- Le Guindeau Électrique : Une solution pour monter sans se fatiguer est d'utiliser une drisse de spi tournée sur la poupée du guindeau électrique. Il faut une solide poulie à plat pont pour un bon renvoi de la drisse vers le guindeau, surtout si celui-ci est à axe vertical. Cela nécessite de sortir la chaîne et d'utiliser la télécommande. Cette méthode n'est pas recommandée en navigation par mer formée et exige une deuxième drisse pour l'auto-assurage.
Les solitaires du Vendée Globe, confrontés à des mâts de près de 30 mètres de haut en pleine mer, utilisent souvent des systèmes similaires, combinant poignées bloquantes pour main et pied avec un descendeur de type "L'Olivette" sur une drisse étarquée.
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Assurage et Sécurité Avancée : Maîtriser les Risques
La sécurité est primordiale lors de toute ascension du mât. Toujours utiliser un harnais de sécurité et vérifier deux fois l'équipement.
L'Assurage Secondaire : Une Ligne de Vie Indispensable
Quel que soit l'équipement d'ascension choisi, l'utilisation d'une seconde drisse comme ligne de vie est absolument impérative. Il est préférable d'utiliser une drisse de génois ou de spi pour cet usage. Cette drisse d'assurage secondaire doit être fixée au pont sur un taquet avec un nœud idoine, puis raidie sans excès. Il est essentiel de vérifier la solidité de tous les éléments du gréement et des nœuds avant de commencer l'ascension.
Pour l'auto-assurage, il est possible d'utiliser un nœud Prusik sur cette drisse supplémentaire tendue le long du mât. Ce nœud, bien connu des alpinistes et arboriculteurs, offre un pouvoir de friction énorme, constituant un frein simple et parfait. Cependant, il est important de noter que la plupart des drisses de voilier sont des cordages statiques. En cas de chute, une ligne statique ne garantit pas une absorption des chocs à 100 %, c'est pourquoi un équipement antichute professionnel est fortement recommandé.
Dispositifs d'Auto-Assurage Dédiés pour une Protection Maximale
Pour une méthode plus sûre et plus fiable, l'utilisation d'un bloqueur dédié comme le KONG BACK-UP est préconisée pour un assurage supplémentaire sur une drisse statique. Ce dispositif permet de monter et descendre librement tout en offrant un blocage instantané et une absorption des chocs en cas de chute. Le BACK-UP est livré avec un mousqueton certifié pour une fixation sécurisée. Pour une sécurité maximale, il est recommandé de connecter le harnais au dispositif BACK-UP via une longe de sécurité DynaProt, qui possède tous les certificats de sécurité nécessaires. Il faut toujours utiliser un mousqueton certifié pour fixer la boucle de la longe au harnais, garantissant une connexion sans faille.
Planification et Communication
Avant de grimper, informez toujours quelqu'un de vos projets d'escalade et maintenez la communication si possible. Planifiez votre ascension en prévoyant des points de repos. Profitez de ces pauses pour vous hydrater et évaluer votre progression.
Conseils Pratiques et Dépannage Courant
Quelques astuces et solutions aux problèmes courants peuvent grandement faciliter l'expérience.
Gérer les Incidents Courants
- Réparation d'une drisse coincée : Si une drisse se coince, utilisez une longue perche ou une deuxième corde pour la libérer. Évitez de tirer avec force, ce qui pourrait aggraver la situation ou endommager le matériel.
- Faire face à un Grigri coincé : Si le Grigri se coince, manipulez-le doucement pour libérer la corde. Si le problème persiste, il est impératif de descendre prudemment et d'inspecter le dispositif au sol. Le fait que certains marins "jamais vu un grigri se bloquer" est un témoignage de la robustesse de ce matériel, à condition d'une utilisation correcte.
Ergonomie et Efficacité de l'Ascension
Les techniques d'escalade soulignent l'importance d'utiliser les jambes pour se hisser plutôt que de s'appuyer uniquement sur les bras. Cela permet d'économiser de l'énergie et de réduire la fatigue, rendant l'ascension plus gérable, surtout si vous êtes déjà fatigué par la navigation.
L'Importance du Guide Visuel
Un diagramme de gréement de dériveur fournit un guide visuel précieux pour la mise en place et l'entretien de votre gréement. C'est un outil utile aussi bien pour les débutants que pour les marins expérimentés. Familiarisez-vous avec les symboles et la disposition du plan de gréement. Entraînez-vous à interpréter le diagramme sur un dériveur avant de l'appliquer à un voilier plus grand, afin de bien comprendre l'interaction des différents éléments.