Le milieu aquatique, traditionnellement associé à la performance sportive et à la détente, se réinvente sous des formes inattendues, devenant tour à tour le théâtre d'histoires humaines profondes et l'écrin d'expériences cinématographiques immersives. Des comédies qui explorent la virilité aux projections sur écran géant où le public flotte sur des bouées, les piscines municipales et centres aquatiques déploient une créativité foisonnante pour offrir des moments de divertissement et de réflexion singuliers.
"Le Grand Bain" : Une Ode à la Fragilité Masculine en Nage Synchronisée
L'une des illustrations les plus marquantes de cette réinvention du bassin comme espace narratif est sans doute le film "Le Grand Bain". C'est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles, et ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée. Cette comédie drôle et pleine d'émotion met en scène une bande de "bras cassés" qui arrivent à surpasser leurs faiblesses.
Le réalisateur Gilles Lellouche revient avec "Le Grand Bain", qu'il met en scène cette fois seul, 14 ans après "Narco" (2004) qu'il avait co-réalisé avec Tristan Aurouet et dans lequel il dirigeait déjà Guillaume Canet. Il confie que l’idée, c’était surtout de trouver un sujet qui le touche et lui permette de réaliser un film plus personnel que "Narco", qui était malgré tout un film de commande. Gilles Lellouche avait commencé à écrire un film qui contenait déjà un peu les prémices du "Grand bain" en 2010. Le réalisateur avait envie de parler de cette lassitude qu'il sentait chez les gens de sa génération ou même plus globalement en France. Il raconte : "Dans cette course un peu individualiste où l’on se retrouve tous malgré nous coincés, on oublie le collectif, l’entrain, le goût de l’effort." Gilles Lellouche avait commencé à écrire autour de cela, mais il manquait une dimension poétique et cinématographique à son histoire. C'est alors que le producteur Hugo Selignac lui a conseillé de regarder un documentaire sur ARTE qui suivait une bande de Suédois pratiquant la natation synchronisée masculine. C'est là qu'il a su qu'il tenait son sujet : "Une troupe d’hommes plus ou moins désenchantés qui courent après des rêves déchus."
En plongeant dans le grand bain de la piscine, jamais ces quadras mal en point de la tête et plein d’embonpoint ailleurs n’auraient imaginé que la natation synchronisée, discipline féminine par excellence, puisse à ce point les transformer. Elle leur redonne goût à la vie et surtout estime de soi. La perspective de disputer une compétition devient un moteur puissant. On plonge volontiers dans ce bain qui interroge intelligemment sur ce qu’est d’être un homme. Ce film déconstruit le cliché de la virilité pour ne s’attarder que sur la vie de chacun de ces hommes qui assument leur part de fragilité, de féminité. Ici, c’est le collectif qui vient sauver d'un quotidien morne, d'une dépression, d'un sale caractère, d'une vie de galères, d'une vie ratée. Le film, apprécié par la critique, est évalué sur le barème de AlloCiné, allant de 1 à 5 étoiles, bien que le texte ne fournisse pas une note spécifique, il est mentionné qu'il est difficile de le comparer à l’excellent « Full Monty », ne serait-ce que par le contexte environnant qui dans le film anglais a toute son importance et donne ainsi toute la raison d’être et son épaisseur au propos.
L'Aquaciné : Quand la Piscine se Transforme en Salle Obscure Flottante
Au-delà des récits cinématographiques prenant place au bord des bassins, les piscines elles-mêmes deviennent des salles de cinéma à part entière. Le concept d'« aquaciné » ou de « ciné-piscine », qui permet de regarder des films les pieds dans l’eau, gagne en popularité à travers la France, offrant une expérience inédite et rafraîchissante.
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Le Succès de l'Aquaciné à Sète
La ville de Sète (Hérault) a renouvelé son opération « aquaciné » en juillet et août, un événement qui avait déjà connu un grand succès lors de son lancement pendant l’été précédent. Comme le résume Sébastien Abellan, directeur des piscines de Sète Agglopôle Méditerranée, interrogé par France 3 Occitanie : "On a été débordés. On avait seulement 30 bouées, on a dû en racheter pour en avoir 50, 60, 80." Cet été, six séances sont au programme au Centre balnéaire Fonquerne, doublant le nombre de films à l'affiche par rapport à l'année précédente.
Le principe est simple : les spectateurs ont la possibilité de faire du cinéma et de la piscine en même temps. La piscine ferme ses portes à 19h avant de les rouvrir à 21h pour le début de la projection. Une centaine de places sont proposées chaque soir. Côté prix, il faut compter 10 € pour les adultes et 3,70 € pour les enfants. Les étudiants peuvent bénéficier d’un tarif réduit de 8 € sur présentation de leur carte à l’accueil. Le fil conducteur de la programmation reste l’eau. La première séance a eu lieu mardi 11 juillet avec la diffusion de "Top Gun Maverick", de Joseph Kosinski. Le mardi 18 juillet, les cinéphiles ont découvert "Crawl", réalisé par Alexandre Aja, un film d’épouvante interdit aux moins de douze ans qui a donné quelques frissons. La suite du programme comprend "Pirates des Caraïbes" le 25 juillet, "Underwater", un thriller également interdit aux moins de douze ans, le 1er août, "Uncharted" de Ruben Fleisher le 8 août et enfin "L’Odyssée de Pi" de David Magee le 14 août. Comme l'explique Sébastien Abellan : "On a fait une première sélection de films en essayant de proposer des films variés pour tous les publics puis on a affiné nos choix."
La piscine Fonquerne à Sète, qui organise chaque été des séances de cinéma, se distingue par son cadre magique avec un bassin "nordique" découvert, un écran géant et un son fantastique. C’était inédit à Sète l'an dernier et les trois soirées de cinéma à la piscine de Fonquerne avaient été un vrai succès. Sète rejoint ainsi Agde, Paris, Amiens, Lyon, La Rochelle ou Ambert dans le Puy-de-Dôme où les séances de cinéma les pieds dans l’eau font leur entrée dans les piscines de la région. "On diversifie nos animations l’été", explicite Sébastien Abellan. Après la tyrolienne et les jeux gonflables, toujours dans le bassin olympique, voici donc le ciné aquatique, une animation atypique par ces temps caniculaires. Le bassin Laurent-Vidal, du nom de ce champion de triathlon mort trop tôt et inauguré le 14 décembre par le champion olympique Alain Bernard, se transforme en salle de cinéma flottante. Évidemment, pas de cornet de glace ou de pop-corn autorisés, et il n'y a pas besoin de chauffer davantage l’eau ni de maître-nageur dans l’eau. Le 3 août, le film "Le Grand Bain" a même été projeté, après "L'Odyssée" le 27 juillet et avant "Le chant du loup" le 28 août. "On a tout conçu et imaginé en interne", dit-on au sein de l’Agglopôle de Thau qui gère les piscines.
Des Expériences Variées de l'Aquaciné à Travers la France
Les centres nautiques AgglOcéane à Vernouillet et Saint-Rémy-sur-Avre (Eure-et-Loir) ont également proposé une expérience unique, invitant à vivre une séance ciné à la piscine, confortablement installé sur une bouée les pieds dans l’eau. Pour une grande première, l'AgglOcéane a mis au menu le visionnage de films Disney, avec "La Reine des Neiges 2" et "Wish : Asha et la bonne étoile" qui sont à découvrir sur une bouée. Amateurs de dessins animés, l’AgglOcéane a offert un moment inédit ! "Dans une ambiance féérique et conviviale, petits et grands sont invités à plonger dans l’univers magique de Disney" invitent ainsi les centres nautiques. Les séances étaient prévues les 17 et 19 décembre, avec une projection dans chaque centre aquatique. À Saint-Rémy-sur-Avre, "La Reine des Neiges 2", le célèbre film d’animation des studios Disney, a été projeté le mardi 17 décembre à 17h. À Vernouillet, "Wish : Asha et la bonne étoile", une histoire inspirante pleine d’aventures, a été proposée, et une surprise attendait même les enfants, rois de cette initiative, avec des lots à gagner, dont un équipement de piscine d’une valeur de 150 € pour le premier lot, des peluches et des blu-ray. Les trois gagnants "ticket d’or" peuvent même participer à un tirage au sort national en direct sur la chaîne YouTube de OC’LR en mai 2025 avec Camille Lacourt comme invité d’honneur.
Une autre formule inédite a permis de transformer la Piscine en salle de cinéma le temps d’une soirée, proposant d’assister à la projection d’un film sur écran géant, confortablement installé dans un fauteuil gonflable sur l’eau ou depuis les gradins. Cette expérience insolite à vivre en famille, entre amis ou solo, était proposée à 6 euros l’entrée et gratuite pour les moins de 10 ans. Évidemment, le film choisi était en référence avec le milieu aquatique : le film d’animation Disney "Vaiana la légende du bout du monde", inspiré de la mythologie polynésienne. Cette soirée était qui plus est pour une bonne cause puisqu'elle était organisée au profit de la Ligue contre le cancer dans le cadre de Mars bleu, l’intégralité des entrées étant reversée. Cerise sur le gâteau, ceux qui ont regardé le film les pieds dans l’eau ont pu repartir avec leur fauteuil.
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