Panorama des communautés de la glisse : Surf, Kitesurf et disciplines aérotractées

La pratique des sports de glisse, qu'ils soient aériens ou nautiques, repose sur une histoire riche, faite de pionniers audacieux, de technologies en constante évolution et d'une structuration institutionnelle qui tente, tant bien que mal, de suivre l'essor exponentiel de ces activités. Des premières pentes de Mieussy en 1978 aux compétitions de kitesurf sur foils, le paysage des sports de glisse en France et dans le monde dessine les contours d'une culture plurielle, marquée par la liberté, la recherche de sensations et une gestion complexe des données statistiques.

Des origines pionnières à l’essor du vol libre

Les pionniers étaient des parachutistes qui ont choisi la pente plutôt que l’avion en 1978 à Mieussy. Ainsi est né le parapente ! Que vous pratiquiez seul(e) ou en biplace, vous prendrez beaucoup de plaisir en découvrant le monde sous ses trois dimensions, voler en montagne, mais aussi en plaine, grâce au treuil, ou en bord de mer sont autant de possibilités et de ravissement. Tout un réseau d’écoles ou de clubs sont là pour vous faire découvrir ce monde merveilleux. Venez voler avec nous !

Le deltaplane : voler comme un oiseau ! Tête en avant et aile dans son dos, c’est la forme la plus pure de vol sans moteur. Pas d'aérodrome, une galerie sur la voiture et un club à proximité suffisent pour voler seul ou avec les copains. Les premiers vols solos sont possibles après 4 à 5 jours d’école. Dès 14 ans et tant qu’on arrive à faire quelques grandes foulées dans la pente du décollage, on peut voler et admirer d’en haut la beauté de notre terre. Le rêve, la liberté et le sport en prime !

Dans une autre dimension, le cerf-volant est une activité ancestrale aux formes de pratique et aux modes d’expression multiples. Dehors comme en intérieur, il réunit toute la famille. Nos écoles et nos clubs permettent, à tout âge de se former, de l’initiation à la compétition dans un esprit convivial. Acheté ou fabriqué, le cerf-volant est une pratique atypique dans un esprit de liberté. Enfin, le boomerang est une discipline ancestrale, mais en tant que sport moderne, il est né officiellement en Australie en 1971 et a été intégré à la FFVL en 2012. Il s'agit d'une activité sportive de loisir accessible au plus grand nombre.

Le phénomène Kitesurf : genèse d'une révolution nautique

Le kitesurf est un sport extrême en plein essor. Dès l’après-guerre, on peut retrouver divers documents qui évoquent l’utilisation d’un cerf-volant de traction sur l’eau. On retrouve notamment dans les archives de la Nasa et de la marine américaine des études sur des ailes de cerf-volant permettant aux naufragés ou aux astronautes de se déplacer dans des embarcations de secours gonflables.

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Dans les années 1975, au moment du premier choc pétrolier, plusieurs compagnies, notamment pétrolières, relancent des études afin de diminuer la consommation de leurs bateaux. Ainsi, John Bridge dépose un brevet pour un spinnaker aérien le 7 mai 1979, Dieter Strasilla pour une voile de traction commandée le 16 août 1975 ou British Petroleum pour une voile sustentée marine le 21 mai 1981. En 1984, 2 idéalistes, voileux, fans de glisse, déposent un brevet et officialisent une nouvelle pratique encore inconnue, le Kitesurf. 35 ans après, la discipline est devenue incontournable dans le paysage des sports extrêmes.

Le Kitesurf est bien une invention française. À l’origine, deux frères bretons, Dominique et Bruno Legaignoux, qui réadaptent un premier brevet déposé en 1977. Pour cela, il a d’abord fallu mettre au point un cerf-volant particulier, appelé aile de traction, avec une structure gonflable et un système de fils qui permettent à l’aile de redécoller une fois tombée dans l’eau. En 1993, les Legaignoux créent la société Wipika pour commercialiser un petit bateau gonflable accompagné d’une aile de traction. En février 1997, il fait la une de Wind Magazine sur les vagues de Hawaï. Raphaël Salles, véliplanchiste, crée la société française F-ONE en 1994, d'abord pour commercialiser la planche à voile, puis pour développer des planches directionnelles.

Structuration institutionnelle et enjeux de sécurité

En 1995, la Fédération française de vol libre (FFVL) accepte d’envisager de prendre la délégation du ministère des Sports pour développer le cerf-volant. Puis, un groupe de pratiquants passionnés demandera à la Fédération de voile (FFV) (qui refusera) et à la FFVL d’accepter cette nouvelle discipline, le kitesurf, encore peu répandue en 1998. La FFVL accepte et crée la formation de moniteurs dès 1997. Lors du développement de 2000 à 2003, quelques accidents graves (tétraplégies) et mortels incitent la FFVL à demander la qualification de sport à risque en environnement spécifique. Il est identifié dès cette époque un problème d’impossibilité à larguer les ailes lors des situations de tractions excessives et des instabilités des ailes dans certaines configurations.

La FFVL initie une norme française pour les sécurités publiée par l’Afnor en 2005 : un largueur de barre qui neutralise la traction de l’aile puis un second largueur de voile en cas extrême. Une autre amélioration apparaît en 2004-2005 : le depower. Cette ligne centrale permet de réguler l’assiette du kite dans les airs, donc la puissance du moteur. Côté institutionnel, le kitesurf est passé de la FFVL à la FFV au terme de maintes batailles pour récupérer ce sport en croissance continue depuis sa création. Cette décision du Ministère des Sports datant de janvier 2017 permet à la France de s’aligner avec les décisions internationales et particulièrement celles du Comité International Olympique et de World Sailing.

Statistiques et profils des pratiquants : l'impossible dénombrement

Il est impossible de comptabiliser les pratiquants de surf, tant le taux de pratiquants hors association ou école de surf commerciale est élevé et en nette croissance depuis la « crise Covid » du début des années 2020. La Fédération Française de Surf (FFS) se caractérise par un très faible nombre de licenciés (15 104 en 2024), contre plusieurs centaines de milliers de pratiquants hors cadre fédéral. Une enquête quantitative réalisée en 2023 auprès des licenciés permet toutefois d’analyser les profils sociaux.

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Sur les 1 567 réponses exploitables, la prépondérance masculine est manifeste (2/3 des pratiquants). Au sein de la population active, les cadres et professions intellectuelles supérieures sont nettement surreprésentés (62 % des enquêtés, contre 19 % dans la population active française). A contrario, les licenciés déclarant appartenir aux classes populaires, composées du groupe des ouvriers et des employés, sont largement sous-représentés avec seulement 11 % de l’échantillon. Cette structure sociale se reflète dans les pratiques : près de 40 % sont titulaires d’un diplôme de niveau Bac+5 ou plus.

Cette élite socioprofessionnelle cultive une pratique plurielle : ils sont 21 % à avoir effectué entre un et neuf voyages à l’étranger, et 26 % déclarent avoir effectué 10 « surftrips » et plus. Cet engouement contredit le supposé rapport « sensible » des surfeurs à « la nature » et la croyance essentialiste selon laquelle ils seraient tous défenseurs de l’environnement. Près d’un enquêté sur deux déclare changer de planches de surf au moins tous les deux ans.

Concernant le kitesurf, les chiffres sont tout aussi délicats. En France, la FFVL et la FFV comptaient moins de 9 000 licenciés en 2020 pour un nombre de pratiquants estimé entre 25 000 et 40 000. L’incidence des lésions est définie par le nombre de lésions survenues au décours de la pratique rapporté au nombre d’heures de navigation. En général, sur une pratique de loisir, il est rapporté 5,9 à 7 lésions pour 1 000 heures de pratique.

Typologie des pratiques et évolution technique

Le kitesurf classique dit « freeride » a doucement laissé la place à d’autres genres d’expériences. Le Freestyle est pratiqué par des riders confirmés qui évoluent sur l’eau avec une certaine fibre artistique. Puis il y a les vagues et leur éternelle inconstance : les kiteurs tentent de dompter la houle dans le kitesurf dit « de vagues » ou « Kite Wave ».

Le KiteFoil est la dernière des tendances apparue récemment. Aidée d’un immense aileron, la planche décolle de la surface de l’eau. Véritable révolution, il propulse les kiteurs à des vitesses vertigineuses. Certaines disciplines ont été pensées spécialement pour la compétition, comme la Longue Distance, où les concurrents doivent partir face au vent sur une boucle délimitée par des bouées, ou le Speed, qui consiste à surfer le plus vite possible sur une distance balisée de 500 mètres.

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Les études épidémiologiques rappellent que le kitesurf reste un sport extrême. Les lésions des membres inférieurs représentent 45 à 70 % des cas. Le non-largage de l’aile est très souvent rapporté. Ce paramètre est retrouvé chez 69 % des blessés. Pour éviter les drames, la prévention est primordiale : utiliser un casque, s’entraîner à larguer l’aile pour maîtriser le geste en toute circonstance, et privilégier une préparation physique pour les lésions chroniques comme les lombalgies.

Le Kitesurf comme vecteur de lien social : vers le "Beach-business"

Si cette discipline rassemble autant de dirigeants, c’est peut-être parce qu’elle apporte autre chose que simplement du plaisir. Les Américains Suzie Mai et Bill Tai, fondateurs du club « Maitai Global », ont été les premiers à réunir des dirigeants autour du kitesurf. L'idée du « Beach business » est de réunir des entrepreneurs dans des KITECAMPS dans un cadre propice à la déconnexion pour échanger autour de valeurs communes, développer son réseau et enfin partager des savoir-faire.

La pratique du kite demande des qualités comme la maîtrise de soi, la capacité d’anticipation et de réactivité qui sont aussi les qualités essentielles d’un bon entrepreneur. En 2015, le premier Kite Camp de dirigeants français a réuni 20 dirigeants d’horizons différents, un champion du monde français et un coach stratégique au Maroc.

Responsabilité environnementale et durabilité : l'exemple Woodboard

Nous n’avons qu’une seule planète, donc bien traiter l’environnement est une nécessité. L'empreinte carbone la plus importante dans le matériel de glisse se produit pendant la production. Par conséquent, la durée de vie de votre planche est importante. La marque Woodboard, par exemple, utilise les matériaux de la plus haute qualité et a décidé de conserver les graphismes de leurs planches de kitesurf pendant des années. Cela prolonge la durée de vie - et plus un produit vit longtemps, plus il est durable.

Pour garder l'empreinte écologique faible, Woodboard s'efforce d'obtenir tous les matériaux pour leurs planches de kitesurf auprès de fournisseurs locaux. 95 % des matériaux et du travail sont réalisés dans un rayon de 300 km de leur base. Ils ont même décidé d'acquérir leur propre forêt. Avec ses presque 1 hectare, elle capture environ 10 tonnes de CO2 par an, ce qui couvre les émissions de la production et les vols transatlantiques de la famille Woodboard.

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