L’adolescence est souvent résumée à quelques stéréotypes bien ancrés. Entre opposition, flemme, tempêtes émotionnelles et « vous êtes vraiment des parents relous », l’adolescence est une période que beaucoup réduisent à des clichés. Nos jeunes seraient immatures, pas finis, un peu bêtes… Mais si on regardait d’un peu plus près ce qui se joue vraiment à cette période ? Et si on comprenait mieux leurs contradictions… pour éviter que nos réactions ne viennent compliquer une période pas si simple ? Aujourd’hui, on va plonger dans cette période pleine de surprises qu’est l’adolescence. Parce que l’adolescence, c’est aussi cette période où la même personne peut, en trois minutes, vous lancer un très mature « laisse-moi tranquille, je suis plus un enfant »… pour enchaîner aussitôt avec un touchant « mais pourquoi tu m’as pas rappelé que j’avais un contrôle d’histoire ? ». Alors forcément, on ne sait plus très bien sur quel pied danser avec ces ados, on a le sentiment que tout les énerve et qu’on ne peut plus rien dire.
Dans cet article, nous proposons de prendre un peu de recul pour essayer de comprendre ce qui se joue à l’adolescence, aussi bien du côté des parents que des ados. Parce que quand on ne comprend pas les logiques en jeu, on peut vite se retrouver piégés dans des dynamiques tendues, parfois franchement douloureuses, souvent paradoxales, qui explosent à la moindre étincelle.
Les pièges du « cerveau pas fini » et de l’opposition systématique
On a tendance à se rassurer en se disant que “c’est les hormones”, que “le cerveau n’est pas encore fini”, et ça peut aider à relativiser. Ou à présenter l’opposition comme étant le propre de l’adolescence. Et il faudrait dans les deux cas tenir bon et attendre que ça passe. Non pas que les neurosciences se trompent - elles ont évidemment leur place - mais on s’en sert souvent comme d’un joker, une explication toute faite qu’on dégaine dès qu’un comportement nous échappe. En effet, cette façon de voir les ados comme des cerveaux pas finis ou de prétendre qu’ils s’opposent par principe, ça envoie un message dévalorisant : “tu n’es pas encore quelqu’un de fiable, de capable, de complet”. Il y a de quoi s’en mettre en colère.
Ce qu’on appelle parfois “crise d’ado” ou “tempête émotionnelle” peut aussi être une réaction à ce regard qu’on pose sur eux, ce regard qui les enferme dans une image pas très flatteuse. Alors que si on les regarde autrement - pas comme des humains en version béta, pleines de bug, mais comme des personnes en construction, déjà compétentes, déjà responsables à bien des égards - ça change tout. Vraiment.
L’ambivalence : le tiraillement entre besoin d’autonomie et besoin de soutien
Cette ambivalence, elle se joue entre deux pôles. D’un côté, l’ado ressent le besoin impérieux de devenir quelqu’un par lui-même. Il sent qu’il n’est plus un enfant, il comprend qu’il va devoir se définir, choisir, construire son identité, avoir ses propres idées, ses propres goûts, ses propres choix de vie. Et ça, c’est excitant, c’est stimulant, c’est attirant. De l’autre côté, cette perspective peut aussi être franchement flippante : devoir décider, assumer, se projeter, prendre des responsabilités… C’est vertigineux et stressant. Parfois, c’est juste fatiguant. Donc ils hésitent. Et s’ils peuvent s’éviter du stress ou de l’inconfort, ils vont avoir tendance à le faire.
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Ce qui fait qu’on est parfois un peu à côté et qu’il suffit de pas grand chose pour que ça ne marche pas. Les ados savent exactement sur quel bouton appuyer pour obtenir qu’on les prenne en charge. Ce bouton, c’est la culpabilité, l’inquiétude, le doute… Ces leviers émotionnels, ils les connaissent bien, souvent mieux qu’on ne le pense. Ce n’est pas de la mauvaise foi, ni de l’ingratitude, c’est simplement l’expression concrète de cette ambivalence : « Je veux être autonome… mais avec un filet de sécurité confortable et invisible si possible. »
Le poids des normes et des injonctions de genre
À l’adolescence, les stéréotypes ne restent pas des idées abstraites. Ils deviennent des règles du jeu très concrètes, qui parfois se glissent dans les blagues, les remarques, et ce qui est valorisé ou moqué dans les groupes. Comme nos ados veulent être acceptés, ces codes peuvent vite se transformer en injonctions : “fais comme ça”, “évite ça”, “sinon tu sors du cadre”. On entend souvent “stéréotype”, “injonction”, “rôle” comme si c’était la même chose. En vrai, ça ne joue pas au même niveau. Un stéréotype est une idée toute faite sur ce que sont les filles et les garçons. L’injonction est l’attente transformée en règle du jeu, et le rôle, la place qui s’installe dans la vraie vie.
Les filles sont plus souvent exposées à une évaluation par l’apparence, et finissent plus souvent par intégrer ce regard. On attend d’elles d’être jolies, mais surtout pas “trop”, confiantes, mais pas trop. C’est la double contrainte : il n’y a pas de “bonne façon” de faire. Côté garçons, les stéréotypes se voient souvent moins “dans le miroir” que dans le rôle à tenir : être un “vrai mec”, ne pas perdre la face. Le message est simple : faut assurer, faut être solide, faut pas se faire humilier. La virilité fonctionne comme un ensemble de codes à respecter. Le contrôle émotionnel est particulièrement valorisé : on attend des garçons qu’ils encaissent, qu’ils se débrouillent, qu’ils ne s’étalent pas.
L’évolution historique des jugements sur la jeunesse
« Notre jeunesse aime le luxe, elle est mal élevée, elle se moque de l’autorité. Nos enfants d’aujourd’hui sont des tyrans… ils sont tout simplement mauvais. » C’est ce qu’aurait dit Socrate il y a plus de deux mille ans. Aujourd’hui, comme depuis l’antiquité, des stéréotypes sur la jeunesse circulent avec leur lot de contradictions. On les trouve paresseux, peu motivés, incultes. Mais comme on retrouve des jugements de ce genre tout au long de l’histoire, cela veut soit dire que l’humanité s’est cumulativement considérablement dégradée, soit que nous avons vraiment du mal à percevoir ce qu’est la jeunesse quand on n’en fait plus partie.
Les études montrent, et en particulier la dernière étude Terra-Nova APEC, que finalement les jeunes ne sont pas des citoyens si différents des autres, ni par la motivation, ni par les valeurs relatives au travail. Ils ne sont pas plus individualistes que leurs ainés et expriment même une forte demande de « collectif ». Les jugements portés sur les jeunes semblent souvent influencés par les caractéristiques des personnes émettant les jugements. Chacun se compare à la jeunesse d’aujourd’hui et trouve qu’elle est particulièrement faible dans les domaines où il excelle. C’est un biais de substitution : on répond à une question complexe (« les jeunes sont-ils différents ? ») par une question simple (« suis-je mieux qu’eux ? ») sans s’en rendre compte.
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