L'art de l'aménagement des bannettes superposées à bord des navires : du voilier de course au monument historique

L'organisation de l'espace intérieur sur un navire est une discipline qui mêle ingénierie navale, contraintes de volume et recherche de confort pour l'équipage. Que l'on soit à bord d'une unité de course-croisière moderne ou d'un trois-mâts centenaire, la gestion du couchage, et particulièrement l'intégration de bannettes superposées, constitue une solution architecturale éprouvée pour optimiser le nombre de couchettes tout en conservant une circulation fluide. Cette configuration, bien que dictée par des besoins de densité, répond à des standards de sécurité et d'ergonomie qui varient selon la taille du bâtiment et son programme de navigation.

Le concept du couchage en hauteur : une nécessité structurelle

L'utilisation de bannettes superposées est une réponse directe à la limitation physique de la largeur de coque au niveau du plan de couchage. Dans le milieu nautique, l'espace est une ressource rare. En superposant les bannettes, les architectes navals parviennent à multiplier les capacités d'accueil sans sacrifier l'intégralité du volume habitable. Cette disposition permet de dégager de l'espace au sol, essentiel pour la circulation, le stockage de matériel ou l'installation d'équipements techniques.

Sur des navires de différentes époques et fonctions, cette solution se retrouve déclinée sous plusieurs formes :

  • La version de compétition : Dans le cas du Sélection, conçu par les architectes rochelais Joubert et Nivelt, le dosage du cocktail est précis : des entrées d'eau fines, un arrière large et plat, et une grande longueur à la flottaison pour un déplacement de moins de 3,5 tonnes. Dans la version Royale Tour de France à la Voile, le bateau propose quatre couchettes à bannettes superposées, optimisant le logement pour l'équipage en régate.
  • La version de plaisance : Le Sélection, en version propriétaire, propose une configuration adaptée avec une couchette double et deux couchettes à bannettes superposées. Ici, le volume demeure remarquable et les aménagements ne manquent pas, permettant de conserver une habitabilité étudiée pour sept adultes.

Le Sélection : performance et intelligence du plan de pont

Le Sélection ne passe pas inaperçu et pour cause, c'est un modèle du genre. Son plan de pont est très original avec ses deux descentes qui permet une circulation facile des équipiers au port comme au large. Le contrôle du gréement est aisé grâce à un accastillage performant et aucun coinceur ne manque ; toutes les drisses sont différenciées et arrivent à portée de main du barreur et des équipiers dans le cockpit.

L'équilibre de la carène est étonnant et le barreur, assis dans le cockpit ou sur le passavant, contrôle le Sélection du bout de son stick. La visibilité sur l'avant est excellente, son seul souci étant la recherche de la vitesse. Dès que l'on file l'écoute pour attaquer le travers ou le largue, le Sélection bondit. Le jeu consiste alors à placer l'étrave dans le creux des vagues qui emportent le Sélection dans de grisantes glissades et peuvent le faire flirter avec les 17 nœuds. Le carré, avec 1,80 m de hauteur sous barrots, est le lieu d'accueil privilégié de l'équipage. Au centre, la table permet de se réunir au complet, et le bois est très présent. La cabine arrière dispose de sa propre descente, garantissant une autonomie appréciable.

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Le Skeaf : un témoin historique de la grande plaisance

Le Skeaf est un ketch classique de 28 mètres de long et 350 m² de voilure, construit en 1916. Il bat pavillon français et est accrédité N.U.C. (Navire à Usage Collectif). Ce navire possède 16 bannettes réparties en 6 cabines, où les bannettes sont superposées. La vie à bord est rythmée par la participation aux tâches collectives : épluchage, découpe, préparation des plats, mise de la table, desserte ou vaisselle.

Le Skeaf est l'un des premiers yachts de grande taille construit par un chantier naval de renommée mondiale, Abeking & Rasmussen. Ses lignes fines, son plan de voilure, son carré en acajou du Honduras, lui ont valu d'accueillir à son bord des personnalités telles que Brigitte Bardot. Malgré ses 104 ans d'histoire, ses lignes et certaines pièces d'origine ont réussi à traverser les épreuves du temps, tel le système de barre, le plan de voilure ou le cerclage de la barre à roue.

La vie de ce yacht est digne d'un roman : confisqué en 1918 par le Danemark comme dommage de guerre, il est rebaptisé Eroika, puis Gilnockie, Polaris, et enfin Etoile Polaire avant de retrouver son nom d'origine, Skeaf. Témoin du renouveau de la voile traditionnelle en France, le navire est très connu du grand public et participe régulièrement aux grandes fêtes maritimes, notamment à Brest, Douarnenez et dans le Golfe du Morbihan.

Le Belem : la gestion d'un équipage nombreux

À bord du Belem, l'organisation est dictée par une capacité d'accueil de 48 personnes. Le navire utilise une configuration de bannettes superposées pour loger ce grand groupe au sein de la batterie.

  • Répartition des couchages : Les 48 couchages sont répartis en 4 box de 12 bannettes superposées, disposés à bâbord et tribord le long de la coque. Cette organisation dans le faux-pont occupe une partie des anciennes cales à marchandises du navire.
  • Environnement et vie à bord : La batterie sert de lieu de vie où les passagers partagent leurs repas avec l'équipage autour d'une longue table en bois. Les sanitaires, séparés hommes et femmes, se situent dans le prolongement de cette batterie.

Le navire fonctionne grâce à une structure complexe, incluant le spardeck pour les manœuvres, la dunette pour le commandement, et une salle des machines abritant deux moteurs diesel John Deere de 429 kW. Le Belem est une prouesse de conservation, avec des éléments comme la tortue protégeant le mécanisme de la barre d'origine, et des espaces spécifiques comme l'atelier du charpentier et celui du bosco, où des savoir-faire rares sont transmis.

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L'entretien du navire est constant, comme en témoigne le remplacement d'un bloc d'acier neuf de 25 tonnes au niveau de la cale machine durant l'hiver 2022-2023 pour permettre au trois-mâts de continuer à naviguer en toute sécurité. Que ce soit au travers des ornements en bois sculpté et doré ou des fauteuils du XIXe siècle, le Belem reste un lieu de transmission et de mémoire maritime.

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