Le monde du surf de compétition est vaste et dynamique, structuré autour de différentes organisations qui coexistent, chacune avec ses propres championnats, ses athlètes et son système de reconnaissance. Entre la quête de médailles pour les nations et la course aux titres professionnels individuels, les enjeux sont multiples et passionnants. Pour s'y retrouver, il est essentiel de comprendre les différentes instances et les parcours des surfeurs qui marquent l'histoire de ce sport.
Les Championnats du Monde de Para Surf : L'Éclat de l'Équipe de France
L’équipe de France a réussi son pari en montant sur le podium des championnats du monde de para surf qui se sont achevés la nuit dernière à Pismo Beach, en Californie. Cette performance exceptionnelle place les Français à moins de 200 points des États-Unis, vainqueurs à domicile. Après ses 5es places en 2018 et 2020, l’équipe de France réalise ainsi sa meilleure campagne en sept participations aux championnats du monde de para surf, un accomplissement remarquable pour la délégation tricolore.
La moisson de médailles individuelles témoigne de la force collective de l'équipe, avec pas moins de neuf podiums. Valentine Moskoteoc, jeune surfeuse de seulement 12 ans, a brillé en remportant l’argent dans la catégorie visuel 1, devenant vice-championne du monde de para surf. Avec une énergie folle sur sa planche, l’Orléanaise a proposé un surf propre dans les petites vagues de 50 cm, s’améliorant au fil des 25 minutes de la finale pour conclure par une belle et longue vague notée 4.47 points. Si la Française n’a pu rivaliser avec l’engagement et la puissance de la Portugaise Marta Paco, qui a obtenu 15 points en restant au large pour prendre les plus grosses vagues, elle a su contenir l’Américaine Barbie Pacheco, qui totalisait 3.60 points, dans cette finale à trois concurrentes. Au sortir de l’eau, le clan tricolore pouvait entourer et fêter la benjamine de l’équipe.
Thomas Da Silva, dans la même catégorie visuel 1, a également décroché l'argent. Le Basque a mis du temps avant de prendre sa première vague, mais quelle vague ! Une bombe sur laquelle il a manœuvré jusqu’à finir sous le pier et la planche dans un pylone, obtenant une note impressionnante de 8.90 points, de loin la meilleure note de cette finale. Il restait alors huit minutes à Da Silva pour aller chercher une seconde vague pour cueillir le titre, avec un 4.14 points largement à sa portée.
Guillaume Colin, quant à lui, a bataillé dans des conditions difficiles en catégorie sit Open pour s'adjuger l'argent. Le Montpelliérain, à l'aise dans un océan "en mode brouillon, façon tempête printanière en Méditerranée", a lutté avec le tenant du titre brésilien Fellipe Kizu Lima. Colin a recollé au score avec la même meilleure note (7.10 pts), mais le Brésilien a finalement surpassé le Français en transformant une vague apparemment moyenne en un magnifique surf (9.43 pts).
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Plusieurs médailles de bronze ont également enrichi le tableau. Laurie Phipps est montée sur la troisième marche du podium de la finale stand 2. Finaliste in extremis après s’être bien fait peur en demies la veille, Phipps, plus relâchée que lors des qualifications et de sa demi-finale, a profité de l’interférence commise dès les premières minutes par l’Anglaise Zoe Smith pour se mêler à la bagarre pour la deuxième place avec la Brésilienne Malu Mendes. Loin devant, la Costaricienne Jimena Ruiz s’est imposée largement avec 15.93 points, et la Française a terminé finalement en bronze, à seulement 2.30 points de Mendes.
Emmanuelle Blanchet, engagée en finale kneel dames, a également remporté le bronze malgré un départ difficile. La Vendéenne a commis une interférence de rame d’entrée de jeu sur la Chilienne Noemi Alvarez, une pénalité logique qui lui a ôté tout espoir de titre. Néanmoins, elle s'est battue jusqu’au bout pour trouver une grosse vague de série sur laquelle elle a réussi un départ sous la lèvre pour ensuite surfer en droite et changer de direction vers la gauche, obtenant 5.03 points et assurant une place sur le podium.
Philippe Naud et Eric Dargent, deux des surfeurs les plus expérimentés de l'équipe de France, ont également décroché des médailles de bronze. Impérial en qualification et solide en demies, Naud a connu une finale plus complexe, mais a tout de même accédé au podium. Eric Dargent, trois fois vice-champion du monde dans sa carrière (2016, 2017 et 2020), était le dernier espoir tricolore pour l'or. Impressionnant en matinée lors de sa demi-finale avec une vague à 7 points, le Martégal a très bien débuté la finale en partant sur une belle gauche (6.00 pts). Cependant, il a ensuite eu du mal à trouver un second score, voyant le Brésilien Alcino « Pirata » Neto le dépasser et s’envoler au tableau d’affichage avec 12.00 points.
Enfin, Céline Rouillard a ramené la médaille de cuivre dans la catégorie prone 2. Première à s’élancer pour les trois finales françaises de la nuit, elle a tout donné pour sortir de l’eau avec le même grand sourire qui l’a accompagnée tout au long de la compétition. Accompagnée de son binôme Johan Poncet, la Bayonnaise est partie sur de très belles gauches, mais a surtout pris d’entrée une très longue droite avec plusieurs changements de direction qui ont payé (6.00 pts). Mais avec une technique en-deçà de ses trois concurrentes, la Française n’a pu se mêler à la course au podium.
Ces résultats collectifs et individuels sont d'autant plus significatifs que le para surf est désormais reconnu par le Ministère des Sports comme sport de haut niveau. Ce formidable résultat, fruit du travail des athlètes et du staff, mais aussi de tous les moniteurs des clubs de la Fédération Française de Surf, servira de tremplin pour les prochaines échéances. La plus importante est à venir dans les toutes prochaines semaines. En janvier, le Comité International Paralympique (CIP) annoncera les sports additionnels des Jeux Paralympiques de Los Angeles 2028. Après le surf aux Jeux Olympiques depuis 2020 et confirmé pour Paris 2024, LA 2028 et Brisbane 2032, le para surf pourrait ainsi faire son entrée dans la grande famille de l’Olympisme.
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L'ISA et les Championnats du Monde des Nations : La Vocation Olympique du Surf
L'International Surfing Association (ISA) est la Fédération internationale de surf, seule reconnue par le Comité international olympique (CIO) en tant qu'autorité d'administration mondiale pour le surf. L’ISA est l’autorité régissant le monde pour le surf et toutes ses disciplines, y compris le bodyboard, le kneeboard, le longboard, le tandem, le skimboard, le bodysurf et le Stand Up Paddle. Les championnats du monde des nations de l’ISA sont considérés comme des Jeux olympiques du surf. Contrairement aux circuits professionnels de la WSL, les équipes vainqueurs ne remportent pas de prize money mais des médailles : or, argent, bronze et cuivre y sont décernées. Les athlètes y sont en compétition pour l’honneur de représenter leur pays et leurs couleurs nationales. L'ISA organise les championnats du monde de surf depuis 1964, mettant en avant l'esprit d'équipe et la fierté nationale.
Lors des récents Mondiaux ISA à Surf City, au Salvador, l'équipe de France a une fois de plus démontré sa valeur, bien que terminant au pied du podium par équipes, à la 4e place, derrière l'Australie, le Pérou et l'Espagne. Le champion olympique Kauli Vaast a décroché une médaille d'argent, treize mois après sa médaille d'or aux Jeux Olympiques de Paris. Le surfeur tahitien s'est hissé en finale de l'épreuve et, malgré un total élevé de 17,57 points, il a pris la 2e place, comme il y a un an. Malgré un surf sur le rail et aérien, il a été dominé de peu par l'Australien Dane Henry (18,17 pts), sacré champion du monde. L'autre Australien, Morgan Cibilic, a arraché le bronze, tandis que le Brésilien Douglas Silva est reparti avec la 4e place. Kauli Vaast a exprimé sa fierté d'avoir été en finale avec une équipe de France "au top du top", tout en reconnaissant une certaine déception concernant les jugements.
Jorgann Couzinet a également réalisé une belle performance, de retour en forme et auteur d'une 3e place en finale du tableau principal (l'étape avant la grande finale). Il s'était qualifié ce samedi pour la finale du tableau principal messieurs des World Surfing Games, défiant Morgan Cibilic et Dane Henry pour tenter d’accéder à la Grande Finale qui décerne le titre mondial. Déjà doubles vice-champions du monde en titre, les Bleus, troisièmes au classement provisoire avant cette finale, restaient en course pour un podium au classement des nations. Kauli Vaast a dû attendre les toutes dernières secondes de sa demi-finale pour arracher sa qualification, trouvant une vague décisive pour terminer 2e derrière Morgan Cibilic. Jorgann Couzinet, dans l’autre demi-finale, s’est offert la deuxième place derrière Dane Henry, réussissant à trouver deux droites solides pour verrouiller sa qualification malgré quelques chutes.
Le manager tricolore, Jérémy Florès, a insisté sur l’état d’esprit de ses deux leaders, affirmant que "nos deux guerriers ont encore répondu présents" et que ce genre de séries de combat, où il faut s’adapter et tout donner jusqu’à la dernière seconde, "forge de vrais vainqueurs". L’entraîneur Joan Duru a également apprécié la détermination des deux tricolores, soulignant que Kauli et Jorgann étaient en confiance, surfant "juste et puissant". Pour les femmes, l'Espagnole Janice Etxabarri a été sacrée, devançant la Portugaise Yolanda Sequeira, l'Australienne Sally Fitzgibbons et la Péruvienne Arena Rodriguez. La jeune Tahitienne Kiara Goold s'est quant à elle arrêtée au round 4.
Les Circuits Professionnels de la World Surf League (WSL) : Au Sommet de la Compétition
Pour comprendre le monde du surf professionnel, il est important de se familiariser avec les différentes organisations et leurs circuits. La World Surf League (WSL) est une entreprise américaine chargée de l'organisation de toutes les compétitions professionnelles de surf à travers le monde depuis 1976. Elle gère plusieurs circuits distincts, offrant des parcours variés aux surfeurs désireux d'atteindre le sommet.
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Le Championship Tour (CT) représente l'apogée du surf professionnel. Il constitue la division d'élite du championnat du monde professionnel. Chaque saison, les 32 meilleurs surfeurs mondiaux sont qualifiés pour y disputer une dizaine d’étapes. Ce tableau est constitué des 22 meilleurs surfeurs du CT de la saison précédente, rejoints par les 10 meilleurs surfeurs du circuit Challenger Series de la saison précédente. À ce Top 32 s'ajoutent deux surfeurs méritants désignés par la WSL, bénéficiant de "wild cards" attribuées à l’année. Deux autres "wild cards" sont également décernées lors de chaque compétition, permettant à des talents locaux ou à des surfeurs invités de se mesurer à l'élite. Le CT comprend généralement une dizaine d’étapes tout au long de l’année, avec des compétitions organisées dans divers spots emblématiques à travers le monde.
Le Challenger Series (CS) est un circuit crucial qui comprend 6 étapes. Durant ces compétitions, les surfeurs et les surfeuses donnent le meilleur d'eux-mêmes, car seuls les 4 meilleurs résultats sont conservés pour établir le classement général. Ce circuit sert de passerelle vers le CT.
Le Qualifying Series (QS) est la deuxième division mondiale du surf professionnel. L’objectif pour les surfeurs professionnels engagés sur ce circuit est de se qualifier pour le CT. Il est constitué d’une cinquantaine de compétitions masculines et d’une vingtaine de compétitions féminines, offrant de nombreuses opportunités de gagner des points et de progresser dans les classements mondiaux.
Le circuit Pro Junior est ouvert à tous les surfeurs de moins de 18 ans (inclus) disposant d'une licence WSL. Il est réparti en zones géographiques, incluant l'Europe, l'Afrique, l'Amérique du Nord, l'Amérique centrale et du Sud, l'Océanie, Hawaii-Tahiti et l'Asie. Ce circuit est essentiel pour l'émergence des jeunes talents.
Enfin, le Longboard Qualifying Series (LQS) est dédié aux longboardeurs disposant d'une licence WSL, avec des compétitions spécifiques pour cette discipline.
Il est également important de noter l'existence de l'APB (Association of Professional Bodyboard), une entreprise américaine chargée de l'organisation de toutes les compétitions professionnelles de bodyboard à travers le monde. Elle est notamment responsable des Championnats du Monde Masculin (APB Men's World Tour), des Championnats du Monde Féminin (APB Women's World Tour), des Championnats du monde de Dropknee (APB DKWT) et du circuit Pro Junior (APB PJWT).
Ces acronymes (WCT, CT, QS, CS, WSL) peuvent parfois être déroutants, mais ils désignent tous des facettes importantes du système de compétition mondial. La WSL, par exemple, gère le circuit professionnel de surf, qui accueille tout au long de l’année de nombreux événements, plus ou moins importants, chacun reprenant le nom du sponsor officiel. Une fois qualifiés pour ces compétitions, les meilleurs surfeurs mondiaux se mesurent les uns aux autres avec l’ultime objectif de remporter le circuit pro et le prix en argent ("prize money"). On espère qu'une meilleure compréhension de ces circuits clarifiera ce qui se passe au niveau mondial. Certains surfeurs consacrent toute leur vie à ce sport et parviennent à peine à se hisser au sommet de la compétition, tandis que d'autres parviennent à se classer parmi les meilleurs surfeurs du monde. Il existe deux types de surfeurs : les surfeurs professionnels et les surfeurs amateurs. Les surfeurs professionnels sont parfaitement identifiés par les tableaux d’affichage de la World Surf League, tandis que les "soul surfers" ont été des professionnels dans le passé ou sont si bons qu’ils se distinguent des participants à diverses compétitions de surf ; toutefois, les "soul surfers" sont simplement à la recherche de la « vague parfaite » sans participer à des compétitions de manière officielle.