L'Odyssée du Paddle : Au cœur des Championnats du Monde Molokai to Oahu

Le stand-up paddle (SUP) n’est plus seulement une pratique de loisir estivale ; il est devenu le théâtre d'exploits sportifs de dimension internationale. Au sommet de cette discipline, une épreuve cristallise toutes les attentions : la Molokai to Oahu. Considérée comme les Championnats du Monde, cette course mythique est le rendez-vous incontournable pour les athlètes de haut niveau, une traversée exigeante qui ne se prend pas à la légère. Entre préparation physique intense, logistique complexe et conditions maritimes extrêmes, cette compétition représente l’Everest de la rame longue distance.

La genèse et le prestige d'une compétition légendaire

La Molokai to Oahu n'est pas née par hasard. La première édition de l’événement a eu lieu en 1997, conçue, à l'origine, comme un défi entre sauveteurs de l'île d'Oahu. Ce qui n'était qu'un challenge local s'est transformé, au fil des années, en l'une des compétitions les plus prestigieuses en stand-up paddle et stand-up paddle foil. Chaque année, le Ka’iwi Channel, ce bras de mer redoutable séparant les îles de Molokai et d'Oahu, devient le terrain de jeu des meilleurs rameurs de la planète.

Le tracé impose aux participants de rallier le Sud de l’île de Oahu depuis l’Ouest de l’île de Molokai, une distance de 65 kilomètres de pure navigation. Pour les sportifs, il s'agit d'une course au cœur d'un paysage unique, mais surtout d'un environnement hostile où la vigilance est constante. Ce ne sont pas des conditions de mer standard. Le parcours peut être assez plat, puis présenter des grosses houles, ou encore des courants croisés imprévisibles, exigeant une maîtrise totale de sa planche et de son foil.

Le défi des athlètes réunionnais : entre ambition et solidarité

Le rayonnement de cette compétition dépasse les frontières d'Hawaï et mobilise des sportifs issus de tous les horizons, y compris de l'Océan Indien. En juillet prochain, trois Réunionnais participeront à la course mythique de paddleboard "Molokai to Oahu" à Hawaii. Il s'agit de trois Maîtres-Nageurs Sauveteurs (MNS) : Laurent Morel, Nicolas Garçon et Frédéric Leal-Brotons. Âgés entre 35 et 47 ans, ces trois Réunionnais partagent une passion commune pour différents sports nautiques, ce qui les a amenés à se retrouver régulièrement dans des sorties en mer, tranquilles mais aussi extrêmes.

Leur préparation n’est pas le fruit du hasard. Ils ont été sélectionnés pour faire partie des 194 équipages en lice. Leurs ambitions sont claires : ils visent l’arrivée, mais surtout le podium de leur catégorie, le relais à 3. Pour soutenir ce projet, un appel aux soutiens est lancé. Une cagnotte publique sur la plateforme Leetchi a été créée, et des événements locaux permettent de fédérer le public réunionnais. À Trou d’Eau, à la Saline, une initiation adulte sera proposée, ainsi que des essais des différentes planches de rame. Par ailleurs, une "Hawaiian Party" est organisée au Hurley Surf Shop à la Souris Chaude, à Trois Bassins, avec au programme une présentation du projet, la diffusion d’un film de paddleboard, un repas polynésien et une soirée en musique.

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La rigueur technique du Paddle Foil : une discipline en pleine mutation

Parallèlement à la course en relais, d'autres athlètes s'engagent sur des formats en solitaire, notamment en SUP foil. C'est le cas d'Alexandre Janin et Clément Colmas, deux compétiteurs qui ont préparé méticuleusement la 26e édition de la Molokai to Oahu. Pour eux, le défi est colossal : 65 km de descente des vagues, ce qui représente au minimum deux heures de descente à haute intensité.

La logistique derrière une telle épreuve est impressionnante. La particularité de cette compétition est qu’il faut un bateau par personne qui suit chaque participant, soit près de 140 bateaux au total. Chaque rameur doit également disposer de matériel obligatoire, notamment une balise satellite pour assurer la sécurité sur ces 65 kilomètres en haute mer.

Clément Colmas, qui en est à sa troisième participation, souligne l'évolution spectaculaire de la discipline : "Le matériel a beaucoup évolué. Ça a permis de mettre plus de personnes à la discipline. Avant, c’était exclusivement des sportifs qui faisaient des courses de stand-up paddle, qui avaient les capacités physiques pour décoller les planches avec les foils. Maintenant, c’est devenu beaucoup plus accessible." Cette évolution technique, avec des foils de plus en plus adaptés à la taille des vagues hawaïennes (entre 580 cm2 et 720 cm2 de surface), a permis de transformer cette pratique extrême en une discipline plus ouverte, tout en conservant une exigence physique de haut niveau.

L'exigence de la haute performance face au champion du monde

La préparation physique pour une telle épreuve est d'une intensité rare. Les athlètes calédoniens, par exemple, ont enchaîné les exercices physiques d’une grande intensité depuis le début de l’année, dans une salle de sport de Ducos, et ont multiplié les descentes en stand-up paddle foil autour du territoire. Pour ces sportifs, la Molokai to Oahu est la référence absolue. Ils tentent, à travers cette course, de battre le champion du monde de la discipline : l’Hawaïen Edoardo Tanas, qui a bouclé la traversée l'année dernière en 2 heures, 2 minutes et 58 secondes.

Avant de s'attaquer au défi majeur du 20 juillet, les rameurs s'engagent dans des courses préparatoires comme la "Maui to Molokai" (40 km) et la "Paddle Imua" (12 km). Ces épreuves servent de mise en jambe pour apprivoiser le vent et la houle typiques de cette zone du Pacifique. Pour les athlètes comme Clément Colmas, le calendrier est chargé, avec des objectifs internationaux comme les Mondiaux ICF à Dubaï en fin d'année.

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