Nageurs d'exception : L'inspirant parcours de Théo Curin et les défis du haut niveau en natation française

La natation française regorge d'histoires de persévérance, de talent et de résilience, tant chez les athlètes valides que chez les para-athlètes. Ces parcours illustrent la détermination inébranlable nécessaire pour atteindre l'excellence et les défis inhérents au sport de haut niveau, qu'ils soient physiques, mentaux ou même structurels. Deux figures emblématiques, Théo Curin et Clément Mignon, offrent des perspectives distinctes mais tout aussi inspirantes sur ce que signifie être un champion dans l'univers exigeant de la natation.

Théo Curin : Quand la natation transcende le handicap

Le parcours de Théo Curin est une puissante démonstration de la capacité humaine à transformer l'adversité en force. Amputé des 4 membres à l’âge de 6 ans suite à une méningite foudroyante, Théo se met à la natation, défiant les pronostics et les limites imposées par son handicap. Sa rencontre avec Philippe Croizon, lui aussi amputé des quatre membres et athlète à records qui venait de réussir la traversée de la Manche à la nage, va être déterminante pour la suite de sa carrière. Cette rencontre le pousse à commencer la natation, malgré la phobie de l'eau qu'il a au départ. Il contracte une méningite à méningocoque de type C compliquée d'un purpura fulminans qui entraîne l'amputation de ses quatre membres à l'âge de six ans.

Évoluant dans la catégorie S5, il devient très vite l’un des grands espoirs français de la natation handisport. Sa carrière au niveau international débute en 2015 avec l'équipe de France lors des championnats du monde de natation handisport 2015 à Glasgow au Royaume-Uni. Il participe à ses premiers Jeux Paralympiques, à Rio, à l’âge de 16 ans seulement, après avoir amélioré son record de quatre secondes sur le 200 mètres nage libre en 2 min 44 s 79 lors des championnats de France de Montpellier de 2016. Ce temps lui permet de se qualifier pour ces Jeux paralympiques.

En 2021, après le report d'un an des Jeux paralympiques de Tokyo à cause de la pandémie de Covid-19 et les changements de classification de handicap dans sa catégorie, il renonce à participer aux Jeux Paralympiques de Tokyo pour se lancer un défi hors du commun : la traversée du lac Titicaca à la nage ! L'athlète paralympique invite l’ancienne nageuse Malia Metella et l'activiste écologiste Matthieu Witvoet dans cette aventure. Ensemble, ils se préparent à cette traversée de 122 km de nage en autonomie dans une eau à la température de dix degrés Celsius par un stage de survie à Tignes puis un stage en altitude à Font-Romeu-Odeillo-Via. Puis, seulement un an après, Théo se lance dans un second défi extrême : être le premier nageur en situation de handicap à participer au mythique marathon aquatique de Santa Fe-Coronda. Théo Curin est un véritable ambassadeur du mouvement paralympique et pour lui “tout est possible” ! Parallèlement à ses exploits sportifs, il fait ses études secondaires au lycée Valery-Larbaud de Cusset, ville proche de Vichy.

De l'eau au grand écran : L'influence médiatique de Théo Curin

Au-delà de ses performances sportives, Théo Curin a su s'imposer comme une personnalité médiatique incontournable, utilisant sa notoriété pour promouvoir l'inclusion et changer les mentalités. Il a eu une première expérience d'acteur en 2017 dans Vestiaires, avant de participer à trente épisodes de la série Plus belle la vie. Il a ensuite été à l'affiche d'un téléfilm, Handigang.

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Sa présence médiatique ne s'est pas limitée aux écrans, puisqu'il est chroniqueur à la télévision dans Le Magazine de la santé depuis 2019 et à la radio sur Virgin Radio depuis 2021. Entre 2023 et 2024, il anime aux côtés de Carole Gaessler l'émission Aux Jeux, citoyens ! Il est également présent dans la quotidienne Aux Jeux, citoyens ! en 2023-2024. Le 13 juin 2024, le quotidien Le Parisien a annoncé que Théo Curin sera le successeur de Cyril Féraud pour présenter le jeu télévisé Slam.

En 2019, il est devenu l'égérie de la marque Biotherm, propriété du groupe L'Oréal, renforçant ainsi son statut d'icône. En 2022, il a participé en tant que candidat, avec sa manager Anne, au jeu d'aventures Pékin Express sur M6, dans une saison spéciale célébrités intitulée Duos de choc. Il a aussi participé au jeu télévisé Fort Boyard sur France 2 en compagnie des animateurs Damien Thévenot et Camille Cerf, de la chanteuse Cindy Sander, de la comédienne Isabelle Vitari et de l'humoriste Nicole Ferroni. Ensemble, ils ont remporté 20 460 € pour l’association Handi'chiens. Son histoire est également racontée dans un ouvrage intitulé "La Chance de ma vie : J'ai fait de ma différence une force", publié chez Flammarion le 16 mars 2022.

Clément Mignon : Les hauts et les bas d'une carrière de champion

Dans un registre différent mais avec une intensité comparable, Clément Mignon a également marqué la natation française par son talent et sa persévérance, bien que son parcours soit jalonné d'obstacles propres aux athlètes valides de haut niveau. Sacré champion du monde en 2015 et champion d’Europe en 2016 avec le relais 4x100 m nage libre, Clément Mignon n’était pas en reste individuellement. Il a un palmarès impressionnant en relais 4×100 m nage libre, étant vice-champion Olympique 2016, champion du monde 2015, champion d’Europe 2014 et 2016. Il a remporté la médaille d’or du relais 4×100 m nage libre et celle de bronze du relais mixte aux Championnats d’Europe 2014. Il a brillé aux Championnats d’Europe 2016, remportant la médaille de bronze du 100 m en individuel ainsi que l’or du relais 4×100 m nage libre et le bronze du relais mixte.

En 2016, aux Championnats d’Europe à Londres, à trois mois à peine des Jeux de Rio, il avait été médaillé de bronze sur 100 m en 48 secondes 36. Son record personnel sur l’aller-retour, 48 secondes 01, en fait le quatrième performeur français hors combinaisons de l’histoire. Il a remporté la médaille de bronze du 100 m nage libre aux Championnats d’Europe 2016. Il a déclaré : « J’étais à un très bon niveau lors de ces Championnats d’Europe de Londres. Les séries et les demi-finales s’étaient très bien passées. Je suis arrivé en finale très motivé et confiant. Malheureusement, ça ne s’est pas passé exactement comme prévu. Le Hollandais m’a dépassé sur la touche et j’ai obtenu la médaille de bronze. J’avoue que je m’attendais à un peu mieux. Je me souviens être passé un peu pour un aigri dans mon interview d’après-course. Beaucoup de choses se passaient alors dans ma tête. »

Clément Mignon a également obtenu la médaille d’argent du relais 4×100 m nage libre des Jeux Olympiques de Rio 2016, au titre de sa participation aux séries. Il a expliqué une situation délicate concernant la sélection pour la finale : « La logique qu’on a toujours mis en place en équipe de France et qui a toujours bien marché, c’est que le ou les deux moins bons relayeurs du matin laissent leur place aux réservistes le soir pour la finale. Les managers de l’équipe de France, qui sont censés déterminer qui nage en finale, nous ont alors mis la pire colle possible ! Ça a été très compliqué parce que d’un côté, tu es un compétiteur et tu as vraiment envie de nager, et d’un autre côté, l’équipe passe avant tout et tu veux être honnête. J’ai expliqué que j’avais été à mon maximum le matin et que je ne savais pas si je pourrais faire mieux en finale. Je pensais que je ferais à peu de chose près le même temps. Fabien a eu exactement le même discours. Et au bout de 15 minutes, on n’était pas plus avancés. Romain Barnier (le Directeur des équipes de France de natation, ndlr) a alors pris la difficile décision et a expliqué qu’à niveau égal, il allait faire jouer l’expérience plutôt que la jeunesse. Deuxièmement, on a remporté la médaille d’argent et il nous a manqué quelques dixièmes pour l’or. C’est humain de se poser des questions et de se demander ce qui se serait passé si j’avais nagé. » Il se souvient également que « Romain Barnier est venu me voir après la finale et m’a dit : « Je suis désolé, j’ai choisi Fabien, j’ai préféré l’expérience à la fougue de la jeunesse, et je regrette cette décision ». J’ai répondu qu’il n’y avait pas eu de bonne ou de mauvaise décision, car rien ne pouvait garantir que je fasse mieux que lui. »

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Lors de ces Jeux Olympiques de Rio, il a aussi atteint la demi-finale du 100 m nage libre en individuel. Cependant, il a été globalement déçu de ses JO. « J’avais réalisé de belles performances aux Championnats de France et aux Championnats d’Europe en 2016 et ça n’a pas malheureusement pas été le cas à Rio. Je me suis qualifié aux JO en 48’’0 mais j’ai nagé en 48’’5 en demi-finales à Rio. J’ai fini septième de ma demi-finale et quatorzième au général. J’espérais mieux. C’était vraiment frustrant. J’ai donné tout ce que je pouvais pendant la préparation et pendant la course, mais je n’avais pas les armes supplémentaires pour aller plus vite. »

L'amertume des minima : La quête de qualification et les désillusions sportives

La carrière de Clément Mignon, comme celle de nombreux athlètes de haut niveau, a été marquée par la constante pression de la performance et de la qualification. Vainqueur de la finale du 50m nage libre, dimanche aux Championnats de France de natation à Strasbourg, Clément Mignon a échoué à réaliser les minima en vue des prochains Mondiaux à Budapest (23-30 juillet). Son sacre de champion de France du 50m nage libre, dimanche dans la piscine de Strasbourg, ne contentera pas le nageur tricolore. En effet, son chrono (22''34) ne le qualifie pas pour les prochains Mondiaux de Budapest, fin juillet, compétition dont il avait fait son principal objectif. Le français a failli ne pas nager jusqu’aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. En effet, sa baisse de régime après les Jeux de Rio l’a fait douter. Mignon souhaitait initialement nager jusqu’aux jeux Olympiques de Tokyo en 2020.

Derrière le rideau : Les réalités du sport de haut niveau et les Jeux Olympiques

Clément Mignon a également partagé une perspective plus sombre sur le monde du sport de haut niveau, notamment l'aspect commercial des Jeux Olympiques, une réalité souvent masquée par l'éclat des médailles. Il est arrivé à Rio avec beaucoup d’espoirs et d’étoiles dans les yeux, mais il a été très déçu de la réalité du monde sportif : « le sport est en fait un gigantesque business. Le CIO est une énorme structure. »

En tant qu’athlète, il a eu « l’honneur » de recevoir le manuel du parfait Olympien qui décrit toutes les règles à respecter. Il n’avait pas le droit de faire un direct sur ses réseaux sociaux car ce sont les droits TV qui en bénéficient. De plus, toutes les photos et les vidéos qu'il a prises pendant les JO et dans les infrastructures sportives étaient la propriété intellectuelle du CIO, qui pouvait donc les récupérer et les revendre. Les athlètes sont également obligés d’avoir tel ou tel équipement à telle ou telle heure de la journée.

Il y a aussi eu le scandale de Sun Yang, le nageur Chinois soi-disant non dopé mais dont tout le monde se doute qu’il a été dopé à cause de ses comportements plus qu’étranges. « Il a participé aux JO de Rio alors que cela faisait deux ou trois ans qu’il aurait dû être suspendu. Mais les Chinois représentent plus d’un milliard de téléspectateurs et il fallait que leur vedette soit présente pour qu’ils regardent les JO. Cet aspect financier et marketing m’a dégoûté. Mon rêve était d’aller aux JO mais j’ai déchanté. Ce n’était pas du tout ce que je pensais. Ça m’a fait beaucoup de mal personnellement. »

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Au-delà de ces considérations financières, les conditions d'accueil à Rio ont également contribué à sa désillusion. « Dans le bus pour rejoindre le Village Olympique, les anciens Olympiens m’ont dit : « tu vas voir, le Village Olympique est un endroit magnifique, on va s’éclater ! ». Mais quand on est arrivés au Village, les travaux n’étaient pas finis ! On n’avait pas de fenêtres. Les toilettes fuyaient constamment et il y avait 1 cm d’eau sur le sol de la salle de bain. »

Lors des Jeux Olympiques de Tokyo en 2021, il a participé à la finale du relais 4×100 m nage libre et la France a terminé sixième. C’était sa première finale Olympique. Il a souligné l'alchimie qui se créé en relais : « En relais, il y a vraiment une alchimie qui se créé. La natation est un sport individuel, et les moments partagés sont d’autant plus importants et ont un impact d’autant plus positif sur les membres du relais. Je me suis toujours bien entendu avec tout le monde. On est concurrents la plupart du temps et on se retrouve en relais avec une cause commune. Tout le monde encourage tout le monde. Les émotions sont multipliées et ce sont des moments extrêmement beaux. J’ai été ravi de retrouver ces moments à Tokyo, même si l’équipe était un peu moins performante et la concurrence était bien meilleure qu’à Rio. »

Cependant, les Jeux Olympiques de Tokyo ont eu lieu à huis-clos à cause de la pandémie de covid-19, et l’esprit olympique en a été altéré. « Malheureusement, il n’y avait pas grand-chose de l’esprit Olympique. On n’avait pas le droit de sortir du Village. Je suis un fan inconditionnel de Tokyo mais je n’ai pas pu revisiter la ville. Il y avait aussi une règle qui stipulait qu’il fallait quitter le Village Olympique dans les 48 heures après sa dernière course. Cela a un peu cassé l’esprit Olympique. Normalement, une fois ta compétition terminée, tu vas encourager les autres et faire la fête. On n’a pas du tout vécu ça à Tokyo. » Les deux seuls points positifs sur l’ambiance étaient le réfectoire et les pin’s. « Le réfectoire est une sorte de grand hangar avec un gigantesque self qui propose toutes les cuisines du monde. Tu t’y balades avec ton plateau et tu croises n’importe quel athlète de n’importe quelle nationalité comme si c’était M. ou Mme Toutlemonde. C’est génial ! A Tokyo, ils avaient ajouté des Plexiglas devant et sur les côtés des tables pour totalement isoler chaque athlète, mais l’ambiance était quand même présente. Il y avait aussi l’échange des pin’s des JO. Chacun reçoit de son Comité Olympique des pin’s et peut décider de les échanger avec qui il veut. Tu croises des gens avec une cinquantaine de pin’s sur l’accréditation ! »

La résilience du retour : Clément Mignon face à ses doutes et sa renaissance

Clément Mignon a connu des périodes particulièrement difficiles, le menant même à une première retraite temporaire. Il a eu deux années compliquées en 2017 et en 2018, et a décidé de mettre un terme à sa carrière en septembre 2018. « Après les JO de Rio, j’ai énormément douté et j’ai eu une période compliquée sportivement. Mes performances décroissaient de mois en mois, même si je m’entraînais deux fois par jour. C’était très difficile à accepter. L’apogée de cette période compliquée a été pendant les Championnats d’Europe de Glasgow en août 2018. Je m’étais qualifié de justesse. Lors des séries du relais 4×100 m, j’étais le premier relayeur et j’ai nagé en 50’’0, ce qui est un temps vraiment nul ! J’étais à bout physiquement et psychologiquement. J’avais un sentiment de honte pour mes performances et en plus de ça, j’ai eu le sentiment d’avoir saboté le relais. Cela m’a fait prendre conscience que c’était fini pour moi. J’ai alors officiellement arrêté ma carrière en septembre 2018. J’étais dégoûté de la natation et j’avais perdu confiance en moi. J’ai quitté Marseille et j’ai changé de vie. »

Cependant, cette retraite n'a été que temporaire. Il a repris sa carrière quelques mois plus tard. « Après les Championnats d’Europe de Glasgow, j’ai complètement arrêté le sport et j’ai commencé des cours dans une école d’ingénieur informatique. Mais en novembre, je me suis dit que je n’étais pas allé au bout et que j’avais encore des choses à faire en natation. J’ai appelé le Cercle des Nageurs de Marseille et j’ai expliqué que j’avais le projet de reprendre la natation. J’ai souligné que je savais pourquoi je voulais nager et que je n’avais plus rien à perdre. Ils m’ont répondu qu’ils croyaient en mon projet et que j’étais toujours le bienvenu au club. C’est le genre de mots dont j’avais besoin à ce moment-là. Ils m’ont dit qu’on allait casser les codes de ce que j’avais fait avant et aller le plus loin possible ensemble. » Le Cercle des Nageurs de Marseille lui a donné rendez-vous le 1er janvier 2019 pour le premier entraînement. Il se souvient avoir « fait une grosse fête pour le réveillon ! »

Ce retour fut marqué par une nouvelle approche. « En deux ou trois semaines, j’ai atteint un niveau comparable aux autres sprinteurs de mon groupe. Pour la première fois depuis de nombreuses années, j’ai participé à une compétition pour me faire plaisir. J’ai ensuite enchaîné les courses et j’ai retrouvé le sentiment de voir mes résultats s’améliorer. Je me suis rendu compte que du moment où j’étais bien dans ma tête, j’étais performant ! Les mathématiques, les calculs sur le nombre de kilomètres d’entraînement, sur la nourriture et sur le sommeil ne marchaient pas sur moi. » Il a même partagé une anecdote surprenante : « Les années où j’ai été le meilleur étaient les années où je suis le plus sorti dans les bars et en boîtes de nuit ! Théoriquement, ce n’est pas à faire. Mais c’était un deal que j’avais avec mon entraîneur car ça marchait. Je sortais une à trois fois par semaine. J’allais alors me coucher entre 1h et 3h du matin, et j’allais m’entraîner à 8h. Même si j’avais des cernes sous les yeux, je me dépassais à chaque entraînement. »

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