Le monde de la plaisance est riche en discussions passionnées, et rares sont les sujets qui suscitent autant de débats que l'évaluation d'un bateau. Le catamaran Bénéteau Blue II ne fait pas exception à cette règle, cristallisant autour de lui des opinions souvent divergentes, mais toujours empreintes d'une profonde connaissance du milieu maritime. Les questions reviennent régulièrement parmi les navigateurs : "Y en a-t-ils parmi vous qui ont? ou qui navigue encore sur ce catamaran BENETEAU BLUE II ?" Cette interrogation est le point de départ d'une exploration des multiples facettes de cette unité, qui, malgré son âge, continue de faire parler d'elle sur les pontons et les océans.
Témoignages et Premières Impressions : Un Bateau qui Ne Laisse Pas Indifférent
Dès les premières approches, il apparaît clairement que le Blue II est un bateau qui divise. Pour certains, l'expérience avec ce catamaran fut pour le moins décevante, le qualifiant sans détour de "bateau raté". Cette perception négative n'est pas attribuée à une mauvaise qualité de construction intrinsèque, mais plutôt à des choix de conception fondamentaux. Le grief principal avancé est sa masse, jugée excessive pour un multicoque : il est considéré comme "trop lourd". Cette caractéristique, inhérente à sa conception, est souvent liée à un autre point de critique majeur : sa rigidité. Le bateau est perçu comme "peu rigide (pour cause de 'démontabilité')", ce qui soulève des questions sur son comportement en mer et sa capacité à affronter des conditions difficiles avec la stabilité attendue d'un catamaran moderne.
Les formes de sa carène sont également pointées du doigt pour une spécificité peu appréciée : elles sont réputées "favoriser le tangage". Cette particularité se manifeste de manière particulièrement prononcée "au près dans le clapot, c'est un vrai rocking-chair", une métaphore évocatrice qui dépeint une navigation inconfortable et potentiellement fatigante pour l'équipage. À cela s'ajoute le reproche d'être "lent", un attribut souvent mal perçu pour un catamaran, généralement attendu pour ses performances véliques supérieures à celles d'un monocoque. L'aspect esthétique n'échappe pas non plus à la critique, certains le trouvant "laid", bien qu'il soit immédiatement précisé que "ça c'est subjectif", reconnaissant ainsi la dimension personnelle de l'appréciation visuelle. En somme, pour ses détracteurs, le Blue II "cumule tous les inconvénient des multis et ceux des monos, sans en avoir les qualités…" Une seule concession est faite à ses qualités, sa capacité à offrir de l'espace une fois amarré : "évidemment, au port, il est à peu près logeable…" Ce portrait initial brosse donc le tableau d'une embarcation jugée compromise dans son essence même, incapable de tirer pleinement parti des avantages inhérents à sa catégorie, tout en héritant des défauts des monocoques.
Expériences de Navigation : Entre Confort et Performances Réelles
Pourtant, cette vision d'un "bateau raté" est loin d'être universelle et se voit nuancée par d'autres témoignages, souvent basés sur des expériences de navigation concrètes et prolongées. Des récits de marins ayant croisé ces unités offrent une perspective différente. Par exemple, certains ont eu l'opportunité de rencontrer "deux récemment, manoeuvrés en solitaire et qui ont fait des traversées du pacifique largement meilleures que certains catas sortis ces dernieres années par des chantiers avec une grande expérience !" Cette observation remet en question l'étiquette de "lent" et suggère une facilité de manœuvre insoupçonnée pour un bateau de cette conception. Ainsi, il est avancé que l'on pourrait "les qualifier au moins de facile à manoeuvrer et rapides", ce qui contredit directement les critiques initiales de lenteur et de comportement maladroit. La capacité à réaliser des traversées océaniques, et ce en solitaire, témoigne d'une robustesse et d'une fiabilité qui ne transparaissent pas dans la description négative.
L'analyse comparative avec d'autres multicoques de l'époque apporte également des éclaircissements précieux sur ses qualités intrinsèques. Après avoir parcouru "900 MN sur la grande bleue en Blue 2", des utilisateurs ont pu dresser un bilan détaillé. Par rapport à des références telles que le Louisiane ou l'Edel Cat 35/36, le Blue II se distingue sur plusieurs points. Le "poste de barre extra (confort + sensibilité)" est particulièrement apprécié, un atout non négligeable pour le plaisir et la précision du pilotage, même sur de longues distances. Le carré offre également des aménagements louables, décrit comme "idem avec HSB à l'entrée", indiquant une bonne hauteur sous barrot dès l'accès, contribuant à une sensation d'espace et de bien-être à l'intérieur. Les couchages sont jugés "Ok avec 135 de large", offrant un confort suffisant pour la vie à bord. De plus, sa "motorisation adéquate pour les jours, nombreux, où le vent fait défaut" est un avantage pratique qui assure une autonomie et une fiabilité lorsque les conditions de vent ne sont pas favorables. En termes de vitesse, la comparaison se maintient : "Moins rapide que le Louisiane, grosso modo idem que l'Edel Cat, mais un confort général bien plus élevé." Ce confort accru est un argument de poids pour les navigations en croisière, compensant une éventuelle légère perte de vitesse par rapport à des modèles plus orientés performance.
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D'autres récits, plus personnels, viennent renforcer cette vision positive. Un ami, surnommé Jacquot, basé aux Sables d'Olonne, est cité comme un exemple de marin satisfait et expérimenté avec son Blue II. L'observation directe de sa navigation par un compagnon de route confirme que "ça marche pas mal", une expression qui, dans le jargon maritime, signifie une performance tout à fait respectable. Les souvenirs de "certaines soirées à l'escale, tranquillement posé dans le fond du port de Sauzon, entre autres ont été fort agréables à son bord…" évoquent l'atmosphère chaleureuse et la capacité du bateau à être un véritable foyer flottant, propice à la convivialité. Enfin, l'appréciation esthétique est également réhabilitée par certains, qui affirment, "contrairement à certains je trouve ce bateau très beau ; mais effectivement c'est subjectif." Cette dualité des perceptions met en lumière que, au-delà des fiches techniques, l'expérience humaine et l'attachement personnel jouent un rôle prépondérant dans l'évaluation d'un bateau.
Le Contexte Historique : L'Audace de Bénéteau sur le Marché des Multicoques
Pour comprendre pleinement la place du Bénéteau Blue II dans le paysage nautique, il est essentiel de se replacer dans le contexte de son lancement. L'année 1986 fut une période charnière pour le chantier Bénéteau, un acteur majeur de la construction navale. Cette année-là, le chantier ne se contentait pas de lancer "seulement la gamme Océanis, promise à un bel avenir", une série de monocoques de croisière qui allait définir une part importante de son identité pour les décennies à venir. En parallèle, Bénéteau opérait une incursion audacieuse et stratégique sur un segment de marché alors "très nouveau : le catamaran de croisière". Cette démarche était concrétisée par l'introduction du Blue II, qui fut d'ailleurs "présenté dans ce petit film publicitaire d’époque", témoignant de l'importance que le chantier accordait à ce projet novateur.
Cette incursion dans le monde des multicoques n'était pas anodine pour Bénéteau. À cette époque, "on ne produisait des voiliers monocoques de croisière que depuis une dizaine d’années" au sein du chantier. Le fait de se lancer dans la conception et la commercialisation d'un catamaran représentait donc un virage technologique et commercial significatif. La motivation était claire : le chantier "ne voulait pas rester à l’écart de la vague des multis", un mouvement de fond dans l'industrie nautique qui voyait les catamarans gagner en popularité auprès des plaisanciers en quête d'espace, de stabilité et de performances différentes.
Pour concrétiser cette ambition, le "chantier de Saint-Gilles-Croix-de-Vie a donc demandé à Philippe Briand les plans d’un cata d’une dizaine de mètres". Le choix de Philippe Briand, un architecte naval de renom, souligne la volonté de Bénéteau de s'entourer des meilleurs talents pour ce projet d'envergure. La taille d'une dizaine de mètres positionnait le Blue II comme un catamaran de croisière familial, accessible à un large public. Un fait notable, qui accentue le caractère unique de cette entreprise pour le chantier, est que le Blue II "est d’ailleurs resté le seul cata jamais vendu sous la marque Bénéteau, jusqu’à présent". Cette singularité confère au Blue II un statut particulier dans l'histoire de Bénéteau, en faisant un précurseur isolé dans le domaine des multicoques de la marque, marquant une étape importante dans l'évolution de l'offre du constructeur, même si elle n'a pas été suivie immédiatement par d'autres modèles.
Le Blue II sous l'Objectif de la Presse Spécialisée : Essais et Comparatifs d'Époque
L'arrivée du Bénéteau Blue II sur le marché n'est pas passée inaperçue dans la presse spécialisée, qui a rapidement cherché à évaluer cette nouvelle proposition. C'est ainsi que "Luc Le Vaillant (l’homme des portraits de Libération) qui avait essayé pour Voiles et Voiliers le tout premier cata Bénéteau". Son essai, intitulé de manière évocatrice "La conquête de l’espace", fut "publié dans le numéro 186 de notre magazine, daté février 1986". Cette publication témoigne de l'intérêt immédiat que suscitait ce catamaran, d'autant plus qu'il représentait une nouveauté pour un chantier tel que Bénéteau, traditionnellement associé aux monocoques. La mention réitérée de "L’essai du catamaran Bénéteau « Blue II » dans le Voiles et Voiliers numéro 180, février 1986" sur différentes "double page" confirme l'importance et l'ampleur de la couverture médiatique accordée à ce lancement. Les journalistes et experts maritimes se sont penchés sur chaque détail de cette nouvelle unité, cherchant à en comprendre les innovations, les compromis et les performances réelles en mer.
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Plus tard, en septembre 1987, un "nouvel essai, sous forme de comparatif cette fois (signé Pierre-Jean Soler, pour le texte et les photos), dans le numéro 199" de Voiles et Voiliers, est venu approfondir l'analyse du Blue II. Le thème central de ce comparatif était une question fondamentale qui animait alors le monde de la plaisance : "monocoque ou catamaran ?" Pour cette confrontation, "Le Blue II était confronté à un Ovni 32 (dériveur intégral du chantier Alubat)". Ce choix de l'Ovni 32 n'était pas anodin, car il s'agissait d'un monocoque réputé pour sa robustesse, sa capacité d'échouage et ses aptitudes à la grande croisière. Les "double page" dédiées à ce comparatif dans le "Voiles et Voiliers de septembre 1987 (numéro 199)" offrent un éclairage précieux sur les caractéristiques distinctives de chaque type de bateau et sur la manière dont le Blue II se positionnait face à un représentant solide de la concurrence monocoque.
Un point commun notable entre les deux embarcations était leur capacité à s'adapter à des situations spécifiques de navigation côtière : "Les deux bateaux pouvaient échouer, au moins." Cette caractéristique, essentielle pour l'exploration de mouillages peu profonds ou la réalisation d'entretiens à sec, était une qualité partagée qui les rendait polyvalents pour certains types de programmes de navigation. Mais c'est sur le plan des performances que le comparatif a révélé des nuances intéressantes. "Pour ce qui est des performances… Le Blue II, avec ses emménagements intérieurs complets, pesait tout de même plus de 3 tonnes, donc pas beaucoup moins que l’Ovni 32 (4 tonnes)". Bien que le Blue II soit un multicoque et donc potentiellement attendu comme plus léger, sa conception avec "ses emménagements intérieurs complets" le rendait relativement lourd, se rapprochant du poids d'un monocoque de taille comparable. Cependant, malgré cette masse, un avantage significatif fut mis en évidence : le Blue II "allait quand même bien plus vite au louvoyage par petit temps". Cette observation est cruciale, car elle souligne une qualité de performance vélique supérieure dans des conditions de vent léger, un atout indéniable pour les navigations estivales ou dans des zones où les brises sont modérées.
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