Au cœur de l'histoire maritime des Sables-d'Olonne, en Vendée, réside une embarcation qui, bien que modeste par sa taille, incarne un esprit de navigation et de patrimoine profondément ancré : l'Olonnois. Ce petit canot à voile, dont la silhouette évoque à la fois le labeur maritime d'antan et la simplicité de la plaisance authentique, a su, au fil des décennies, se forger une réputation de robustesse et de charme. Né sous le crayon d'un architecte visionnaire, Clément Dubernet, dans les années 1960, l'Olonnois représente bien plus qu'un simple voilier ; il est un témoignage vivant d'une époque charnière dans la construction navale et un symbole du dynamisme nautique local.
Sa présence est si marquante qu'il attire l'attention même des non-initiés, comme en témoigne l'expérience de Bénédicte et son mari. Bien que ni marins ni navigateurs de profession, leur installation aux Sables-d'Olonne en 2013 pour des raisons professionnelles les a conduits, par hasard, à une découverte significative. En se promenant sur le port, ils ont eu la surprise de découvrir le ponton qui regroupe ces voiliers si particuliers, une vision qui révèle instantanément l'importance de cette flottille pour la communauté locale. L'Olonnois est, en effet, un bateau emblématique des Sables-d’Olonne, une icône flottante qui continue de naviguer et de raconter son histoire à chaque sortie en mer.
Genèse et Conception : L'Héritage de Clément Dubernet
L'histoire de l'Olonnois débute formellement dans les années 1960, une période de transition où la construction navale française connaissait d'importantes évolutions. C'est dans ce contexte que Clément Dubernet, un architecte naval au talent indéniable, a donné vie à ce qui allait devenir une figure de proue de la plaisance locale. Le génie de Dubernet a résidé dans sa capacité à concevoir une embarcation qui, malgré son apparence rustique et potentiellement trompeuse, était intrinsèquement destinée aux joies de la navigation de loisir. S'il ressemble à un voilier de travail, c'est pour la plaisance qu'il a été dessiné. Cette dualité dans sa conception est une caractéristique fondamentale de l'Olonnois, lui conférant une esthétique à la fois authentique et fonctionnelle, et le distinguant des productions plus contemporaines.
La première présentation officielle de l'Olonnois eut lieu lors du prestigieux Salon Nautique de Paris en 1960. Cet événement majeur du calendrier nautique a marqué un point de départ fulgurant pour le canot de Dubernet. L'accueil fut des plus enthousiastes, à tel point que 25 exemplaires furent commandés dès cette première exposition. Ce succès initial témoigne non seulement de l'attrait immédiat du design mais aussi de la pertinence de l'offre pour une clientèle en quête de simplicité, de robustesse et de plaisir nautique. Le canot pêche promenade, comme il est également défini, répondait parfaitement aux aspirations de nombreux plaisanciers désireux d'une embarcation polyvalente, apte à la fois aux sorties de pêche occasionnelles et aux promenades en mer. Sa robustesse, combinée à une conception pensée pour la simplicité d'utilisation, a immédiatement séduit.
La période de production de l'Olonnois s'étend de 1960 à 1976. Durant cette quinzaine d'années, c'est près de 150 Olonnois qui ont été construits. Les archives de l'époque, complétées par les recherches menées par les passionnés, révèlent que 149 voiliers sont sortis du chantier local, un chiffre qui souligne la popularité durable de ce modèle. Cette production s'est déroulée à une époque charnière avant l’essor du polyester, une période où la construction navale était encore fortement influencée par les techniques traditionnelles et l'usage du bois comme matériau principal. La construction de l'Olonnois, souvent en contreplaqué marine, s'inscrivait dans cette tradition tout en exploitant des techniques plus modernes pour l'assemblage, permettant une production en série pour l'époque. La persistance de ces bateaux aujourd'hui est un vibrant hommage à la qualité de leur conception et de leur fabrication, mais aussi à la vision de Clément Dubernet, dont l’œuvre perdure à travers ces canots indémodables.
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Caractéristiques Physiques et Architecture Navale
L'Olonnois se distingue par des caractéristiques physiques qui le rendent immédiatement reconnaissable et contribuent à sa renommée. Il s'agit avant tout d'un petit canot à voile, une désignation qui souligne sa dimension modeste et son accessibilité. Plus précisément, ses spécifications architecturales révèlent un canot ouvert de 5 m de long. Cette longueur de cinq mètres, idéale pour un bateau de plaisance côtière, offre un équilibre parfait entre maniabilité et stabilité, permettant à l'embarcation de naviguer confortablement dans des eaux variées, qu'il s'agisse de la baie des Sables-d'Olonne ou de plans d'eau intérieurs. Sa nature de canot ouvert implique un cockpit spacieux, sans pontage intégral, ce qui favorise les interactions à bord et la convivialité, des atouts non négligeables pour les promenades en famille ou entre amis.
Le gréement de l'Olonnois est une autre de ses particularités notables. Il est gréé avec une corne, une configuration traditionnelle qui lui confère une silhouette classique et élégante, rappelant les voiliers de travail d'autrefois. Le gréement à corne est réputé pour sa capacité à porter une surface de voile importante sur une hauteur de mât relativement réduite, ce qui contribue à la puissance et à la stabilité du bateau sous voile. Ce choix technique, bien que demandant une certaine maîtrise lors des manœuvres, participe pleinement au caractère marin de l'Olonnois et à son comportement rassurant en mer. La voile au tiers ou à corne, typique des bateaux de travail des côtes atlantiques, renforce cette impression de robustesse et de capacité à affronter des conditions variées.
Au fil du temps, l'architecture de l'Olonnois a connu une évolution mineure mais significative, répondant aux besoins croissants de confort et de polyvalence des plaisanciers. Initialement conçu comme un canot entièrement ouvert, il a par la suite été équipé d'une petite cabine. Cette adjonction a transformé l'expérience de navigation, offrant un abri sommaire mais précieux contre les intempéries ou un espace de rangement sécurisé pour l'équipement. L'intégration de cette cabine, souvent discrète et bien proportionnée, n'a pas altéré l'esthétique générale ni les qualités nautiques du bateau, mais a plutôt enrichi son potentiel d'utilisation. Cette capacité d'adaptation du design original de Clément Dubernet est une preuve supplémentaire de la pertinence de sa conception, permettant à l'Olonnois de rester pertinent pour les plaisanciers à travers les époques. Les spécifications techniques et l'évolution de son aménagement intérieur et extérieur confirment sa place de choix comme un canot pêche promenade idéal, combinant l'héritage des bateaux traditionnels avec une fonctionnalité adaptée à la navigation de plaisance moderne.
Production et Diffusion : Une Flottille Historique et une Communauté Active
La production des Olonnois, bien que concentrée sur une période relativement brève de 1960 à 1976, a été suffisamment substantielle pour laisser une empreinte durable sur le paysage nautique des Sables-d'Olonne et au-delà. Avec près de 150 Olonnois construits, ou plus précisément, 149 voiliers sortis du chantier local, la diffusion de ces canots a permis de créer une véritable flottille, dont l'existence même témoigne de la qualité intrinsèque du design de Clément Dubernet. Ces chiffres, impressionnants pour un bateau de cette catégorie et de cette époque, illustrent la popularité immédiate et soutenue du modèle auprès des plaisanciers. Le fait qu'il soit né dans un chantier local ajoute une dimension particulière à son identité, le liant indissolublement à son port d'attache.
L'Olonnois n'est pas seulement un ensemble de spécifications techniques ou un objet historique ; il est le cœur d'une communauté vibrante. La vitalité de cette flottille est en grande partie due à l'action de l'Amicale des Olonnois et Bélesbats, une association née en 1964. Cette amicale réunit non seulement les propriétaires d'Olonnois mais aussi ceux de Bélesbats, une autre déclinaison d'un bateau pêche-promenade également conçu par Dubernet. Cette structure associative joue un rôle crucial dans la préservation et la promotion de ce patrimoine maritime. Elle crée un lien social fort entre les propriétaires, facilitant le partage d'expériences, de connaissances techniques et l'organisation d'événements.
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L'association mène également des recherches actives pour retrouver des exemplaires de ce bateau fétiche. Ce travail de détective maritime est essentiel pour reconstituer l'histoire complète de la production et de la diffusion des Olonnois, mais aussi pour sauvegarder les unités existantes qui pourraient être dispersées ou en besoin de restauration. L'engagement de l'Amicale a porté ses fruits, comme le souligne Loïc Ourgaux, le président de l'association, qui note avec fierté : « Actuellement, nous sommes la plus grosse flottille d’Olonnois avec plus de 50 bateaux ». Ce chiffre est remarquable et témoigne de la réussite des efforts de l'association pour rassembler et maintenir en état de navigabilité un nombre significatif de ces voiliers historiques.
Cependant, la famille des coques de Clément Dubernet est un peu dispersée, ce qui rend le travail de l'Amicale d'autant plus important. Même si l’association a déjà repéré de nombreux modèles, il reste sans doute d'autres Olonnois à découvrir, cachés dans des granges, des jardins ou des ports lointains. Chaque nouvelle découverte est une victoire pour la préservation de ce patrimoine. La flottille des Olonnois, forte de cette communauté dévouée, participe à de nombreux événements locaux et navigue lors de rassemblements de bateaux traditionnels, assurant ainsi la visibilité et la pérennité de ces embarcations. Ces participations ne sont pas seulement l'occasion de montrer ces beaux bateaux, mais aussi de partager leur histoire, de sensibiliser le public à leur importance et d'attirer de nouveaux passionnés dans le cercle des amoureux de l'Olonnois. Ces rassemblements sont des moments privilégiés où l'héritage de Dubernet prend vie sur l'eau, démontrant que l'Olonnois, loin d'être une relique du passé, est un bateau vivant et pleinement intégré dans la vie nautique contemporaine.
Qualités Nautiques et Expérience de Navigation : L'Éloge de la Stabilité Marine
Au-delà de son histoire et de ses caractéristiques physiques, l'Olonnois se distingue par ses qualités nautiques qui sont unanimement appréciées par ceux qui ont le privilège de le barrer. Conçu pour la plaisance, ce petit canot à voile offre une expérience de navigation à la fois douce et sécurisante, loin des sensations parfois plus extrêmes d'autres types de voiliers. Sa conception, fruit de l'ingénierie de Clément Dubernet, visait à créer un bateau fiable et prévisible, capable d'offrir du plaisir sans sacrifier la sécurité.
Cette robustesse et cette stabilité sont des atouts majeurs qui reviennent fréquemment dans les témoignages des propriétaires. Allard Jongsman, un membre actif de l'association, le formule avec éloquence : « Ce que j’apprécie dans l’Olonnois c’est que c’est un bateau marin dans lequel je ne vais pas chavirer comme sur un dériveur ». Cette comparaison est révélatrice ; elle met en lumière une des forces principales de l'Olonnois. Contrairement aux dériveurs légers, parfois plus instables et exigeants en équilibre, l'Olonnois est conçu pour pardonner les erreurs et rassurer ses occupants. Sa coque, probablement lestée ou de forme stable, lui confère une grande capacité à résister aux mouvements de roulis et à maintenir sa verticalité, même dans des conditions de mer légèrement agitées. Cette qualité "marine" est essentielle pour une navigation de plaisance familiale ou de promenade, où la sérénité à bord est primordiale.
François, un autre propriétaire, affectionne quant à lui les qualités nautiques de cette petite barque à voile, confirmant l'attrait pour son comportement sur l'eau. Ces qualités se traduisent par une bonne tenue au vent, une capacité à bien remonter au près (contre le vent) et une facilité à barrer, même pour des navigateurs moins expérimentés. Le gréement à corne, tout en étant traditionnel, contribue à la puissance motrice de la voile, permettant à l'Olonnois d'avancer efficacement sans être excessivement gîtard (penché sur le côté). La conception de la coque, un canot pêche promenade, est optimisée pour naviguer dans des eaux côtières, souvent sujettes à un clapot court et rapide, où la capacité à "passer la vague" sans taper est un confort apprécié.
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Ces qualités nautiques font de l'Olonnois un choix privilégié pour les sorties en mer traditionnelles. La flottille des Olonnois participe à de nombreux événements locaux et navigue lors de rassemblements de bateaux traditionnels. Lors de ces manifestations, les Olonnois démontrent leur aptitude à évoluer en harmonie avec d'autres embarcations d'époque, mais aussi à tenir leur rang en termes de performance et de comportement marin. Leur participation à ces rassemblements n'est pas seulement une démonstration esthétique ; c'est une preuve vivante de leur navigabilité continue et de la validité du design de Dubernet. L'expérience de navigation à bord d'un Olonnois est une immersion dans un passé où la simplicité des formes se conjuguait à l'efficacité et à une profonde compréhension des forces de la mer, offrant aux marins d'aujourd'hui un plaisir intemporel et une connexion authentique avec le patrimoine maritime.
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