L'univers du tatouage au Brésil : Entre art, passion et remises en question

Le Brésil occupe une place particulière dans l’imaginaire collectif lié au tatouage. Entre une culture du sport intense, une influence numérique massive et des parcours de vie marqués par des transformations radicales, le pays offre un spectre complet de ce que représente l’art corporel à notre époque. Si le tatouage est devenu un phénomène de société globalisé, il se heurte parfois à des limites physiques et psychologiques, comme en témoignent des histoires dramatiques ou des revirements de vie spectaculaires.

La montée en puissance d'une culture visuelle

La passion brésilienne pour le tatouage n’a pas été graduelle, il y a eu un déclic. Daniel Tucci, 46 ans dont 25 consacrés à l’art du tatouage, est une référence dans le petit milieu des tatoueurs cariocas. Pour lui, le boom du tatouage est lié à Internet : les gens cherchent des tatouages, ont accès en permanence à ce qui se fait aujourd’hui. Instagram, c’est un gigantesque portfolio en ligne de millions d’artistes. Il y a 25 ans, le tatouage était beaucoup plus marginal. Il y avait des groupes de metal qui commençaient à être très populaires, à sortir de la marge, et le tatouage a suivi ce mouvement.

Il ajoute que le phénomène est également lié au football. À la Coupe du monde 2002, on a vu arriver des joueurs européens avec les bras complètement tatoués. C’était la première apparition publique de gens très tatoués dans un événement mainstream. Lors du Mondial 2006, on a vu cette fois des joueurs brésiliens évoluant en Europe être tatoués. Ce sont des idoles pour les Brésiliens. Le joueur de football au Brésil, c’est une idole, pour toutes les classes sociales. Neymar par exemple est tatoué de la tête aux pieds. Le Brésilien moyen a vu ça, et s’est dit c’est génial, je veux en faire autant. C’est courant d’essayer de refléter le style de vie de ses idoles.

Réalités et risques de l'art corporel

Qu’il soit de petite ou grande taille, le tatouage est une effraction cutanée pouvant constituer une porte d’entrée pour de nombreux germes infectieux dont les hépatites B et C ou le VIH. Pour prévenir les risques, le tatoueur qui réalise le geste doit impérativement être un professionnel respectant scrupuleusement les règles d’hygiène et d’asepsie. Le tatouage doit être réalisé sur une peau saine. Il est contre-indiqué chez les patients hémophiles, fragilisés par une affection chronique, cicatrisant mal ou allergiques aux produits utilisés.

Le drame récent entourant l'influenceur Ricardo Godoi illustre les dangers insoupçonnés liés à ces pratiques. Ses 226.000 followers sont sous le choc : leur « idole », l’influenceur brésilien Ricardo Godoi, surtout connu pour ses photos de voitures de luxe, s’est éteint à 45 ans le lundi 20 janvier 2025, a annoncé son agence de talents dans un message posté sur son compte Instagram. Ce décès est survenu alors que Ricardo Godoi venait de subir une anesthésie générale pour se faire tatouer l’intégralité du dos. « Il a fait un arrêt cardiaque », rapporte Le Parisien.

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Le processus de détatouage et le regret

À l’opposé de la frénésie esthétique, certains choisissent la marche arrière. L’ex-« homme le plus tatoué du Brésil » Leandro de Souza a déjà effacé plus de 170 tatouages, affirmant « regretter » ce passé et sa « vie d’excès ». Originaire de Bagé, Leandro de Souza, 36 ans, a entrepris un long processus pour effacer plus de 170 tatouages couvrant 95% de son corps. Photographe de profession, il avait reconnu auprès de CNN Brasil que son apparence l’avait freiné dans ses recherches d’emploi, le contraignant un temps à vivre dans un foyer pour sans-abri.

Il explique avoir perdu goût aux tatouages il y a deux ans, au moment où il s’est rapproché du christianisme évangélique. « Je ne me sentais pas bien dans ma peau, je n’étais plus en paix avec eux », détaillait-il à O Globo. « C’était un monde d’excès du passé qui ne me servait plus à rien. Je me sentais comme une attraction de cirque ». Le processus reste extrêmement douloureux, malgré les anesthésiants : « C’est le prix de mes erreurs passées », dit-il. Pour réparer une erreur de jeunesse, il existe des lasers dermatologiques de détatouage qui peuvent donner de bons résultats. Comptez entre 2 et 10 séances en fonction de la nature du tatouage. Parlez-en à votre dermatologue.

La dualité entre surf, style et performance

Dans le microcosme du surf, le tatouage a suivi une évolution marquée. Après avoir été l’apanage de surfeurs polynésiens et de rebelles comme Matt Archbold ou Christian Fletcher, le tatouage s’est largement démocratisé. Il arrive maintenant à de jeunes surfeurs de bonne famille de revenir de Tahiti avec un beau tattoo en guise de souvenir de vacances. On est bien loin ici de la signification d’appartenance tribale que pouvait revêtir le tatouage sur de grands chefs de guerre des temps immémoriaux. Ce qui séduit aujourd’hui, c’est avant tout le côté esthétique de cet art corporel.

L'un des visages les plus connus du surf mondial, Italo Ferreira, incarne cette nouvelle génération de sportifs complets. C'est peut-être ses racines brésiliennes, ou son côté surfeur cool kid, ou bien les deux, qui font qu'Italo Ferreira a toujours le sourire. Champion du monde de la World Surf League en 2019, premier champion olympique de surf en 2021, à 27 ans le brésilien se classe en début de saison à la 10ème place du classement mondial. Quand on l'interroge sur sa préparation, il explique : « Si je n'ai fait qu'une seule session de surf dans la journée, je fais au moins une séance de sport à côté. J'ai besoin d'être fort et en forme, et le sport aide énormément. »

Perspectives techniques et professionnelles

Pour les professionnels, la maîtrise du dessin reste la clé de voûte de la pérennité du métier. Daniel Tucci note : « La grande différence entre un bon et un mauvais tatoueur, c’est la qualité de son dessin. Il y a des gens qui n’ont pas cette capacité, qui ne s’y intéressent même pas. Et puis il y a les questions sanitaires qu’un tatoueur doit connaître. Moi je doute qu’un tatoueur qui ne fait pas l’effort d’apprendre à dessiner fasse l’effort de se former sur la sécurité ».

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Aujourd’hui, vous pouvez commander sur Internet tout le matériel dont vous avez besoin pour tatouer et être livré en trois jours. Résultat, la grande majorité des tatoueurs ne sont pas prêts à exercer ce métier. Dans la zona sul, on va voir du travail de meilleure qualité, sans préjugés. Mais ce n’est pas qu’une question de pouvoir d’achat. Il y a des super tatoueurs partout. Je connais des gens qui travaillent très bien dans la Baixada fluminense, et bien sûr qu’ils ne facturent pas autant que le gars qui tatoue à Leblon. Et avec eux vous aurez un travail aussi bien fait, si ce n’est meilleur. Il faut juste faire le déplacement et aller jusqu’à la Baixada.

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