L’art de surfer sur les vagues de la vie : une philosophie de l’existence

L’été dernier, je faisais mes premiers pas en tant que wanna be surfeuse. Ce sport m’a toujours attiré, les surfeurs, l’esprit bohème, les road trip pour aller chercher le meilleur spot de surf et les couchers de soleil sur la plage mais je ne pensais pas qu’il était ancré en moi. Lors de mes premières tentatives, être sur une planche a été une vraie révélation et la citation “la vie est une beach, apprend à surfer”, n’a jamais autant résonné en moi que durant cette été. En repensant à tous ces jolis souvenirs, j’ai voulu prendre le clavier pour rédiger un petit billet d’humeur plein d’optimisme et de rêverie face aux obstacles que l’on rencontre dans la vie. La vie est à l’image de l’océan, c’est un flux perpétuel de hauts et de bas. Dans notre quête de bien-être et de sérénité nous cherchons souvent à stabiliser le flux et à éviter les tempêtes. Et si la clé n’était pas dans le contrôle mais dans l’art d’apprendre à surfer ?

La danse avec les éléments : comprendre la dynamique des vagues

Tu entends le bruit des vagues et leur va et vient, tu observes leurs brisures lorsqu’elles terminent avec fracas leur course sur le sable blanc. Elles forment une mousse ivoire dans laquelle tous les rêves se dessinent. Quand tu regardes au loin, le soleil t’éboulit et tu te prends à espérer être parmi eux. Tu les vois surfer, ils glissent sur l’eau comme si la mer était leur terrain de jeu. Tandis que certains attendent et observent dans le flot perpétuel des vagues, d’autres tentent leurs chances et se hissent sur leur planche en espérant avoir fière allure. Pour quelques-uns ce sera la douche froide, la chute et les rouleaux tandis que d’autres vont surfer les vagues comme des pros. Fini de rêvasser, il est temps d’y aller.

Une vague, ça se trouve soit à la mer ou au bord de l’océan ou au bord d’un lac. C’est quand de l’eau se lève à cause du vent ou des courants ou d’autres phénomènes. Mais bon, toi, tu te trouves sur la terre, au bord de l’eau ; en face de toi, il y a de l’eau et tu as de l’eau qui se lève, souvent à cause du vent. On appelle ça une vague. On a tous vu des vagues dans notre vie. Le surf est une libération des tensions explosives de la vie au XXe siècle, une évasion du monde urbain bruyant et animé de l’acier et du béton, un retour à la réalité de la nature. Le surf est le symbole de la vie. Les personnes sont des vagues ; oui, c’est ça.

Le courage de se lancer : du sable à l’immensité

Tu as ta planche sous le coude, tes pieds nus s’enfoncent dans le sol à chacun de tes pas, des grains de sable chaud se faufilent entre tes orteils et te réchauffent les pieds. Tu as quelques bases mais ce qu’il va te falloir, c’est du courage. Arrête de penser au pire, lance-toi et tu verras ! Tu cours tant bien que mal dans le sable. C’est une épreuve, le challenge commence avant la mise à l’eau. Ton objectif ? Rejoindre ceux que tu voyais au loin afin de saisir une opportunité, une vague, la vague qui te fera surfer comme une néréide ou comme un kéké, car il suffit d’une vague pour rencontrer le succès. Si tu en es arrivé là il n’est pas question de décliner l’invitation iodée tendue par l’océan.

Ça y est, tu es enfin assise sur ta planche les pieds dans l’eau à caresser les vagues. Tu n’es pas venue jusqu’ici pour bronzer, tu n’as pas traversé la plage de sable chaud pour abandonner et te laisser aller. Alors prends ton courage à deux mains et regardes au loin. Visualise ton objectif : apprendre et surfer les vagues comme jamais ! Avant de te lancer, voici un petit conseil pour relativiser sur tes chutes à venir, car je te préviens, il y en aura des tas. Vois les vagues comme des opportunités à saisir. Chacun des surfeurs installés à tes côtés va tenter d’attraper la sienne car ils sont ici pour atteindre le même objectif que toi. Dernière information et pas des moindres : il y a une règle à respecter : une vague = un surfeur, ce qui signifie que si tu n’essaies pas, un autre le fera à ta place.

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L’apprentissage par l’échec : la résilience sur la planche

La mer commence à se lever, tu la sens s’activer. L’eau remonte jusqu’au bas de tes cuisses. Tes genoux et ta planche sont un peu recouverts d’eau. Ne t’inquiètes pas, tu ne vas sombrer, tu flottes ! Les vagues se rapprochent de toi, c’est bientôt ton moment de gloire, tu le sens au plus profond de tes entrailles. On répète la choré comme à l’entraînement, prépare-toi à danser avec les vagues. Tu t’allonges à plat ventre sur ta planche, en direction de la plage. Tu poses tes mains l’une après l’autre en position de pompes de part et d’autre de la poitrine. Tu jettes des coups d’oeil furtifs en arrière, tu sens ta planche danser au même rythme que l’eau, se soulever puis être légèrement aspirée vers l’arrière par l’attraction de la mer comme un vieux radeaux.

La vague que tu veux saisir arrive. Elle est encore petite, c’est une bosse au milieu d’autres. Au fur et mesure de sa course effrénée, elle se lève peu à peu et t’aspire de plus en plus, tu sens sa puissance grandir. PATATRA ! La vague t’as submergé, avalé avant de te recracher. Tu l’as mal appréhendé, le poids de ton corps était trop vers l’avant, tu as plongé, nose* le premier ! Fichue vague. Tu te voyais déjà te tenir sur ta planche à la Kai Lenny comme une hawaïenne sur une vague monstrueuse. Le principal c’est que l’intention y était. Il n’est pas l’heure de t’apitoyer sur ton sort. Tu y es retournée comme une guerrière, tu peux en être fière. Il y a de grandes chances pour que les vagues te mangent une nouvelle fois mais tu vas y arriver à force de persévérer. Aies confiance et fais-toi aider. Demande à des surfeurs plus aguerris ce qui ne vas pas dans ta façon de faire car dans la mer pas de miroir pour te corriger par toi-même ni de replay.

La signification profonde : "surfer sur la vague"

Quand tu imagines un surfeur debout sur sa planche qui glisse sans effort et que tu ramènes ça dans un sens un peu plus figuré, un peu plus imagé, tu obtiens le sens de “surfer sur la vague” tel qu’on l’utilise en français, qui veut dire “profiter d’une occasion”, “avancer”, “glisser vers une opportunité grâce à un environnement favorable, à des conditions favorables”. Tu as vraiment ici l’idée de glisser sans effort, tel un surfeur sur des vagues. Alors bien sûr, le surfeur, il fait un effort pour rester debout, mais toi, quand tu le regardes, tu as l’impression que le surfeur ne fait pas d’effort, qu’il glisse sur la vague. C’est ce qu’on entend quand on dit “surfer sur la vague”. On profite d’une occasion, on avance, on glisse vers une opportunité grâce à un environnement favorable.

Comme le dit Bethany Hamilton, championne de surf ayant perdu son bras gauche suite à une attaque de requin : « la vie ressemble beaucoup au surf… Quand vous êtes pris dans la zone d’impact, vous devez simplement vous relever. Parce qu’on ne sait jamais ce qu’il peut se passer sur la prochaine vague… ! » Le véritable enjeu n’est pas d’éviter ces vagues de doute, de perte et du changement mais d’apprendre à les traverser avec une pleine conscience aiguisée et une résilience à toute épreuve. Ce chemin profondément ancré dans une spiritualité moderne et accessible mène à une harmonie intérieure durable. Un des grands enseignements de la spiritualité pratique est de trouver le point d’équilibre entre le lâcher-prise et l’action. Trop de lâcher-prise peut virer à la passivité et à la résignation. Trop d’action sans écoute, mène au burnout. La sagesse est de discerner le moment où il faut simplement “être”, accepter, respirer, laisser passer la vague et le moment où il faut “faire”, prendre une décision, poser une action concrète, demander de l’aide.

L’équilibre intérieur : la quête d’une bionomie personnelle

L’équilibre, c’était mon thème de 2015. Cette année là, j’ai fait un mini burn out et commencé le yoga à fond. Je me suis gavée de green smoothies et j’ai enchainé les soirées shots. Bref, j’ai bien exploité les extrêmes de l’équilibre. J’en avais même conclu que mon équilibre à moi se situait justement dans l’excès. Que je trouvais dans le très sain / très trash une forme de satisfaction et d’intensité et que mon équilibre devait être la moyenne de ces 2 polarités. La vie se devant d’être folle pour valoir la peine d’être vécue. Toutefois me revoilà 4 ans plus tard avec toujours la même question : diantre, comment vais-je trouver l’équilibre ? Vais-je même atteindre une certaine forme de stabilité un jour ? Quand les montagnes russes de la vie vont-elles s’arrêter ?

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Cette notion d’équilibre me taraude en cette semaine. Voilà plusieurs jours que je me sens vraiment bien, après un mois de janvier assez chamboulé émotionnellement. J’appelle ces phases de kif “surfer la vague”. Je m’imagine sur ma planche de surf. J’ai l’impression que j’ai galéré depuis la plage, ai dû franchir la barre de vagues, me battre avec quelques rouleaux, puis patienté longuement au large à regarder venir les prochaines vagues. J’ai appris cela de mon expérience vipassana : ne s’attacher ni aux plaisirs ni aux douleurs ponctuels. Car tout est impermanent. Et accueillir ce qui se présente à nous avec la même posture de l’observateur : sans s’attacher aux choses agréables et vouloir les revivre impérativement, et sans rejeter non plus les moments et sensations désagréables. Apprendre à recevoir les expériences équanimement, c’est-à-dire sans distinction et sans générer d’espoir, d’envie ou de rejet. Vaste projet !

Vers une société fluide : la perspective de Joël de Rosnay

Troisième entretien d’une série de cinq avec le scientifique Joël de Rosnay qui parle de sa réflexion sur l’art de vivre à partir de sa pratique du surf et des sports de glisse extrêmes en général. Il montre combien le comportement quotidien de chacun d’entre nous peut nous permettre de mieux vivre. Dans ce troisième volet d’« A voix nue », Joël de Rosnay raconte les circonstances de l’écriture de son livre La Malbouffe co-écrit avec son épouse Stella de Rosnay et publié en 1979. La diététique si l’on se plonge dans l’étymologie du mot « signifie art de vivre et non privation » : « La prévention n’est pas la privation. » Il développe ensuite son idée de « bionomie » ou gestion de sa propre vie domestique, c’est en quelque sorte « le management du corps ». Il explique aussi ce qu’est l’épigénétique, une science qui montre l’évolution des gènes en fonction du comportement humain qui peut ainsi amplifier ou réduire l’expression des gènes.

J’utilise la métaphore du surf pour parler de ce que j’appelle la société fluide. Nous sommes dans un monde pythagoricien, euclidien, cartésien de la pyramide de pouvoir où chacun veut être en haut. Il en appelle maintenant à la nécessité pour chacun de prendre du recul, de voir la densité du temps. Il expose ainsi ses trois idées du temps : long et sociétal, cours et lié au zapping, large et en capacité d’organiser un capital-temps qui libère le temps. Les sports de glisse extrêmes sont « une addiction » pour lui. Il y a à la fois un stress excitant à cause du danger et ce « plaisir extraordinaire », « intense ». A 76 ans, il se « fixe des limites » mais il peut en faire jusqu’à six heures par jour. Il raconte en 1964, l’anecdote de sa rencontre sur la plage avec Catherine Deneuve qui lui a demandé une leçon de surf et ce moment a été immortalisé par une photo de magazine.

L’intégration des thérapies de « 3e vague » et la résilience moderne

Nos vies actuelles sont (un peu) rythmées par les vagues successives que nous subissons depuis deux années maintenant et nous attendons, non sans une certaine appréhension, la vague suivante, celle qui décidera de notre sort. Dans la vague 2021 du CFP « Connexions » à Montpellier, vous pourrez assister à plusieurs interventions autour des psychothérapies, alors que nous apprenons au début du mois de novembre 2021, le décès d’Aaron Beck, père de la TCC, qui s’est éteint chez lui à Philadelphie à l’âge de 100 ans : quelle place pour les TCC récentes, dites de « 3e vague », dans la schizophrénie, approches fondées sur la notion d’acceptation (ACT : Acceptance & Comittment Therapy, Thérapie d’Acceptation et d’Engagement) et la méditation de pleine conscience (Mindfulness) ? Ces approches, efficaces dans d’autres champs de la santé mentale et proposant de se focaliser sur la façon dont le sujet réagit à ce qui s’oppose à ses valeurs personnelles, peuvent-elles être bénéfiques dans la schizophrénie ?

La méthode ACT propose l’identification par le patient de ce qui est vraiment important pour lui, et l’apprentissage de nouvelles réponses à ce qui s’y oppose, alors que la méthode Mindfulness propose d’amener volontairement une attention sans jugement sur l’expérience du moment présent. Ces techniques pourraient notamment être bénéfiques dans l’approche du patient atteint de schizophrénie face à ses hallucinations. Au plan psychopharmacologique, assiste-t-on également à une nouvelle vague avec les approches innovantes des traitements adjuvants dans la schizophrénie ? Les dysfonctionnements immunitaires associés aux troubles psychotiques peuvent justifier l’instauration de traitements immuno-modulateurs, de la psycho-nutrition et de traitements hormonaux. A noter un fait marquant dans l’actualité Covid : l’apport des antidépresseurs de type ISRS pour limiter le développement de formes graves liées au coronavirus ! Cette année, vous aurez également la chance de pouvoir assister à différentes sessions, proposées par l’AFPBN et dédiées à la santé mentale au féminin, partant notamment du constat que les femmes demanderaient plus volontiers une aide médicale et médicamenteuse en cas de souffrance mentale ou psychiatrique que les hommes.

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