Réglementation de la Pratique et de l'Encadrement du Canoë-Kayak en France : Sécurité, Compétences et Savoir-Nager

La pratique du canoë-kayak, qu'elle soit de loisir, sportive ou encadrée, est soumise en France à un ensemble de réglementations rigoureuses visant à garantir la sécurité des pratiquants et des tiers. Ces dispositions légales et normatives définissent les conditions d'encadrement professionnel, les exigences spécifiques pour les publics jeunes ou en milieu scolaire, la compétence aquatique indispensable pour les participants, ainsi que les règles de navigation fondamentales. Comprendre ces cadres est essentiel pour toute personne souhaitant s'adonner ou encadrer cette activité nautique dynamique et engageante.

L'Encadrement Professionnel des Activités de Canoë-Kayak

L'encadrement des activités sportives, et particulièrement celles présentant des spécificités en termes de sécurité comme le canoë-kayak, est strictement encadré par la loi. La professionnalisation de l'encadrement est une pierre angulaire de la politique de sécurité publique dans le domaine des activités physiques et sportives.

Principes Généraux de l'Encadrement Rémunéré

Conformément à l'article L212-1 du Code du Sport, il est explicitement précisé que « seuls peuvent, contre rémunération, enseigner, animer ou encadrer une activité physique ou sportive ou entraîner ses pratiquants […] les titulaires d'un diplôme, titre à finalité professionnelle ou certificat de qualification ». Cette exigence souligne l'importance de la compétence et de la reconnaissance officielle des qualifications pour toute personne exerçant une activité rémunérée d'encadrement. Les qualifications requises doivent impérativement garantir la compétence de leur titulaire en matière de sécurité des pratiquants et des tiers dans l'activité considérée. De surcroît, ces diplômes, titres ou certificats doivent être enregistrés au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), assurant ainsi leur reconnaissance et leur niveau de qualité sur le plan national. Cette mesure est fondamentale pour certifier que les encadrants possèdent les connaissances techniques, pédagogiques et sécuritaires nécessaires pour exercer leurs fonctions.

L'Encadrement en Environnement Spécifique (ES)

Certaines pratiques du canoë-kayak se déroulent dans des milieux particulièrement exigeants, qualifiés d'« environnement spécifique (ES) ». C'est notamment le cas pour le « canoë-kayak et des disciplines associées en rivière de classe supérieure à trois conformément aux normes de classement technique édictées par la fédération délégataire en application de l'art. L311-2 (c. sport) ». Ces environnements impliquent le respect de mesures de sécurité particulières, lesquelles sont mentionnées à l'article L212-2 du Code du Sport. La complexité et les risques accrus liés à ces conditions spécifiques nécessitent une formation et des compétences de très haut niveau.

À cet égard, les établissements habilités à dispenser ces formations sont clairement désignés. Selon la note de service du 21 octobre 2021, les CREPS (Centres de Ressources, d'Expertise et de Performance Sportive) d'Auvergne-Rhône-Alpes, les CREPS PACA (Provence-Alpes-Côte d'Azur) et les CREPS de Toulouse sont les seuls établissements du ministère en charge des sports chargés d’assurer la formation des diplômes pour encadrer le canoë-kayak en environnement spécifique. Ces formations d'élite sont scrupuleusement organisées dans le respect d’un cahier des charges définit dans l’annexe II-21 du Code du Sport, garantissant ainsi l'uniformité et la qualité des enseignements dispensés pour la maîtrise de ces environnements à risques.

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L'Encadrement Hors Environnement Spécifique et les Diplômes Multiactivités

En dehors des conditions de l'environnement spécifique, l'encadrement du canoë-kayak peut être assuré par des titulaires de diplômes dits « multiactivité ». Il s'agit de qualifications non spécifiques à l'encadrement d'une seule discipline, mais qui confèrent des compétences transversales permettant d'animer ou d'encadrer diverses activités physiques et sportives. Parmi ces diplômes, on retrouve des formations universitaires et professionnelles telles que les DEUG (devenus Licence 2) en Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) avec la mention « animateur-technicien des activités physiques pour tous », ou encore la licence « Éducation et motricité » de la filière STAPS. Le BP JEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l'Éducation Populaire et du Sport) avec la spécialité « Activités physiques pour tous » est également un exemple typique de ces diplômes multiactivités.

Les conditions d'exercices et les limites d'exercices associées à ces diplômes sont précisément définies dans l'annexe II-1 de l'article A212-1 du Code du Sport. Cette annexe détaille les prérogatives d'encadrement, assurant que même avec un diplôme non spécifique, les activités sont menées dans un cadre sécurisé et proportionné aux compétences de l'encadrant.

Par exemple, des titulaires de la Licence mention « STAPS : entraînement sportif » - canoë-kayak, lorsque cette discipline est explicitement mentionnée à l'annexe descriptive au diplôme visée à l'article D, ou de la Licence professionnelle mention « animation, gestion et organisation des activités physiques ou sportives » - canoë-kayak, avec la discipline également mentionnée à l'annexe descriptive, bénéficient de prérogatives clairement définies.

Ces diplômes permettent l'encadrement, l'animation et la conduite de cycles d'apprentissage jusqu'au premier niveau de compétition fédérale. Les activités concernées incluent le canoë-kayak et les disciplines associées, sur tout support ou embarcation propulsée à la pagaie ou à la nage. L'encadrement et l'animation du stand up paddle sont également inclus dans le champ de leurs compétences.

Les limites d'exercice sont variées et adaptées aux spécificités des milieux. Pour l'eau calme et l'eau vive, l'encadrement peut aller jusqu'au premier niveau de compétition fédérale. Pour l'eau vive spécifiquement, cela inclut jusqu'à la classe III, et pour la mer, par vent de force 4 Beaufort maximum sur le site d'évolution. Ces prérogatives s'appliquent sur tout support ou embarcation propulsée à la pagaie ou à la nage, et couvrent également l'encadrement et l'animation du stand-up paddle.

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Plus précisément, pour tout public, l'encadrement en eau calme et en mer doit se faire dans la limite de la navigation en 6e catégorie, sur des parcours connus et reconnus, et au maximum par vent de force 4 sur le site d'évolution. En rivière de classe 2, les parcours doivent également être connus et reconnus. Dans des situations nécessitant une nuitée en camping ou refuge dans des sites facilement accessibles, une communication quotidienne est établie avec le directeur d'établissement pour garantir la sécurité continue du groupe. Il est important de noter que l'encadrement du raft est exclu de ces prérogatives. En mer, ces activités sont limitées à une distance maximale d'un mille d'un abri.

Pour les certifications antérieurement inscrites à l'annexe II-1 de l'article A, il est nécessaire de consulter l'arrêté du 9 mars 2020 qui fixe la liste de ces reconnaissances. Cette mise à jour continue du cadre réglementaire permet de prendre en compte l'évolution des pratiques et des formations.

L'Obligation Générale de Sécurité

Indépendamment des impératifs réglementaires spécifiques à l'encadrement sportif, toute activité physique et sportive (APS) est soumise à l’obligation générale de sécurité. Cette obligation est inscrite dans l'article L421-3 du Code de la Consommation. Elle stipule que les produits et services doivent présenter la sécurité à laquelle on peut légitimement s'attendre et ne pas porter atteinte à la santé des personnes. Dans le contexte de l'encadrement d'activités de canoë-kayak, cela signifie que même si un encadrant respecte toutes les conditions de diplôme et les limites d'exercice, il reste tenu par une obligation de diligence et de prudence pour garantir la sécurité de tous les participants et éviter tout risque prévisible lié à la pratique.

Exigences de Sécurité et d'Encadrement pour les Publics Spécifiques et les Contextes Éducatifs

La pratique du canoë-kayak avec des publics jeunes, en particulier dans un cadre éducatif ou de loisirs organisés, est soumise à des réglementations supplémentaires pour assurer une protection maximale des participants, compte tenu de leur âge et de leur vulnérabilité.

Activités Nautiques avec Embarcation et Encadrement Renforcé

Le canoë, le kayak et les activités assimilées, ainsi que la nage en eau vive, sont explicitement mentionnés comme faisant partie des activités physiques nécessitant des conditions particulières d'encadrement, d'effectif et de pratique. Ces exigences spécifiques sont définies par l'article R227-13 du Code du Sport et s'appliquent notamment dans le cadre des séjours de vacances, des accueils de loisirs et des accueils de scoutisme. L'objectif est de s'assurer que les jeunes sont encadrés de manière adéquate, avec des ratios d'encadrants suffisants et des mesures de sécurité adaptées à la nature de l'activité.

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En outre, l'annexe 1 de la circulaire interministérielle n° 2017-116 du 6 octobre 2017, relative à l'encadrement des activités physiques et sportives, indique clairement que les activités nautiques avec embarcation nécessitent un encadrement renforcé. Cette directive vise à prévenir les accidents et à assurer une surveillance constante et efficace des participants.

La même circulaire met en lumière la dangerosité de certaines pratiques pour les publics les plus jeunes. Elle précise que le raft et la nage en eau vive, en raison des risques particuliers qu'ils présentent, ne doivent pas être pratiqués à l'école primaire. Cette interdiction vise à protéger les enfants dont les capacités physiques et cognitives ne sont pas encore suffisamment développées pour gérer les aléas de ces activités en milieu aquatique agité.

Intervenants Extérieurs en Milieu Scolaire

La participation d'intervenants extérieurs pour l'enseignement ou l'encadrement d'activités physiques et sportives dans les écoles primaires est également encadrée par des textes précis. La circulaire n° 92-196 du 3 juillet 1992 régit cette participation et prévoit deux conditions cumulatives essentielles pour que ces intervenants puissent apporter leur concours. Premièrement, l'intervenant doit obtenir l'agrément des directeurs académiques des services de l'Éducation nationale (Dasen). Cet agrément est délivré sur la base des qualifications ou diplômes de l'intervenant, garantissant ainsi sa compétence et son aptitude à encadrer en milieu scolaire. Deuxièmement, une convention doit être signée entre la structure qui rémunère l'intervenant (qu'il s'agisse d'une collectivité territoriale ou d'une association) et le Dasen, ou l'inspecteur de circonscription. Cette convention formalise le partenariat et clarifie les responsabilités de chacun.

Plus récemment, le décret n° 2017-766 du 4 mai 2017, entré en vigueur le 1er septembre 2017, a redéfini les modalités de délivrance de l'agrément pour les intervenants extérieurs contribuant à l'enseignement de l'éducation physique et sportive dans le premier degré public. Ce décret précise notamment que « sont réputées agréées les personnes mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport ». Cela signifie que les professionnels déjà titulaires des qualifications reconnues pour l'encadrement rémunéré d'activités physiques et sportives sont considérés comme ayant déjà satisfait à une partie des exigences d'agrément, simplifiant ainsi le processus pour eux tout en maintenant un haut niveau de sécurité.

Le Savoir-Nager : Une Condition Indispensable à la Pratique du Canoë-Kayak

La capacité à évoluer en sécurité dans l'eau est une condition sine qua non pour la pratique de toute activité nautique, y compris le canoë-kayak. Des dispositifs réglementaires spécifiques attestent de cette compétence essentielle.

L'Attestation de Savoir-Nager en Sécurité

Pour accéder à la pratique du canoë-kayak, ainsi qu'à d'autres activités nautiques telles que la voile, l'aviron, ou même de simples promenades en embarcation, il est impératif de détenir soit une « attestation de savoir-nager en sécurité », soit un « certificat d’aisance aquatique ». Ces documents sont délivrés selon les modalités prévues par l’article A. 322-3-1 du Code du Sport, et constituent une preuve formelle de la compétence aquatique du pratiquant.

L’attestation du savoir nager en sécurité est définie en détail dans la note de service du 28 février 2022, relative à l’enseignement de la natation scolaire. Ce document est capital car il permet d’accéder à toute activité aquatique ou nautique susceptible d’être programmée dans le cadre des enseignements obligatoires ou des activités optionnelles en Éducation Physique et Sportive (EPS), mais aussi à l'extérieur de l'école. Cela inclut, de manière spécifique, la pratique des activités sportives mentionnées aux articles A. 322‑42 et A. 322‑64 du Code du Sport, qui couvrent un large éventail d'activités nautiques.

La réussite à ce test de savoir-nager est certifiée conformément aux dispositions du II de l'article A. 322-3-2 du Code du Sport ou de l'article de l'arrêté du 25 avril 2012 portant application de l'article R. 227-13. Ces références législatives et réglementaires garantissent la validité et l'uniformité du processus de certification à l'échelle nationale.

Il est à noter que les fédérations sportives ayant reçu délégation pour les disciplines mentionnées et qui ont elles-mêmes défini des normes de sécurité spécifiques, ne relèvent pas de cette sous-section pour les activités organisées exclusivement pour leurs licenciés. Cette exception reconnaît l'autonomie et l'expertise des fédérations dans la gestion de la sécurité de leurs membres, sous réserve du respect de leurs propres cadres normatifs.

Description Détaillée du Test de Savoir-Nager

Le contenu précis du test de savoir-nager est crucial pour comprendre les compétences évaluées. Les dispositions du premier paragraphe du II.4.3 de la circulaire n° 99-136 du 21 septembre 1999, publiée au Bulletin Officiel, concernant les conditions particulières à certaines pratiques, ont été remplacées par des directives détaillées. Ces nouvelles dispositions stipulent que "La pratique des sports nautiques est subordonnée à la réussite d'un test permettant d'apprécier la capacité de l'élève à se déplacer dans l'eau, sans présenter de signe de panique, sur un parcours de 20 mètres, habillé de vêtements propres (tee-shirt et, si possible, pantalon léger, de pyjama par exemple) et muni d'une brassière de sécurité conforme à la réglementation en vigueur, avec passage sous une ligne d'eau, posée et non tendue."

Le déroulement du test est également spécifié : "En piscine, le départ est réalisé à partir d'un tapis disposé sur l'eau, par une chute arrière volontaire. Si le test est réalisé en milieu naturel, le départ est effectué de la même manière à partir d'un support flottant." Cette approche garantit une simulation réaliste d'une chute accidentelle en milieu aquatique. Le parcours est réalisé "dans la partie d'un bassin ou d'un plan d'eau d'une profondeur au moins égale à 1m 80", ce qui assure des conditions de sécurité suffisantes pour l'épreuve.

La réussite à l'épreuve est attestée par un personnel qualifié. Il peut s'agir du conseiller pédagogique en éducation physique et sportive, qu'il soit de circonscription ou départemental. En piscine, ce professionnel pourra être un maître-nageur sauveteur (MNS), ou un éducateur ou conseiller territorial des activités physiques et sportives titulaire. Dans les piscines parisiennes, un professeur de la ville de Paris est habilité à certifier la réussite au test. Ces dispositions sont applicables immédiatement dès leur publication, assurant une mise en œuvre rapide des exigences de sécurité.

En plus de la compétence aquatique, les pratiquants doivent être équipés de manière adéquate pour la sécurité. Il est donc exigé qu'ils soient munis d’un gilet d’aide à la flottabilité répondant aux normes ISO 12402-5 ou NF EN 393. La présence d'« obstacles simples dans le courant » dans la description du test implicite des compétences à gérer des situations de base en eau vive, même pour une épreuve d'aisance aquatique générale.

Règles de Navigation et Priorités en Canoë-Kayak

La navigation en canoë-kayak, que ce soit en mer, en rivière ou sur des plans d'eau intérieurs, est soumise à des règles de priorité pour prévenir les collisions et assurer une coexistence harmonieuse avec les autres usagers de l'eau. Ces règles sont généralement basées sur le principe de la capacité de manœuvre des embarcations.

Priorités en Mer

En mer, le principe fondamental de la priorité est que ce sont les navires ayant la capacité de manœuvre la plus restreinte qui sont prioritaires. Cela signifie qu'une embarcation qui a plus de difficultés à changer de cap ou de vitesse doit être évitée par celles qui sont plus agiles. Dans ce contexte, le canoë-kayak, étant une embarcation très manœuvrable, n'est prioritaire que sur des bateaux à moteur qui n’ont pas de restriction de capacité de manœuvre. Il est essentiel pour les kayakistes de s'éloigner des voiliers, car ces derniers ont généralement moins de capacité de manœuvre que les kayaks, étant dépendants du vent. Cette règle simple permet de réduire les risques d'incidents entre différentes catégories de navires.

Priorités en Rivière et sur Plan d'Eau

En rivière et sur tout plan d’eau intérieur, le canoë-kayak est considéré comme une menue embarcation. Cette désignation implique certaines responsabilités et règles de courtoisie et de sécurité. Les kayakistes doivent ainsi s’écarter de la route de toutes les embarcations de plus de 15 mètres, telles que les péniches ou les bateaux de croisière, qui ont une capacité de manœuvre très limitée due à leur taille et leur tirant d'eau.

De même qu'en mer, les voiliers conservent la priorité en rivière, et il est donc attendu des kayakistes de leur laisser le passage. Cependant, la règle change lorsqu'il s'agit d'une embarcation à moteur de moins de 15 mètres. Dans ce cas, c'est l'embarcation à moteur qui devra manœuvrer afin de laisser le canoë-kayak évoluer tranquillement, reconnaissant la vulnérabilité relative de la menue embarcation.

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