L'actualité internationale, nationale et régionale est parfois marquée par des révélations choquantes qui mettent en lumière des réalités troublantes au sein d'institutions respectées. Récemment, le monde de la natation artistique canadienne, anciennement connue sous le nom de nage synchronisée, a été secoué par de graves allégations d'abus et de harcèlement, forçant une introspection sur ses pratiques et sa culture. Le centre d’entraînement de l’équipe nationale senior a ainsi fermé ses portes à la fin du mois de septembre, une décision qui a suivi des « commentaires préoccupants provenant de membres actuelles de l’équipe ainsi que de personnes extérieures au programme », comme l'a indiqué Natation artistique Canada dans un communiqué. Cette situation alarmante a mis en lumière des problèmes qui, selon Radio-Canada Sports et les témoignages des athlètes, perdurent depuis plusieurs années, voire des décennies. Loin d'être un phénomène récent, cette crise est perçue par beaucoup comme l'éclatement d'un système profondément enraciné.
Les Racines Profondes d'une Culture Toxique : Le Témoignage des Anciennes Athlètes
Le climat qui a prévalu au sein de la natation artistique canadienne est décrit par d'anciennes athlètes comme étant profondément toxique, caractérisé par une violence verbale et psychologique omniprésente. Geneviève Peel, une ancienne nageuse, a attendu cinq ans avant de raconter son histoire, mais elle dénonce aujourd'hui sans équivoque une culture de la minceur fortement ancrée dans ce milieu sportif. Elle confie avoir vécu de la violence verbale et psychologique durant ses sept années dans le réseau élite, dont cinq passées dans un club de Montréal, où la plupart des situations problématiques qu’elle a vécues se sont déroulées. « Peu importe si tu étais la meilleure ou la dernière, on a toutes été impactées par ce climat-là », affirme Geneviève Peel, qui a été sélectionnée quatre fois dans l’équipe Québec. Selon elle, il serait « une blague de dire que c’est récent », car elle croit plutôt que c’est un climat « ancré dans le sport depuis tellement longtemps ». Cette perspective est partagée par d'autres, qui soulignent la persistance de comportements préjudiciables.
Marie-Lou Morin, ex-membre de l’équipe nationale senior de natation artistique, se souvient avec amertume de pesées qui pouvaient avoir lieu tous les deux jours. Elle évoque des commentaires incessants sur son corps de la part d’entraîneurs, et le souvenir douloureux de retraits d’une équipe parce qu’elle n’avait pas assez perdu de poids. « Mon poids a été la valeur de ma vie pendant trop longtemps », avoue Marie-Lou Morin. Ayant nagé pendant huit ans dans l’équipe canadienne, l’ancienne athlète a développé des troubles alimentaires peu de temps après sa sélection en 2008, et elle attribue en grande partie cette maladie à ses années passées au sein de l'équipe. Il lui a fallu « six bonnes années avant de consulter », car, dit-elle, « personne ne voulait rentrer dans les troubles alimentaires et vraiment en parler ». Ce silence et cette difficulté à aborder des sujets aussi sensibles illustrent la profondeur du problème et la solitude des athlètes face à ces épreuves.
Gabriella Brisson, qui a nagé dans l’équipe nationale senior de 2012 à 2018, décrit également cette culture comme « très toxique, de gagner par tous les moyens, sans égard pour la santé mentale et le bien-être des athlètes ». Son témoignage est poignant : « Chaque jour, on me faisait sentir que je n’avais pas ma place, que je n’étais pas assez bonne. » Malgré qu'elle se classait parmi les meilleures de son équipe lors de compétitions, Gabriella Brisson affirme avoir été rabaissée quotidiennement pendant ses cinq années et demie au sein de l’équipe. La violence verbale était également une réalité dont Geneviève Peel a été témoin, se rappelant avoir assisté à des crises de colère d’entraîneurs. « Je ne trouvais pas ça normal d’être au bout de la piscine de 25 m et d’entendre l’entraîneur engueuler la nageuse à l’autre bout », se souvient-elle. Pour Marie-Lou Morin, « tu ne devrais jamais crier sur quelqu’un, c’est juste un sport », mais elle reconnaît que c’était « leur seule manière de s’exprimer », suggérant un manque de ressources ou de formation pour les entraîneurs face à la pression de la communauté. Elle estime d'ailleurs que les entraîneurs doivent être formés sur la manière de dire les choses.
L'Obsession du Poids et l'Esthétisme : Le Règne de Julie Sauvé
Au cœur de cette culture de l'abus se trouvait souvent l'obsession du poids et des standards esthétiques irréalistes. Julie Sauvé, ancienne entraîneuse-chef de l'équipe nationale de natation artistique et décédée en avril 2020, était particulièrement obsédée par le poids de ses athlètes, selon Chloé Isaac et Erin Willson. Ces dernières ont été soumises à des demandes de perte de poids déraisonnables et à la perception « tordue » de la nageuse artistique parfaite, une image dictée par Sauvé. Erin Willson, qui mesure 1,73 m et dont le poids oscillait alors entre 59 et 61 kg, se souvient d’avoir été choquée par la façon dont Julie Sauvé a critiqué son corps. « Elle m’a dit que mes seins étaient trop gros pour la natation artistique », relate-t-elle, ajoutant qu'« elle critiquait aussi mes jambes et disait que, de façon générale, j’étais tout simplement trop grosse ». De son côté, Chloé Isaac, qui a souffert d’anorexie et de boulimie, était terrifiée à l’idée que tous ses efforts soient anéantis pour quelques grammes en trop sur le pèse-personne.
Lire aussi: Travailler avec le voile : expérience canadienne
Les deux nageuses ont été harcelées publiquement pour leur poids, subissant ce que Chloé Isaac décrit comme de « l’humiliation devant d’autres nageuses, des entraîneurs, parfois des membres de l’équipe de soutien, psychologue, directeur technique, physiothérapeute. C'était de façon hebdomadaire, voire quotidienne. » Pour garantir la conformité aux exigences de poids, des ententes devaient être signées par les athlètes, stipulant des conséquences sérieuses, incluant le retrait de l'équipe, si elles dépassaient de plus de 3 % la limite de poids fixée, et ce, après trois avertissements écrits. Julie Sauvé et Natation Artistique Canada (NAC) ont d'ailleurs rétrogradé Erin Willson dans l’équipe B parce qu’elle n’avait pas atteint le poids indiqué. Face à l'incapacité de satisfaire les demandes répétées de Julie Sauvé, Erin Willson dit n’avoir eu d’autre choix que de se restreindre à 500 calories par jour, un régime dangereux. Elle confie que cela reste « certainement un combat » pour elle, et qu'elle ne croit pas « arriver [à] accepter [son] image corporelle » un jour. Lorsqu'elle a consulté plusieurs spécialistes de NAC pour l’aider à résoudre ses troubles alimentaires, Chloé Isaac s’est vu prescrire des antidépresseurs, avec pour seule explication qu’« on m’a juste dit que c’était de ma faute », et qu'elle ne gérait pas bien son stress.
Les critères esthétiques de Julie Sauvé ne se limitaient pas au poids, ils incluaient également le bronzage. Selon les requérantes, l’entraîneuse forçait ses athlètes à s’entraîner de nombreuses heures en plein soleil. Parfois, « on nous interdisait de mettre de la crème solaire alors qu'on avait déjà des brûlures », et si elles en mettaient, elle leur disait « qu’on n’était pas prêtes à tout faire pour avoir une médaille ». Erin Willson se rappelle qu'on lui avait demandé de quitter l’entraînement trois heures plus tôt pour réserver des places à la plage afin que ses coéquipières puissent se faire bronzer après leur journée de travail. Julie Sauvé lui avait même suggéré d’acheter de l’huile pour accélérer son bronzage.
Au-delà des pressions physiques, l'aspect financier était aussi utilisé comme levier. Selon la requête de recours collectif, Julie Sauvé ajoutait une pression supplémentaire sur les athlètes en leur rappelant l’argent investi en elles. Ces allusions étaient, pour Erin Willson, une menace implicite, comme en témoigne une entente signée par les membres de l’équipe olympique de 2012. Ce contrat stipulait que si elles n’étaient pas retenues parmi les neuf nageuses de la formation olympique, elles devaient « continuer [à s’entraîner] jusqu’à l’été 2013 ». Dans le cas contraire, elles devaient rembourser « tout ce qui avait été dépensé depuis la signature du contrat en novembre », une somme qui s’élevait, selon l'estimation demandée par Willson avant de signer, à 50 000 $. C’était, pour elle, « l’un des moments les plus éprouvants de [sa] vie ».
Les préoccupations concernant le comportement de Julie Sauvé étaient connues. Quelques semaines avant les Jeux de 2012, les athlètes de l’équipe olympique avaient supplié la direction de retirer Julie Sauvé ou de s’occuper de son comportement, mais sans succès. Des parents inquiets, dont ceux de Chloé Isaac et d’Erin Willson, ont même écrit au conseil d’administration. Malgré une entente selon laquelle Julie Sauvé devait être supervisée en tout temps pendant le dernier camp d’entraînement, les nageuses ont été forcées de rester dans l’eau pendant de longues périodes sous une pluie battante et à une température de 16° Celsius. À un certain moment, Marie-Pier Boudreau Gagnon a dû être soulevée hors de l’eau par les filles et transportée jusqu’aux douches parce que les muscles de son dos étaient figés. Chloé Isaac, qui s’est retirée du sport en 2014, a mis des années avant de réaliser tout le tort qu’on lui avait causé, et elle continue d’avoir des cauchemars à propos de Julie Sauvé au moins une fois par mois. « Quand je fais des cauchemars à propos de la synchro, c'est des moments où j'aurais aimé pouvoir partir, où je me retrouve face à Julie et que je lui dis en fait tout ce que j'ai vécu », confie-t-elle, la voix étranglée par l’émotion.
La Succession de l'Abus : Meng Chen et Leslie Sproule
Les méthodes abusives ne se sont pas arrêtées avec Julie Sauvé. Meng Chen, son assistante, lui a succédé au poste d'entraîneuse-chef, et la requête indique qu'elle a poursuivi l’abus psychologique exercé par Sauvé, avec des commentaires dégradants sur le corps des nageuses, leur engagement et leur performance. Tout comme sa prédécesseure, l’entraîneuse établissait des cibles de poids irréalistes et dangereuses pour la santé. À cela se sont ajoutés à l’occasion des sévices physiques. Gabriella Brisson, l’une des requérantes, peinait à atteindre les standards pour l’extension de ses genoux et de ses chevilles. Elle se souvient de la fois où Meng Chen s’était tenue debout sur ses jambes. « [Meng] m’a dit de m’asseoir, les jambes étirées devant moi. Elle se balançait avec un pied sur les jointures de mes orteils et l’autre juste au-dessus de la rotule de mon genou. Elle faisait semblant de faire du surf en riant, alors que moi, je retenais mes larmes. » Ces pratiques dangereuses augmentaient aussi le risque de blessures : « Si on lance quelqu'un dans les airs, c'est quand même un corps qui va retomber on ne sait trop où, parce qu'on ne l'a pas pratiqué… Ça fait juste augmenter le risque de blessure exponentiellement. »
Lire aussi: Plongeur Débutant : Quel Salaire ?
Sous la gouverne de Meng Chen, Gabrielle Boisvert a subi une commotion cérébrale, suivie de cinq autres nageuses dans les semaines qui ont suivi, un phénomène alarmant. En mai 2017, seulement 7 des 12 athlètes du groupe de compétition se sentaient suffisamment en santé pour performer. Elles ont alors demandé une rencontre en présence de la chef du sport Julie Healy, mais cette réunion a tourné au vinaigre. Meng Chen s’est mise à crier après les athlètes avec des attaques personnelles. Après plusieurs minutes, le personnel de NAC a dû intervenir. Julie Healy l’a prise par le bras et l’a tirée hors de la salle. Meng s’est libérée de l’emprise de Healy et est revenue dans la salle, toujours en hurlant. Finalement, elle a dû être sortie physiquement de la réunion. Malgré cet incident, après quelques jours de congé, les athlètes ont constaté que Natation Artistique Canada avait laissé Meng Chen dans ses fonctions d’entraîneuse-chef. C’en était assez pour elles. « On a décidé qu'on ne retournerait pas à l'entraînement tant que Meng était sur le bord de la piscine parce qu'on ne se sentait pas à l'aise, raconte Gabrielle Boisvert. Ce n'était pas sécuritaire. Je me rappelle avoir eu mal au cœur juste à l’idée d’aller sur le bord de la piscine avec elle. » NAC a finalement été forcée d’agir et a annoncé le départ de Meng Chen pour des motifs personnels.
Cependant, la culture d’abus et de harcèlement s’est poursuivie avec l’arrivée de la remplaçante de Chen, Leslie Sproule, qui a été entraîneuse-chef de 2017 à 2018, selon la procédure judiciaire. Malgré les symptômes post-commotionnels de plusieurs nageuses et les avis médicaux qu’elles avaient reçus, Sproule les a forcées à reprendre l’entraînement en prévision des Championnats du monde de 2017 en Hongrie. Il est arrivé fréquemment que l’entraîneuse donne des indications de dernière minute pour des manœuvres risquées et qu’elle refuse de répondre aux questions des athlètes, les laissant sans préparation adéquate. Gabriella Brisson a été victime d’une commotion cérébrale dans la semaine précédant le départ de l’équipe pour les mondiaux. Leslie Sproule lui a alors donné un ultimatum : « Elle m’a dit que si je ne compétitionnais pas aux mondiaux, l’équipe ne pourrait pas y aller. À titre de capitaine et aussi de sixième nageuse commotionnée au cours des derniers mois, je devais prendre une décision qui allait affecter le sort de mon équipe. J'avais pourtant une blessure au cerveau! » Gabriella Brisson est allée en Hongrie et a essayé d'accélérer sa récupération. Selon elle, Leslie Sproule n’avait pas compris (ou ne croyait pas à) la gravité d’une commotion cérébrale puisqu’elle agissait contre l’avis du médecin. Son médecin était « clairement fâché », mais cela « n’a pas changé grand-chose puisque Leslie a continué à m’en demander plus ». Finalement, Gabriella Brisson n’a pas été en mesure de participer aux mondiaux, et elle a été forcée de prendre sa retraite en 2018, n’ayant jamais complètement récupéré de sa commotion cérébrale et ayant développé des crises de panique et de l’anxiété durant ses années avec l’équipe nationale.
Dans une lettre envoyée aux dirigeants de NAC en avril 2018, des nageuses ont dénoncé le comportement abusif de Leslie Sproule. Sion Ormond, l'une des cinq requérantes de la demande de recours collectif, et Gabrielle Boisvert se souviennent d’un épisode où une de leurs coéquipières s’était mise à vomir dans la gouttière de débordement de la piscine. « Pendant qu’elle vomissait, Leslie Sproule l’a vue et a ri d’elle, raconte Sion Ormond. Elle nous a dit de l’ignorer et de poursuivre l’entraînement. Elle n’a démontré aucune empathie. » Elle avait, selon elles, « comme un sourire. Comme si elle était fière de faire vomir quelqu'un. D'avoir poussé ses athlètes à ce point-là. »
Lors de ce même camp à Calgary, Gabrielle Boisvert a subi une autre commotion cérébrale après un coup à la tête, l’impact ayant été tel que les lunettes de piscine avaient éclaté. L'entraîneuse l’a alors menacée de la retirer de l’équipe de compétition si elle n’était pas complètement remise en cinq jours. « Je faisais une activation très légère, j'avais mal à la tête. Je marchais, j'avais mal à la tête. Mais, pourtant, elle venait quand même toujours me demander : "Ah ben, tu n'es pas dans l'eau aujourd'hui? Ah, mais on aurait besoin de toi pour faire telle affaire…" C'était beaucoup de pression et beaucoup de non-respect. » Incapable de se remettre à temps selon les délais requis, Gabrielle Boisvert est rentrée chez elle. À l’automne 2018, elle annonçait sa retraite et a dû trouver elle-même de l’aide pour ses traitements. Elle souffre toujours de migraines, de nausées et de problèmes de concentration. « Je ne souhaite à personne ce que j'ai vécu. Je suis suivie en psychologie… Je ne sais plus comment être une personne. Je me suis tellement fait driller que j'étais une machine. Je me suis tellement fait dire que j'étais grosse. Mais je ne suis pas grosse. C'est de l'endoctrinement. »
Harcèlement Sexuel, Racial et l'Inaction Institutionnelle : Le Cas de Gabor Szauder
En novembre 2018, Natation Artistique Canada a procédé à l’embauche d’un nouvel entraîneur-chef venu d’Europe, Gabor Szauder. Cependant, d’après le document déposé en cour, Szauder s’est livré à un modèle de misogynie et de harcèlement sexuel auprès des athlètes, multipliant les commentaires inappropriés. Sion Ormond se souvient de la fois où il aurait dit devant des nageuses : « Prends-la plus fort pour les poussées. Elle a 24 ans. Tu ne penses pas qu’on l'a déjà prise avant? Peut-être pas de la même façon, mais crois-moi, on l’a prise avant. »
Lire aussi: Le water-polo : une histoire partagée
Szauder aurait également tenu des propos racistes, notamment à l’endroit de l’une des nageuses d’origine indienne, comme se rappelle Sion Ormond. « Il a dit [à l’une des filles] : "N’aie pas peur de lui faire mal puisqu'il y a 2,4 (sic) milliards d’Indiens dans le monde pour la remplacer." Il s’agissait d’une athlète d’origine indienne. Tout le monde s’est regardé. C’était un commentaire complètement inapproprié. » Ce qui est particulièrement préoccupant, c'est que plusieurs membres du personnel de NAC ont été témoins ou ont été mis au courant du comportement inapproprié de Szauder, sans intervenir. L’inaction du personnel de NAC devant les comportements abusifs répétés de Gabor Szauder a créé un environnement où les nageuses avaient peur de dénoncer les faits, par crainte de représailles.
On apprend aussi dans la demande de recours collectif que Gabor Szauder s'accordait le pouvoir de décider si et quand une athlète était blessée, comme dans un camp à Hawaï en janvier 2020. « Il nous a avisées que nous n’avions pas le droit d’être blessées et que toute blessure devait être approuvée par lui. Comme si les blessures n’étaient pas légitimes ou réelles. C’était à lui de décider si nous pouvions ou non voir un spécialiste », peut-on lire. Cette emprise sur la santé des athlètes accentuait leur vulnérabilité. Sion Ormond, qui a annoncé sa retraite en septembre 2020, a tenté de déposer une plainte auprès du programme Sport sécuritaire, mais la chef du sport Julie Healy a tenté de l’en décourager. « Elle m’a dit que je ferais mieux de faire attention, car mon dossier et mes informations personnelles seraient étalés au grand jour. J’ai trouvé ça étrange puisque je n'avais rien à cacher, se souvient Ormond. Qu’allaient-ils donc exposer?… Je l’ai perçu comme une menace. »
Le Lourd Héritage et les Appels au Changement : La Réponse de Natation Artistique Canada
Cette procédure légale survient après la fermeture du Centre d’entraînement de Montréal en octobre 2020. Une firme externe a été chargée d’enquêter sur les allégations d’abus et de harcèlement, des problèmes qui, comme mentionné, perdurent depuis des années. Stéphane Côté, directeur des communications de Natation artistique Canada, a laissé savoir que « lorsque l’examen sera complété, nous en ferons connaître les conclusions ainsi que les étapes que nous entendons poursuivre pour aller de l’avant ». Julie Vézina, directrice générale de Natation artistique Québec, a écrit dans un courriel envoyé à La Presse que « nous ne croyons pas approprié à ce moment-ci de nous exprimer davantage sur le sujet », tout en rappelant que « c’est une priorité » pour Natation artistique Québec « d’offrir un environnement de pratique sportive sain et sécuritaire en natation artistique partout au Québec ».
Cependant, les athlètes demandent des actions concrètes et une reconnaissance des torts passés. Gabriella Brisson souhaiterait qu’il y ait des politiques plus strictes pour l’embauche d’entraîneurs par Natation artistique Canada. Geneviève Peel est catégorique : « Les gens problématiques, il faut qu’ils s’en aillent, sinon, le sport va continuer dans ce qu’il a toujours été. On ne peut plus juste taper sur les doigts des gens, c’est ce qu’on fait depuis des années. » Marie-Lou Morin soutient que « Synchro Canada [Natation artistique Canada] devrait admettre que dans le passé, ils n’ont pas fait leur job de protéger les athlètes et qu’ils vont faire mieux ».
Ces révélations ne sont pas nouvelles pour certains. Au printemps 2017, Gabriella Brisson et les autres membres de l’équipe nationale senior avaient déjà essayé de faire entendre leurs histoires, mais selon elle, « ç’a été balayé sous le tapis ». Elle est outrée que leurs plaintes rapportées à Natation artistique Canada n’aient pas été dévoilées publiquement et que l’entraîneur en question ait pu se retirer de ses fonctions en invoquant « des raisons personnelles » sans jamais répondre aux problèmes soulevés. Marie-Lou Morin, qui faisait aussi partie de l’équipe en 2017, considère toutefois que Natation artistique Canada a bien réagi face aux plaintes. Elle souligne que l’entraîneur a eu une prise de conscience à la suite des témoignages, « mais c’était rendu trop tard et elle avait fait trop de dommages pour certaines filles ».
Cinq anciennes membres de l’équipe nationale senior de natation artistique réclament justice. Elles disent avoir été victimes d’abus psychologique, de négligence et de harcèlement sexuel et racial par les entraîneurs et le personnel de Natation Artistique Canada (NAC). Les requérantes accusent la fédération d’avoir fermé les yeux depuis 2010. L’une d’elles, Erin Willson, affirme souffrir encore des séquelles de son passage dans l’équipe nationale neuf ans après sa retraite. « J'ai reçu un diagnostic d’anxiété, de dépression, de trouble alimentaire, de trouble du sommeil et de trouble de stress post-traumatique… Il m’arrive encore de rêver à mon entraîneuse qui me crie après. » Ces témoignages bouleversants soulignent l'urgence d'une réforme profonde et durable pour assurer un environnement sain et sécuritaire pour les futures générations d'athlètes.