La Leptospirose : Enjeux de prévention pour la pratique du canoë-kayak

La leptospirose est une maladie causée par des bactéries nommées leptospires (telle que l’espèce Leptospira interrogans). Maladie transmissible de l’animal à l’humain et inversement (zoonose), la leptospirose est un problème de santé publique particulièrement important pour les personnes pratiquant des activités de loisirs en eau douce : baignade, nage en eau libre, pêche, canyoning, canoë-kayak. Le réservoir animal est très diversifié, et outre les rongeurs et les insectivores, il comprend des animaux d’élevage comme les bovins, les chevaux ou les porcs, dont l’infection est fréquente et entraîne des pertes économiques importantes, et des animaux de compagnie comme les chiens. Tous ces animaux disséminent des leptospires par voie urinaire. Transmises via les urines, elles survivent assez facilement dans le milieu extérieur, notamment dans l’eau douce et les sols boueux. Les troupeaux infectés s’auto-contaminent à partir de quelques individus porteurs.

Mécanismes de transmission et facteurs de risque

La leptospirose est une maladie qui s’attrape au contact de l’eau contaminée par les rongeurs. Chez l’humain, la bactérie pénètre principalement par les blessures ou les muqueuses après exposition à un environnement souillé par les urines des réservoirs animaux. La maladie se contracte lors d’un contact avec un environnement humide contaminé par les urines des rats (boues, flaques d’eau, eaux stagnantes en bord de ravines). Il faut également éviter de se baigner en eau douce lorsqu’on est porteur de plaies. L’Institut Pasteur rappelle que les plaies sont les principales portes d’entrée de la bactérie. La leptospirose est une maladie grave, provoquée par une bactérie souvent présente chez les rats. La bactérie entre dans l’organisme par la peau en cas de coupures ou de plaies (même petites). En France, le dispositif de surveillance de la leptospirose mis en place par Santé publique France et le Centre national de référence (CNR) de la leptospirose note, ces dernières années, une augmentation de l’incidence des cas de leptospirose sur notre territoire avec une incidence plus élevée en France d'outre-mer. En France métropolitaine, la leptospirose touche 600 à 700 personnes chaque année. Certaines professions (agriculteurs, éleveurs, égoutiers, éboueurs…) et les personnes pratiquant des loisirs nautiques (baignade, canoé, kayak, pêche, chasse, canyonning…) sont particulièrement à risque.

Symptômes et évolution de la pathologie

Dans la forme modérée, la maladie débute par une fièvre élevée avec frissons, maux de tête, douleurs musculaires et douleurs articulaires diffuses. Elle peut cependant évoluer vers une atteinte rénale, hépatique, méningée ou pulmonaire. Dans 20% des cas, elle se complique d’un syndrome hémorragique. Le syndrome de Weil désigne une forme plus grave de la maladie. Elle associe insuffisance rénale aiguë, atteinte neurologique (convulsions, coma) et des hémorragies plus ou moins sévères (pulmonaire, digestive). La convalescence est longue, mais généralement sans séquelles. Les formes modérées de leptospirose peuvent guérir spontanément et sans séquelle, mais l’usage d’antibiotiques peut être recommandé. La leptospirose est une maladie infectieuse plutôt rare, en général bénigne mais qui peut prendre des formes graves, voire être mortelle. Dans les formes plus graves, le foie, les reins, les méninges peuvent être atteints. Consultez rapidement votre médecin traitant en lui signalant l’activité pratiquée. De plus, il faut signaler à son médecin la notion de baignade dans les deux semaines précédentes en cas de fièvre.

Prise en charge thérapeutique et antibiothérapie

Les leptospires sont des bactéries sensibles, du moins in vitro à une grande variété d'antibiotiques : pénicillines (ampicilline, amoxicilline, pénicilline G), céphalosporines (céfotaxime, ceftriaxone, céfépime), pénèmes (imipénème-cilastatine), fluoroquinolones (moxifloxacine, ciprofloxacine, lévofloxacine), cyclines (doxycycline, tétracycline), macrolides (azithromycine, clarithromycine) et résistantes aux sulfamides (triméthoprime/sulfaméthoxazole). Néanmoins, les antibiotiques de référence restent l'amoxicilline, les céphalosporines de troisième génération (C3G) et la doxycycline. À ce jour, aucune résistance à ces antibiotiques n'a été rapportée chez une souche clinique ou animale. L'antibiothérapie doit être idéalement prescrite le plus précocement possible, de préférence dans les cinq premiers jours d'évolution, avant que les leptospires ne disséminent dans les tissus. Dans les formes non compliquées, les traitements recommandés sont l'amoxicilline ou la doxycycline par voie orale pendant sept jours. L'efficacité de la doxycycline a été rapportée en administration orale pendant sept jours pour raccourcir la durée des principaux symptômes (fièvre, céphalées, myalgies) et prévenir la leptospirurie. Des traitements plus courts (trois à cinq jours) avec la ceftriaxone ou un macrolide (azithromycine) ont montré leur efficacité. Même si elles semblent exceptionnelles, des réactions de Jarisch-Herxheimer ont été rapportées et doivent être suspectées en cas de manifestations évocatrices chez un patient traité par pénicilline.

Stratégies de prévention et protection individuelle

De nombreuses mesures de prévention, en fonction des situations, peuvent être mises en place afin de réduire le risque d’exposition aux leptospires. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) recommande une information spécifique dans le cadre des activités exposant à la contamination et l’utilisation de mesures de protection individuelle (port de gants, bottes cuissardes, vêtements protecteurs…). Il est indispensable de mettre en place des moyens d’hygiène appropriés, notamment, mise à disposition d’eau potable (prévoir réserve d’eau potable sur chantier ou embarquée), savon, moyens d’essuyage à usage unique. Il convient d’éviter de se baigner en eau douce lorsqu’on est porteur de plaies. Les protections individuelles (gants, lunettes, bottes) sont conseillées lors des activités qui exposent aux leptospires. Concernant la transmission, il est préconisé de limiter les contacts avec des eaux douces dans des zones fréquentées par des rongeurs, d'éviter tout contact direct avec un animal sauvage, qu’il soit vivant ou mort, et de procéder à la désinfection à l’aide d’une solution antiseptique de toute plaie ou égratignure, qui doit être ensuite protégée par un pansement imperméable. En cas de projection d’eau dans les yeux, un rinçage immédiat à l’eau potable est nécessaire. La dératisation, le drainage des zones inondées, ou encore le contrôle des eaux en provenance des élevages industriels, sont des moyens de prévention efficaces mais difficiles à mettre en œuvre.

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Le cadre de la surveillance sanitaire et vaccinale

Depuis août 2023, le dispositif de surveillance de la leptospirose repose sur la déclaration obligatoire. Avant cette date, la surveillance de la leptospirose reposait sur les données du Centre national de référence (CNR) de la leptospirose, intégré à l’unité de Biologie des Spirochètes de l’Institut Pasteur à Paris et de son réseau de laboratoires dans l'Hexagone et dans les outre-mer. Tout cas de leptospirose, documenté biologiquement, doit être déclaré à la cellule de veille et alerte de l’Agence régionale de santé à l’aide de la fiche de déclaration obligatoire. En France, un vaccin humain est proposé uniquement aux travailleurs très exposés, comme les agriculteurs, les éleveurs, les égoutiers et les éboueurs. La vaccination (3 injections puis rappel tous les deux ans) n’est recommandée que dans certaines indications restreintes, posées au cas par cas, notamment dans le cadre de la médecine du travail et en prenant en compte les risques environnementaux et individuels. Ce vaccin ne protège que contre la Leptospira interrogans, soit environ 30% des cas, et a de fréquents effets secondaires. Le HCSP rappelle qu’avant toute vaccination le médecin doit s’assurer que l’information sur la maladie, les comportements à risque, mais aussi sur l’efficacité relative du vaccin a bien été donnée et comprise (en aucun cas le vaccin ne doit être pris comme une "garantie" permettant de se passer des autres moyens de prévention). Un vaccin spécifique pour les chiens est très largement utilisé en France.

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