Les Méthodes Essentielles pour Joindre la Coque et le Pont d'un Kayak : Techniques et Considérations

La construction d'un kayak est un processus gratifiant qui aboutit à une embarcation personnalisée, parfaitement adaptée aux besoins de son pagayeur. Au cœur de cette entreprise se trouve une étape cruciale : la jonction de la coque et du pont. Cette phase détermine non seulement l'intégrité structurelle du kayak, mais aussi son étanchéité, sa durabilité et, in fine, sa performance sur l'eau. Que l'on opte pour la finesse du strip planking ou la rapidité du cousu-collé, chaque méthode présente ses particularités et ses exigences pour assurer cette liaison fondamentale.

Principes Généraux de la Construction de Kayak

Avant d'aborder les spécificités de l'assemblage coque-pont, il est impératif de comprendre les fondements de la construction d'un kayak. Le processus débute souvent par le montage d'un mannequin sur une poutre rectiligne de sapin, elle-même placée sur des tréteaux. Cette poutre sert de colonne vertébrale à la structure. Les gabarits, qui définissent les courbes et le profil du futur kayak, sont ensuite placés dans des encoches réalisées sur la poutre, généralement tous les 30 cm, avec une fixation minutieuse des gabarits de proue et de poupe. Ces gabarits peuvent être fournis avec les plans, mais il est également possible de les réaliser soi-même.

Le choix des matériaux est un élément déterminant pour la légèreté et la robustesse de l'embarcation. Les plans de chez Guillemot Kayak, par exemple, sont très appréciés et sont souvent livrés en grandeur réelle, chaque couple de mannequin individuel, ce qui représente un gain de temps formidable. Pour la construction, il est primordial de privilégier la légèreté. Un tissu sergé de 170 ou 140 g/m² est généralement suffisant pour le renforcement. Dans le cas du strip planking, des lattes en redcedar de 6mm d’épaisseur par 20mm de large, avec un bouvetage 1/2 rond fait à la défonceuse de table et une fraise spécifique, sont couramment utilisées. Ces lattes sont souvent collées à l'aide de PPU en cartouches, utilisable même par temps froid, jusqu'à 5 degrés, et offrent une excellente tenue sur le long terme. Les bois décoratifs comme l'érable sycomore peuvent être employés pour créer un effet décoratif sur le pont, où l'on préfère les cernes à plat dans le sens de la largeur pour un aspect moiré très esthétique, malgré un tiers de déchets potentiel.

Pour obtenir un kayak de poids raisonnable, comme un modèle de 40 kg en gros, il faut tout mesurer avec précision, y compris la densité du bois qui peut varier du simple au double. La question de l'orientation du grain du bois est également importante; si un petit décalage n'est pas problématique, il existe un risque de fente lors du sciage et de surcreusement des zones de bois tendre lors du ponçage avec un papier usé. Le bois est l'âme d'un sandwich, et il faut éviter que les lattes se fendent dans le sens de l'épaisseur lorsque le sandwich "travaille".

La Méthode du Strip Planking : Lattes et Bouvetages pour une Structure Continue

La technique du strip planking, ou construction à lattes jointives, est réputée pour la beauté de ses finitions et la solidité de la coque obtenue. Son ancêtre peut être trouvé dans le canoë construit dès la fin du XIXe siècle en lattes à mi-bois. Les avancées sur les colles, avant et après la Seconde Guerre mondiale, ont permis le développement de la construction à petites lattes jointives, parfois appelée à l'époque "bordé Norvégien". Cette approche utilise des lattes à la section proche du carré, bouvetées ou non, collées entre elles et clouées sur chant. Les coques étaient alors construites sur moule et des membrures ployées espacées, deux fois plus que la normale, étaient ajoutées par la suite.

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Dans la version moderne, la construction implique le fraisage des champs des lattes en formes concave et convexe, permettant un ajustement parfait et une surface de collage maximale. Ces lattes sont ensuite assemblées méthodiquement sur les gabarits, formant progressivement la coque et le pont. L'ensemble est collé avec une grande précision. Après l'assemblage des lattes, une couche d’imprégnation est appliquée par précaution, suivie d'une solidification avec de la fibre de verre et de la résine époxy. La construction se termine généralement par une couche de vernis 2 composants, qui offre une protection durable. Pour l'entretien, un simple rinçage avant rangement et un stockage à l'abri des UV sont suffisants, avec des retouches au vernis monocomposant sur les rayures éventuelles.

Un avantage notable des plans Guillemot est qu'ils permettent de construire un kayak caractérisé par une largeur suffisante pour une bonne stabilité sans être trop lourd à traîner. Ces kayaks sont très maniables et n'ont généralement pas besoin de gouvernail. Cependant, une dérive centrale pourrait être utile par vent latéral, mais son surpoids et la complication de fabrication ne se justifient pas toujours pour une utilisation par un amateur occasionnel. Des modèles comme le Guillemot L de 5,5 m de long, avec un pont surbaissé pour avoir moins de prise au vent, sont parfaits pour les grands gabarits. Pour une stature moins encombrante, un kayak de 4,80 m peut être très confortable.

La Technique du Cousu-Collé (Stitch and Glue) : Rapidité et Efficacité pour l'Assemblage

La technique du cousu-collé est reconnue pour sa rapidité de construction et la solidité des embarcations qu'elle permet de réaliser. Elle est considérée comme très intéressante, pratique et rapide, même pour ceux qui ne la connaissent que théoriquement. Les plans de kayak en contreplaqué (CP) selon cette méthode sont infiniment plus rapides à construire et tout aussi solides que les modèles en strip planking. Certes, ce sont des coques à bouchains, mais bien souvent, cela ne se voit que lorsqu'ils sont sur le toit. Les kayaks en CP cousu-collé sont très performants à condition de construire léger, avec une coque en 6mm, un pont en 3mm et des cloisons en 3mm. Le CP demande moins de temps et moins de matériel, bien que le budget des fournitures soit équivalent à celui du strip planking, car le CP marine est cher en 3 ou 6mm.

Le processus de construction d'un kayak Léo, par exemple, avec la technique du cousu-collé, suit un chemin bien défini. Les panneaux de contreplaqué sont d'abord découpés selon des plans détaillés. Ensuite, ils sont cousus ensemble à l'aide de fil de cuivre pour former la structure de base. Une fois les coutures en place, les joints sont réalisés avec de la résine époxy, rendant l'ensemble étanche et résistant. La coque et le pont sont fabriqués séparément avant d'être assemblés. Pour cette jonction cruciale, des tasseaux de liaison sont utilisés, ce qui assure une liaison solide entre les deux parties. Une fois cette étape passée, il s’agit de faire des belles soudures intérieures sans se galérer.

Pour faciliter la réalisation de ces soudures intérieures, une technique éprouvée consiste à laisser des morceaux de ficelles qui vont de l'hiloire aux pointes avant et arrière avant d'assembler les demies coques. Ensuite, on imprègne la bande de fibre à l'extérieur du bateau, en n'oubliant pas un peu de résine sur les demies coques. On attache ensuite les bandes de soudures aux ficelles, une par une, et il ne reste plus qu'à tirer la ficelle pour que la bande glisse doucement vers les pointes. On fait sortir le nœud et un peu de bande, puis on coupe le tout. L'idéal pour ces opérations est également le pinceau coudé "spécial radiateur". Pour exemple, sur un deuxième shape de 2,35m de long, les soudures ont été faites sans rallonge de pinceau, juste en tendant le bras.

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Détails Cruciaux pour une Jonction Parfaite entre Coque et Pont

La jonction entre la coque et le pont est l'un des points les plus critiques de la construction d'un kayak, quel que soit le type de construction. Il est impératif de vérifier cette jonction ! L'assemblage doit être parfaitement étanche et structurellement sain pour garantir la sécurité et la durabilité du kayak. Après la phase d'assemblage initial, des éléments supplémentaires viennent renforcer et sceller cette liaison.

Dans le cas du cousu-collé, la coque et le pont sont fabriqués séparément avant d'être assemblés à l'aide de tasseaux de liaison. Ces tasseaux agissent comme des éléments de renfort internes, offrant une surface d'appui et de collage supplémentaire pour l'époxy et la fibre de verre. Après leur mise en place, des joints congé finaux, souvent complétés par du ruban de verre, sont appliqués. Ces congés, qui peuvent être réalisés avec une pâte de résine époxy chargée, permettent de créer une transition douce et solide entre les surfaces, éliminant les angles vifs qui seraient des points de faiblesse. L'ensemble est ensuite fibré, généralement avec un roving enduit d'époxy, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. L'application d'une couche d’époxy supplémentaire pour la coque, qui sera enduite et poncée avant peinture, est courante, tandis que le pont pourra garder la trame du tissu pour un aspect plus brut ou être également peint. L'encapsulage, qui consiste à envelopper entièrement le bois dans de la résine époxy, est une technique qui permet de mettre ce que l'on veut dedans… ou presque, garantissant une protection maximale du bois.

Pour les finitions et la durabilité de la jonction, des aspects essentiels doivent être pris en compte. Une fois le bateau bien séché, parfois même avec l'aide d'une canicule à 42 degrés, il est nécessaire de rechercher tous les points de soulèvement. Après ponçage dans les interstices, il est important de vérifier l'état du nid d'abeille et le renfort pont plus cloison verticale à l'intérieur. Les réparations sont effectuées à la résine epoxy-bi composant, parfois avec le support d’un professionnel pour le choix de la résine. Il faut également reprendre tous les faïençages au gel-coat. Enfin, il restera à poncer l'ensemble du pont et appliquer une nouvelle peinture, en utilisant un apprêt undercoat puis un topcoat coloré pour une protection optimale.

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