L'univers de la natation, riche en performances et en émotions, trouve une résonance particulière dans l'œuvre littéraire de Bruno Giroux, un auteur dont le parcours est intimement lié aux bassins. Quand les récits, qu'ils soient de nature intime ou d'une portée plus vaste, liés à la natation et aux existences humaines, s'entremêlent sur un rythme qui ne cesse de croître, cela donne une œuvre remarquée : Chlore. Ce roman, considéré comme réussi, est l'émanation de la plume de Bruno Giroux, qui n'est pas seulement un écrivain. Il occupe également les fonctions de professeur en Martinique, et est simultanément entraîneur et nageur au sein du dynamique club Transnage Caraïbes. Son histoire est celle d'une vie où les études de lettres et l'immersion dans le monde aquatique se complètent et s'enrichissent mutuellement, offrant une perspective unique sur le sport et la littérature. Il s'agit d'un véritable entretien entre les lignes, où chaque phrase du roman révèle une facette de son expérience et de sa vision.
Un Parcours Polyvalent : De Toulouse à la Martinique, entre Enseignement et Coaching
Le cheminement professionnel et personnel de Bruno Giroux, âgé de 54 ans, témoigne d'une polyvalence et d'une passion inébranlable pour la natation et l'éducation. Son expérience en tant qu'entraîneur est vaste et s'étend sur plusieurs décennies et régions. Il fut, par exemple, un ex-entraîneur en sport-études au Lycée Raymond Naves de Toulouse. Cet établissement est un haut lieu de la formation sportive en France, et c'est un fait notable que, de cette institution, sortiront plusieurs nageurs sélectionnés en équipe de France, un témoignage éloquent de la qualité de l'encadrement pédagogique et sportif qu'il a pu y apporter.
Après cette période féconde dans la Ville Rose, Bruno Giroux a poursuivi son engagement dans le monde de la natation, en se concentrant sur des rôles d'entraîneur et de pratiquant. Aujourd'hui, son activité se déroule sous les latitudes ensoleillées des Antilles. En effet, Bruno Giroux, 54 ans, entraîne et nage désormais au sein de la section Maîtres du club Transnage Caraïbes en Martinique. Cette position lui permet de conserver un lien direct avec l'eau, à la fois en transmettant son savoir en tant qu'entraîneur et en participant activement aux compétitions en tant que nageur expérimenté. Mais au-delà des bassins, son esprit créatif ne cesse de s'exprimer. Il trempe aussi régulièrement sa plume dans le bain de la natation, mais pas seulement, explorant ainsi d'autres horizons littéraires. Cette double casquette, où l'encre et l'eau se côtoient, définit une grande partie de son identité et de son œuvre.
"Chlore" : L'Ambition d'un Relais entre Littérature et Natation
L'ouvrage Chlore, son dernier roman, s'inscrit pleinement dans cette dynamique. La question se pose naturellement : était-ce, au départ, l'ambition d'un relais bien accordé entre littérature et natation ? La réponse de Bruno Giroux est éclairante quant à ses intentions profondes en tant qu'écrivain. Ce qu'il ne voulait surtout pas, c'était faire un inventaire à la Prévert autour de la natation. Son objectif n'était donc pas de lister ou d'énumérer de manière exhaustive les éléments du monde de la natation de manière désordonnée ou descriptive, comme pourrait le faire un inventaire, même poétique. Son désir était bien plus ambitieux et raffiné : il aspirait plutôt à écrire un conte poétique, magique autour de l'histoire de ses personnages.
Pour concrétiser cette vision, il s'appuie sur des lieux empreints d'histoire et de sens. Par exemple, lorsque je parle de la piscine Paul-Asseman de Dunkerque, où j’ai nagé et coaché, c’est assez facile finalement parce qu’il y a un côté très Francis Ponge dans ce lieu qui a abrité tant de championnats. La référence à Francis Ponge, poète français connu pour ses descriptions minutieuses et sensorielles des objets du quotidien, souligne la volonté de Bruno Giroux de capter l'essence et l'âme des lieux qu'il décrit. La piscine de Dunkerque est ainsi dépeinte comme une sorte d’huître posée en bord de plage, une métaphore qui évoque à la fois sa forme, son emplacement et son caractère précieux, renfermant de multiples histoires et de vécus intenses. Cet univers aquatique, où les murs des piscines résonnent encore des exploits passés, est un terrain de jeu privilégié pour son imagination et sa plume.
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Un Univers Connu de l'Intérieur : Entraîneur et Nageur Maître
Cet univers de la natation est un territoire que Bruno Giroux connaît intimement et en profondeur. La question de savoir si cet univers est bien connu, du fait qu'il entraîne et est toujours nageur dans la catégorie des « maîtres », trouve une réponse affirmée. Effectivement, cette immersion totale dans le sport lui confère une légitimité et une authenticité indéniables pour en parler.
Son parcours est marqué par ce double cursus, une dualité constante qui a façonné son identité professionnelle et intellectuelle. J’ai toujours eu un double cursus, partagé entre la littérature et le sport. Cette articulation entre deux domaines, souvent perçus comme distincts, a été le fil rouge de sa vie. Pour preuve, il précise : puisque j’ai fait des études de lettres modernes jusqu’au DEA, un diplôme d'études approfondies, attestant d'un engagement intellectuel poussé. Parallèlement à cette quête académique, il a développé une expertise significative dans le coaching sportif. tout en entraînant (BE1, BE2) jusqu’au Pôle Espoirs de Toulouse avec le CTR Philippe Migeon. Les BE1 et BE2 sont des brevets d'État d'éducateur sportif, soulignant sa qualification professionnelle, et son travail avec Philippe Migeon, Conseiller Technique Régional, au sein d'une structure d'excellence comme le Pôle Espoirs, témoigne de son niveau d'engagement et de compétence.
Sa carrière l'a ensuite mené à diverses expériences enrichissantes, alternant entre l'enseignement et la direction technique de clubs. Puis, j’ai été prof d’EPS en Martinique, avant de devenir Directeur technique du club des Dauphins du Moule en Guadeloupe, puis un peu en Franche-Comté, et ensuite à Schœlcher Natation 2000 en Martinique. Ces différentes étapes, traversant plusieurs régions françaises, métropolitaines et ultra-marines, ont enrichi sa compréhension des dynamiques sportives et humaines. Aujourd'hui, il est revenu à ses racines insulaires avec une nouvelle mission : Et, aujourd’hui, j’entraîne et je nage à Transnage Caraïbes.
Cette longévité et cette persévérance dans le milieu aquatique sont remarquables. Au bout du compte, cela fait trente-cinq ans que j’entraîne tout en nageant. C'est un engagement de plusieurs décennies qui prouve une passion inaltérable. Ses succès en tant que nageur "Maître" sont également impressionnants : puisque j’ai une quarantaine de titres de champion de France chez les Maîtres, du 50 m papillon au 400 m 4 nages. Cette performance, couvrant un large éventail de distances et de styles de nage, témoigne d'une polyvalence et d'une endurance exceptionnelles, consolidant sa légitimité à parler de la natation non seulement en tant qu'observateur ou entraîneur, mais aussi en tant qu'acteur de premier plan. À côté de cela, j’écris tout le temps, un petit peu, démontrant que la plume est une compagne fidèle de son parcours. J’ai publié un premier bouquin en 1999 (Le cœur en cru) puis d’autres, ancrant son statut d'écrivain bien avant Chlore.
"Chlore" : Le Reflet d'une Expérience Vécue d'Entraîneur
Le roman Chlore est donc bien plus qu'une simple fiction ; il est profondément enraciné dans le vécu et l'expérience de son auteur en tant qu'entraîneur. La question de savoir si Chlore est aussi son expérience et son vécu d’entraîneur qui parlent est accueillie par un oui franc : Oui, il y a une part de moi-même, forcément ! Cette affirmation met en lumière la dimension autobiographique, bien que romancée, de l'ouvrage, où les émotions, les observations et les réflexions de Bruno Giroux transparaissent à travers ses personnages et ses intrigues.
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Il établit une distinction claire avec ses œuvres précédentes, notamment avec un titre paru quelques années auparavant. En 2006, j’ai publié Le Maître-noyeur qui parlait, en gros, des maîtres-nageurs. Cependant, il reconnaît une lacune dans ce premier ouvrage : mais je n’avais pas abordé dans ce livre la partie compétition et les angles morts de la natation : les relations parents-enfants nageurs ou enfants-entraîneurs. Ces aspects, souvent complexes et empreints de non-dits, représentent les coulisses du sport de haut niveau, les défis psychologiques et relationnels qui se jouent loin des projecteurs.
C'est précisément cette exploration des zones d'ombre qui constitue le cœur de Chlore. Là, dans Chlore, j’ai vraiment voulu raconter ces aspects de mon sport à travers le récit d’une relation entre un père et un fils. En choisissant ce prisme familial, Bruno Giroux peut décortiquer les dynamiques de pression, d'attente, de soutien et de conflit qui peuvent émerger entre un parent et son enfant nageur, ainsi qu'entre l'athlète et son mentor. Et puis, je voulais aussi à travers cette histoire faire « revivre » des nageurs comme Alfred Nakache, Alex Jany et Jean Boiteux tombés trop vite dans l’oubli à mon sens. Son roman devient alors un véhicule pour la mémoire collective, un moyen de rendre hommage à des figures emblématiques de la natation française dont l'héritage méritait d'être redécouvert. Mais en le faisant de façon très poétique, il s'assure que ces récits du passé s'intègrent harmonieusement dans le conte, ajoutant une dimension lyrique à la narration.
La Sainte Trinité des Nageurs : Mythes et Mémoire Réincarnés
Dans l'histoire tissée par Bruno Giroux, le père du personnage central nourrit une profonde vénération pour un trio de nageurs légendaires, les considérant comme une « sainte trinité ». Le choix de ces trois figures emblématiques est loin d'être anodin, et leur sélection est motivée par leur statut quasi mythique dans l'histoire de la natation française. La raison de ce choix est explicite : Parce que ces trois nageurs sont un peu comme des figures mythiques. Chacun d'eux incarne un archétype, une parabole de la condition humaine à travers le prisme du sport.
Alfred Nakache est ainsi associé à la figure tragique et résiliente d'Orphée. Nakache, c’est un peu Orphée revenant des enfers après avoir connu la déportation à Auschwitz en 1943. Cette analogie puissante met en lumière la survie miraculeuse de Nakache, sa capacité à renaître des cendres de l'horreur de la Shoah et à retrouver la force de nager et de vivre, après avoir traversé les abîmes de l'enfer concentrationnaire. Sa résilience est celle d'une légende.
Alex Jany, quant à lui, est comparé au mythe de Sisyphe, le héros condamné à pousser éternellement un rocher en haut d'une montagne. Alex Jany, c’est Sisyphe avec ses quatre JO où il n’obtient jamais de médailles individuelles alors même qu’il est favori à Londres en 1948. Cette comparaison souligne la persévérance inlassable de Jany face à l'adversité et à la déception. Malgré les attentes et les espoirs fondés sur son talent, notamment après la Seconde Guerre mondiale, il ne parvient pas à décrocher le métal individuel tant désiré. Et pourtant, il se relance sans cesse, finissant par disputer les Jeux de Rome en 1960 en water-polo. Cette capacité à se réinventer et à poursuivre sa carrière sportive dans une autre discipline illustre sa force de caractère et son attachement indéfectible à l'esprit olympique.
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Enfin, Jean Boiteux est l'incarnation d'Icare, la figure mythologique qui s'est brûlé les ailes en s'approchant trop près du soleil. Enfin, Jean Boiteux, c’est Icare : il conquiert l’or en 1952 à Helsinki, touche le soleil d’une certaine manière et meurt en 2010 des suites d’une chute mortelle… Boiteux atteint le summum de la gloire en remportant la médaille d'or olympique, un exploit éblouissant qui le propulse au firmament de la natation. Sa fin, tragique et inattendue, par une chute mortelle, confère à sa trajectoire une dimension poignante et symbolique, rappelant la fragilité de l'existence même après avoir tutoyé les sommets.
Ces récits, enrichis par les analogies mythologiques, permettent à Bruno Giroux de redonner vie à ces géants de la natation, les sortant de l'oubli pour les ancrer dans une nouvelle forme de mémoire collective.
L'Entraîneur Atypique Bidel : Entre Réalité et Fiction
Dans l'élaboration de son roman Chlore, Bruno Giroux ne se contente pas de relater des faits ou de rendre hommage à des figures historiques. Il y intègre également une dimension plus incisive et parfois « urticante », comme il le dit lui-même. Exact, mais je n’écris pas des cartes postales ! Cette affirmation révèle une volonté de ne pas embellir la réalité, mais de sonder les aspects plus difficiles ou controversés de l'univers de la natation. Donc, si je peux aller gratouiller dans ce qui est un peu urticant, je ne m’en prive pas.
C'est dans cette optique qu'il a choisi de nommer l'entraîneur de son jeune nageur, Bidel. Ce personnage est un archétype, une figure composite inspirée de personnalités bien réelles du monde de la natation française. Évidemment, on reconnaîtra Philippe Lucas dans le côté grande gueule. L'entraîneur Philippe Lucas est célèbre pour son franc-parler et son style direct, des traits de caractère qui ont clairement influencé la personnalité de Bidel. Mais l'inspiration ne s'arrête pas là. Je me suis aussi inspiré de Philippe Migeon, entraîneur du Pôle Espoirs de Toulouse, avec lequel j’ai travaillé et expérimenté pas mal de choses. Cette collaboration passée avec Philippe Migeon a sans doute nourri la vision de Bruno Giroux sur les méthodes d'entraînement et les relations entraîneur-nageur.
Cependant, la figure de son entraîneur Bidel est atypique. Elle se distingue des modèles conventionnels par une particularité majeure. parce que je défends beaucoup l’individu par rapport à l’institution. Cette position, qui met en avant la singularité et la protection de l'athlète face aux pressions structurelles, est un thème central développé à travers le personnage de Bidel. Mon entraîneur a une sorte d’immunité tant que son fils Jayson performe. Cette relation complexe entre un entraîneur et son propre fils athlète crée une dynamique où les résultats sportifs confèrent une protection, presque une impunité, à l'entraîneur. Toutefois, cette situation est précaire et dépend entièrement du succès. Mais lorsque celui-ci faillit, il va se faire broyer par le système. Cette chute, lorsqu'elle survient, est brutale et symbolise la vulnérabilité de l'individu face aux exigences implacables de l'institution et du sport de haut niveau, une critique sous-jacente des aspects les plus durs de la compétition.
Revivre les Grands Événements : L'Histoire de la Natation au Fil des Récits
La méthode narrative de Bruno Giroux dans Chlore repose sur une intégration habile des grands événements du passé de la natation, les faisant interagir avec les destins de ses personnages fictifs. Ce procédé permet d'ancrer l'histoire personnelle dans la grande histoire du sport, conférant au récit une profondeur et une résonance particulières. Un exemple frappant illustre cette approche. Oui, en 1966, il bat son premier record du monde du 400 m nage libre en le préparant en altitude à Mexico avant de redescendre à Acapulco où l’eau de la piscine est trop chaude. L'anecdote concernant la préparation et la performance de ce nageur, avec les défis logistiques posés par la température de l'eau, est saisissante. Dans la nuit, il faut donc la refroidir avec des blocs de glace ! Ce détail spécifique, qui relève de l'ingéniosité face à un problème concret, ajoute une touche de réalisme et de singularité à l'événement.
Cette histoire, c’est le fil de ma méthode dans Chlore : faire revivre les grands événements du passé de la natation en les reliant à l’histoire de mes personnages. L'auteur ne se contente pas de mentionner ces faits ; il les tisse intimement au parcours de ses héros, leur donnant un sens nouveau et une connexion émotionnelle. Et comme il n’y pas une énorme littérature sur cette médaille, j’ai recréé totalement l’événement en me plongeant dans les minces archives existantes : le résultat, bien sûr, la météo et puis le récit d’une énorme pollution dans la Seine, cadre de l’épreuve, deux semaines avant la compétition. Ce processus de recherche et de recréation montre le souci de l'authenticité et de la précision historique, même au service d'une œuvre de fiction. Les détails comme la météo et l'état de la Seine avant la compétition enrichissent le contexte, permettant au lecteur de s'immerger pleinement dans l'atmosphère de l'époque.
À partir de là, je fais ma cuisine afin d’être dans l’eau avec Charles Devendeville, qu’on puisse ressentir le concurrent juste à côté de lui. L'expression "faire sa cuisine" traduit le travail créatif de l'auteur, qui assemble les éléments historiques et fictionnels pour construire une scène immersive. L'objectif est de rendre l'expérience du nageur tellement palpable que le lecteur a l'impression d'être aux côtés de Charles Devendeville, percevant la présence et la tension du concurrent voisin.