Le destin tragique et le périple du catamaran de Brieuc Maisonneuve

L'odyssée d'un marin et de son multicoque

Brieuc Maisonneuve, 47 ans, est un marin granvillais au profil atypique. Après avoir beaucoup navigué en équipage et en solitaire lorsqu’il était plus jeune, il a ensuite dirigé pendant 15 ans un petit groupe industriel. En 2018, il connaît les affres du redressement judiciaire après que l’annonce du Brexit ait profondément perturbé son activité professionnelle. Il rebondit en 2019 en créant Addictive Sailing, une entreprise de charter qui exploite un catamaran de course, pour faire partager sa passion pour la mer et la course au large. L'aventure est terminée pour le catamaran Addictive Sailing de Brieuc Maisonneuve. Un bateau qu'il avait mis à l'eau il y a trois ans, lui l'ancien patron d'une petite entreprise industrielle qui a totalement changé de vie. Il s'est lancé dans la course au large mais aussi dans la location de bateaux pour des voyages entre la Méditerranée, l'Atlantique et les Antilles. Alors perdre son catamaran, c'est perdre l'essentiel de son patrimoine et son gagne-pain, nous raconte-t-il.

Le chavirage lors de la Route du Rhum

Il faisait partie des 138 skippers au départ de la Route du Rhum 2022, 12ème édition de la transatlantique en solitaire. Brieuc Maisonneuve participait pour la 2ème fois à la course légendaire. Alors qu’il était en tête de sa catégorie de La Route du rhum, le catamaran de Brieuc Maisonneuve se retourne le 13 novembre 2022. Son skipper est sauvé mais le bateau doit être abandonné. Le skipper du CMA-Île-de-France - 60 000 rebonds a chaviré dimanche 13 novembre au matin, suite au décrochage du pilote de son multicoque dans une rafale brutale. Le voilier est directement parti à l’abattée, entraînant un chavirage inévitable au large des Açores. Victime des mauvaises conditions de navigation qui sévissaient en Atlantique, entre les côtes de la péninsule ibérique et l’archipel des Açores, son catamaran sponsorisé par la CMA Ile-de-France et 60 000 Rebonds a brusquement décroché dans une violente rafale, entraînant un départ à l’abattée. Le marin n’a rien pu faire pour éviter le naufrage.

Dans des conditions de vent et de mer difficiles, une défaillance soudaine du pilote automatique semble avoir conduit le bateau à abattre violemment, suivi d'un chavirage. Le skipper a subi quelques coupures et contusions mais a été rapidement secouru par Jean-Pierre Dick, lui-même leader de la classe Rhum Mono. Malgré quelques contusions, Maisonneuve a été secouru par Jean-Pierre Dick qui l'a récupéré à son bord. Il a pu passer par l'issue de secours de l'une des coques du bateau et enfiler sa combinaison de survie avant d'être récupéré par un autre navigateur, Jean-Pierre Dick, qui avait été dérouté et qui l'a débarqué aux Açores sain et sauf.

L'expérience du traumatisme en mer

"Par chance, j'étais à l'intérieur en train de faire un point sur la météo. Si j'avais été dehors, je ne sais pas si j'aurais été là pour vous en parler, confie le marin. Une fois que le bateau est à l'envers, vous avez 30 secondes une minute de sidération totale puisque vous vous trouvez immédiatement dans une eau qui est assez fraîche à cette période de l'année. Et puis après il y a une partie du cerveau qui reprend le dessus." Le marin décrit ce moment de bascule où le monde chavire littéralement, soulignant la fragilité extrême face aux éléments déchaînés de l'Atlantique.

La tentative de secours et les défis logistiques

Pour le capitaine, perdre son embarcation est hors de question : une opération de sauvetage/remorquage a donc été lancée. La priorité de Brieuc Maisonneuve était de retrouver la trace de son bateau. La balise de survie du navire qui permet de le positionner sur une carte n'a qu'une autonomie de deux à trois jours. Alors avec des amis, il a établi un modèle de dérive. Il a calculé l'itinéraire que pouvait faire le catamaran selon le courant, le vent et l'état de la mer. "Il va falloir que l'on affrète un avion dès que les conditions météo nous permettront de lancer la recherche, explique le marin. Et puis ensuite il faut retrouver un remorqueur de haute mer qui soit capable d'aller sur zone. Ce sont des opérations qui coûtent très cher."

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Localiser le bateau, affréter un remorqueur pour le remettre à l'endroit et le tirer jusqu'à la côte. Ça va coûter 200.000 euros au bas mot, selon le skipper. Mais il n'y a pas le choix : un navire à la dérive, c'est dangereux pour les autres bateaux, et c'est à terme une pollution marine. Alors il a lancé une cagnotte sur la plateforme Leetchi. Les donateurs sont nombreux depuis deux semaines mais il a encore besoin d'aide.

Le dénouement inattendu sur les côtes bretonnes

Deux mois après s’être retourné en plein Atlantique lors de La Route du rhum, le catamaran de Brieuc Maisonneuve est venu s’échouer sur les côtes morbihannaises. Deux mois après s’être retourné en plein Atlantique, le catamaran est découvert le matin du 16 janvier 2023 sur la plage de Guidel, dans le Morbihan. Il a parcouru près de 650 miles (1 200 km) pour venir s’échouer à moins de 8 km de là où il avait été mis à l’eau en novembre 2019, s’étonne encore Brieuc Maisonneuve qui s’est dit mortifié quand il a découvert ce qu’il restait de son bateau de 15,50 m. Il décrit son bateau de neuf tonnes comme broyé sous les coups de boutoir d’une mer déchaînée, tossé par les vagues sur des blocs de granite. Assistés d’amis normands et bretons, il a dû engager des frais pour évacuer les quelque sept tonnes de déchets à recycler, et nettoyer la plage. La coque tribord était coupée en deux. Il manquait un tiers de la coque bâbord.

Les conséquences financières et professionnelles

Pour le skipper granvillais, le préjudice est considérable. "Je l’estime à 500 000 €, soit la moitié de la valeur du bateau", a calculé Brieuc Maisonneuve qui doit négocier l’étalement de sa dette. À cela, il faut ajouter le préjudice professionnel, soit quelque 300 000 € de chiffre d’affaires. Quant à la cagnotte solidaire lancée sur Internet quelques jours après le naufrage, elle a atteint la somme de 40 000 €. Cet argent est bloqué pour rembourser les dettes, note le skipper. Sans nouvelle de l’épave depuis son naufrage, le skipper a rebondi. Le hasard du calendrier a fait que trois jours avant l’échouage du bateau, il a répondu positivement à une offre d’emploi en tant que directeur commercial dans un chantier naval.

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