L'Art de la Navigation et le Patrimoine Maritime : De l'Eulalie aux Chantiers Bretons

La mer, dans sa majesté et sa complexité, a toujours été un terrain d'expression pour le savoir-faire artisanal et la passion humaine. Qu'il s'agisse de la restauration minutieuse d'un voilier de caractère ou de la tradition ostréicole transmise de génération en génération, la Bretagne demeure le berceau d'une culture maritime vivante. À travers les récits de navigation sur l'Eulalie et l'histoire des chantiers navals comme ceux de Guingamp ou de Pen Al Lann, nous plongeons au cœur d'un héritage où la technique rencontre l'émotion.

Une Escapade à Bord de l'Eulalie : Entre Manœuvres et Aquarelle

La journée va être haute en couleurs ! Du Trieux à Bréhat, Dominique nous invite à participer aux manœuvres 100% manuelles sur l’Eulalie. Dans sa coque parée de noir, Eulalie nous attend sur les quais de Lézardrieux. Le sourire éclairant sa barbe, Dominique nous accueille à bord. Le fond largement ponté de la chaloupe sardinière promet une balade grand-confort. Les paniers, sacs et boîtes d’aquarelles calés, nous voici prêts à larguer les amarres ! Le départ se fait au moteur et en douceur. Déjà, le skipper confie la barre à Françoise. Malgré ses 7 tonnes, le voilier en chêne et bois exotique réagit avec une étonnante facilité.

Les moussaillons d’un jour se chargent de hisser les voiles. Parés ! En associant joyeusement nos biceps, le taillevent s’élance sur le mât. Juste après, la voile de misaine étend sa couleur ocre entre mer et horizon. Dominique nous initie à quelques nœuds marins pour retenir les bouts’. Quelques demi-clefs plus tard, Eulalie glisse gracieusement sur les flots. Dominique nous conte l’histoire de son bateau. Il évoque avec humour et quelques photos sa rocambolesque restauration. Il souligne avec un brin de fierté la forme originale de l’étrave. Les longues heures de cintrage des bordées, les 3000 vis traversant le bois, la peinture annuelle de la coque méritent tout notre respect. Le capitaine sort de la cale le chanvre tressé au goudron de Norvège qui sert au calfatage.

Le cap assuré, Isabelle, aquarelliste, nous aide à hisser de délicates teintes sur le papier. Le pimpant phare de la Croix à babord, Isabelle se saisit d’une feuille. Sous nos yeux étonnés, elle nous dévoile comment dessiner un bateau d’un seul coup de crayon - ou presque. En traçant un 8, elle fait émerger un chalutier, une barque ou un solide canot breton du papier. L’un après l’autre, nous tentons cet exercice. Le résultat est bluffant. Au passage des balises jaunes et noires qui signalent l’entrée dans l’archipel de Bréhat, les pinceaux s’activent. Les paysages changeants sont de parfaits modèles pour l’aquarelle. L’émeraude de l’onde et les rochers roses se prêtent à nos palettes plus ou moins expertes. La prof’ nous explique avec simplicité différentes techniques : « on est là pour essayer ». Avec un bonheur juvénile, on se jette à l’eau… sur le papier.

La Vie au Rythme des Marées et des Échanges

Après toute cette eau, place à un sympathique apéritif ! Eulalie se glisse dans le chenal du Trou de la Souris pour regagner son mouillage. Tout le monde met la main au cordage pour affaler et carguer les voiles. Les pique-niques sortent des sacs. Des amis pêcheurs et kayakistes viennent se mettre à couple et partager de savoureuses discussions. Les conversations s’animent. Dominique livre des anecdotes sur les célébrités qui font escale sur l’île de Bréhat. Pour des découvertes plus nautiques, il déplie la carte marine pour mieux nous faire comprendre les effets des marées.

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De plus en plus à l’aise sur les drisses, nous regonflons la toile. Eulalie contourne quelques-unes des 96 îles de l’archipel. Le nez vers le large, les voiles dessinent un élégant papillon au-dessus des flots outremer. Nous repassons devant la séduisante balise Men Joliguet, star des croqueurs de paysages. De retour dans l’estuaire du Trieux, Brigitte s’installe fièrement à la barre. Le bateau se transforme en atelier voguant à ciel ouvert. Idéal pour aborder des études sur les nuages ! Quelques encablures avant le port, une sympathique surprise nous attend. Le casier déposé ce matin est relevé : un homard y agite sa livrée bleue ! C’est avec ce passager supplémentaire, des œuvres pleins les carnets et de scintillants souvenirs en tête que nous remettons pied à terre.

L'Héritage des Chantiers Navals : Mémoire et Restauration

L'histoire maritime bretonne ne se résume pas à la navigation de plaisance ; elle est ancrée dans le travail du bois et la construction navale. Sur les forums spécialisés, les passionnés échangent sur des noms mythiques. Outre le Fireball, le chantier Guindé qui se trouvait à la sortie de Guingamp sur la route de Saint Brieuc a également construit le fameux Vaurien. Certains s'interrogent sur la restauration d'un "Super Berder" du chantier Guindé, cherchant des plans ou une fiche technique pour redonner vie à ces embarcations.

Ces recherches témoignent d'un attachement profond pour les bateaux construits par des artisans locaux dont le savoir-faire a marqué l'époque. La transmission de ces connaissances est un défi constant, mais essentiel pour préserver le patrimoine. À côté des restaurations, l'industrie moderne continue d'innover, comme en témoignent les chantiers contemporains. Par exemple, plongez au cœur de la construction d’un voilier et découvrez un savoir-faire maritime artisanal à travers la visite du chantier Bord A Bord à Plestin-les-Grèves. Cette visite guidée permet de suivre, étape par étape, la naissance du bateau Borde Ta Voile, voilier de 28 pieds, de la conception aux premières mises à l’eau. Accessible à tous, la visite est adaptée au public accueilli.

La Tradition Ostréicole : Un Savoir-Faire Séculaire à Pen Al Lann

Une histoire familiale, aujourd’hui la 4ème génération d’ostréiculteurs à Pen Al Lann. Depuis bientôt un siècle, les membres des chantiers Chevalier puis Berder travaillent les huîtres à la Pointe de Pen Al Lann. En 1935, Yves-Marie Chevalier, 1er membre de notre famille en ostréiculture, découvre l’intérêt du site de Pen Al Lann à Carantec et y construit le 1er chantier ostréicole. Son gendre Alexandre Berder, après avoir travaillé avec lui, entame la construction du chantier actuel en 1950 à proximité immédiate du 1er chantier ostréicole. Notre père a poursuivi le travail du sien et nous avons appris auprès d’eux. Aujourd’hui, le chantier Berder aura porté 4 générations d'ostréiculteurs à Carantec.

Depuis l’origine du chantier ostréicole, nous travaillons les mêmes parcs à huîtres en Baie de Morlaix, sur 30 hectares environ. Nous pratiquons toujours l’élevage des huîtres au sol, méthode historique et traditionnelle de la Baie de Morlaix, entretenue par quelques rares professionnels. Comme notre grand-père Alexandre, avec quelques autres ostréiculteurs de la Baie de Morlaix aujourd’hui disparus, nous captons les larves d’huîtres plates et creuses en rivière du Faou, au fond de la Rade de Brest, entre l’île d’Arun et l’île de Tibidy. Nous considérons que nos huîtres doivent parcourir le moins de kilomètres possible entre l’endroit où elles naissent et celui où on les élève.

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Après 10 mois en rade de Brest, le naissain est semé au sol en Baie de Morlaix. Nos Huîtres de Pen Al Lann vont y grandir pendant 3 à 4 ans sans qu’aucun élément ne leur soit apporté par l’homme, ni nourriture, ni médicament. Tarzellou, Roc’h Glaz, Vorlen, Sterec, Barnenez sont autant de noms qui désignent chacun un parc ostréicole, depuis plus de 80 ans à Carantec, là où nous faisons grandir nos huîtres et qui, à l’instar du vin, leur confèrent un affinage distinct. Cette longévité sur les mêmes parcelles exige une attention constante à l’évolution des huîtres, à la préservation des parcs, de la mer et l’entretien des barrages qui protègent les huîtres des tempêtes.

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