Le voile islamique : obligation coranique ou interprétation culturelle ?

L'argument central avancé par les partisans du port du voile islamique est qu'il s'agit d'une exigence divine pour les femmes musulmanes, ancrée dans les textes coraniques. Cependant, cette affirmation est sujette à débat et nécessite un examen approfondi des versets coraniques pertinents et de leurs interprétations.

Analyse des versets coraniques souvent cités

Les adeptes du port du voile s'appuient principalement sur deux versets du Coran pour justifier leur position.

Sourate 24, verset 31 (La Lumière)

Ce verset est considéré comme le plus important dans le discours des partisans du voile. Il stipule que les femmes doivent "rabattre leur voile sur leurs poitrines". Le verset se veut clair et prescrit, de même, que les femmes ne devraient montrer leurs atours qu'en présence d'hommes qui n'ont pas de rapport de parenté ou de sang direct avec elles. Les parties de la femme qui doivent être couvertes varient selon le madhab suivi. Une minorité des savants appartenant à l'école Hanbalite, par exemple, présume que les femmes doivent se couvrir entièrement et que même les mains et le visage doivent être dissimulés.

Le terme "djouyoub", pluriel de "djaïb" (poche), est souvent traduit par "poitrine". Ainsi, selon cette interprétation, le verset recommande aux femmes de couvrir leur poitrine et non leurs cheveux. Toutefois, certains commentateurs suggèrent que "djouyoub" pourrait également se référer au col du vêtement.

Le verset précise également à qui les femmes peuvent montrer leurs atours : "[…] à leurs maris ou à leurs pères ou aux pères de leurs maris ou à leurs fils ou aux fils de leurs maris ou à leurs frères ou aux fils de leurs frères ou aux fils de leurs sœurs ou à leurs femmes ou aux esclaves qu’elles possèdent ou aux domestiques mâles impuissants ou aux garçons impubères […]".

Lire aussi: Maraîchage Sans Pesticides

Il est important de noter que ce verset mentionne également les "esclaves" et les "mâles impuissants". L'esclavage a été aboli dans tous les pays musulmans entre le XIXe et le XXe siècle, et la pratique de l'émasculation n'existe plus. Cela soulève la question de savoir si toutes les recommandations coraniques doivent être appliquées littéralement, même si elles ne sont plus compatibles avec les valeurs et les normes sociétales actuelles.

Sourate 33, verset 59 (Les Coalisés)

Ce verset enjoint au Prophète de demander à ses épouses, à ses filles et aux femmes des croyants de "ramener sur elles leurs djalabib". "Djalabib" est le pluriel de "djilbab", qui signifie robe longue ou manteau.

Le Coran est bien clair et demande aux femmes de cacher leurs têtes sans et de faire descendre leur voile. Est-ce que celui-ci doit descendre en passant sur le visage ou en le contournant. Ce n’est pas ici que nous trancherons sur cette divergence.

Selon l’Analyse contextuelle, Globalement, la sourate 33 « Les Coalisés » traite simultanément deux thèmes de manière entrelacée, ce qui est assez typique du style de composition coranique. L’un d’eux concerne la vie privée familiale du Prophète. Cette thématique intime a comme marqueur caractéristique l’apostrophe directe « yâ ayyuhâ an-nabiyu/Ô Prophète ! » qui, en cette sourate, est employée à cinq reprises sur les treize qu’en compte le Coran. Par trois fois le propos ainsi introduit sera relatif au Prophète et à ses épouses, comme c’est le cas pour notre verset : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses… ».

Le terme "hijab" dans le Coran

Le terme "hijab" (en arabe حِجَاب) est dérivé du verbe حَجَبَ hadjaba. Ce terme peut désigner rideau, cloison, séparation, ou tout ce qui dissimule et dérobe quelque chose à la vue.

Lire aussi: Supports proposés pour les stages de voile

Le terme « Hijab » tel qu’il s’écrit est apparu dans le Coran à maintes reprises et dans de différents contextes. Oh les croyants (qui veulent parvenir à Allah), tant qu’il ne vous est pas permis, n’entrez pas dans les demeures du prophète! (si vous y êtes entrés) N’attendez pas que la cuisson du repas. Mais entrez lorsque vous y êtes invités. Lorsque vous avez fini de manger, dispersez-vous, et ne cherchez pas à parler, à causer (sans autorisation). Voilà que cette situation aurait vraiment été pénible pour le prophète. Mais, il était gêné face à vous (il avait honte de vous). Allah n’est pas gêné par la vérité (pour révéler la vérité). Lorsque vous leur (les femmes du prophète) posez une question, faites le par derrière un rideau (hijab). C’est plus propre pour vos cœurs et leurs cœurs. Il ne vous est point permis à tout jamais de faire de la peine au messager d’Allah et après cela, de vous marier avec ses femmes. Allah n’a jamais eu d’échange de parole avec un homme, sauf par révélation ou bien par derrière un voile (hijab) ou bien en envoyant un messager (ange) afin qu’il révèle avec Sa permission. Et dis aux femmes croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines, et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. O croyants revenez tous à Allah en vous repentant!

Interprétations divergentes et contexte historique

S'il ne donne aucune précision sur ce qui est considéré comme faisant partie de la beauté de la femme ni sur ce qui en est apparent et ce qui ne l’est pas, les hommes de la religion ont décidé que la chevelure de la femme faisait partie de ses atours de beauté. D’autres, plus exigeants et plus extrémistes ont décidé que la voix de la femme, son visage et ses mains faisaient également partie de la beauté qu’elle devait cacher du regard de l’homme.

Les philologues ne savent pas quel est le sens exact de ces mots ni quelle était la mode vestimentaire de l’époque du prophète en Arabie.

L'analyse des versets coraniques ne suffit pas à déterminer si le voile est une obligation religieuse. Il est essentiel de prendre en compte le contexte historique et les différentes interprétations qui ont été données à ces versets au fil du temps.

Certains érudits musulmans affirment que le voile n'est pas une obligation coranique, mais plutôt une tradition culturelle qui existait avant l'islam. Ils soulignent que le Coran ne mentionne pas explicitement l'obligation de se couvrir la tête.

Lire aussi: Entreprise Radiée : La Voile Bleue

Dans le même sens, Henda Ayari, dans son livre Plus jamais voilée, plus jamais violée (Éditions de l’Observatoire), confirme que dans le Coran il n’est jamais fait mention du voile, ni de l’obligation de se couvrir de la tête aux pieds. Cette affirmation va dans le sens de la déclaration de l’université Al-Azhar du Caire qui, en 2012, affirmait que le voile est une tradition qui existait avant le Coran et non un devoir religieux. On pourrait trouver d’autres affirmations des musulmans eux-mêmes qui vont dans le même sens.

Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, disait que, dans le Coran, le voile n’est pas une obligation religieuse. Il est mentionné deux fois : un verset pour dire que les femmes sont invitées à rabattre un voile sur leur poitrine et un autre pour dire qu’elles doivent se protéger quand elles sortent la nuit. Il n’est pas dit qu’elles doivent se couvrir la tête.

Reprenons à présent le verset référent, selon sa traduction littérale : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de tirer à elles les pans/yudnîn de leurs vêtements de dessus/jalâbîb. Ceci est plus à même à ce qu’elles soient reconnues et à ce qu’on ne les offense point. Dieu est Tout de pardon et de miséricorde. - Dans un premier temps, l’Analyse contextuelle nous sera ici précieuse. Globalement, la sourate 33 « Les Coalisés » traite simultanément deux thèmes de manière entrelacée, ce qui est assez typique du style de composition coranique. L’un d’eux concerne la vie privée familiale du Prophète. Cette thématique intime a comme marqueur caractéristique l’apostrophe directe « yâ ayyuhâ an-nabiyu/Ô Prophète ! » qui, en cette sourate, est employée à cinq reprises sur les treize qu’en compte le Coran. Par trois fois le propos ainsi introduit sera relatif au Prophète et à ses épouses, comme c’est le cas pour notre verset : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses… ». De plus, selon la chronologie traditionnelle des sourates, ici vraisemblable, S33 est bien antérieure à S24, respectivement 90e et 102e. Or, nous savons que S24 est en grande partie consacrée à des recommandations coraniques relevant de la morale et de la décence privées et publiques et adressées aux musulmans et aux musulmanes de manière générale. Il en est ainsi du fameux v31 qui loin de prescrire le port du voile recommande aux musulmanes de ne pas laisser leur décolleté apparent.[3] Ainsi, puisque notre verset référent, S33.V59, est antérieur à S24, il est faux de le considérer comme un complément quant au port du voile. De même, autant les recommandations quant à la morale et la décence de S24 ont une portée générale, autant tous les versets adressés au Prophète et à son entourage en S33 ont un caractère privé. Autrement dit, ces versets sont nécessairement circonstanciés et ne concernent que le Prophète et/ou son entourage, l’on ne peut donc extraire directement de ces cas particuliers des règles générales applicables à tous. De fait, notre v59 clôt le quatrième paragraphe de ce type, à savoir : vs53-59. Du point de vue du contexte d’insertion, l’on note qu’au v58 il est dit : « et ceux qui offensent/âdhâ les croyantes et les croyants au sujet de ce qu’ils n’ont pas commis, se chargent d’une calomnie et d’un péché évident. » Or, ce à quoi il fait ici allusion est retrouvé en notre v59 : « à ce qu’on ne les offense/âdhâ point », la forme IV âdhâ signifiant faire du mal, nuire, causer des dommages, outrager. Dans ce contexte, le v59 confirme que « les croyantes » qui sont ainsi offensées sont les « épouses » et les « filles » du Prophète ainsi que les « femmes des croyants ». Puis, le v60 indique explicitement que les responsables de ces agissements pernicieux sont de trois catégories : « les opposants/al-munâfiqûn, ceux qui ont le cœur malade [les hypocrites][4] et les colporteurs de nouvelles malveillantes/al-murjifûn» et que ceci se passe « à Médine » même. - « tirer à elles les pans/yudnîn ». Le verbe employé est la forme III dânâ qui signifie précisément rapprocher les deux bouts, les deux pans d’un vêtement. La traduction standard et bien d’autres rendent indûment l’action de ce verbe par rabattre ou ramener sur elles, locution qu’elles associent alors au mot voile et, mieux encore, à « grands voiles ». L’idée ainsi exprimée est destinée à évoquer l’enveloppement maximal dont la musulmane devrait faire preuve. - « vêtements de dessus/jalâbîb ». Il s’agit sans aucun doute du terme qui a le plus été investi en ce verset. En effet, en fonction de leurs conceptions personnelles de la tenue exigée pour les femmes, les exégètes ont émis diverses définitions du jilbâb, au pluriel jalâbîb, qui n’a rien à voir avec la djellaba marocaine ou gallabiyya égyptienne. Selon les uns, ce terme, non-arabe au demeurant, désignait une simple pièce d’étoffe, ou une chemise courte ou longue, pour d’autres une robe très longue, un voile intégral, un grand voile de tête, un grand manteau fin, etc. Mais, selon tous, il s’agissait d’un vêtement qui se portait par-dessus d’autres. En conséquence de quoi, nous ne sommes plus en mesure de savoir exactement ce que le jilbâb était à l’époque de la révélation du Coran ! Cependant, nous en retiendrons la définition minimale commune : « vêtements de dessus », lesquels selon la locution « tirer à elles les pans » n’étaient pas cousus sur le devant. Bien évidemment, les traductions de jalâbîb par voiles ou pire « grands voiles »,[5] comme ici la traduction standard, sont aussi erronées qu’orientées ! - Du point de vue de l’Analyse sémantique, c’est la réponse : « tirer à elles les pans/yudnîn de leurs vêtements de dessus/jalâbîb », fournie par notre v59 à la situation particulière mise en évidence par l’analyse contextuelle, qui précise la nature du problème. Il s’agit donc, sans que selon la retenue propre au style coranique les faits incriminés soient explicitement mentionnés, de comportements déplacés à l’encontre de musulmanes de Médine, lesquels ont comme prétexte une question de tenue vestimentaire. À contrario, le segment-clef « tirer à elles les pans/yudnîn de leurs vêtements de dessus/jalâbîb » nous apprend que le fait de laisser ouverts les « vêtements de dessus » avait été volontairement interprété comme un signe incitant à importuner les femmes des musulmans. Or, le v60 dénonce ce harcèlement en indiquant qu’il est dû à des intentions “politiques”[6] : « les opposants, ceux qui ont le cœur malade et les colporteurs de nouvelles malveillantes » et non à des comportements d’ordre sexuel, contrairement à ce que certaines « circonstances de révélation »[7] laissent entendre. Ainsi, la mesure dictée par notre v59 n’a pas de portée générale relative à la tenue recommandée des musulmanes, mais était de manière très circonstanciée adressée seulement aux « épouses » et aux « filles » du Prophète ainsi qu’aux « femmes des croyants » de Médine. Pour celles-ci, le fait de « tirer à elles les pans de leurs vêtements de dessus » était destiné à ce « qu’elles soient reconnues et à ce qu’on ne les offense point »,[8] ce qui laisse supposer que peu se vêtir était une habitude courante chez les femmes de Médine. Nous trouvons là confirmation de la saine logique coranique, car si l’objet de ce verset avait été de dire à toutes les musulmanes de couvrir leurs corps afin que les hommes ne les harcellent pas sexuellement, alors, comme nous l’avons déjà souligné, cela aurait supposé que tout homme est plus ou moins en droit de harceler ou d’agresser toute femme mal vêtue ! Discours intenable nous l’avons dit ! La vraie position du Coran en la matière est, rappelons-le, la suivante : « Dis aux croyants qu’ils réfrènent certains regards et qu’ils soient chastes ; voilà ce qui est pour eux le plus décent ! Dieu, certes, est parfaitement informé de ce qu’ils font. Par ailleurs, bien que notre v59 soit très circonstancié et circonstanciel il nous enseigne du point de vue universel et intemporel [9] qu’en aucun cas la tenue des femmes ne peut servir de prétexte aux comportements déplacés et/ou mal intentionnés des hommes à leur égard ! Au final, le Sens littéral de notre verset est le suivant : « Ô Prophète ! [face aux menées d’un front d’opposants malveillants] Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants [puisque ce sont elles qui sont visées par ces propos ] de tirer à elles les pans/yudnîn de leurs vêtements de dessus/jalâbîb [afin que ces hypocrites n’aient plus d’argument]. Ceci est plus à même à ce qu’elles soient reconnues [ en tant que femmes que l’on n’importune pas selon l’argument même de ces agitateurs ] et à ce qu’on ne les offense point [c.-à-d. que de la sorte ils ne puissent plus prétexter contre elles].

Cependant, d'autres érudits soutiennent que le voile est une obligation religieuse basée sur une interprétation plus stricte des versets coraniques et des hadiths (paroles et actions du Prophète).

La question du “voile” repose essentiellement sur la surinterprétation de S24.V31 dont l’Analyse littérale a dévoilé les mécanismes mis en œuvre par l’Islam pour parvenir à ses fins : imposer le “voilement” plus ou moins intégral aux musulmanes, voir : Le voile selon le Coran et en Islam. Or, comme la preuve scripturaire apportée par ce verset-clef est affaiblie de par la surinterprétation même dont il fait l’objet, de longue date les exégètes se sont évertué à fournir des argumentaires complémentaires. Une première ligne concerne S24.V60 et, en l’article Le “voile” de la “femme ménopausée” selon le Coran et en Islam, nous avons montré toute la dimension subjective et partiale de ce type de démonstration. Selon cette approche subjective à peine voilée, il est aussi fréquemment soutenu, surtout par les femmes elles-mêmes, que le voile a pour fonction de distinguer, aux deux sens du terme, les musulmanes. En effet, celles-ci ne « seraient pas comme les autres », bien plus précieuses elles devraient protéger leur valeur et leur vertu par le voile, mais aussi afficher ainsi visiblement cette différence. Le verset mis en référence est le suivant, donné ici selon la traduction standard : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles ; elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. Ce verset indiquerait donc une double dimension des « grands voiles » : être « plus vite reconnues » en tant que musulmanes et éviter « d’être offensées », c’est-à-dire selon l’Exégèse être importunées par les hommes. Le voile serait donc bien un double signe distinctif. Nous oublierons respectueusement la fameuse circonstance de révélation attribuée à ce verset selon laquelle Umar, le futur calife, harcelait les femmes de Muhammad qui se rendaient de nuit aux toilettes à l’extérieur en exigeant par suite du Prophète qu’il leur ordonne de se voiler afin que l’on ne puisse en somme harceler que les esclaves de règle dénudées ! Ou bien ce récit n’a aucun sens, ou bien il est très lourd de sens ! Passons ! Ce que dit par contre ce verset compris selon cette interprétation imposée par l’Islam, c’est que les musulmanes doivent se dissimuler sous de « grands voiles » afin que les hommes ne les harcellent pas sexuellement, euphémistiquement : « être offensées ». En ce cas, les victimes sont donc potentiellement coupables et les hommes auraient pour excuse l’absence de décence de ces femmes ! Les hommes n’auraient donc pas à refréner leurs pulsions ! Pire, le port du voile leur permettrait de distinguer dans le troupeau les femmes ayant le tort de ne pas être voilées et ainsi de mieux cibler leurs proies conséquemment quasi légitimes, voire consentantes si elles avaient de plus pris connaissance de ce verset ! En cet ancien couplet, l’on reconnaît le moderne refrain : le voile ou le viol ! Pour mémoire, si mémoire il y a, le Coran n’est pas responsable d’une telle abjection : « Dis aux croyants qu’ils réfrènent certains regards et qu’ils soient chastes ; voilà ce qui est pour eux le plus décent ! Dieu, certes, est parfaitement informé de ce qu’ils font. On l’aura constaté, la compréhension classique de ce verset mène bien loin de l’argumentaire islamiste contemporain, ce discours qui a su imposer le voile/ḥijâb aux musulmanes dans sa campagne de réislamisation des masses. Par une dialectique se voulant moderniste, le voile serait l’étendard de l’Islam et pour celles qui le portent leur fierté et leur honneur en même temps que, sans que cela ne soit en ce cas avoué, comme un certificat de leur islamité, de leur foi. Cette conception bien plus politique que religieuse a effectivement fait du voile un signe distinctif : se distinguer des musulmanes de piètre foi, des sécularisées, et se distinguer aussi des non-musulmans. Ce que cette propagande parfaitement internalisée par nombre de musulmanes et de musulmans ne dit pas, c’est qu’afficher ainsi sa foi aux yeux de tous peut confiner à l’ostentation, une forme d’hypocrisie cachée par ce qu’elle montre !

Le voile : signe religieux, culturel ou politique ?

Beaucoup de personnes pensent que le voile est un élément essentiel qui détermine l’appartenance de la femme à la religion musulmane. Razika Adnani(1), philosophe et islamologue, démontre que cette idée reçue n’est pas fondée.

Si les islamistes donnent autant d’importance au voile, c’est parce qu’il représente un indice important, car visible, de la réussite de leur mouvement. Leur stratégie consiste à habituer les femmes à le porter.

Pour en revenir à la question principale ayant motivé l’analyse de ce verset, à suivre l’argumentaire islamique et/ou islamiste, si les musulmanes avaient à se distinguer des non-musulmanes, alors il faudrait qu’elles se dévoilent ! En effet, le voile a été bien avant l’Islam la tenue de référence des juives et des chrétiennes ! C’est au demeurant une imitation de ce comportement qui a amené les exégètes à rechercher des versets qui pourraient avec un peu d’imagination et d’influence exégétique imposer la même chose aux musulmanes. Le port du voile est donc en réalité une imitation des judéo-chrétiens et des judéo-chrétiennes ! Rien dans le Coran ne l’ordonne ni ne le justifie, rien ne l’interdit non plus. Comme toute pratique investie de symbolique, et celle du “voile ” l’est tout particulièrement, ce n’est pas l’objet qui compte mais la signification qu’on lui donne. Sans nul doute, les anciens prescripteurs avaient envisagé la chose sous l’angle de ceux à qui ils avaient emprunté cet usage : « Je veux que vous sachiez que le chef de la femme, c’est l’homme […] Si une femme ne se voile pas la tête, qu’elle se coupe les cheveux. Or, s’il est honteux pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou la tête rasée, qu’elle se voile. L’homme ne doit pas se couvrir la tête, parce qu’il est la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme […] et la femme a été créée pour l’homme. C’est pourquoi la femme doit avoir sur la tête un signe de sujétion… »[11] Les intentions patriarcales, misogynes et dominatrices sont ici claires, inutile de les commenter ! Bien sûr, l’argumentaire contemporain se veut différent, qu’il soit islamiste ou issu du féminisme islamique, le voile est devenu tout à la fois étendard de l’Islam, honneur et protection de la femme, laquelle aurait donc besoin de se protéger… des musulmans… nous n’y reviendrons pas. [5] Nombreuses sont les traductions, à la suite des exégètes et des prêcheurs moraux, qui utilisent le terme grands voiles ou voiles tant en S33.V59 pour rendre jalâbîb qu’en S24.V31 pour rendre khumûr. [7] L’on a ainsi prétendu que les médinois avaient l’habitude de rôder de nuit dans les ruelles de la ville à la recherche de femmes de petite vertu ou d’esclaves, peu vêtues afin de se signaler, pour assouvir leurs penchants. [8] Nous signalerons ici que conformément à la logique de l’époque, les quatre écoles juridiques ont interprété l’expression : « afin qu’elles soient reconnues » comme signifiant : « en tant que femmes de condition libre ». De fait, il fut interdit aux esclaves de porter toute forme de voile.

Il est important de souligner que les musulmans ne pratiquent pas toutes les recommandations coraniques. Rappelons que beaucoup d’autres règles qui n’ont plus leur place aujourd’hui dans nos sociétés et s’opposent à notre système de valeurs existent également dans les textes : l’esclavage, les inégalités femmes-hommes, les châtiments corporels et d’autres. Doit-on revenir à ces pratiques sous prétexte qu’elles existent dans les textes ? Doit-on effacer des siècles d’évolution et vivre selon les règles du VII siècle ? Doivent-ils violenter et tuer tous ceux dont ils considèrent le comportement hostile à l’islam étant donné que le verset 33 de la sourate 5, La Table Servie dit que : "La seule récompense à ceux qui font la guerre à la religion de Dieu et à son prophète, et qui provoquent le désordre sur terre, est qu’ils soient mis à mort…" ? En réalité les adeptes du voile dans leur grande majorité détestent la violence au nom de l’islam, la religion ne détermine en rien la relation qu’ils entretiennent avec les autres et les femmes voilées ne sont pas cloîtrées à la maison, même si ce phénomène n’a pas totalement disparu.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *