Les Béquilles de Voilier : Un Guide Complet pour l'Échouage et l'Entretien

L'échouage d'un voilier, qu'il s'agisse de passer une nuit tranquille dans une crique abritée ou de réaliser des travaux d'entretien, représente une pratique courante et souvent plaisante pour de nombreux marins. Pour que cette manœuvre se déroule en toute sécurité et sans dommage pour le bateau, l'utilisation de béquilles est fréquemment indispensable, surtout pour certains types de monocoques. Cet article explore en détail la conception, l'utilisation et les précautions à prendre avec les béquilles de voilier, en s'appuyant sur les expériences et les conseils d'utilisateurs avertis.

L'Art de l'Échouage : Pourquoi et pour Quels Bateaux ?

L'échouage d'un voilier sur une plage, à l’abri des vents, pour y passer une nuit et faire escale est un vrai plaisir. L’échouage offre, en effet, de nombreux avantages. Il permet d’accéder à des sites plus sauvages et protégés, accessibles qu’aux petits tirants d’eau. Il permet aussi de mettre le pied à terre sans prendre l’annexe. Quoi de mieux, après une longue navigation, que de beacher sur une plage et de mettre les chevilles dans l’eau. Cette pratique, souvent associée à un sentiment de liberté et d'aventure, nécessite cependant une bonne connaissance des spécificités de son bateau et des conditions environnementales.

Tous les types de bateaux peuvent échouer, même si, dans le cadre d’un quillard, il est fortement recommandé de suivre les indications du constructeur. Certains quillards ne supportent pas de se poser sur leur quille, il conviendra alors de choisir un mouillage qui reste toujours à flot. À l'inverse, les dériveurs intégraux et les catamarans peuvent beacher et se poser sans problème, c’est l’idéal. Leurs fonds sont généralement protégés avec une semelle de fonte pour les dériveurs en polyester ou en bois, et les catamarans se poseront sur leurs ailerons ou directement sur leurs coques protégées là aussi. Les multicoques sont généralement des voiliers pensés pour l’échouage. C’est le cas, par exemple, de tous les petits trimarans et de la grande majorité des catamarans. Concernant ces derniers, quelle que soit leur taille, ils sont généralement équipés d’ailerons qui leur permettront de venir s’échouer sur une plage sans risque pour le bateau. Parmi les monocoques, les dériveurs intégraux sont sans doute les plus adaptés à l’échouage. En effet, la dérive rentrant entièrement à l’intérieur de la coque, vous pourrez vous poser à plat.

Les biquilles sont des voiliers qui sont très recherchés dans les zones à marées. C’est le cas, par exemple, en Bretagne et en Normandie, et ils sont aussi très présents en Grande-Bretagne. Ils ont en effet l’avantage de pouvoir naviguer dans peu d’eau et de se poser facilement. Toutefois, les dériveurs intégraux ne doivent pas être confondus avec les dériveurs lestés ou les quilles relevables. Ces derniers ne pourront pas se poser à plat. Le saumon du dériveur lesté fera pencher le bateau d’un côté ou de l’autre. Cette inclinaison pourra être compensée efficacement par des béquilles. Les quillards peuvent aussi échouer. Bien évidemment, le résultat ne sera pas le même qu'avec un dériveur intégral ou un biquille, mais c’est faisable. Attention, cependant, tous les quillards ne pourront pas se poser sur leur quille, il est donc crucial de se renseigner auprès du chantier naval ou dans des archives spécialisées avant de tenter l'opération. Généralement, les anciens quillards des années 80 sont souvent pensés pour cela, lorsqu’ils sont proposés en version PTE (Petit Tirant d’Eau).

Choisir et Préparer son Site d'Échouage

Toutes les zones de navigation ne sont pas favorables à l’échouage. Il est impératif de choisir de se poser dans un site protégé, à l’abri de la houle et du ressac. Pensez à vous renseigner sur les effets de brise côtière qui prendront le dessus sur les vents dominants, car un changement de vent peut avoir des conséquences importantes sur la stabilité du bateau échoué. La nature des fonds est aussi, évidemment, à prendre en considération ; il sera compliqué d’échouer sur de la roche. Préférez donc des zones sableuses ou vaseuses, qui offriront un support plus uniforme et moins abrasif pour la coque.

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Pour beacher un voilier, vous devez, tout d’abord mouiller l’ancre arrière avant de venir beacher le bateau sur la plage. Le bateau beaché, vous pourrez ensuite porter l’ancre avant, ce qui permet de maintenir le bateau stable et dans l'axe pendant la marée basse. Il est essentiel de vérifier les coefficients de marées avant la manœuvre afin d'anticiper la hauteur d'eau et le temps d'échouage. Dans le cas où vous attendez la marée en eau profonde, vous commencez, là aussi, par mouiller l’ancre arrière, pour ensuite manœuvrer le bateau vers le point d'échouage désiré.

Conception et Matériaux des Béquilles de Voilier

La fabrication de béquilles robustes et fiables est un élément clé pour assurer la sécurité de votre voilier lors de l'échouage. La question initiale portait sur la réalisation d’une paire de béquilles en tube d’inox pour un voilier DL en CP (8m, 3 tonnes en charge), avec une hauteur déployée d'environ 1,60 m. Le choix du matériau et des dimensions est primordial pour garantir la solidité de l'ensemble.

Divers matériaux sont envisagés par les marins pour la fabrication de béquilles. L'inox est souvent apprécié pour sa résistance à la corrosion et son esthétique, bien qu'il puisse être plus coûteux et plus lourd que d'autres options. Une suggestion concrète recommande un tube diamètre 80 épaisseur 2 en alu, soulignant que ce type de structure devrait suffire pour un voilier de taille similaire. L'aluminium est plus léger, ce qui facilite la manipulation et le rangement, un atout non négligeable. Par ailleurs, des béquilles en tube acier galvanisé sont également utilisées, notamment pour de plus longues périodes d'hivernage, offrant une robustesse à toute épreuve. Enfin, l'option du bois est parfois mentionnée, mais avec une mise en garde explicite : si elles ne sont pas assez solides, on doit avoir l'air fin avec le bateau sur le flanc, ce qui souligne l'importance cruciale de la robustesse des béquilles.

Concernant la structure des béquilles, une des préoccupations majeures est la facilité de rangement. Pour cela, des béquilles télescopiques sont souvent envisagées, impliquant un tube de diamètre plus petit que l'autre. Cependant, une première remarque très pertinente indique qu'il est préférable de manchonner un tube. Ainsi, la béquille a le même diamètre du haut en bas et l'effort ne porte pas sur la goupille, répartissant mieux les contraintes et augmentant la fiabilité de la structure.

Les dimensions spécifiques sont également des sujets de discussion. Pour le tube principal, un diamètre de 40 mm a été évoqué par un utilisateur. La hauteur des béquilles déployées, comme mentionné initialement, doit être d'environ 1,60 m pour un voilier de 8 mètres et 3 tonnes. Quant à la plaque qui sert de pied de béquille, des dimensions de 130x130mm sont suggérées, avec une épaisseur comprise entre 5 et 10 mm. Il est précisé que ce n'est pas tant l'épaisseur qui compte, mais la largeur, pour éviter l'enfoncement dans le substrat du fond marin, garantissant ainsi une meilleure stabilité sur des fonds meubles.

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Des détails de conception astucieux améliorent la fonctionnalité des béquilles. Il est intéressant de prévoir des échelons simplement enfilés dans des trous qui traversent la béquille, en particulier pour la goupille de liaison des deux tubes télescopiques ou manchonnés. Les pieds des béquilles peuvent comporter une patte servant à la fixation de gardes avant et arrière pour éviter à la béquille de pivoter, renforçant la sécurité du dispositif. Certains ont mentionné un trou pour faire passer un bout à 15/20 cm du pied, mais cette pratique est déconseillée car un trou dans un tube a obligatoirement des arêtes qui vont cisailler le bout par ragage, et il faudrait des nœuds d'arrêt pour empêcher le glissement. Il est plus sûr de souder deux pattes pour les gardes. Les têtes des béquilles, elles, sont souvent équipées de tampons en caoutchouc et d'un boulon de fixation, offrant une interface souple et sécurisée avec la coque du bateau. L'angle de courbure de la béquille est également un point important : il faut que quand le bateau est posé sur sa quille, la partie haute de la béquille étant verticale, que le patin carré en métal touche par terre, assurant un appui optimal.

Systèmes de Fixation et Rangement

Le point d'accroche des béquilles au bateau est crucial pour la transmission des efforts et la préservation de l'intégrité du bordé. Pour l'accrochage au pont, une potence coiffant la béquille et se reprenant sur une cadène "fil" fera moins souffrir le bordé qu'une béquille directement boulonnée dans le bordé, une méthode qui est également plus difficile à poser seul. Le coude que l'on observe parfois sur les béquilles est justement justifié par ce seul point d'accroche ; il permet de bien plaquer la béquille sur le bateau.

À l'intérieur du bateau, la contre-plaque doit être énorme pour supporter l'appui du bateau. Même si idéalement il doit y avoir que peu d'effort dedans pour le maintenir en équilibre, l'idéal est souvent assez loin de la réalité, et une contre-plaque balèze est une garantie de sécurité indispensable. L'absence d'une contre-plaque adéquate pourrait entraîner des dommages importants à la structure du bateau.

Le rangement des béquilles est une considération pratique. Les béquilles démontables sont idéales. Cependant, rangées sous le cockpit, elles peuvent parfois dépasser dans le carré, ce qui pose des problèmes d'encombrement. Des solutions créatives, comme fabriquer une marche supplémentaire faisant office de coffre pour les cacher, sont envisagées par certains pour optimiser l'espace à bord et éviter que les béquilles ne deviennent un obstacle pour les orteils lors des descentes dans le carré. Le transport est également facilité si les béquilles sont légères, ce qui justifie le choix de l'aluminium pour beaucoup. Il est courant de fabriquer des béquilles en féraille pour les longs temps d'hivernage, et de garder celles en alu pour les balades, profitant de la légèreté de ces dernières pour les utilisations plus temporaires.

Risques et Précautions lors de l'Échouage avec Béquilles

Méfiance est le mot d'ordre avec les béquilles. Il existe quelques risques à échouer son bateau. Le premier risque est pour la coque, lors de l’échouage. Si un dériveur intégral peut se poser sur les fonds sans problème, il faut faire attention au bateau, qu’il soit en polyester, en bois ou en acier. Un incident est rapporté où le bateau s'est mal posé une première fois, puis en essayant de le repositionner à la marée suivante, il s'est posé sur sa béquille tribord et a cassé la fibre, entraînant un problème d'étanchéité qui a nécessité une réparation des deux côtés.

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Un autre risque significatif concerne l'équipement, comme pour les béquilles d’un voilier si la houle s’invite. Un arrachage sur 15 cm autour de la fixation de béquille a été observé sur un bateau par forte houle en morte eau. Ce phénomène peut paraître paradoxal, puisque en principe, sur béquilles, le bateau est à sec, pleine ou morte eau, et quand il est à flot, il n'a pas besoin des béquilles. Cependant, le problème se pose quand on veut poser le bateau et qu'il y a de la houle. Dans les creux de vagues, ça cogne, ce qui peut entraîner des chocs violents sur les béquilles et leurs fixations. Le Love-Love, par exemple, cale facilement 1 mètre de tirant d'eau. S'il y a de la houle avec une faible profondeur, le bateau tape de l'avant à l'arrière ; dans ce cas, c'est la quille qui touche, ce qui n'est pas idéal mais généralement pas grave si le fond est sableux. Mais après ce mouvement, le bateau peut partir dans un mouvement bâbord-tribord, et là, c'est destructeur, comme en témoignent les voiliers qui ont les béquilles arquées. Un proverbe marin bien connu met en garde : "10 minutes de béquillage dans le clapot, 10 ans pour le bateau!"

L'Échouage sans Béquilles : Avantages et Inconvénients

La question de l'échouage sans béquilles est souvent posée, notamment par les néophytes. Est-il préjudiciable pour le bateau ? Certains propriétaires de Love-Love, par exemple, n'ont jamais béquillé leur bateau, même sur des zones qui découvrent aux forts coefficients. En principe, le Love-Love doit pouvoir se relever d'un non-béquillage. Cependant, de nombreux marins ont déjà "mouillé les hublots", c'est-à-dire que le bateau s'est penché excessivement. Il faut imaginer que le bateau, toutes les 12 heures environ, même par grande marée, se frotte le gelcoat comme un éléphant dans la vase et les petits et moyens gros cailloux. De plus, à un moment donné, c'est la quille qui supporte le poids du bateau (1200 Kg pour un Love-Love), et cette contrainte peut être très importante. Une paire de béquilles coûtera sûrement moins chère que le bateau lui-même, justifiant l'investissement pour préserver l'intégrité de la coque.

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