Maîtrise de l'échouage en catamaran : techniques, équipements et sécurité

L'échouage volontaire d'un voilier est une pratique qui ouvre des horizons de navigation exceptionnels. Pouvoir se poser sur une grève, accéder à des mouillages sauvages inaccessibles aux gros tirants d’eau ou simplement mettre le pied à terre sans avoir à manipuler une annexe constitue une expérience gratifiante. Bien que les catamarans soient nativement conçus pour cet exercice grâce à leur stabilité naturelle et leur faible tirant d’eau, la sérénité de l'opération repose sur une préparation minutieuse, une connaissance approfondie de son matériel et le respect rigoureux des contraintes hydrographiques et mécaniques.

L'intérêt du multicoque pour le beaching

Les multicoques, et tout particulièrement les catamarans, sont des voiliers intrinsèquement pensés pour l’échouage. Quelle que soit leur taille, ils sont généralement équipés d’ailerons qui leur permettront de venir s’échouer sur une plage sans risque pour le bateau. Contrairement à de nombreux quillards qui nécessitent une étude structurelle approfondie avant toute tentative, le catamaran, de par sa large assise, offre une plateforme de repos stable. Ses fonds sont, dans la majorité des cas, protégés par des renforts, qu'il s'agisse d'ailerons ou de zones structurelles renforcées prévues pour supporter le poids du navire une fois que la marée se retire.

Si l'on compare cette aisance aux dériveurs intégraux, qui permettent une mise à plat totale grâce à la disparition de la dérive dans le puits, ou aux biquilles, particulièrement recherchés en Bretagne et en Normandie pour leur capacité à rester stables dans les zones à fort marnage, le catamaran tire son épingle du jeu par son confort. Toutefois, la distinction est cruciale : les dériveurs intégraux ne doivent pas être confondus avec les dériveurs lestés ou les quilles relevables. Ces derniers ne pourront pas se poser à plat car le saumon du dériveur lesté fera pencher le bateau d’un côté ou de l’autre, imposant alors l'usage impératif de béquilles pour compenser le déséquilibre.

La mécanique des béquilles et points de vigilance

Bien que le terme soit souvent associé aux deux-roues ou à la médecine, la béquille est un élément structurel vital dans le monde nautique. Même la majorité des moteurs hors-bord sont dotés d'une béquille. Cette pièce mécanique assure le repos du moteur en position relevée. Sa forme peut varier selon la taille du moteur et son fabricant. On retrouvera au choix une sorte de fourchette ou des bras plus ou moins longs, venant en appui sur le dessus du "bracket" moteur ou dans des rainures positionnées à cet effet. Une fois en position, le poids du moteur est transmis au bateau principalement par la béquille. La première raison évidente pour basculer son moteur hors de l'eau est de protéger son hélice et son embase du fouling. Plus propres, elles n'en seront que plus hydrodynamiques et les performances en navigation s'en ressentiront, avec une meilleure vitesse et une plus faible consommation. Les prises d'eau resteront propres et les pièces d'usure seront préservées de l'environnement marin, limitant les risques de vieillissement prématuré.

Si nous revenons au béquillage des voiliers, l'expérience montre que la conception de ces supports doit répondre à une exigence de robustesse absolue. Certains propriétaires, cherchant à fabriquer leurs propres équipements, doivent prêter une attention particulière aux points de fixation. J’avais sur mon Edel 4 le même système de béquilles mais j’ai eu la mauvaise surprise lors de la mise au sec de voir la béquille portante s’enfoncer dans le sable. Cela a eu pour conséquence de faire supporter tout le poids du bateau sur le rail de génois qui n’est pas fait pour cela. Le chariot en fonte a cassé et le bateau s’est couché, heureusement sans gravité. En voyant les commentaires et les photos des béquilles, je confirme que le point de fixation d’origine n’est pas l’avale-tout de l’écoute du génois, mais un point fixe sur chaque côté, une grosse pièce inox. Les béquilles sur la photo ont été transformées en leur partie supérieure. Une amélioration de l'Edel 4 au fil des années de construction peut expliquer pourquoi certains bateaux possèdent ces pièces fixes en inox tandis que d'autres en sont dépourvus. La prudence impose de vérifier systématiquement si la structure de coque est prévue pour recevoir cet effort concentré.

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Stratégie d'approche et choix de l'emplacement

Toutes les zones de navigation ne sont pas favorables à l’échouage. Il faut choisir de se poser dans un site protégé, à l’abri de la houle et du ressac. Pensez à vous renseigner sur les effets de brise côtière qui prendront le dessus sur les vents. La nature des fonds est aussi, évidemment, à prendre en considération ; il sera compliqué d’échouer sur de la roche. Préférez donc des zones sableuses ou vaseuses. Pour beacher un voilier, vous devez, tout d’abord, mouiller l’ancre arrière avant de venir beacher le bateau sur la plage. Le bateau beaché, vous pourrez ensuite porter l’ancre avant. Vérifiez les coefficients de marées avant la manœuvre. Dans le cas où vous attendez la marée, en eau profonde, vous commencez, là aussi, par mouiller l’ancre arrière.

Ma méthode habituelle est de toujours échouer en zone abritée : je pose une ancre, puis l'autre, selon la direction du vent et ma capacité à manœuvrer en marche arrière. Une fois le bateau immobilisé, je pose tranquillement les béquilles. C'est le moment idéal pour la sieste, suivi de l'apéritif une fois que le bateau est posé, garantissant un esprit alerte durant la manœuvre initiale. À titre d'exemple, à Sauzon, derrière le deuxième môle à gauche, il est possible de se poser. Cependant, la méconnaissance des règles d'amarrage peut mener à des situations critiques. J'ai été témoin de deux jeunes dames, sur un vieux bateau de pêche rénové, qui se sont amarrées au bout du môle, ont posé leur béquille, réglé les amarres beaucoup trop courtes et sont parties. À deux heures du matin, un bruit sourd d'eau et des cris m'ont alerté : elles essayaient désespérément de vider le bateau qui s'enfonçait. Malgré notre aide à cinq personnes, le bateau est resté au fond. En bout de môle, la zone était jonchée de parpaings et les bordés en bois n'ont pas résisté. Cette anecdote souligne une réalité : même avec un bateau bien équipé, le respect des paramètres de marée et de la qualité de l'amarrage est le garant de votre sécurité.

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