Introduction : Le Dériveur, une Voie vers les Eaux Peu Profondes
Le monde de la navigation à voile offre une multitude de types de bateaux, chacun conçu pour des usages spécifiques et des environnements maritimes particuliers. Parmi eux, le dériveur se distingue comme un type de bateau idéal pour accéder à des mouillages peu profonds. Cette caractéristique fondamentale répond à une quête de liberté et d'exploration, permettant aux marins d'atteindre des zones inaccessibles aux navires à tirant d'eau plus important. Les dériveurs, dans leurs diverses configurations, sont pensés pour naviguer dans des eaux où d'autres voiliers, notamment les quillards, ne pourraient s'aventurer sans risque. Leur conception unique leur confère des atouts indéniables, mais elle implique également des spécificités en matière de stabilité, notamment lors de l'échouage, un processus qui, pour ces embarcations, s'avère à la fois une prouesse et une nécessité.
L'objectif premier de ces voiliers est de maximiser la flexibilité de navigation. Ils sont l'incarnation de la polyvalence, offrant une capacité d'exploration remarquable. Cependant, pour pleinement exploiter cette liberté, il est essentiel de comprendre non seulement leur fonctionnement en mer, mais aussi la manière dont ils interagissent avec les fonds marins lors de l'échouage. Cette manœuvre, qui peut sembler intimidante, est en réalité facilitée par des dispositifs ingénieux, parmi lesquels les béquilles jouent un rôle primordial.
Typologies de Dériveurs et leurs Caractéristiques Structurelles
La famille des dériveurs est loin d'être homogène, englobant plusieurs conceptions qui répondent à des compromis différents entre performance, accessibilité et stabilité. Cette diversité permet de couvrir un large éventail de pratiques nautiques.
Les dériveurs lestés constituent une évolution d'une version quillard. Ce sont des voiliers hybrides. Dans ce concept, la quille fixe est remplacée par une dérive mobile tout en conservant une part de lestation. Pour compenser la suppression de la quille fixe et maintenir une bonne stabilité, le lest est réparti sur le fond de coque et le poids du bateau est augmenté. Cette configuration permet d'offrir des tirants d'eau très réduits même dérive haute. Le Sun Odyssey 389 DL est un exemple de dériveur lesté, choisi pour des croisières dont les exigences seront les accès aux plus beaux mouillages même reculés qui ne manquent pas en Bretagne et dans le Morbihan en particulier.
Le dériveur intégral pousse ce concept un cran plus loin. Ici, on supprime carrément la quille fixe. Une dérive mobile prend place au centre du bateau. Comme pour les dériveurs lestés, le lest est réparti sur le fond de coque et le poids est augmenté pour garder une bonne stabilité. Cette formule offre des tirants d’eau très réduits même dérive haute. À l’échouage, le bateau se pose sur son fond de coque renforcé à cet effet. Le meilleur exemple est le Feeling 32 DI des chantiers Kirié, avec un tirant d’eau de 0.85/1.85 m. Ce type de dériveur est souvent qualifié de "baroudeur tout terrain" en raison de sa capacité à explorer des zones où d'autres ne peuvent aller. En mettant la quille en position basse, cela confère au voilier une grande raideur à la toile. Ajouté à cela une stabilité de forme radicale, on obtient un parfait cocktail de performance pour un voilier polyvalent.
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En dehors des dériveurs strictement parlant, il existe des variantes qui partagent la philosophie du faible tirant d'eau. Pour les biquilles version aileron, comme le Django 9.80, le programme sera plus placé sur la polyvalence. Ces bateaux, dotés de deux appendices sous la coque, offrent une bonne tenue de cap et une stabilité appréciable, tout en conservant une capacité d'échouage.
Enfin, les quilles relevables représentent une catégorie à part. Dans le cas des quilles relevables comme sur le POGO 36, on est clairement dans la performance. Ces systèmes permettent de réduire considérablement le tirant d'eau pour l'accès aux ports ou aux mouillages peu profonds, tout en offrant, quille basse, une raideur et des performances similaires à celles des quillards classiques. Ces voiliers peuvent accéder à des mouillages peu profonds sans sacrifier leur efficacité en mer. Les quilles relevables équipent les petits voiliers transportables depuis fort longtemps, les réservant à une pratique assez sportive ou spartiate de la voile. En réalité, tout le monde s'y met, même certains RM. Si votre portefeuille vous le permet, vous trouverez certainement un voilier moderne et performant doté d’une quille relevable. Le mouton à 5 pattes a deux quilles, ou mieux encore : une quille relevable.
Principes Fondamentaux de Stabilité et de Performance
Pour comprendre comment fonctionne un dériveur, il est impératif de saisir les mécanismes fondamentaux qui régissent la stabilité et la performance d'un voilier. Ces principes sont universels, mais leur application varie grandement entre un dériveur et un quillard.
Le lest vient alourdir le voilier de manière à lui donner une stabilité suffisante pour l’empêcher de se retourner sous la force du vent et des vagues. Son efficacité dépend de la hauteur à laquelle il se trouve. En effet, plus le centre de gravité du voilier est abaissé, plus ce dernier est stable. La force qu’exerce le poids du lest alliée à la poussée d’Archimède contrebalance celle du vent sur le gréement, générant ce que l’on appelle le couple de redressement du voilier. Si malgré tout votre monocoque était retourné par une vague, son centre de gravité se retrouverait alors très haut. Or, plus ce centre de gravité est haut et plus le voilier est instable : donc il y aurait de fortes chances que la vague suivante redresse votre bateau. Un dériveur retourné se redressera donc moins facilement qu’un quillard, car le lest du dériveur est généralement réparti dans les fonds de la coque, élevant ainsi son centre de gravité par rapport à un quillard profond.
Le lest ne fait pas tout. La dérive est relativement légère et modifie assez peu le centre de gravité du voilier. Par contre, c’est bien ce plan anti-dérive qui permet au voilier de ne pas déraper quand le vent le pousse par le travers, et encore plus au près. La force motrice du dériveur est le vent qui crée une portance aérodynamique sur la voile. Cette portance résulte de l'écoulement de l'air sur la courbure de la voile, créant une différence de pression entre les deux faces de la voile. Pour créer une force anti-dérive, on utilise une dérive. C'est une surface plane enfoncée dans l'eau et dans l'axe du bateau. Cette dérive induit également une portance normale à l'axe du bateau, mais elle introduit aussi une traînée. Pour que ce plan anti-dérive, constitué des surfaces de la dérive - ou de la quille - et du gouvernail, soit efficace, il faut que le voilier atteigne une vitesse critique, à partir de laquelle les filets d’eau « accrochent » le long de la dérive. Enfin, dans un port au moteur, avec de la brise, en l’absence de plan anti-dérive, vous verrez également votre bateau glisser comme une savonnette sur l’eau.
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Il se dit que les dériveurs marchent moins bien que les quillards au près. Ceci est dû à l’emplacement du lest, placé dans les fonds du voilier, qui offre un couple de redressement inférieur à celui des quillards. Pour compenser ce problème, les architectes augmentent la stabilité des dériveurs en élargissant les carènes et en les dotant de dérives les plus profondes possible. Les deux précédents paragraphes permettent de retenir que le quillard possède un plus fort couple de redressement que le dériveur. Il peut donc porter plus de toile au près sans gîte excessive et par là même développer plus de puissance. Cependant, il est moins connu que, comme le centre de gravité des dériveurs est plus proche de la surface, ces bateaux ont des mouvements plus doux, et ils roulent moins que les autres voiliers.
L'Art de l'Échouage et le Rôle Crucial des Béquilles
L'un des avantages majeurs du dériveur est sa capacité à s'échouer. Cependant, pour que cette manœuvre soit sûre et stable, l'utilisation de béquilles est souvent indispensable pour les monocoques.
À l’échouage, le bateau se pose sur son fond de coque renforcé à cet effet. Pour les dériveurs intégraux, la coque est conçue pour reposer à plat sur le fond. Cependant, pour les dériveurs lestés ou d'autres types de voiliers à quille relevable, la stabilité latérale n'est pas garantie par la seule coque. C'est là qu'interviennent les béquilles. Pour s’échouer, ces voiliers nécessitent l’ajout de béquilles pour garantir leur stabilité. Ces dispositifs sont généralement des supports rigides, souvent télescopiques ou réglables, qui sont installés de chaque côté de la coque avant l'échouage. Une fois le bateau posé sur le fond, les béquilles assurent son maintien en position verticale, l'empêchant de basculer.
La préparation de l'échouage est une étape critique. Il est absolument nécessaire de savoir ce qui se trouve sous votre bateau avant de le poser. Les fonds plats de sable ou de vase, sans rochers, auront votre préférence. Mais s’il s’agit de vase, à marée basse, mieux vaut qu’il reste suffisamment d’eau au mouillage pour que vous puissiez vous déplacer en annexe. Parfois, des rochers particulièrement glissants se cachent sous une fine couche de sable. Il est également impératif de prendre en compte le vent : quand la marée remonte, si le vent a changé de direction et pousse par exemple vers le rivage, vous devrez porter rapidement votre ancre vers le large pour éviter de vous retrouver définitivement échoué sur le rivage.
L'échouage offre des avantages pratiques considérables. Avec un petit tirant d'eau, et surtout si votre voilier peut facilement s'échouer, il devient mille fois plus aisé de dénicher une place de port. Bien sûr, si vous stationnez à l’échouage, vous serez aussi tributaire de la marée pour naviguer, on ne peut pas tout avoir. En dehors de votre port d’attache, l’été quand les ports du sud de la Bretagne sont pris d’assaut, avec un faible tirant d’eau vous trouverez toujours un mouillage de libre. Avec un peu de marnage, il vous sera également plus facile et moins coûteux d’effectuer les travaux d’entretien courant sur les œuvres vives, en vous échouant sur une cale ou même une plage. Sans forcément envisager de remonter l’Orénoque, on trouve une quantité hallucinante de rias et de lagunes le long des côtes de la Manche et de l’Atlantique. Bon nombre d’entre elles ne sont pas accessibles aux quillards, ou pas totalement. Si vous entrez à marée haute dans l’archipel des Glénans, il ne vous reste plus qu’à choisir l’îlot devant lequel poser votre voilier.
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Cependant, l'échouage régulier avec un dériveur intégral ou à quille relevable présente des défis spécifiques. Les puits de quille et de dérive détestent se remplir de sable, de vase et de coquillages. À force, ça abîme les mécanismes de relevage, au risque de bloquer le tout. Les rouages, vis sans fin et autres patins de guidage doivent être graissés, vérifiés régulièrement et remplacés si nécessaire. Ceci est vrai pour les dériveurs intégraux et les voiliers à quille sabre relevable.
Avantages et Contraintes de la Navigation en Dériveur
Choisir un dériveur implique d'accepter un ensemble d'avantages uniques et de contraintes spécifiques, souvent dictées par leur conception axée sur le faible tirant d'eau.
Les avantages sont nombreux, principalement liés à l'accessibilité. Partout dans le monde, et plus encore dans les zones à marées, vous trouverez les meilleurs abris, les moins fréquentés, les moins exposés au vent et à la houle, dans des zones de très faible profondeur. C'est la promesse d'une navigation plus intime et d'une découverte de sites préservés. Le dériveur lesté, grâce à la fonction relevable de la quille, permet d'accéder à ces mouillages peu profonds. Un autre avantage, comme mentionné précédemment, est la facilité d'entretien des œuvres vives en s'échouant, ce qui réduit les coûts et la complexité des opérations de carénage. De plus, il est moins connu, mais comme le centre de gravité des dériveurs est plus proche de la surface, ces bateaux ont des mouvements plus doux, et ils roulent moins que les autres voiliers, ce qui peut améliorer le confort à bord.
Cependant, les contraintes existent. Déjà sur le plan strict de la performance, nous avons vu qu’au près les dériveurs sont souvent à la traîne par rapport aux quillards purs. C'est un compromis inhérent à leur conception. Il faut donc vraiment se poser la question de l’usage que vous aurez de ses avantages avant d’acquérir un dériveur. Suivant les « dessous » de votre fidèle monture, biquille, dériveur lesté ou intégral, vous n’aurez pas les mêmes facilités, ni les mêmes exigences pour échouer.
L'aménagement intérieur peut également être affecté. Le carré est alors coupé par le puit qui traverse parfois le bateau depuis le fond jusqu’au pont. Pour neutraliser cet inconvénient, les architectes peuvent placer le carré à l’arrière sous le cockpit, ou au contraire l’avancer. Les voiliers à quille ou à dérive pivotante sont avantagés de ce point de vue-là, car le mécanisme est souvent moins intrusif dans l'espace de vie. Aurez-vous besoin de vous échouer régulièrement ? À l’inverse, appréciez-vous la possibilité de remonter efficacement au près ? L’assurance de rejoindre rapidement un port contre le coup de vent qui se lève avant que celui-ci ne vire au gros temps ? Ces questions orienteront le choix vers un type de dériveur ou vers un quillard.
Mécanismes des Dérives et Quilles Mobiles
Les dériveurs tirent leur nom de la présence d'une dérive mobile, et il existe plusieurs systèmes pour permettre son relevage ou son pivotement, chacun ayant ses propres caractéristiques.
La dérive sabre est un système où la dérive se lève et s’abaisse verticalement à la main. La dérive glisse dans le puit de dérive. Sous la coque, pour affiner l’écoulement de l’eau au niveau de la dérive, il y a « les lèvres » qui sont posées de chaque côté du puit de dérive et se rejoignent l’une sur l’autre pour éviter que l’eau ne remonte le long du puit de dérive. Ce système se retrouve notamment sur « l’Optimist » et « l’Équipe », des petits dériveurs légers souvent utilisés pour l'apprentissage. La dérive « sabre » et le safran sont d'ailleurs amovibles pour faciliter la mise à l’eau et la conduite sur des voiliers comme le Tiwal. Réglable en hauteur grâce à l’élastique de frein, la dérive se lève ou se baisse selon l’allure.
La dérive pivotante est un système où la dérive bascule dans la longueur du bateau de l’horizontale à la verticale et inversement. Un système de palans permet de faire pivoter la dérive manuellement. Ce système de dérive équipe la plupart des dériveurs en double comme « le 420 », « le 470 », offrant une grande adaptabilité aux différentes profondeurs d'eau et aux conditions de navigation.
La dérive lestée est un intermédiaire entre la dérive et la quille. Ce système de dérive se trouve sur les monocoques habitables. Le système de relevage est celui de la dérive sabre. Ce type de dérive permet à un habitable de s’approcher près d’une plage, d’entrer dans des ports au chenal peu profond. C'est une solution qui cherche le compromis entre la performance en mer et la capacité d'accès aux eaux peu profondes.
Bien que la quille soit généralement fixe et lestée en plomb, se trouvant sur tous les bateaux habitables de croisière et de course en série, il existe des systèmes de quilles relevables qui partagent la flexibilité des dérives. La forme (profil) des quilles a beaucoup évolué avec le temps, avec des profils très sophistiqués pour optimiser l'hydrodynamisme. Plus spécifiquement, la quille pendulaire se rencontre exclusivement sur les quillards et en général sur les bateaux de course. La quille pendulaire se déplace dans le sens latéral du bateau du côté opposé à la gîte. La quille se déplace pour augmenter le couple de rappel et remettre le bateau à plat et ainsi retarder les prises de ris quand le vent forcit. Quand la quille pendulaire se déplace au vent du bateau, elle augmente le couple de rappel ou de redressement. Bien que non directement liée aux dériveurs, elle illustre la recherche de performance et de stabilité à travers des appendices mobiles.