Le sable, élément fondamental de nos littoraux et de nos constructions, joue un rôle double et essentiel dans des domaines aussi divers que la pratique du surf et les travaux de maçonnerie. Sa nature dynamique et sa malléabilité, qu'elles soient façonnées par les forces naturelles ou par l'ingéniosité humaine, définissent des environnements uniques et des techniques spécifiques. Sur notre littoral, on rencontre souvent la même configuration de plage, caractérisée par la présence de bancs de sable et de baïnes. Ces structures sous-marines sont les architectes invisibles des vagues que tant de surfeurs recherchent, mais aussi des courants dangereux qui peuvent surprendre les baigneurs. Parallèlement, la manipulation du sable, associée à d'autres matériaux comme le ciment et l'eau, est au cœur de processus de construction ancestraux, nécessitant précision et compréhension des proportions pour garantir la solidité et la durabilité des ouvrages. Cet article explore ces deux facettes du sable, de son rôle dans la formation des vagues à son utilisation contrôlée dans la fabrication du béton, soulignant l'importance de sa compréhension dans des contextes très différents.
Les Architectes Subtils des Vagues : Formation et Typologie des Bancs de Sable
La quête de la vague de sable rêvée est un perpétuel défi, sans cesse relancé par le jeu des éléments. Les bancs de sable conditionnent la qualité du surf sur les spots. Ces formations sous-marines, invisibles depuis la plage, sont cruciales pour la déformation de la houle et la création des vagues déferlantes. Les vagues déferlent sur les bancs de sables appelé zone de déferlement. Ce processus physique de déferlement est intimement lié à la topographie sous-marine. Les vagues repoussent l’eau et le sable vers la plage, participant ainsi à l'évolution constante de ces bancs.
La morphologie des bancs de sable varie considérablement, influençant directement le type et la qualité des vagues. En Aquitaine, un surfeur rencontre plusieurs types de plage, et pour se préparer à une session, le surfeur peut se renseigner sur les différentes configurations des spots. Les différentes formes des bancs de sable et des baïnes jouent un rôle important pour la qualité des vagues et leur style de déferlement.
L'une des configurations les plus courantes est celle qui donne lieu à un déferlement roulant. Ce type s’observe avec un haut-fond qui augmente progressivement. Le freinage de la houle commence loin du bord, la zone de mousse est plus importante. La houle a donc moins de force et les vagues déferlent loin du bord et sont souvent molles, offrant des conditions de surf plus douces et accessibles. À l'inverse, le déferlement plongeant s’observe avec un haut-fond qui augmente brutalement. Dans ce cas, le temps de freinage de la houle est moins important car il s’effectue plus près du bord, la zone de mousse est moins importante. Ce sont des vagues qui cassent avec plus de puissance et de rapidité.
Les bancs de sable ne sont pas statiques ; ils sont en constante évolution sous l'influence des marées, des courants et des tempêtes. Le quotidien des surfeurs girondins est de passer des dunes, checker plusieurs plages pour espérer trouver un endroit propice offrant les meilleures vagues possibles. C'est une quête de l’éphémère toujours soumise aux vents, marées, qualités des bancs de sable, tailles et périodes des houles.
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Les formes des bancs de sable ont des implications directes sur l'expérience du surfeur :
- 1 - Banc de Sable Rectiligne : C'est le pire des bancs de sable pour un surfeur. Ces bancs se forment lors de longues périodes de vent ou de houle venant continuellement de la même direction. Le problème majeur est que les vagues ferment sur des centaines de mètres, ne laissant aucune ouverture pour le surfeur, ce qui représente un désespoir pour ces derniers.
- 2 - Banc de Sable Oblique - Type Point Break : C'est le banc de sable le plus commun sur Lacanau Océan. Ce type de banc offre une longue inclinaison oblique sur son côté sud et une inclinaison plus courte, plutôt perpendiculaire à la plage sur son côté nord. La particularité de cette configuration est qu'en fonction de la marée, on peut surfer deux vagues différentes. À marée basse et mi-marée descendante, c'est une longue droite fuyante avec du mur, de l'épaule qui déroule sur le côté sud du banc. À mi-marée montante et marée haute, c'est une gauche assez courte, sans trop d'épaule, déroulant vers la plage que l'on trouve sur le côté nord du banc. Par houle orientée WNW-NW, la droite est plus jolie, tandis que par houle W-WSW, c'est plutôt la gauche qui offre les meilleures conditions.
- 3 - Banc de Sable Ovale - Type Reef Break : C'est le type de banc qui donne les meilleures vagues sur Lacanau Océan, bien qu'il soit plutôt rare. Ce banc se forme lorsque sa base se coupe, souvent après une grosse houle, pour laisser une partie en forme d'île au large. En général, le banc Reef Break propose une droite et une gauche qui débutent devant l'îlot avec pas mal de mur, puis lorsque la vague longe les côtés du banc, elle gonfle, prend de l'épaisseur tout en tournant, conservant du mur, comme sur une vague de reef. Les sensations sont au rendez-vous avec cette vague qui s'amplifie, change de forme et vit au fur et à mesure qu'elle déroule sans faire de sections. Le banc de sable ovale est une véritable bénédiction pour les surfeurs. Ce banc type Reef Break est vraiment magique : en partant sur une gauche, on se dirige vers le nord, puis en longeant le banc, on change de direction pour finalement terminer sa vague en direction du sud. C'est un banc qui fonctionne mieux à marée basse avec des vagues très longues, très tournantes ; à marée haute, les vagues sont moins longues, moins tournantes.
- 4 - Banc de Sable en Croissant - Type Shore Break : C'est un type de banc assez rare sur Lacanau, se formant de manière aléatoire en bord de plage. Les vagues ressemblent à celles que l'on retrouve sur Hossegor. Elles déroulent dans très peu d'eau, presque directement sur le sable, des vagues creuses, intenses, plutôt courtes avec des lèvres épaisses. Ces bancs en forme de croissant, de type shore break, sont éphémères ; ils disparaissent aussi vite qu'ils sont apparus. Ils fonctionnent soit à marée basse, soit à marée haute avec un courant assez présent. Les houles de période moyenne ou courte fonctionnent mieux ici, alors que les houles longues ont tendance à fermer. Ces vagues sont idéales pour les petites planches et les bodyboards, qui s'engagent plus facilement dans ces take off intenses, rapides, creux, vite suivis par une section tubulaire. Ce sont aussi de bonnes vagues pour le bodysurf.
Les Baïnes : Beauté et Danger des Courants Littoraux
Les baïnes, souvent associées aux bancs de sable, représentent un phénomène naturel des plages océaniques, à la fois fascinant et potentiellement dangereux. Comme expliqué précédemment, les baïnes sont des zones où le courant est très fort et tire vers le large. Ces formations, bien que naturelles, peuvent poser un risque important pour les baigneurs non avertis. En été de nombreux baigneurs se font surprendre par le courant et paniquent. Dans cette situation, il faut ramer ou nager en diagonale vers la plage, doucement, pour échapper à l'emprise du courant sans s'épuiser. La compréhension de ces phénomènes est primordiale pour la sécurité de tous les usagers du littoral.
L'Éphémère Qualité des Spots et les Inquiétudes des Surfeurs
Le caractère transitoire des bancs de sable est une réalité constante pour les surfeurs. Malheureusement, toute bonne chose a une fin et ce n’est un secret pour personne, le sable bouge. Si un pic peut très bien apparaître un beau matin, il peut tout aussi bien disparaître le lendemain aussi vite qu’il est arrivé. Cette instabilité est d'autant plus marquée en hiver où la plage "dégraisse" sous l'action des grosses houles et des tempêtes. Le volume du dégraissage est quasiment toujours supérieur à celui de l'engraissement. Pour le surf et ses bancs de sable, en gros, si en sortant de l'hiver, les bancs de sable sont de mauvaise qualité, nous risquons d'avoir de mauvaises vagues pendant tout l'été.
Un constat important sur l'évolution des plages centrales à Lacanau a été fait : au fil des années, les bancs et les baïnes se font de plus en plus petits, de moins en moins bien formés. Résultat, la plage se réduit, devenant insignifiante voire inexistante et les baïnes sont plutôt rares. Les bancs de sables sont eux aussi affectés, des fois en bien, des fois en mal. Ce phénomène a des conséquences concrètes sur la qualité des vagues, comme le rapporte un article lu dans Sud-ouest du 14 avril 2009 : "LITTORAL. La vague des fonds sableux qui a fait la réputation des plages du Sud-Ouest tend à devenir plus instable. Au grand désappointement des pratiquants Les surfeurs inquiets pour leurs spots".
C'est un bruit qui court les plages de la région, qui enfonce le front littoral et s'en va se répandre à l'intérieur des terres : c'était mieux avant. Quoi donc ? Non, il s'agit des spots de surf du Sud-Ouest. Pas la vague basque qui naît sur les fonds rocheux, mais ses voisines lando-girondo-charentaises qui déferlent sur les bancs de sable. Le fameux « beachbreak » qui draine depuis des décennies des surfeurs débarqués des rivages les plus lointains. Quand on n'incrimine pas la faiblesse de la houle, on remarque que les « gauches » comme les « droites » - suivant le sens du déferlement - ont une fâcheuse tendance à fermer, c'est-à-dire à casser brutalement sans dérouler, ce qui les rend insurfables. Laurent Rondi, le président du Lacanau Surf Club et chargé de communication de la Fédération française de surf, résume la situation : « Auparavant, les vagues étaient de temps en temps de mauvaise qualité. Maintenant, on aurait tendance à dire l'inverse. Et surtout, ça change très vite, d'une marée à l'autre ». Ce verdict est largement répandu au sein de la communauté des surfeurs : la vague a perdu de sa fiabilité. Charley Puyoo, Landais avec une longue carrière de compétiteur et d'organisateur, acquiesce : « Les bancs sont stables moins longtemps, c'est clair, net et précis. Dans les années 80, quand on organisait une compétition aux Estagnots (NDLR : à Seignosse), on savait qu'on allait sans problème tenir jusqu'à la fin de la semaine. Ce n'est plus vrai aujourd'hui. Il faut analyser tous les jours et ne pas hésiter à bouger ».
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À mi-chemin - géographique - de ces deux avis, Philippe Queyroux, le président du Biscarrosse Surf Club, s'interroge lui aussi. « Depuis dix-douze ans, la qualité des vagues a baissé. On observe, on ne dramatise pas. Lacanau, par exemple, a connu ce phénomène et puis leurs bancs sont redevenus bons. Mais si les conditions devaient encore se dégrader, oui, ça deviendrait inquiétant pour la pratique, les écoles et les compétitions », admet-il.
Un des points d'attention est la morphologie de la barre dite subtidale, un gracieux croissant de sable, englouti sous quelques mètres d'eau à marée haute. C'est sa forme arrondie qui détermine la régularité de la déferlante. Et c'est là que le bât blesse. En maints endroits, les barres sont rectilignes - d'où des vagues qui cassent sur toute leur longueur, comme des murs d'eau qui s'abattent - et ont migré vers le large. Nadia Sénéchal, océanographe et enseignante-chercheuse à l'unité Epoc (Environnements et paléoenvironnements océaniques) du CNRS/Bordeaux 1, explique : « Typiquement, on voit que ça déferle parfois à plusieurs centaines de mètres de la côte. Ce n'est pas alarmant, il ne faut pas s'imaginer que les choses vont rester en l'état quinze à vingt ans. Néanmoins, la migration des barres vers le large est plus rapide que leur retour en croissant à proximité de la plage ». Elle cite parmi les spots atteints par ce syndrome le « Bobby », une vague bien connue des spécialistes au nord de Biscarrosse.
L'Influence Humaine et le Mythe du "Mieux Avant"
Le sentiment général d'une baisse de qualité, nuancé et prudent, est difficile à étayer scientifiquement. La morphodynamique des vagues est une science à filer des maux de tête, quelque chose de très complexe à aborder tant le nombre de facteurs à intégrer est important. On peut tout de même risquer une explication à l'examen de la plage sous-marine. Il est compliqué de statuer sur l'origine d'un tel phénomène, qui ne se traduit pas uniformément sur l'ensemble du littoral régional. Le régime de houle - plein ouest ou nord-ouest - a son importance, tout comme le brassage des fonds par les tempêtes hivernales, lesquelles (Klaus et Quinten) auront été particulièrement marquantes en 2009.
Par ailleurs, l'érosion marine qui grignote le littoral en accéléré bouleverse elle aussi l'allure des bancs de sable. On suspecte, enfin, la main de l'homme d'interférer avec les phénomènes naturels. En fixant les dunes, en limitant autant que faire se peut l'érosion qui dévore le trait de côte, en construisant au bord de l'eau, il impacterait les transferts de sable entre la dune et la plage. Vrai ou faux ? Charley Puyoo affirme que « La digue du port de Capbreton joue un rôle à La Piste, plus au sud, où la plage est attaquée. On sait aussi que la digue du Boucau a des conséquences du côté d'Anglet ». Cependant, il est des spots qui déroulent à merveille sous des dunes fixées, et d'autres qui désespèrent le gang des Lycra dans des zones inviolées. Alors, qu'en conclure ? Laurent Rondi veut croire que « Souvenons-nous que le nombre de pratiquants a notablement augmenté sur la dernière décennie. Auparavant, quand il n'y avait pas de bonnes vagues l'hiver, il n'y avait pas grand monde pour en parler ! C'est aussi ce qui fonde l'incertitude de la discipline. On ne fait pas du surf comme on réserve un court de tennis. À l'instar du ski, l'économie du surf repose sur un élément naturel. Et elle a de beaux jours devant elle en Aquitaine ».
L'Ingénierie des Bancs de Sable : L'Exemple de la Gold Coast
Parfois, l'intervention humaine peut influencer la formation des bancs de sable de manière positive et intentionnelle, ou du moins avec des conséquences favorables inattendues pour le surf. En souhaitant rensabler une partie du littoral de la Gold Coast, les autorités australiennes du Queensland ont favorisé indirectement l’apparition de bancs de sable. Ces derniers ont par la suite créé des vagues de classes mondiales sur des spots ne produisant normalement que des vagues moyennes. Le tout pour « seulement » 13,9 millions de dollars.
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Au nord de Currumbin, sur la Gold Coast, une partie du littoral souffre de l’érosion et ses plages sont de plus en plus petites. Pour lutter contre ce phénomène et alors que la région accueillera les prochains Jeux du Commonwealth (du 4 au 15 avril 2018), la municipalité a décidé de renflouer la zone de 3 millions de mètres cubes de sable. Darrell Stauss, un ingénieur qui a travaillé sur le projet, explique à Surfline comment cela est possible : « Le sable a été collecté à une profondeur de 20 à 30 mètres. Puis, il a été placé aussi loin que possible du rivage. Le sable a été disposé de manière à reproduire naturellement les formations de barres pour préserver et améliorer les conditions de surf. Il est prévu avec les conditions météo que le sable revienne sur le rivage dans un avenir proche. »
Même si le but principal n’était pas de créer ces vagues de classes mondiales, l’apparition de ces dernières ne doit rien au hasard. Leur qualité a toujours été prise en considération dans le plan de management du surf de la ville. Ce qui a été confirmé par Tom Tate, maire de la ville, dans un journal local : « on a fait attention à ce que ce projet améliore les conditions de surf et non l’inverse ». Du côté des surfeurs, on se réjouit de cet événement. Le double champion du monde et local Mick Fanning, qui, avant Trestles (qui commence le 6 septembre) a pu passer une semaine chez lui, n’en revient pas : « Il y a des vagues normalement à cet endroit, mais rien de comparable à ce que c’est devenu. Celles que j’ai surfées ressemblent à Trestles mais les autres sont comme des slabs de reef ». Selon le photographe local Andrew Shield, « il y a d’incroyables bancs de sable en ce moment le long des plages. Celui de Palm Beach le week-end cassait comme un reefbreak indonésien ».
Cependant, la nature éphémère du sable demeure. Or, les bancs de sable générés par cette opération sur la Gold Coast commencent déjà à souffrir du vent, des marées et de la houle. Selon un surfeur local, sur un de ses pics : « le slab au départ était loin du rivage. Puis, il s’est progressivement rapproché du bord tout en perdant de son agressivité. Désormais, il est devenu une longue gauche qui casse tranquillement presque jusqu’à la plage ». Les travaux ont commencé en juin et devraient se terminer courant du mois d’octobre, démontrant l'effort continu nécessaire pour maintenir ces infrastructures marines.