La Baïonnette Mosin-Nagant Modèle 1891: Conception, Utilisation et Héritage d'un Accessoire Essentiel

La baïonnette du fusil Mosin-Nagant Modèle 1891 représente un élément distinctif et intrinsèquement lié à l'une des armes militaires les plus produites de l'histoire. Intégrée dès la conception initiale de l'arme, cette baïonnette n'était pas un simple accessoire, mais une composante essentielle de la philosophie de combat russe et soviétique, influençant même la précision de tir du fusil. Sa conception simple, robuste et sa méthode d'utilisation perpétuelle en ont fait une particularité notable dans l'arsenal mondial des armes à feu.

Conception et Caractéristiques Uniques de la Baïonnette M91

La baïonnette du Mosin-Nagant M91 se distingue par plusieurs aspects. Sa lame, de section quadrangulaire, est réputée pour sa robustesse et sa résistance à la torsion, des qualités cruciales pour le combat à l'arme blanche. Une particularité technique intéressante de cette lame est que son extrémité est usinée en forme de tournevis plat. Cette conception ingénieuse permettait non seulement de démonter l’arme sur le terrain sans outils supplémentaires, mais contribuait également à éviter les blessures par maladresse, une considération pragmatique pour les troupes.

L'un des traits les plus frappants, souvent souligné par les collectionneurs et les historiens, est l'absence de fourreau standardisé par la Russie pour la baïonnette du M1891. Il a été lu sur certains sites que la Russie n'a pas fourni de fourreaux pour les baïonnettes M1891, car elle souhaitait qu'elles soient toujours montées sur les fusils. Cette doctrine opérationnelle, où la baïonnette était censée être fixée en permanence au fusil, est une spécificité russe persistante jusqu'au Mosin-Nagant 91/30. Elle était portée sans fourreau en temps de guerre, où elle était toujours montée sur le fusil.

Cette philosophie d'utilisation permanente avait une incidence directe sur la balistique de l'arme. Des expériences ont démontré que le fusil est conçu pour tirer avec la baïonnette attachée. Sans elle, il a été observé que le fusil tire à droite, tandis qu'avec la baïonnette, il tire droit. Cette observation, confirmée par des essais, révèle que la présence de la baïonnette modifiait l'équilibre et les harmoniques du canon, nécessitant son montage pour une précision optimale. La dispersion du tir, cependant, était une autre question. Ce besoin d'avoir la baïonnette en permanence était également une façon de ne pas perdre de temps précieux sur le champ de bataille à la monter et la démonter.

Les marquages sur ces baïonnettes peuvent offrir des indices sur leur origine. On peut y trouver des caractères cyrilliques tels qu'un д (dé), ou un Д (Dé), un Ζ (dzeta grec) ou N, et un п (pé), ou un П (Pé) à côté de l'emplacement du numéro, lequel est souvent meulé. De l'autre côté, on observe parfois un Т (Té), ou plus communément un marteau, qui est le marquage de l'arsenal de Tula, l'une des principales manufactures russes.

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Le Fusil Mosin-Nagant Modèle 1891: Genèse et Évolution

Pour comprendre pleinement l'importance de sa baïonnette, il est essentiel de se pencher sur le fusil Mosin-Nagant lui-même. Le Mosin-Nagant est un fusil militaire à verrou, à cinq coups et à chargeur interne, développé entre 1882 et 1891. Il a été utilisé par les forces armées de l'Empire russe, de l'Union soviétique et de divers autres États, s'imposant comme l'un des fusils militaires à verrou les plus produits de l'histoire, avec plus de 37 millions d'unités fabriquées depuis 1891.

La genèse du fusil remonte à la guerre russo-turque (1877-1878), où les troupes impériales russes, majoritairement armées de fusils Berdan à un coup, subirent de lourdes pertes face aux troupes ottomanes équipées de fusils à répétition Winchester 1866, notamment lors du sanglant siège de Pleven. Cet événement tragique souligna la nécessité urgente de moderniser l'armement russe. En 1889, le fusil Lebel Modèle 1886 fut obtenu par des canaux semi-officiels de France, accompagné d'un modèle de cartouche et de balle, mais sans amorce ni poudre sans fumée.

Le processus de développement fut marqué par une compétition entre le concepteur russe Sergueï Mosin et l'armurier belge Léon Nagant. Lorsque les essais se sont achevés en 1891, les évaluateurs étaient divisés. Le fusil de Nagant était critiqué pour son mécanisme plus compliqué et sa procédure de démontage longue et fastidieuse, nécessitant des instruments spéciaux pour dévisser deux attaches. Le fusil de Mosin, en revanche, était principalement critiqué pour la qualité inférieure de sa fabrication et de ses matériaux, due à une "pré-production artisanale" de ses 300 fusils. Initialement, la commission vota 14 voix contre 10 pour approuver le fusil de Mosin. La décision fut alors prise de renommer la commission en "Commission pour la création du fusil de petit calibre" et d'établir les exigences finales pour une telle arme. Les inventeurs livrèrent leurs conceptions finales, incorporant certains détails empruntés au design de Nagant, notamment l'attache du ressort du chargeur à la plaque de base du chargeur et la forme de l'interrupteur, une pièce conçue pour empêcher le double-alimentation. Ce détail fut introduit dans le fusil de Mosin en s'inspirant de celui de Nagant, et bien que sa forme ait été légèrement modifiée, cette altération fut par la suite réempruntée par la Commission pour le Modèle 1891.

Malgré l'échec de son fusil, Nagant intenta une action en justice, arguant qu'il avait droit à la somme que le vainqueur devait recevoir. Un scandale était sur le point d'éclater, Nagant menaçant de ne plus jamais participer à des essais en Russie, et certains fonctionnaires proposant de l'expulser de toute nouvelle procédure, car il avait emprunté le design de l'interrupteur après qu'il eut été couvert par le statut de secret accordé en Russie à l'époque aux inventions militaires, violant ainsi la loi russe. Compte tenu du fait que Nagant était l'un des rares producteurs non engagés par des gouvernements concurrents et généralement désireux de coopérer et de partager expérience et technologie, la Commission lui versa une somme de 200 000 roubles russes, égale à la prime reçue par Mosin en tant que vainqueur. D'un point de vue technique, le fusil qui fut appelé "Mosin-Nagant" est la conception proposée par Mosin, telle qu'amendée par Mosin avec quelques détails empruntés au design de Nagant.

La production débuta en 1892 dans les arsenaux de Tula, Izhevsk et Sestroryetsk. Les premiers fusils furent également produits dans l'usine française de Châtellerault Arms, avant que la production à grande échelle ne démarre à Izhevsk et Tula.

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Caractéristiques Techniques Générales du Fusil Mosin-Nagant

Les spécifications du Mosin-Nagant variaient légèrement selon les modèles, mais voici les caractéristiques générales:

  • Masse: Environ 4 kg (8,8 lb) pour le M91/30, 3,4 kg (7,5 lb) pour le M38, et 4,1 kg (9,0 lb) pour le M44.
  • Longueur: Environ 1 232 mm (48,5 po) pour le M91/30, et 1 013 mm (39,9 po) pour les carabines.
  • Longueur du canon: 730 mm (29 po) pour le M91/30, et 514 mm (20,2 po) pour les carabines.
  • Cartouche: Principalement le 7.62×54mmR. Des variantes finlandaises utilisaient le 7.62×53mmR. Des exemplaires capturés furent parfois adaptés pour le 7.92×57mm Mauser (variantes polonaises et captures allemandes) ou le 8×50mmR Mannlicher (captures autrichiennes). Certains fusils Bannerman pour le marché civil américain furent chambrés en .30-06 Springfield.
  • Action: Fusil à verrou (bolt-action).
  • Vitesse initiale: Environ 865 m/s (2 838 ft/s) pour le M91/30, 725 m/s (2 379 ft/s) pour le M44, et 710 m/s (2 329 ft/s) pour le M38.
  • Rayures: Le canon du Mosin présente quatre rayures tournant à droite (dans le sens des aiguilles d'une montre en regardant le canon), avec un pas de 1:9,5" ou 1:10".

Mécaniquement, à l'instar du Gewehr 98, le Mosin 1891 utilise deux tenons de verrouillage avant pour bloquer l'action. Cependant, les tenons du Mosin se verrouillent en position horizontale, tandis que ceux du Mauser se verrouillent verticalement. Le corps de la culasse du Mosin est multi-pièces, contrairement à celui du Mauser qui est d'un seul tenant. Le Mosin utilise des têtes de culasse interchangeables, à l'image du Lee-Enfield. Contrairement au Mauser, qui utilise une tête de culasse à alimentation contrôlée où la base de la cartouche s'enclenche sous l'extracteur fixe au fur et à mesure de l'alimentation depuis le chargeur, le Mosin possède une tête de culasse encastrée à alimentation par poussée, où l'extracteur à ressort s'enclenche sur la base de la cartouche lorsque la culasse est finalement fermée, de manière similaire au Gewehr 1888 et au M91 Carcano, ou aux fusils de sport modernes comme le Remington 700. Comme le Mauser, le Mosin utilise un éjecteur à lame monté dans le récepteur. L'arc de levée de la culasse sur le Mosin-Nagant est de 90 degrés, comme sur le Mauser, contre 60 degrés sur le Lee-Enfield. La poignée de la culasse du Mauser est située à l'arrière du corps de la culasse et se verrouille derrière l'anneau de récepteur arrière solide.

Variantes du Fusil et l'Évolution de sa Baïonnette

Plusieurs raffinements et variations du fusil original ont vu le jour, la plus courante étant le M1891/30, une version modernisée introduite en 1930. Les dimensions du fusil Dragoon, destiné aux dragons, étaient identiques à celles du futur M1891/30, et la plupart des fusils Dragoon furent convertis en M1891/30. Le fusil Cosaque, conçu pour les cavaliers cosaques, était presque identique au Dragoon mais était réglé pour être utilisé sans baïonnette.

Le modèle 1907 Carbine, plus court de 289 mm et plus léger de 0,95 kg que le M1891, était excellent pour la cavalerie, les ingénieurs, les signaleurs et les artilleurs. Il était doté d'une crosse s'étendant presque jusqu'au guidon et ne pouvait donc pas recevoir de baïonnette, marquant une première divergence dans la doctrine de fixation permanente.

Le Modèle 1891/30 (винтовка образца 1891/30-го года, винтовка Мосина) fut la version la plus prolifique du Mosin-Nagant, produite de 1930 à 1945 pour toutes les fantassins soviétiques. Il a été couramment utilisé comme fusil de sniper pendant la Seconde Guerre mondiale, avec des lunettes PE ou PEM, puis des lunettes PU plus simples. Pour les versions sniper, la poignée de culasse fut remplacée par une version coudée pour éviter l'interférence avec la lunette. Les premiers 91/30 (de 1930 à 1936) et les fusils Dragoon convertis conservaient le récepteur octogonal (communément appelé "hex"), avant que le récepteur cylindrique ne devienne standard à partir de 1935-1936 pour réduire le temps de production.

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En 1938, une version carabine, le M38, fut introduite. Elle utilisait la même cartouche et la même action que les autres Mosins, mais son canon était raccourci de 21,6 cm pour une longueur totale de 101,6 cm, avec l'avant-bras proportionnellement raccourci. L'idée était d'équiper les troupes de deuxième échelon et non-combattantes (ingénieurs de combat, corps des transmissions, artilleurs) qui pourraient avoir besoin de se défendre contre des avancées ennemies soudaines. Ces M38 étaient généralement sans baïonnette fixe.

L'augmentation du combat urbain pendant la Seconde Guerre mondiale conduisit directement au développement du Mosin Modèle M44. Essentiellement, le M44 est un M38 avec un avant-bras légèrement modifié et une baïonnette cruciforme montée de manière permanente, qui se replie sur la droite lorsqu'elle n'est pas nécessaire. Cette innovation est une réponse directe aux retours d'expérience du terrain, permettant aux soldats d'avoir une baïonnette toujours disponible sans l'encombrement d'un modèle amovible, et sans rompre totalement avec la doctrine de la baïonnette intégrée.

La Baïonnette et son Fourreau: Les Exceptions à la Règle Russe

Si la doctrine russe impériale et soviétique prévoyait que la baïonnette soit toujours montée sur le fusil M91 et M91/30, l'histoire des conflits a rapidement créé des exceptions, notamment par le biais des armes de capture.

Les empires centraux, particulièrement l'Empire Austro-Hongrois, capturèrent un grand nombre de Mosin-Nagants pendant la Première Guerre mondiale. Pour leurs troupes, ils développèrent des fourreaux spécifiques, car il n'existait pas de fourreau rustre, ni impérial, ni soviétique, pour ces baïonnettes. Ces fourreaux, de facture parfois grossière et sans marquages ou numérotation, étaient conçus pour les baïonnettes "de prise". Il est tout à fait possible que l'un de ces pays ait développé un fourreau en métal, en cuir, ou en toile sans renfort.

Un fourreau métallique typique pour une baïonnette de prise présente une particularité : il peut avoir un crochet sur la chape, ou parfois un bouton rond. Certains semblent avoir été réalisés à partir d'un fourreau de la baïonnette 1886 raccourci. Des mesures précises d'un tel fourreau métallique donnent une longueur de 447mm, avec des mesures de la bague à la bouche variant de 20,53 à 22,20mm, et sur le tube juste derrière la bague de 19,51 à 21,20mm. Le diamètre à l'extrémité du fourreau est d'environ 10mm. Il est important de noter que le fourreau n'a pas une forme exactement cylindrique ; il peut présenter deux "plats" joints par une soudure, et une "boule" brasée à l'extrémité, comme vu sur certains exemples.

Les Autrichiens, en plus de ces fourreaux de capture, fabriquèrent pour leurs troupes des baïonnettes du type 1891 conformes en tous points, à l'exception d'une fente de fixation droite derrière le coude et non plus en Z. Ces baïonnettes autrichiennes sont marquées "E.A.IX" et de l'aigle austro-hongrois.

La Finlande, qui faisait partie du Grand-Duché de Russie jusqu'en 1917 et avait longtemps utilisé le Mosin-Nagant au sein de l'armée impériale, adopta le fusil comme arme de service de son armée. Les Finlandais produisirent leurs propres variantes du Mosin-Nagant et, contrairement aux Russes, utilisèrent et produisirent également des fourreaux pour leurs baïonnettes, y compris pour les M91 et M91/30 capturés.

Enfin, il est intéressant de noter que le sabre de cosaque (chachka) était parfois doté d'un fourreau avec un emplacement dédié à la baïonnette. Les Cosaques, en tant que cavaliers, étaient équipés du fusil cosaque spécifique, presque identique à celui des cavaliers mais non prévu pour l'utilisation constante de la baïonnette. Historiquement, lorsque l'on rechargeait par la bouche du fusil, il fallait éloigner la lame du canon, ce qui rendait la présence d'un fourreau nécessaire pour ces armes montées. Cette intégration de la baïonnette au sabre, plutôt qu'au fusil, est une autre exception à la règle générale russe.

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