L'Architecture Navale : Entre Héritage, Innovation et Plaisir de Naviguer

L’art de concevoir un voilier, qu’il s’agisse d’un dériveur léger pour l’apprentissage ou d’un croiseur hauturier, repose sur une quête perpétuelle d’équilibre. Entre la théorie apprise sur les bancs de l’université et la réalité du chantier, le métier d’architecte naval consiste à mettre en œuvre un objet, un habitat afin qu’il réponde à une certaine fonction. Elle peut changer, mais on doit adapter un dessin à ce que l’on veut lui faire faire.

L’architecte, entre course et croisière

L’agence Marc Lombard, par exemple, illustre cette transversalité nécessaire. Son fondateur, après un passage par l’Université de Southampton et le chantier de Walter Greene, a su allier la théorie et la pratique comme personne. Finalement, le métier d’architecte, c’est de mettre en œuvre un objet, un habitat afin qu’il réponde à une certaine fonction. Au sein de l’agence, il y’a principalement des gens qui sortent d’une école d’ingénieur ou d’une école d’architecture. Mais surtout des personnes qui connaissent les bateaux.

Dans la course, on va chercher la performance. Pour la croisière à la voile, on travaille sur l’habitabilité, l’architecture intérieure, les coûts, le design, la convivialité et l’aménagement pour la vie à bord. Comme pour l’automobile, les cabinets d’architectes navals s’inspirent largement de ce qui se fait en course. Les carènes sont donc de plus en plus larges, et plus particulièrement dans le tiers avant.

L’évolution des formes de carène

L’Oceanis 40.1 présente une large carène, en particulier dans le tiers avant, ce qui lui permet de bénéficier d’un espace intérieur très volumineux pour un 40 pieds. Ceci « dans un souci de stabilité et de puissance », explique l’architecte Marc Lombard. L’élancement avant procure de la pente d’étrave, une pente de la voûte avant. Quand on va vite au portant dans la mer, c’est quelque chose qui a tendance à soulever l’étrave et qui est très favorable aux performances.

On arrive à faire des bateaux beaucoup plus puissants donc on peut porter plus de toile. Quand on peut porter plus de toile pour un même poids, on va plus vite. De même que jouer sur la diminution de traînée. Les carènes modernes des Class40 et des Mini sont très stables, avec des structures qui s’allègent et des appendices qui sont plus efficaces. Ces deux dernières années, nous avons vu les carènes de scow se développer largement dans la course, à l’image de l’Imoca L’Occitane en Provence d’Armel Tripon.

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Toutefois, le passage vers la grande série reste nuancé. Un vrai scow, ce n’est pas forcément très joli. Et ça fait partie des critères qui sont quand même importants, aussi bien pour les bateaux de croisières que pour les bateaux de course d’ailleurs. Je pense que ça n’arrivera pas dans le bateau de croisière pour d’autres raisons. Un bateau de croisière de 12 mètres qui pèse 8-10 tonnes aurait des soucis de passage dans la mer, même avec de l’élancement avant.

Le dériveur : école de la passion et de l’histoire

Si les grands voiliers occupent l'espace médiatique, le dériveur demeure le pilier de l’initiation. C’est grâce à Jean-Jacques Herbulot que de nombreux jeunes comme mon frère et moi sont devenus des terreurs de la régate, grâce à un dériveur magique qui était dans toutes les écoles de voile, il s'appelait le Vaurien, nous avions 14 et 15 ans, c'était il y a 50 ans. La simplicité et le prix de ce dériveur était la priorité ce qui explique le nom : "Vaurien"… le prix à l'époque était un peu plus cher que celui d'un vélo le but étant d'intéresser le maximum de jeunes.

D'autres modèles ont marqué les esprits. Créé au XIXe siècle, le Lark navigue toujours ! En 1899, le magazine américain «The Rudder» lance un petit voilier de 5 mètres, taillé à coup de serpe. Il sera pourtant construit dans le monde entier, et ses survivants et avatars naviguent encore, cent vingt ans plus tard. De son côté, le Maraudeur allie la simplicité d’un dériveur à la sécurité d’un petit croiseur. Facile à manœuvrer, il se transporte sur remorque et se met à l’eau sans difficulté. Leur silhouette reconnaissable et leur élégance discrète rappellent l’âge d’or des petits croiseurs côtiers français.

Au fil du temps, le Maraudeur a connu de multiples évolutions. Des "Bois", construits à l'origine par différents chantiers, aux "Spairs" plus modernes, jusqu’aux "CI" pour "Construction Individuelle" proposés en 2016 après la création d'un dossier de construction amateur par l'architecte naval François Vivier. Chaque itération raconte une partie de l'histoire du nautisme français.

De la plaisance au service de l'humanitaire

Le voilier, au-delà du plaisir, peut devenir un outil de solidarité. Au Vanuatu, Musique, initialement voilier de charter, est devenu cargo à voiles pour venir en aide aux habitants de l'archipel dévasté par le passage du cyclone Pam. Éric Leroux, qui jusque-là faisait du charter sur son solide ketch Musique, n’hésite pas : il le transforme en cargo à voiles pour des navigations interîles, apportant ainsi une contribution concrète et admirable à la reconstruction de ce pays dévasté.

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Cette capacité à s'adapter est inscrite dans l'ADN des marins. Xavier ne connaissait rien à la mer ni aux bateaux. Un jour, il a shooté dans sa vie et il est parti sur un coup de tête. La navigation, que ce soit sur un RS Quest, un dériveur facile, parfait pour s'amuser comme pour apprendre, ou sur un Oceanis, reste une aventure humaine.

L'évolution du marché et la diversité des programmes

La richesse du marché actuel permet à chaque navigateur de trouver le support adapté. Le Gib’Sea 352, lancé en 1988, incarne l’équilibre entre robustesse, confort et qualités marines, s’adressant aussi bien aux navigateurs hauturiers qu’aux plaisanciers côtiers. Par ailleurs, le Sun Fast 26 est un petit voilier du chantier vendéen Jeanneau qui est souvent négligé sur le marché de l’occasion, mais qui a pourtant beaucoup de caractère.

Pour ceux qui cherchent plus de volume et d'innovation, le Dufour 39, sur plan Umberto Felci et Luca Ardizio, entre dans la nouvelle culture Dufour : proposer un voilier support pour l’esprit outdoor. Dans la même logique, le nouveau Lagoon 47, qui sera dévoilé en première mondiale, s’appuie sur les retours de 2 000 propriétaires et navigateurs pour proposer une synthèse entre confort, modularité et écoresponsabilité, répondant ainsi aux attentes actuelles des plaisanciers.

La performance n'est pas oubliée avec des projets ambitieux comme le Pogo 50₂, le premier 50 pieds de la gamme Pogo, conçu pour la croisière hauturière et la course offshore. Le chantier JPK Composites, réputé pour ses voiliers alliant performance, sécurité et confort, lève aussi le voile sur son dernier-né : le JPK 48 FC.

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