La Vitesse de Nage dans ArcheAge et les Enjeux de l'Autonomie Aquatique : Une Analyse Approfondie

La Mer d'ArcheAge : Un Vaste Terrain d'Exploration et de Conflits

Dans l'univers immersif d'ArcheAge, la totalité de la mer séparant les continents est explorable, offrant une dimension de jeu unique et des opportunités illimitées. Cet océan n'est pas seulement un décor passif ; il constitue un point de récolte essentiel pour les agriculteurs et sera le lieu où de nombreuses batailles navales séviront. Ce vaste espace aquatique devient ainsi stratégique pour de nombreuses guildes et clans qui souhaitent imposer leur contrôle sur le monde. ArcheAge offre la possibilité d’explorer les mers qui séparent les trois continents, afin d’y faire du commerce, des batailles navales, de rejoindre une île ou de tuer des monstres tel que le Kraken. Pour profiter pleinement de l'océan, il est souvent conseillé d’utiliser les nombreux navires disponibles, bien que les traversées puissent se faire à la nage.

Afin de s'aventurer dans les profondeurs et de bénéficier pleinement des richesses sous-marines, un équipement particulier est nécessaire pour respirer sous l'eau. Cet équipement, qui nécessite un bateau pour être utilisé ou transporté, augmente non seulement la vitesse de nage de 50 % mais aussi le stock d'oxygène d'une minute, des atouts cruciaux pour l'exploration et les activités sous-marines. La construction d'un propre bateau est une étape majeure : il faudra préalablement le construire dans un port en y ramenant les matériaux nécessaires, tels que les plans, le bois et la fonte. Une fois la construction de votre navire terminée, il ne reste plus qu'à inviter vos amis pour partir à l’aventure, car entre 5 et 40 personnes peuvent monter sur le même navire. Cependant, une fois en mer, votre navire sera susceptible de se faire attaquer par des monstres marins ou des pirates, et pourra être endommagé voire détruit, ajoutant une couche de danger et d'excitation à l'exploration maritime.

La Vitesse de Nage et l'Oxygène : Éléments Clés de la Survie Aquatique

L'importance de la vitesse de nage et de la gestion de l'oxygène dans ArcheAge souligne une compréhension intuitive des défis que pose l'environnement aquatique. L'augmentation de la vitesse de nage de 50 % et du stock d'oxygène de 1 minute ne sont pas de simples bonus ; ce sont des éléments qui permettent une exploration plus poussée et une meilleure capacité à gérer les rencontres sous-marines, qu'elles soient pacifiques (récolte) ou hostiles (combat). Cette mécanique de jeu met en évidence que la capacité à se déplacer efficacement sous l'eau et à gérer sa respiration est fondamentale, rappelant de manière ludique les principes de l'autonomie aquatique.

La possibilité d’augmenter son stock d'oxygène et sa vitesse de nage est d'autant plus pertinente que la mer d'ArcheAge, en plus de permettre des affrontements PVE, sert de point de récolte. Ainsi, une meilleure autonomie sous-marine peut se traduire par une efficacité accrue dans l'exploitation des ressources et une meilleure survie face aux dangers imprévus. La mer, lieu de nombreuses batailles navales, exige également des compétences adaptatives, et une nage rapide peut être vitale en cas d'abandon de navire ou pour des actions de reconnaissance sous-marine. Ces aspects du jeu introduisent des dynamiques où la "vitesse" et l'"endurance" (symbolisée par l'oxygène) sont des facteurs déterminants pour le succès.

Au-delà du Virtuel : La Vitesse de Nage et la Réalité de l'Enseignement de la Natation

Si la vitesse de nage est un attribut concret et mesurable dans le monde d'ArcheAge, sa signification et son enseignement dans le monde réel soulèvent des questions profondes. Emmanuel Auvray, professeur d'EPS au STAPS de Caen, nous propose une analyse de l’enseignement actuel de la natation qui invite au débat et met en lumière les conséquences d'une approche trop axée sur la vitesse. Selon lui, le "comment nager" s’efface progressivement derrière le "nager vite", une observation qui interroge les effets réels de cet enseignement. Cette contribution, qui n’engage que son auteur, met en lumière un questionnement persistant sur ce que produit la natation vitesse en termes de savoir-faire.

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Les programmes officiels d’éducation physique et sportive (EPS) en vigueur au collège et au lycée déclinent les activités physiques et sportives (APS) aquatiques entre le savoir nager, la natation vitesse, la natation de distance et le sauvetage aquatique. Ces pratiques natatoires contribuent à développer chez les élèves des savoir-faire et des savoirs, ainsi que des compétences sociales et méthodologiques, pour se sauver et entretenir leur capital santé en société et en toute sécurité dans différents espaces aquatiques (piscine, mer, lac, rivière). Ainsi, ces APS participent à former, par la pratique scolaire, un citoyen nageur « cultivé, lucide, autonome, physiquement et socialement éduqué » pour la vie, sa vie et celle d’autrui. Cependant, Auvray s'interroge sur la finalité de cette approche et ses conséquences sur la formation de nageurs réellement autonomes.

Les Enjeux de la Natation Scolaire : Vitesse vs. Durée et Respiration Aquatique

Emmanuel Auvray, à partir de constats réalisés auprès d’étudiants en STAPS, montre comment la recherche de performance sur de courtes distances peut conduire à la formation de « nageurs apnéistes », au détriment de la maîtrise respiratoire et de l’autonomie aquatique. Ces dernières années, en tant qu’enseignant à l’UFR STAPS de Caen, il constate qu’environ 70 % des 650 étudiant·es qui entrent en première année ne maîtrisent pas ou très imparfaitement les éléments de la respiration aquatique dans les nages ventrales (crawl, brasse, nages hybrides). Ces constats sont particulièrement éclairants.

Selon leurs déclarations, la grande majorité d’entre eux ont vécu, après un cycle sur le savoir nager, un ou plusieurs cycles de natation vitesse entre le collège et le lycée. À l’inverse, la natation de distance reste marginale, sauf pour les élèves issus d’une pratique en club. Sur un plan moteur, à l’issue d’un test de nage sur une distance maximale de 150 m en crawl prioritairement, le nombre d’étudiant·es de 1re année (STAPS) que l'on qualifie de baigneurs, c’est-à-dire qui se déplacent en permanence la tête hors de l’eau, ou de nageurs apnéistes, qui nagent sur de courtes distances entre 10 m et 25 m la tête immergée en apnée, croît au fil des rentrées pour atteindre plus de 60 % d’entre eux.

Ces étudiant·es présentent fréquemment des profils de « baigneurs » ou de « nageurs apnéistes » : déplacement tête hors de l’eau ou en apnée sur de courtes distances (10 à 25 m), incapacité à enchaîner plusieurs longueurs. Globalement, ces baigneurs et nageurs apnéistes ne savent pas se déplacer en enchaînant plusieurs longueurs et en maintenant de manière cyclique une expiration aquatique longue consubstantielle à une inspiration brève. Les quelques-uns qui expirent sous l’eau n’ont pas encore bien stabilisé leurs modalités inspiratoires, latéralement ou frontalement, et leurs fréquences inspiratoires demeurent aléatoires en ne couvrant pas leur besoin en oxygène par rapport à la distance de nage demandée (150 m).

L'Impact de la Natation Vitesse sur la Maîtrise Respiratoire : Le Phénomène des "Nageurs Apnéistes"

Par rapport aux différentes phases du cycle propulsif des bras - prise d’appui, traction, poussée, retour - ils n’inspirent pas au bon moment, à savoir en fin poussée en crawl ou de traction en brasse, afin d’optimiser ainsi leur propulsion. Sans compter que généralement, au début de chaque longueur, ils n’effectuent pas de coulée ventrale pour glisser par inertie dans un substrat qui porte - le corps flottant - à partir d’une posture hydrodynamique. Ces limites entraînent une fatigue rapide, une dette d’oxygène et une incapacité à maintenir un effort continu.

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Ces étudiant·es baigneurs ou nageurs apnéistes batailleurs s’épuisent, s’essoufflent et sont incapables de nager longtemps en raison principalement qu’ils n’ont pas acquis les éléments de la respiration aquatique ni la glisse. Les échanges ventilatoires entre l’air et l’eau n’étant pas ou très mal maîtrisés ont pour conséquences de les placer en hypoxie et d’augmenter leur résistance frontale à l’avancement, car l’axe de leur corps n’est pas suffisamment et régulièrement confondu avec leur axe de déplacement à l’horizontale.

Nous constatons qu’ils n’arrivent pas à nager longtemps en distance ou en durée en enchaînant des longueurs sauf à faire des pauses à l’extrémité du bassin ou au milieu en s’accrochant à une ligne d’eau. D’ailleurs, à l’occasion de ce test (150 m) et pendant les séances, certains d’entre eux demandent désormais s’ils peuvent revenir, après avoir nagé un 25 m, en marchant sur les plages du bassin puisqu’ « ils ont pris l’habitude de le faire au collège ou lycée » (sic) ! Ces retours pédestres ne leur offrent pas l’occasion de se confronter aux impedimenta, à savoir la maîtrise des éléments de la respiration aquatique, qui les empêchent encore de réussir à nager une distance de plus en plus longue sans être totalement épuisés.

Les Conséquences d'une Pédagogie Centrée sur la Vitesse : De l'Épuisement à l'Incapacité d'Autonomie

Cette lacune fait obstacle à une technique de nage plus efficiente dans l’optique de fabriquer un nageur scolaire pour la vie et sa vie. Au-delà des aspects techniques, ces constats interrogent les représentations de l’acte de nager. À les regarder ainsi faire, on suppose que leurs représentations cognitives et fonctionnelles de l’acte de nager renvoient au fait qu’il faille « agir tout le temps et vite pour avancer ». Le bon sens aquatique, en autonomie et par autopropulsion, autour d’une adaptation motrice efficiente et efficace entre les propriétés du corps humain, un solide hétérogène et déformable, et celles de l’eau, qui freine, porte et permet de prendre des appuis, n’est apparemment pas au rendez-vous pour devenir un meilleur nageur pour la vie. Beaucoup d’élèves semblent considérer qu’il faut « agir vite et en permanence » pour avancer, au détriment de la glisse, de l’économie de mouvement et de l’adaptation aux contraintes du milieu aquatique. Cette représentation limite la construction d’une motricité efficiente et d’un sentiment durable de compétence.

Quel sens donnent-ils alors à cette manière de nager en apnée inspiratoire sur quelques mètres ? Au-delà des (bonnes) notes qu’ils obtiennent, quel sentiment de compétence et estime de soi en retirent-ils quand tout s’arrête au bout de quelques mètres ? Ces difficultés trouvent en partie leur origine dans les choix curriculaires et certificatifs.

Selon le curriculum prescrit et les ressources officielles qui les accompagnent, la natation de vitesse fait actuellement partie du champ d’apprentissage (CA) n°1 : « Produire une performance optimale, mesurable à une échéance donnée ». Ainsi, les enseignants d’EPS sont enjoints de former et d’évaluer les élèves de 6e (cycle 3) sur un 25 m chronométré en ventrale et 25 m en dorsale. De la sorte, les collégien·nes doivent apprendre à « créer une vitesse de nage maximale à partir d’un appui solide pour enchaîner la reprise de nage et entretenir la vitesse en alignant les segments du corps, en poussant simultanément sur les deux pieds contre le mur avec une tête rentrée, réaliser une reprise de nage au moment où la vitesse de nage décroît ».

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En ce qui concerne la respiration, le programme impose de passer de l’apnée inspiratoire à l’inspiration et l’expiration aquatique progressive suivie d’une inspiration courte au moment où la main touche la cuisse. Rien n’est donc exigé par rapport au caractère cyclique et fréquentiel de la respiration aquatique en crawl notamment. Enfin, pour entretenir une vitesse de nage maximale sur une courte distance, ils sont conduits à choisir le meilleur compromis amplitude/fréquence. Pour le cycle 4 (5e, 4e, 3e), ils doivent réaliser la meilleure performance possible sur une distance de 50 m en nage ventrale et dorsale, analyser leur course et se projeter pour faire mieux, ainsi que d’assumer les rôles de starter, de chronométreur, d’entraîneur, d’observateur. Le temps réalisé ne doit pas excéder 60 secondes. L’écart de temps entre les deux 25 m doit être inférieur à 10 secondes. L’amplitude de nage est supérieure ou égale à 1,43 m avec un indice de nage dépassant 1,2 pour chaque mode de nage.

Les élèves doivent donc évoluer du statut de crawleur apnéiste à un nageur équilibré dans les deux modes de nage avec un compromis amplitude/fréquence qui permet de nager avec une vitesse adaptée aux ressources du nageur en crawl et en dos. Ainsi, aussi surprenant que cela puisse paraître, en termes de distance à parcourir, les collégiens ne sont pas tenus en natation vitesse de nager des distances, entre 25 à 50 m, bien supérieures à celle exigée, autour de 40 m, pour l’épreuve du savoir nager en sécurité.

Réflexions sur les Critères d'Évaluation et les Représentations de la Nage

Enfin, au détriment des collégiens, la natation de durée n’est plus programmée et est peu choisie par les lycéen·nes au niveau des épreuves d’EPS au baccalauréat. Sans doute parce qu’elle oblige à enseigner et à maîtriser les éléments de la respiration aquatique que d’aucuns relèguent à plus tard. En ce qui concerne le programme du lycée, la natation de vitesse trouve également sa place dans le champ d’apprentissage n°1. Les épreuves certificatives portent sur la production d’au moins deux réalisations maximales mesurées et/ou chronométrées en individuel (2 x 50 m) ou en relais (2 x 50 m) avec un élève sur un 25 m en crawl et l’autre sur un autre mode de nage.

Sur un plan moteur, les attendus de fin de lycée (AFL 1) sont notés sur une base de 12 points entre la performance réalisée, à partir d’un barème, et l’efficacité technique à partir d’un indice de nage (IN). Ce dernier a souvent l’inconvénient de noter à nouveau la performance chronométrique dans la mesure où il ne prend pas ou insuffisamment en compte les caractéristiques hydrostatiques et/ou morphologiques propres à chaque élève rapportées à ses temps réalisés. Force est de constater que d’un point de vue programmatique en matière de natation vitesse, qu’il s’agisse du collège ou du lycée, la maîtrise des éléments de la respiration aquatique (cycle, modalité, fréquence, synchronisation) est peu, voire pas du tout (lycée) exigée ni appréciée ni notée sur des distances inférieures ou à peine supérieures à celles de l’ASNS. En conséquence de quoi, que les élèves nagent plus ou moins vite en position ventrale la tête hors de l’eau, en apnée la tête immergée ou avec une respiration aquatique régulière vaut finalement la même note.

Cette logique favorise des stratégies d’apnée inspiratoire efficaces à court terme pour réduire les résistances, mais peu pertinentes pour construire une compétence durable. Par rapport au vécu des élèves, les étudiant·es STAPS (Caen) de 1re année nous indiquent, à partir d’un questionnaire, qu’ils ont essentiellement suivi des cycles de natation vitesse au collège et/ou au lycée après un cycle sur le savoir nager. Rares sont ceux qui ont eu de la 6e à la terminale des cycles de natation en durée ou en distance.

Rappelons qu’à l’échelle nationale, en 2019, 25 859 lycéens ont été évalués en natation vitesse et 2 522 en natation de durée. Ainsi, la natation longue draine peu de lycéen·nes et est nettement moins enseignée que les autres formes de natation (vitesse, sauvetage). Pourquoi cette disparité ? Lorsque nous interrogeons ces étudiants, ils nous disent que la natation longue, « c’est plutôt pour des nageurs confirmés voire de club parce qu’elle suppose d’apprendre plus de choses techniques que la natation vitesse. Elle est plus difficile ». En creux, ils nous disent que c’est plus facile d’obtenir une bonne note en natation vitesse qu’en natation longue dans la mesure où il y a moins d’éléments techniques à apprendre. Et pour cause, il suffit juste d’aller vite sur un 25 m en nageant sur le ventre et de revenir sur le dos (25 m) qui ne pose pas ou peu de problèmes respiratoires. En relai au lycée, l’élève doit nager un seul 25 m, soit 15 m de moins que pour l’ASNS.

Les remarques des étudiant·es vont de pair avec le fait que les collègues relèguent souvent à plus tard la résolution des problèmes respiratoires comme le stipulent en partie les programmes du collège. En outre, le plongeon, qui permet d’apprendre à aller loin et/ou vite par inertie grâce en partie à une posture corporelle plus hydrodynamique, n’est pas toujours exigé, et donc enseigné, au collège. Cette lacune ne favorise pas la construction du corps projectile ni la compréhension de ce qui se joue dans l’acte de nager vite et/ou longtemps entre les contraintes et les ressources de l’eau et les propriétés du corps humain.

C’est dire si la natation vitesse en apnée ne favorise pas chez les élèves l’acquisition de solutions motrices qui permettent, en faisant autrement que de « tourner les bras à fond » (sic), de glisser et de ressentir cette sensation qui constitue le cœur de l’acte de nager. D’ailleurs, les critères pris en compte pour évaluer leur prestation physique, à savoir la performance chronométrique et un indice de nage autour du rapport amplitude/fréquence, contribuent à fabriquer des nageurs apnéistes.

Ainsi, en nageant le plus souvent en apnée inspiratoire, ils singent ce que font les nageurs de haut niveau sur la même distance alors que ces derniers maîtrisent la respiration aquatique. Comme l’attestent leurs déclarations et leur niveau de pratique, les étudiant·es en STAPS (Caen) ont majoritairement vécu en EPS des cycles de natation vitesse et en sont encore au stade de nageur apnéiste.

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