Le canoë-kayak, et plus spécifiquement la discipline exigeante du slalom, représente une école de la rigueur et de l'abnégation. Sur eau vive, l’exercice consiste, sur environ 400 mètres, à passer le plus vite possible une vingtaine de portes, matérialisées par deux perches verticales, dans le sens du courant ou en remontant vers l’amont. Les portes touchées ou mal franchies provoquent des pénalités qui s’ajoutent au chronomètre. Pour les athlètes, cet environnement dynamique impose de maîtriser une technique très particulière et de savoir utiliser les mouvements de l’eau. Comme le souligne une compétitrice aguerrie : « Aucune course n’est parfaite, il y a toujours quelque chose à améliorer ». La préparation mentale est tout aussi cruciale : « Le parcours, tu le découvres le jour de la course. Tu peux t’entraîner sur l’eau mais sans les portes. Il faut repérer et mémoriser les vagues et les rouleaux pour définir des stratégies. Une seule petite erreur peut coûter très cher. »
La trajectoire d'Anaïs Mouhoub : une athlète polyvalente
Anaïs Mouhoub, âgée de 20 ans, incarne parfaitement cette passion pour le haut niveau. Elle aurait pu faire carrière en gymnastique, en natation, en équitation ou en ski ; tous ces sports, elle s’y est essayée ou les pratique encore. Mais très au-dessus du lot trône le canoë-kayak. Le virus du kayak, c’est son père Smaïl, directeur du club de l’ASCPA Strasbourg, qui le lui a transmis. Gamine, elle passait ses étés aux stages canoë-escalade organisés par le club. Son père est son premier entraîneur, lui apprend les bases et la fait progresser. Comme le veut le règlement des catégories de jeunes, elle fait toutes les disciplines du canoë : course en ligne, descente, slalom et kayak-polo.
Depuis les juniors, elle s’est spécialisée en slalom : « On a de belles sensations de glisse. » Ancienne élève du Lycée des Pontonniers où elle a passé un Bac S, elle concilie désormais études et sport de haut niveau. Depuis octobre, elle est inscrite dans une école de kinésithérapie à Liège, en Belgique, où elle s’entraîne avec Guy Dessers au Royal Mava, un club de la ville. Avec, en plus, ses séances strasbourgeoises, elle s’est donné les moyens de devenir une véritable spécialiste, une « ouvreuse de belles portes ».
L’essor international et la binationalité
Le parcours d’Anaïs Mouhoub est marqué par l’opportunité offerte par sa binationalité franco-algérienne, qui lui a permis de faire son apparition sur la scène internationale. Elle a participé aux Mondiaux juniors-U23 de Cracovie, puis aux Mondiaux seniors de slalom-descente de la Seu d’Urgell en Espagne. « J’en ai pris plein les yeux, il y avait des stars partout. Aux entraînements, tu les regardes passer et après, une fois sur l’eau, tu essayes de faire pareil ! »
Si, à Cracovie, la déception était au rendez-vous - elle a été disqualifiée pour un problème de poids de son kayak -, l’étape espagnole a été bien mieux négociée. « Les quotas olympiques étaient également l’enjeu des Mondiaux de la Seu d’Urgell. Le niveau était très haut. » Elle a dû s'adapter sous le pavillon algérien, se remettant même à la descente. « Je n’étais pas là pour faire un podium mais pour apprendre et progresser. Courir pour ma deuxième nation, ça peut m’ouvrir beaucoup de portes. » Pour intégrer ces structures internationales, elle a notamment rejoint le « Training International Program », organisé par la Fédération internationale pour les compétiteurs issus de « petites » nations.
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Dynamique de club et infrastructures : l’ASCPA de Strasbourg
L’ASCPA (Activités sportives culturelles et de plein air) de Strasbourg joue un rôle pivot dans le développement de ces talents. Le club ne se limite pas à la formation de haut niveau ; il anime une vie associative dense, organisant des événements comme la course de canards au Parc des Eaux Vives de Huningue ou des travaux de réfection du ponton du petit port. La vie du club est rythmée par le calendrier de la Fédération Française de Canoë-Kayak (FFCK).
À Huningue, la présence d’un bassin artificiel de qualité a été un moteur pour de nombreux pratiquants. Ce type d’infrastructure permet aux athlètes de s’aguerrir sur des eaux vives exigeantes. La gestion administrative des clubs modernes, comme le CADPA, tend désormais vers une simplification, avec des inscriptions en ligne pré-remplies et des adhésions basées sur l'année civile pour s'aligner sur les échéances fédérales. Cette structure permet de soutenir l'équipe compétition qui brille régulièrement lors des championnats d'Alsace ou des courses N3, comme ce fut le cas à Sélestat.
Préparations et enjeux des championnats mondiaux
Au-delà du cas d'Anaïs, d'autres talents alsaciens, comme Salim Jemaï et Sophia Mouhoub, illustrent le dynamisme de la région. Salim Jemaï, licencié à l'ASCPA, a découvert le canoë-kayak à l’âge de dix ans avant d’intégrer le pôle espoir de Nancy. Contacté par la Fédération tunisienne, il défend désormais les couleurs de ce pays à l’international. Classé 16e lors des derniers Jeux olympiques, il affiche des ambitions claires : « Moi, je vise le titre » pour les prochains championnats du monde U18 et U23.
L’accueil de tels événements internationaux, comme à Foix, constitue un véritable tremplin pour les villes hôtes. Le camping du Lac à Foix, par exemple, devient un épicentre logistique où se croisent des athlètes venus du monde entier : des États-Unis, d’Australie, de République tchèque. La logistique nécessaire pour héberger ces délégations dépasse parfois les capacités locales, obligeant les organisateurs à mobiliser des structures complémentaires, comme le camping de Mazères.
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