L'attrait pour l'habitat atypique et la quête de solutions innovantes face aux défis immobiliers et environnementaux ont donné naissance à des concepts audacieux. Parmi ceux-ci, la transformation de voiliers délaissés en habitations terrestres offre une perspective fascinante, alliant le charme de l'aventure maritime à la stabilité d'un foyer. C'est dans ce contexte que l'idée d'aménager un voilier hollandais en maison particulière sur terre prend tout son sens, puisant dans un riche héritage naval et répondant aux préoccupations contemporaines de durabilité.
Le concept "Bathô" : Une Seconde Vie pour les Embarcations Délaissées
Dans un marché immobilier souvent tendu, particulièrement sur le littoral, comme c'est le cas en Bretagne où "acquérir sa demeure sur le littoral ouest peut vite devenir une épopée digne de la légende du Roi Arthur !", la recherche de solutions d'habitation alternatives est primordiale. Les spécialistes de l'immobilier sélectif, toujours en quête de concepts pour accompagner leurs clients dans l’acquisition de leur maison, se tournent vers des propositions innovantes. Pour ceux qui sont adeptes des espaces atypiques, des initiatives comme "Bathô" sont particulièrement séduisantes.
Lancée en 2017, la société nantaise Bathô s'est spécialisée sur la rénovation d'anciens bateaux de plaisance pour les transformer en habitation insolite à terre. Cette entreprise propose un concept inédit, permettant de gagner un espace de vie et/ou de nuit. Cela peut s’avérer idéal quand, par exemple, la propriété pour laquelle un coup de cœur a eu lieu n’affiche pas la surface espérée pour recevoir une grande famille.
Le concept de Bathô est ancré dans une démarche responsable. L’entreprise est engagée dans l’upcycling et l’économie circulaire, œuvrant ainsi pour la planète. Le constat est éloquent : un million de bateaux de plaisance sont recensés en France, et un tiers d'entre eux ne naviguent plus. Ces bateaux, souvent construits en polyester depuis les années 1960, se trouvent aujourd'hui en fin de vie, avec un tiers dans les ports français, un tiers dans des chantiers navals et, étonnamment, un tiers dans les jardins de particuliers. Le polyester, matériau principal de ces embarcations, ne se recycle pas facilement. Face à ce défi environnemental, et à l'aube de l'entrée en vigueur d'un éco-organisme dédié aux déchets de bateaux de plaisance et de sport le 1er janvier 2019, le chantier naval solidaire Bathô, situé à Rezé (Loire-Atlantique), propose une solution ingénieuse : réutiliser ces coques sans les détruire. L'idée est de transformer "D'un habitat sur l'eau, les bateaux deviennent un habitat sur terre ferme".
Chaque "bathô" est unique, reflétant une personnalisation poussée. L'équipe définit avec le client les envies en termes de matières, de couleurs, de finitions, en privilégiant des matériaux naturels et durables. Les moteurs et accessoires de navigation des bateaux sont démontés et recyclés, tandis que les cabines et les coques sont conservées. Les aménagements intérieurs sont ensuite améliorés pour créer un hébergement de plein air insolite et confortable, incluant des améliorations telles que la connexion à l'eau, l'électricité et la VMC. Ces unités offrent aux occupants une véritable "Suite" comprenant un carré-salon, des couchages, une cuisine, des sanitaires, une terrasse et un pont extérieur, le tout imprégné du charme d’une cabine de marin.
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L'installation de ces habitats marins transformés est remarquablement simple. "Nos Bathô sont posés sur la terre ferme sur des bers (charpente en bois destinée à soutenir la coque, NdlR)", explique le chantier naval. Facile à installer, les bateaux « bathô » sont tout simplement posés dans le jardin, sur des bers, sans aucune fondation ni scellement au sol pour préserver l'environnement.
Depuis 2021, Bathô a été repris par un groupement tripartite, notamment le groupe associatif SOS, à travers sa branche transition écologique et économie circulaire. À la tête de ce chantier naval insolite, Thibault Saint-Olive, architecte naval de métier, assure le rôle de chef d'atelier et de directeur. Bathô travaille principalement sur des modèles anciens des années 70/90 qui ne trouvent plus forcément acquéreur de nos jours. Les dimensions sont aussi importantes, comme l'explique Thibault Saint-Olive : "Mon modèle de prédilection est le Sangria. J'ai aussi envie de travailler sur un Tequila, je ne l'ai pas encore fait. Ce sont des modèles dont le nom fait très vacances, et ça s'y prête bien. Pour créer un habitat insolite, il faut des voiliers entre 7,50 et 9 m de long." Les coques, de 7 à 14 mètres de long, issues de chantiers comme Jeanneau, Bénéteau, Jouet ou Edel, sont assez spacieuses pour accueillir entre deux et quatre personnes. Le directeur a également introduit une nouveauté : les bateaux trop petits peuvent être coupés en deux, chaque partie étant utilisée pour une utilisation spécifique. "De 7 à 14 mètres de longueur, nos Bathô peuvent accueillir de 2 à 4 personnes."
L'idée pourrait séduire à la fois des particuliers, propriétaires de bateaux délaissés qui pourraient en faire un bureau, une chambre d'appoint voire un studio indépendant dans leur jardin, mais également des professionnels du tourisme durable. Ces derniers pourraient ainsi imaginer des hébergements saisonniers insolites, à faible empreinte écologique et au charme marin indéniable. Les concepteurs proposent même des configurations où "Reliés entre eux par des jeux de ponton et de terrasse, plusieurs bateaux peuvent être assemblés comme un véritable port-camping". Une autre innovation créative est la transformation de dériveurs, ces petits voiliers d'écolage, en bacs à sable.
L'Héritage Maritime Néerlandais : Des Voiliers Parfaitement Adaptés à une Nouvelle Vocation
Les Pays-Bas, une nation dont la vie a toujours été façonnée par l'eau, ont un héritage maritime profondément enraciné. Un pays en grande partie situé au niveau de la mer ou en dessous, gagné sur l'eau au fil des siècles grâce à un extraordinaire système de digues, de polders et de voies navigables, a vu ses habitants devenir maîtres dans l'art de vivre aux côtés de l'eau. Au cours du dix-septième siècle, le célèbre Siècle d'or néerlandais, des navires partaient de ces côtes pour commercer dans le monde entier, et la silhouette de villes comme Amsterdam et Hoorn était définie par les mâts et le gréement.
Les navires qui servaient cette culture maritime étaient conçus pour les conditions particulières des eaux néerlandaises : des mers intérieures peu profondes et abritées, parsemées de bancs de sable et de chenaux mouvants. De ce besoin naquit le bateau à fond plat, une embarcation ingénieuse capable de transporter des marchandises à travers des eaux bien trop peu profondes pour une quille profonde. Ces types de voiliers traditionnels néerlandais, descendants directs de cette fière tradition, possèdent des caractéristiques qui les rendent particulièrement intéressants pour une transformation en habitation terrestre. Leur robustesse et leur conception, initialement pensées pour des environnements exigeants, garantissent une structure solide et durable, essentielle pour une habitation.
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Bien que de nombreux bateaux proposés pour la navigation aux Pays-Bas aient plus d'un siècle, ils sont parfaitement adaptés à l'époque moderne. Ils disposent souvent d'eau courante chaude et froide, de toilettes convenables et d'une cuisine entièrement équipée. Ce mariage entre caractère historique et confort contemporain est précisément ce qui rend un voilier néerlandais si particulier. Ce niveau de confort, allant du plus simple au véritablement haut de gamme, est un atout majeur pour leur conversion en espaces de vie. Le jour, ces embarcations naviguent sur l'eau depuis des générations, et la nuit, elles offrent une cabine douillette et chaleureuse où tout le nécessaire est à portée de main. Ces qualités intrinsèques de confort et de solidité sont directement transférables à une utilisation sur terre, simplifiant l'aménagement intérieur et garantissant une qualité de vie remarquable.
Les Néerlandais sont connus comme un peuple de marins depuis des siècles, et cette histoire se reflète dans la conception et la construction de leurs bateaux. Un affrètement à la voile est une des plus belles façons de vivre cette histoire de première main, avec la possibilité de naviguer sur le Markermeer, l'IJsselmeer, les lacs frisons ou même la mer des Wadden, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Ces expériences mettent en lumière la capacité de ces voiliers à offrir un environnement changeant sans cesse à un rythme merveilleusement apaisant, permettant de s'imprégner des paysages et de s'évader. Le caractère unique de ces bateaux, qu'il s'agisse de la structure des anciens bateaux à fond plat ou des voiliers plus récents conçus pour des aventures variées, en fait des candidats idéaux pour une réaffectation. Leur valeur ne réside pas seulement dans leur fonctionnalité nautique, mais aussi dans leur intérêt patrimonial pour l'architecture navale, au niveau des solutions et des formes adoptées à l'époque. D'où l'idée de conservation et de transformation plutôt que de simple démolition.
Les options de navigation aux Pays-Bas sont vastes, depuis une sortie d'une demi-journée à Amsterdam sur l'IJ et le Markermeer, où l'on peut voir d'où des maîtres néerlandais comme Rembrandt ont puisé l'inspiration, jusqu'à des aventures de plusieurs semaines à travers les lacs frisons et l'IJsselmeer, ou la découverte de la mer des Wadden et ses îles. Même une expédition vers la mer Baltique à bord d'un grand voilier comme l'Unity est possible. Cette diversité d'utilisations en mer met en évidence la polyvalence et la résilience de ces voiliers. Qu'il s'agisse de bateaux pour des vacances à la voile, des sorties avec repas inclus, ou des expériences où l'on peut prendre la barre, ils sont conçus pour offrir un maximum de confort et de sécurité. Ces qualités se traduisent par des coques robustes, des intérieurs bien pensés et une durabilité intrinsèque qui sont des atouts majeurs lors d'une transformation en habitat terrestre. Le choix du voilier idéal pour chaque projet, avec une flotte assez vaste pour s'adapter à toute taille de groupe, tout budget et tout niveau d'ambition, renforce l'idée qu'il existe de nombreux voiliers hollandais dignes d'une seconde vie sur la terre ferme.
Considérations Autour du Pavillon Hollandais : De la Navigation à la Réaffectation
Lorsqu'un particulier acquiert un bateau de plaisance, la question du choix du pavillon se pose naturellement : français, hollandais, belge ou polonais ? Depuis l’ouverture des frontières de l’Union européenne en 1993, les plaisanciers ont le choix de leur pavillon quand ils naviguent dans les eaux intérieures de la zone UE. Des sites étrangers proposent l’enregistrement d’un pavillon étranger, comme le pavillon hollandais "Dutch ZEEBRIEF", reconnu partout dans le monde et accessible à toutes les nationalités, à condition de déclarer une personne morale ou physique appartenant à l’Union européenne.
Le pavillon hollandais a, en Europe, une solide réputation. Ses avantages sont clairs : il est valable dans le monde entier, disponible pour toutes les nationalités, valide à vie, et ne nécessite pas le paiement de taxe annuelle de navigation en Hollande. Il permet de naviguer en zone fluviale, côtière ou hauturière, tant que la catégorie de construction l’autorise. Toutefois, son intérêt est limité en France pour les résidents. La limite du pavillon Zeebrief pour une navigation en France est la même que pour tout pavillon étranger : les personnes résidentes en France battant pavillon hollandais doivent, comme pour un pavillon français, s’acquitter de la taxe annuelle du moment que leur navire fait plus de 7 mètres et/ou a une puissance administrative supérieure à 22 CV. À cette taxe annuelle peuvent s’ajouter des frais annuels pour le pavillon hollandais lui-même. Certains professionnels ou plaisanciers mal avisés peuvent conseiller le pavillon polonais, mais sauf cas particuliers, c’est généralement une mauvaise idée, car non seulement la taxe annuelle en France restera due, mais cela peut exposer à moultes complications.
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Avec la loi Leroy sur l’économie bleue (20 juin 2016), la navigation dans les eaux du territoire français et l’amarrage à quai dans un port français sont soumis à la législation française, quelle que soit la nationalité du pavillon et du propriétaire du bateau. Il n’y a donc plus d’avantage à battre pavillon hollandais ou belge du point de vue de ces obligations fiscales pour les résidents français. Un plaisancier ayant fait l'acquisition d'un bateau sous pavillon Hollandais, non pas par souci de fiscalité ni pour se soustraire aux exigences de sécurité, mais par coup de cœur pour le voilier, pourrait se demander s'il est encore possible de garder ce pavillon. Apparemment, il existe des sociétés qui s'en occupent "clés en mains", mais la permanence de cette solution ou la nécessité de la renouveler régulièrement restent des questions. Pour un plaisancier étranger conduisant un bateau de plaisance immatriculé hors de France, il est nécessaire d'être muni d’un titre de navigation satisfaisant à la réglementation applicable dans son pays et de posséder un permis national de navigation traduit en langue française. Il sera soumis à la réglementation française sur la vitesse et la sécurité, même s'il peut avoir un port français pour port d’attache.
Si ces considérations sur le pavillon sont essentielles pour la navigation, elles deviennent moins pertinentes une fois que le voilier est destiné à une existence purement terrestre. Cependant, elles soulignent l'importance de comprendre l'historique et le cadre légal du bateau avant toute acquisition, même dans l'optique d'une transformation. L'origine d'un voilier, qu'il soit hollandais ou autre, peut influencer son coût d'acquisition initial et les formalités administratives associées, avant qu'il ne puisse être entièrement démantelé de ses équipements nautiques et réhabilité en habitation sédentaire. Le fait qu'un bateau hollandais soit souvent synonyme de qualité et de robustesse, comme évoqué par l'héritage maritime néerlandais, est un atout, quelle que soit son utilisation finale.