Maîtrise des allures du voilier : Comprendre et naviguer avec le vent

Imaginez-vous au large d’Hendaye, la côte basque derrière vous, le vent dans les cheveux. Pour profiter pleinement de ce moment, il y a un truc essentiel à maîtriser : savoir où vous êtes par rapport au vent. Un voilier, contrairement à une voiture, ne peut pas aller dans n’importe quelle direction. L’angle du vent dicte tout : votre vitesse, le réglage de vos voiles, et même votre confort à bord. Comprendre ces allures, c’est passer du statut de passager à celui de vrai marin. Connaître les allures, c’est comme apprendre à lire la route en voiture. Ça vous permet d’anticiper comment votre bateau va réagir, d’adapter votre trajectoire en temps réel et de régler vos voiles efficacement.

Naviguer à la voile ne consiste pas simplement à laisser le vent pousser le bateau. Toute progression repose sur une donnée essentielle : l’angle formé entre la trajectoire du voilier et la direction du vent. Si l’on vous demande « quelle est ton allure ? », ce n’est pas pour connaître votre vitesse ni savoir si vous êtes à 5 ou 6 nœuds. L’allure, c’est le nom donné à l’orientation du bateau par rapport au vent. On définit sept allures principales, bien que l’on puisse les regrouper pour simplifier : le près serré, le bon plein, le petit largue, le travers, le largue, le grand largue et le vent arrière.

Les fondamentaux : le vent et l’amure

Pour comprendre les allures, imaginez que le vent souffle du centre d’un cercle vers l’extérieur, et que votre voilier tourne autour de ce centre. Entre chaque allure, tout est progressif. Quand vous changez d’orientation, vous ajustez doucement vos voiles et l’équilibre de votre bateau s’adapte.

Il est crucial de distinguer l’allure de l’amure. L’amure exprime de quel côté le navire reçoit le vent : il est « bâbord amure » ou « tribord amure ». Par exemple, si le vent vient du Nord et que mon voilier fait route vers l’Ouest, il reçoit le vent du côté droit (tribord). Le voilier est donc « tribord amure ». Notez au passage que le terme « amure » est également utilisé pour nommer le point de fixation, en bas et en avant, d’une voile. On parle alors de « l’amure » ou du « point d’amure ».

Le vent debout, c’est la direction d’où vient le vent. Et voilà le truc : aucun voilier ne peut avancer directement face au vent. Point barre. Quand vous pointez votre nez dans cette direction (environ 45 degrés de chaque côté du vent direct), vous entrez dans ce qu’on appelle la « zone interdite ». Vos voiles se mettent à claquer dans tous les sens, vous perdez toute vitesse, et le bateau ralentit jusqu’à s’arrêter. C’est le « vent debout », où le vent souffle sur l’étrave. Dans cette situation, le voilier ne peut pas avancer. On dit qu’il est bout au vent. Pour rejoindre un point face au vent, il faut donc zigzaguer en « tirant des bords » ou en « louvoyant ».

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Le près et le bon plein : remonter vers l’objectif

Dès qu’on sort de la zone interdite, on entre au près. C’est l’allure la plus proche du vent où on peut vraiment naviguer. Le près correspond à une trajectoire qui va de 45° à 55° avec l’axe du vent. C’est une allure qui demande de trouver le bon angle, pour ne pas se rapprocher trop du vent. C’est technique, ça demande de la concentration, mais quelle satisfaction quand on maîtrise ! Le près est une allure plutôt lente. Une des raisons expliquant cette lenteur est que le voilier remonte le vent, donc fait face aux vagues qui se heurtent sur la coque. La gîte est marquée : le vent exerce une poussée latérale importante sur les voiles, inclinant nettement le bateau. Au près, les voiles doivent être bordées au maximum. Mettez le point de tire de la grande voile au milieu, et celui de la voile d'avant reculé au maximum.

En s’écartant légèrement du vent depuis le près, on atteint le bon plein. Le bon plein, ou près bon plein, correspond à une trajectoire qui va de 55° à 65° avec l’axe du vent. C’est souvent l’allure préférée des marins. C’est une allure généralement plus rapide que le près car elle est moins opposée à la houle. Le voilier gîte moins et s’écarte des vagues. Contrairement au près serré, les voiles doivent être écartées de l’axe du bateau. Le chariot de la voile avant doit être reculé, et celui de la grande voile à moitié. Les voiles doivent être bien gonflées et bordées.

Le travers et le petit largue : la recherche de la performance

On parle de travers pour désigner l’allure où le vent souffle sur le côté du bateau. Il s’agit donc d’un angle gravitant autour de 90°, entre 80° et 100°. Le vent arrive perpendiculairement sur le côté de votre bateau. C’est l’une des allures les plus stables et les plus rapides. La vitesse est élevée car le heurt de la coque du voilier et des vagues devient négligeable du fait de l’angle. De plus, le bateau a la possibilité de bénéficier du phénomène de déjaugeage. L’instabilité du bateau est réduite comparé au bon plein. Les voiles doivent être désaxées de la trajectoire du bateau.

Le petit largue correspond à une allure portante intermédiaire, située entre le travers et le grand largue. Cette allure permet de conserver une bonne pression dans les voiles tout en profitant d’un vent qui pousse efficacement le bateau. Au petit largue, la vitesse est généralement élevée. La gîte est faible à modérée. Le voilier navigue relativement à plat, ce qui améliore nettement le confort à bord. L’objectif est de capter un maximum de vent sans provoquer de faseyement.

Le grand largue et le vent arrière : les allures portantes

Le grand largue est la dernière allure avant de passer au vent arrière. Un bateau à cette allure voit le vent souffler de trois quarts. L’angle entre la trajectoire du bateau et l’axe du vent se situe entre 120° et 170°. C’est une allure portante. La vitesse au grand largue est très élevée. Quant à la gîte, elle est très peu forte, et le bateau conserve beaucoup de stabilité. Il faut toutefois noter qu’à la gîte peut se supplanter le roulis qui fait loffer le bateau. Au grand largue, les voiles doivent être complètement désaxées de la trajectoire du bateau. L’objectif est de choquer complètement les voiles. La grand-voile doit être complètement ouverte.

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Au vent arrière, le voilier progresse quasiment dans l’axe du vent, entre 170° et 190°. Le vent souffle exactement dans votre dos. C’est parfait pour les longues traversées tranquilles ou les retours au port après une journée bien remplie. Malgré la représentation populaire, le vent arrière est très loin d’être l’allure la plus efficace, car le vent a du mal à s’écouler sur les voiles en raison du souffle perpendiculaire du vent sur elles. La vitesse au vent arrière est inférieure au grand largue. L’instabilité n’est pas particulièrement prononcée, mais le roulis est renforcé. Surtout, le risque d’auloffée, voire d’empannage involontaire est réel : le bateau menace de se rapprocher de l’axe du vent, voire de virer de bord. La grand-voile doit être pleinement déployée, et son chariot descendu au maximum. Pour la voile d’avant, le chariot doit être avancé autant que possible.

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