La question de la pollution plastique est devenue l'un des enjeux environnementaux majeurs de notre siècle, transformant nos cours d'eau en véritables corridors de déchets. Pour illustrer cette réalité, Joffrey Maluski, photographe et voyageur, et Loïc Forques, vidéaste et co-fondateur de l’agence de communication et de production audiovisuelle Umber Studios, ont imaginé un projet singulier : « Plastiqu’Adour ». L’idée, c’était vraiment d’essayer de sensibiliser aux déchets plastiques et montrer qu'on peut vivre une aventure de "ouf" près de chez nous et avec peu de moyens. Ce périple de 440 km, réalisé entre montagne et océan, visait à retracer le cycle de vie du déchet plastique, depuis sa source dans les sommets des Pyrénées jusqu'à son arrivée fatale dans l'océan Atlantique à Bayonne.
Genèse d’une aventure au service de l’environnement
Fin août 2021, les deux amis se contactent pour tenter de partir à l'aventure ensemble. Joffrey souhaite une expédition en mode "bikeraft" qui consiste à faire un périple qui combine le vélo et une embarcation. Loïc, quant à lui, revient d'une expédition engagée, en Afrique, sur la pollution du plastique. Parti avec l'association The Flipflopi Project, il a navigué sur le lac Victoria avec un bateau construit à partir de déchets plastiques. En 2020, les deux amis de 27 et 29 ans ont traversé les Pyrénées à vélo sur près de 900 km en un mois et demi. Mais surtout, cette année-là, le duo a voyagé en Afrique pendant 4 semaines à bord d'un boutre à voile entièrement construit à partir de vieilles tongs en plastique. Ils ont ainsi accompagné l’équipage pour traverser le lac Victoria et atteindre le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, avec pour objectif de rencontrer des écoliers, des personnalités politiques et des médias afin de les sensibiliser sur l’utilisation du plastique, sa consommation excessive et la nécessité de le recycler.
C’est donc ce même schéma qu'ont repris Joffrey et Loïc pour l'expédition « Plastiqu’Adour » : ramasser des déchets croisés en chemin et s’inviter dans des centres de loisirs pour enfants afin de discuter avec eux de leur aventure. Le projet Plastiqu’Adour vient de voir le jour avec le choix naturel de l’Adour, qui est l'une des rivières les plus connues du Sud-ouest. La décision de faire l'aventure a été prise fin août pour un départ prévu le 26 octobre. L'idée du projet est arrivée assez tard, je crois un mois avant qu'on parte, à peu près. Il a fallu s'organiser hyper rapidement.
La construction d’un canoë atypique
Joffrey et Loïc ne se laissent pas abattre par l'urgence du calendrier. À première vue, la préparation semble un peu improvisée. On est partis vraiment de quelques dessins griffonnés sur un papier. Direction Bayonne et sa fête du jambon pour récupérer des bouteilles en plastique : on a fouillé un peu toutes les poubelles et on a récupéré les bouteilles de plastique qui nous intéressaient. Avec une préférence pour les bouteilles de soda, car elles résistent mieux à la pression. En deux semaines, ils ont récupéré 1 000 bouteilles en plastique, de quoi bricoler un canoë un peu spécial, composé de 1 000 bouteilles ajustées sur une structure de bambou.
Le résultat est un étrange canoë de 90 kg. Un prototype qui s’avère « flotter mieux que prévu », mais tout de même « lourd et pas très maniable », confie l’un des deux aventuriers. D’abord tracté pendant 4 jours derrière leur vélo - à chacun son tour de tirer le canoë - entre Biarritz et le Pic du Midi, soit un trajet de 240 km et 3000 m D+, le canoë a pu être mis à l’eau à la source de l’Adour pour la deuxième étape de l’aventure.
Lire aussi: Informations Canoë Verdon
Les défis de la descente : entre naufrages et solidarité
Le transport de l’embarcation a révélé des obstacles concrets. Avec ses 90 kg, le canoë est difficile à tracter dans les montées et dans les descentes. À monter, c’était très dur, on ne pouvait pas rester sur le vélo. Joffrey et Loïc décident malgré tout de faire l'ascension du col du Tourmalet à vélo. La solution fut de retirer des bouteilles en dessous pour les rajouter aux flotteurs : à partir de ce moment-là, il était super stable. Et sinon, les gros inconvénients, c’était plus la maniabilité et le poids. Autre difficulté sur leur trajet, le passage des nombreux barrages : il fallait sortir le bateau de l'eau de temps en temps et le porter. Aux 90 kg du canoë, il faut rajouter les vélos ainsi que tout l'équipement. À cela, s'ajoute la faible profondeur de certains passages qui rend impossible toute navigation.
On était souvent hors du bateau avec de l'eau jusqu'au nombril, à peu près. À droite ou à gauche ? La décision est prise, ça sera à gauche ! Quelques mètres plus loin, des rapides et un virage à 90 degrés. L'embarcation se déporte vers la rive et ses ronces. Le canoë chavire. Après ce naufrage, on était complètement trempés. On se posait quelques questions sur la suite de l'aventure. Rien ne manque sauf une pagaie et une gourde qu'ils retrouveront quelques mètres plus loin. Ils arrivent finalement près du débarcadère du club de kayak de la petite ville de Grenade-sur-l'Adour (Landes). Très vite, les membres du club leur proposent de se réchauffer, de se restaurer et surtout de faire sécher les vêtements.
Sensibilisation et impact environnemental
Joffrey et Loïc vont, le long de l'Adour, à la rencontre d'enfants dans des centres de loisirs pour leur parler du but de leur expédition : sensibiliser à la pollution plastique dans les cours d'eau. Le 13 novembre, après 128 km de navigation, ils arrivent à destination à la Société Nautique de Bayonne. Amis et curieux sont là pour les accueillir. Photographes et vidéastes, les deux amis ont décidé de faire un documentaire sur leur aventure pour une nouvelle fois sensibiliser le plus de monde possible sur cette pollution qui défigure nos cours d'eau et la nature. Cette expérience s'est traduite par un film documentaire de 24 minutes.
« Plastiqu’Adour » n’a pas la prétention des voyages au bout du monde, mais cette modeste expédition a le mérite de toucher localement les enfants des Pyrénées. Le duo a voyagé en Afrique pendant 4 semaines à bord d'un boutre à voile entièrement construit à partir de vieilles tongs en plastique pour traverser le lac Victoria et atteindre le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda. Objectif : rencontrer des écoliers, des personnalités politiques et des médias afin de les sensibiliser sur l’utilisation du plastique, sa consommation excessive et la nécessité de le recycler.
Le cadre réglementaire de la lutte contre le plastique
La France vise à réduire la pollution plastique via des actions ciblant sa dispersion dans l’environnement et la réduction de l’utilisation du plastique à usage unique. Pour ce faire, diverses mesures ont été mises en place à travers plusieurs lois telles que la loi de transition énergétique pour la croissance verte, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), et la loi climat et résilience. La directive relative à la réduction de l’incidence de certains produits en plastique sur l’environnement (dite « directive SUP ») vise à promouvoir une transition vers une économie circulaire dans toute l’Union européenne.
Lire aussi: Explorez le monde du Canoë-Kayak
La directive a fixé une liste de produits à interdire en raison de leur prévalence dans l’environnement, notamment sur les plages. Depuis le 3 juillet 2021, 11 catégories de produits en plastique à usage unique ne peuvent plus être commercialisés. La directive fixe également l’objectif d’un tri séparé de 77 % des bouteilles en plastique en 2025 et jusqu’à 90 % en 2030. À cette même date, les bouteilles devront être fabriquées à partir d’au moins 30 % de plastiques recyclés. Depuis le 3 juillet 2024, la directive rend obligatoires les bouchons solidaires, c'est-à-dire attachés au goulot, pour toutes les boissons en bouteille plastique jusqu'à 3 litres afin de limiter leur dispersion dans l’environnement.
Vers une économie circulaire et la fin du plastique à usage unique
La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire fixe comme objectif d’atteindre la fin de la mise sur le marché d’emballages en plastique à usage unique d’ici à 2040. Cet objectif est décliné en objectifs de réduction, réemploi, et recyclage (3R) qui sont précisés par décret par période de 5 ans.
Parmi les mesures marquantes, on note :
- 2020 : Publication de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, qui prévoit la fin de la mise sur le marché des emballages en plastique à usage unique d'ici 2040.
- 2021 : Interdiction des pailles, couverts jetables, touillettes, couvercles des gobelets à emporter, et boîtes en polystyrène expansé. Déploiement de dispositifs de vrac et interdiction de distribuer gratuitement des bouteilles en plastique dans les entreprises.
- 2022 : Interdiction des suremballages en plastique pour les fruits et légumes de moins de 1,5 kg, et obligation d'avoir des fontaines à eau dans les établissements recevant du public.
- 2023 : Interdiction de la vaisselle jetable dans les fast-food pour les repas servis sur place.
- 2024 : Interdiction de vendre des dispositifs médicaux contenant des microplastiques.
- 2025 : Obligation pour les lave-linges neufs d’être dotés d’un dispositif pour retenir les microfibres plastiques. Réduction de 20 % des emballages plastiques à usage unique.
- 2026 : Interdiction de vendre des produits cosmétiques rincés contenant des microplastiques.
- 2030 : Réduction de 50 % du nombre de bouteilles en plastique à usage unique.
Initiatives locales et gestion durable
Des acteurs du tourisme sportif s'engagent également dans cette démarche de préservation. Depuis plus de 30 ans, Canoë Rapido accueille touristes, vacanciers et amateurs de sport-nature sur l’Hérault, en mettant l’accent sur la beauté du site et la nécessité de le préserver. Chez Canoë Rapido, on a fait le choix de développer une activité touristique durable et locale, fondée sur un sport sans moteur, sans installation, ni équipement qui nuit à l’environnement. Des initiatives telles que l'installation de WC secs, l'incitation à utiliser des gourdes plutôt que des bouteilles en plastique, et l'utilisation de crèmes solaires adaptées sont encouragées pour protéger l’écosystème.
Les équipes de « Demain la Terre » interviennent chaque année sur ces sites pour faire découvrir les secrets de l’Hérault et de ses habitants. Des jeux et des animations autour de la faune et de la rivière permettent de mieux comprendre la richesse de cet écosystème. Par ailleurs, la France impose désormais une contribution fondée sur les déchets d’emballages plastiques non recyclés au niveau européen, fixée à 0,80 euro par kilogramme, pour inciter à la transition vers une économie circulaire.
Lire aussi: L'influence de Chapuis sur la musique d'orgue
#