L’art de la navigation au Québec : du fleuve Saint-Laurent aux horizons atlantiques

La navigation à voile au Québec et dans les régions limitrophes de l’Atlantique Nord représente une aventure maritime exceptionnelle, marquée par des défis techniques stimulants et des paysages d’une beauté sauvage. Que l’on soit un plaisancier désirant explorer les eaux intérieures ou un navigateur aguerri préparant une traversée hauturière, la compréhension des types d’embarcations, de la logistique propre au Saint-Laurent et des particularités régionales est essentielle.

Typologie des embarcations de plaisance

La connaissance de son support est le premier pas vers une navigation réussie. Un quillard est un voilier qui possède une quille lestée qui empêche l’embarcation de chavirer. La majorité du temps, un quillard comprend une cabine où les gens peuvent dormir et/ou cuisiner à bord. Ces bateaux sont habituellement plus gros que les dériveurs, allant d’environ vingt pieds à une centaine de pieds pour les méga-yachts. Les bateaux habituellement utilisés pour la croisière sont des quillards.

À l’opposé, un dériveur est une embarcation munie d’un plan de dérive rétractable, c’est-à-dire que la dérive est mobile. Dans le cadre de l’enseignement de la voile dériveur, l’apprentissage se fait habituellement sur un petit bateau d’environ 15 pieds qui peut chavirer (déssaler) en cas d’erreur de l’équipage. L’absence de lest rend le dériveur léger vif, évolutif et amusant à mener. Certains dériveurs monocoques sont conçus pour être mené par une personne naviguant seule, d’autres pour naviguer en équipage.

Par ailleurs, un bateau multicoques est constitué de plusieurs coques distinctes. Les petits catamarans de sport sont des bateaux multicoques. Les catamarans Mystère, Nacra ou F18 sont des exemples de ce type d’embarcation. Enfin, les nouvelles technologies et nouveaux matériaux permettent à la voile de se moderniser et de modifier les modes de traction sur tous types d’embarcation, mais c’est certainement sur les planches que ces nouveautés se font le plus remarquer. Avec ou sans dérive; avec ou sans Foil; avec un gréement de style traditionnel (mât attaché à la planche), de style ailé (Wing) ou de style cerf-volant (Kite), les types de planches se multiplient à grande vitesse. Pour faire de la planche, il ne faut pas avoir peur de se mouiller.

Initiatives locales et accessibilité

La pratique de la voile adaptée est un moyen pour les enfants comme pour les adultes ayant des déficiences physiques et/ou sensorielles (de légère à sévère), d’améliorer leur qualité de vie et leur intégration dans la société. Le programme Voile à l’école est un projet provincial qui a pour but d’initier chaque année des jeunes à la voile lors de sorties scolaires. La remorque de Voile Mobile se déplace à travers le Québec pour offrir des cours et des activités de voile à toutes les personnes intéressées, qu’elles soient débutantes ou expérimentées.

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Préparatifs d’une traversée vers le Québec

Pour les navigateurs souhaitant rejoindre le Québec depuis l’Europe, à l’instar de projets de type transatlantique, la préparation est primordiale. Il est impératif de fiabiliser son voilier. Avant de partir, des éléments comme la capote, l’accastillage et les voiles d’avant doivent être vérifiés ou changés. L’avantage de partir à deux est d’avoir la possibilité d’embarquer du matériel en double. L’installation d’un déssalinisateur peut s’avérer un atout majeur pour la navigation au large.

Le choix de l’itinéraire est crucial : de Saint-Gilles-Croix-de-Vie aux îles des Açores jusqu’au Nouveau-Brunswick, puis jusqu’à Québec, dans l’estuaire du Saint-Laurent. Il est important de tenir compte des contraintes temporelles ; une telle traversée peut représenter environ 7 500 milles nautiques, exigeant plusieurs mois de navigation. L’esprit de ces voyages est souvent lié à la grande tradition des traversées transatlantiques, tout en permettant de suivre les traces historiques des émigrés ayant rejoint la Belle Province.

La complexité de la navigation sur le Saint-Laurent

La navigation sur le Saint-Laurent est considérée comme étant l’une des plus difficiles des eaux intérieures du monde. Celle-ci peut s’avérer longue et quelquefois agitée, souvent suivie de moments de calme presque mystiques. « Aller aux Îles-de-la-Madeleine et revenir dans la région de Montréal, c’est une bonne école avant de traverser l’Atlantique ou de se rendre aux Bahamas. »

Pour réussir cette navigation, il faut impérativement bien connaître sa consommation de carburant puisque vous devrez beaucoup utiliser votre moteur. Sur un voilier, vous descendrez le courant à voile (aller), mais le monterez au moteur (retour). Prévoyez remplir un bidon de carburant en réserve et possiblement avoir le matériel nécessaire pour effectuer au moins un changement d’huile. En cas d’urgence, voici une liste d’outils indispensables : tournevis, pinces, pince-étau, marteau, clés anglaises, clés hexagonales, multimètre. Ayez toujours deux ancres : une principale et une en réserve.

L’Atlas des marées est un indispensable. Sur les voiliers, la grand-voile devrait idéalement avoir deux prises de ris. Le génois sur enrouleur doit être roulé serré et avoir plusieurs tours morts sur la bosse d’enrouleur. Il est préférable de porter des harnais de sécurité et d’installer des lignes de vie lors de la navigation de nuit, par gros temps et en eau froide. Si vous avez un chien, attachez-le au bateau.

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Sécurité et protocoles de navigation

Avant de partir le matin, écoutez la météo en continu sur les voies WX 1, 2, 3 et regardez ou écoutez les avis aux navigateurs sur la radio maritime continue (voies 24, 26, 83, 87, WX8, WX9 selon la région). Pour votre tranquillité d’esprit, transmettez à la Garde côtière un plan de route et mettez-le à jour. Sachez où se trouvent les cargos selon votre zone de navigation (voie 9 ou autre) et conservez une distance de 50 m.

Vous devez avoir les cartes papier à jour des endroits où vous naviguerez, c’est la loi. En ce qui concerne les cartes électroniques, maintenez-les à jour. Celles-ci sont utiles et faciles à utiliser. Les vêtements seront variables selon votre destination : prévoyez du linge d’été et du linge chaud, soit polars, coupe-vent, cirés, gants, mitaines, tuques et bottes.

Stratégies de progression et escales

Votre destination finale dépendra du temps dont vous disposez. Si vous êtes en couple, vous pouvez prévoir en alternance une journée à la barre et une journée de manœuvres. Soyez réaliste dans votre but à atteindre, évitez les rendez-vous et l’obligation de vous dépêcher au retour. N’oubliez pas de mettre à jour votre journal de bord. Effectuez votre planification en fonction des marées, de la météo et de l’humeur de votre équipage. Les différentes étapes peuvent être longues, quelquefois entre 10 et 12 heures pour un voilier.

Le courant de rivière est variable selon les marées après le lac Saint-Pierre. Celles-ci ne sont pas souvent au zéro des cartes. Le marnage, qui est la différence entre la marée haute et la marée basse, débute à Trois-Rivières. Cette section est propice aux mouillages forains. Vous pouvez vous approcher de la berge et jeter l’ancre, mais il est préférable de s’éloigner de la voie maritime pour éviter les vagues.

À partir du lac Saint-Pierre, c’est le début des longues navigations. Le courant est faible et il y a du clapot quand le vent souffle du nord-est. Vous devez suivre le chenal. Si vous naviguez de nuit, attention aux feux des bouées et des phares à Yamachiche, ceux-ci peuvent porter à confusion. Les marinas de Batiscan, de Deschaillons et de Portneuf offrent les meilleures places pour attendre la renverse de marée aux rapides du Richelieu. À partir de ce moment, vous devez prévoir votre navigation selon les heures des marées, puisque c’est le début des renverses de courants de marée. La navigation de nuit est possible et même probable pour les voiliers, car suivre les bouées est plus facile et plus sécuritaire.

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Spécificités du Saguenay et du Bas-Saint-Laurent

De Québec à Cap-à-l’Aigle, c’est l’étape la plus longue. C’est aussi le début du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, où vous pourriez voir entre autres des bélugas, des phoques et même, un peu plus loin, des baleines. De Cap-à-l’Aigle au Saguenay, l’eau se refroidit et c’est la route des baleines. Au mouillage, les vents sont souvent légers du secteur nord-est à nord-ouest, mais méfiez-vous du marnage. Au Saguenay, les paysages valent le détour, mais entrer et sortir de la rivière n’est pas toujours facile.

Sur la côte sud, un contre-courant permet de remonter plus facilement vers l’amont : suivez l’isobathe entre 30 m et 100 m. De Matane à Rimouski, le courant se trouve entre quatre et cinq milles au large et à Sainte-Anne-des-Monts à un mille au large. Sur la rive sud, il est préférable de mouiller au nord de l’île du Bic où le courant est moins fort. Pour traverser vers la rive nord, il vaut mieux passer à l’ouest de l’île Biquette, pour éviter le clapot.

L’anse du Petit Mitis offre un mouillage très tranquille : mieux vaut viser le centre de la baie, puisqu’à gauche il y a un fond de sable et vers le phare, il y a un fond de roc. En juillet et août, vous y assisterez à un concert de loups-marins qui se font la cour. Près du port de Matane, pour un arrêt rapide, mouillez à l’est de la jetée.

Région de Gaspé et les Îles-de-la-Madeleine

Les courants présents seront ceux du Labrador, au nord, ou de Gaspé, au sud. Ce dernier variera en force et en direction selon les marées. Le courant est fort dans la région de Mont-Louis. La nuit, des vents catabatiques peuvent y souffler. En cas de mauvais temps, il est préférable de naviguer à cinq milles des côtes sur la rive sud, pour éviter des coups de vent. Au cap Gaspé, il y a du courant et les vents ont tendance à tourner. Pour mouiller, les Méchins offrent une bonne protection et une bonne tenue, sauf si les vents soufflent du secteur nord et nord-est.

Aux Îles-de-la-Madeleine, il faut changer l’heure et il n’y a presque pas de marées. Les vents dominants sont du sud-ouest ou de l’ouest près de la côte gaspésienne. Il est préférable de naviguer lorsque les vents ne dépassent pas les 20 nœuds. Pour les arrêts, chaque étape présente un attrait particulier, comme le festival Musique du Bout du Monde à Gaspé ou la colonie de fous de Bassan sur l’île Bonaventure.

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