Nantes, Carrefour des Océans et Berceau d'Innovations : Des Voiliers Légendaires à l'Héritage d'Alexis Biette

Nantes, ville d'histoire et de dynamisme, se distingue par son riche patrimoine maritime et son passé industriel florissant. Au confluent de la Loire et de la Sèvre, elle a vu naître des géants des mers et des entreprises pionnières, façonnant une identité unique où l'innovation et le savoir-faire se transmettent à travers les générations. Cette cité portuaire, régulièrement animée par le ballet majestueux de voiliers historiques et contemporains, est également le berceau d'une industrie de la savonnerie et de la parfumerie qui, à l'image des eaux de la Loire, a connu flux et reflux, marquant profondément son économie et sa culture. Parmi ces entrepreneurs visionnaires, Alexis Biette a laissé une empreinte durable, incarnant la capacité nantaise à transformer des activités traditionnelles en véritables fleurons du luxe et de l'innovation.

Le Belem : Icône Nautique Nantaise et Porteur de Flamme Olympique

Le Belem, véritable emblème de Nantes, se présente comme un témoignage vivant de l'ingénierie navale du XIXe siècle. Construit en 1896 dans les chantiers Dubigeon à Nantes, il est le dernier trois-mâts barque français à coque en acier, et l'un des plus anciens trois-mâts d’Europe encore en état de navigation. Il se positionne comme le second plus grand voilier de France, un statut qui souligne son importance patrimoniale et maritime. Classé Monument historique en 1984, le Belem continue de naviguer et de fasciner, sa présence régulière à Nantes lors de manifestations nautiques ou de simples escales, une à plusieurs fois par an, ravivant le lien indéfectible qu'il entretient avec sa ville d'attache.

Récemment, le Belem a connu un rôle d'une portée symbolique exceptionnelle, revenant à Débord de Loire auréolé de son statut de convoyeur de la flamme olympique. Cécil Keriel, responsable du pôle nautique à Débord de Loire, l'a même résumé comme l'« emblème de Nantes » qui devrait « enflammer la parade » le samedi 14 juin. Ce fut un jour historique, ce samedi 27 avril 2024, lorsque le Belem, construit à Nantes l'année même de la création des JO modernes, quitta Athènes, direction Marseille, avec à son bord, la flamme olympique et un équipage de jeunes méritants. Le trois-mâts barque de 50,96 mètres, dont la coque est en acier et le reste en bois, larguait alors les amarres au Pirée, le port d'Athènes en Grèce. Son arrivée triomphale était prévue le 8 mai à Marseille. À son bord, la flamme olympique était accompagnée d'un équipage de jeunes de toutes les régions de France, sélectionnés par les Caisses d'Epargne. Parmi ses seize ambassadrices et ambassadeurs figurait la Nantaise Elonor Budak, qui, près d'un an auparavant, en mai 2023, avait déjà eu l'opportunité de naviguer à bord du Belem au large de Saint-Nazaire et de Noirmoutier, au cours d'un week-end régional sélectif. Le commandant du Belem, Aymeric Gibet, partagera cette expérience unique lors d'une rencontre le dimanche 15 juin à 14h à la Cale 2 l’Île, un événement gratuit qui promet d'être riche en émotions et en récits. Le grand public aura l'occasion de visiter ce navire légendaire à Nantes, ponton Belem, du dimanche 15 au mercredi 18 juin.

La visite libre du Belem propose un voyage dans le temps guidé par vingt panneaux répartis sur les trois niveaux du navire et imprimés sur des voiles de bateaux. Ces panneaux décrivent l’usage des dix-sept espaces présentés, tout en rappelant leurs différents rôles et transformations successives. Des panneaux plus techniques expliquent les spécificités du gréement et caractéristiques du navire, offrant une plongée approfondie dans l'histoire et la technique maritime. Il est à noter que les poussettes ne sont pas autorisées à bord et que l’accès en fauteuil roulant n’est pas réalisable en raison de la configuration du trois-mâts, nécessitant une bonne mobilité pour descendre les escaliers.

Une Flottille de Voiliers Historiques et Contemporains à Nantes

Au-delà du Belem, Nantes est un point de convergence pour une diversité de voiliers, témoins d'époques et de fonctions variées, qui animent régulièrement la Loire et ses quais. Ces navires, qu'ils soient des répliques fidèles ou des unités historiques, offrent des perspectives uniques sur le patrimoine maritime et les évolutions de la navigation. La billetterie pour les visites de bateaux et les croisières au cœur de la parade nautique a ouvert ce vendredi 25 avril, témoignant de l'engouement constant pour ces événements maritimes.

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Parmi les prestigieux visiteurs, on retrouve l'Étoile du Roy, une réplique d’une frégate britannique de 1745. Construit en 1996, ce trois-mâts de 46 mètres de long est devenu une star des tournages de films et de séries. En 2024, on a pu l’apercevoir dans Le Comte de Monte-Cristo des réalisateurs Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte. Basé à Saint-Malo, il propose des visites et sorties en mer plongeant ses passagers dans l’ambiance du XVIIIe siècle. Il fonctionne comme un véritable bateau-musée, où les visiteurs peuvent trouver beaucoup d’informations sur le langage des marins, la vie à bord, la médecine de l’époque et les superstitions dont nous avons hérité. Ses visites sont prévues les 13 et 14 juin à Paimboeuf et les 15 et 16 juin à Nantes, ponton Belem.

Un autre navire remarquable est l'Hydrograaf. Construit en 1910 à Rotterdam pour la Marine royale néerlandaise, cet ancien navire à vapeur servait à l’hydrographie et à l'exploration des fonds marins. Durant la Seconde Guerre mondiale, il a été utilisé pour des opérations de déminage avant de retrouver sa fonction initiale jusqu’à sa mise à la retraite en 1965. Dans les années 1920-1930, il transportait les reines néerlandaises en visite dans les îles. Devenu navire d’exploration et musée, c’est un autre passager qui fait sa popularité aujourd’hui : Santa Claus monte à bord chaque mois de décembre. L’Hydrograaf sert également de décor pour le cinéma ; on pourra notamment le voir dans le prochain long-métrage de Cédric Klapisch, La Venue de l’avenir. Ce fut sa première navigation dans l’estuaire de la Loire. Des visites sont organisées les 15 et 16 juin à Nantes, ponton des Chantiers.

La Recouvrance, ambassadeur de Brest, porte le nom du plus célèbre quartier de la ville où les femmes de marins priaient Notre-Dame pour retrouver leur fils ou mari parti en mer. C’est la réplique d’une goélette du début du XIXe siècle. Cécil Keriel, déjà cité, indique que « ces bateaux militaires très rapides servaient à amener des informations dans les colonies, ils furent ensuite missionnés pour la surveillance et la répression du trafic marchand des esclaves sur les côtes d’Afrique et des Antilles ». La Recouvrance fut mise à l’eau en 1992 lors des Fêtes maritimes de Brest. Elle sera visible les 13 et 14 juin à Couëron, ponton de la Pimpante, et le 15 juin à Nantes, ponton Belem, en duo avec l’André-Yvette.

L'Étoile, doyenne des unités navigantes de la Marine nationale, célébrera l’année prochaine son centenaire. Construit aux Sables-d’Olonne sur le modèle des thoniers à voile, ce dundee, un bateau de travail destiné à la pêche, servira jusqu’en 1939 à la formation des marins avant d’être réquisitionné par les services secrets britanniques pour des missions d’infiltration et d’exfiltration des agents. Aujourd'hui, il demeure un outil de formation essentiel pour les élèves de la Marine nationale, avec Brest comme port d’attache. Sa visite est prévue le dimanche 15 juin à Nantes, ponton Belem.

L'André-Yvette, sortie en 1936 du chantier naval Kéraudren à Camaret, est la plus vieille gabarre bretonne encore navigante et l’un des derniers témoins des techniques de construction de l’époque. Elle a joué un rôle crucial dans la reconstruction de Brest après la Seconde Guerre mondiale, en acheminant des blocs de granit. Sa visite est également programmée le dimanche 15 juin à Nantes, ponton Belem, où elle sera en duo avec La Recouvrance.

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Enfin, Le Saint-Michel II, construit par l’association La Cale 2 l’Île et mis à l’eau en 2011, est la réplique d’un des bateaux ayant appartenu à Jules Verne, lancé en 1876 au Havre. L’écrivain en avait lui-même supervisé les plans. Cécil Keriel rappelle qu'« à son bord, il a sillonné la Manche et l’Atlantique pendant 18 mois avant d’acquérir son successeur, le Saint-Michel III en 1877. Jules Verne a écrit de nombreux récits à bord de ces bateaux ». L'original était bateau-pilote à Saint-Nazaire jusqu’en 1892, puis yacht de plaisance à Belle-Île, avant d'être acquis par l’administration pénitentiaire de l’île, puis détruit en 1913. Le Saint-Michel II sera aussi à Nantes pour des visites le dimanche 15 juin, ponton Belem.

Ces rassemblements de voiliers sont souvent l'occasion de grands événements nautiques, tels que la Solitaire du Figaro. Lundi 15 août, à 15 h, les 34 Figaro 3 sont partis du pont de Saint-Nazaire puis ont remonté la Loire pour s’amarrer dans le centre-ville de Nantes. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit des voiliers de course au large amarrés dans le centre d’une grande ville française. Les Figaristes ont effectué leur remontée de la Loire en passant par Paimboeuf, le Parc à Carbon ou encore Couëron. Certains concurrents, à l’instar de Basile Bourgnon, ont même tenté de hisser leur grand-voile. Les Figaristes étaient amarrés au ponton quai de la Fosse, en face du Village Départ situé au parc des chantiers sur l’île de Nantes. Le public nantais a pu observer les Figaro 3 et rencontrer les marins pendant cinq jours. Une grande nouveauté cette année-là était l'organisation de « Runs » sur la Loire à bord des Figaro 3. Le rendez-vous était donné le 21 août pour le départ de la première étape de cette 53e édition, longue de 644 milles à destination de Port-la-Forêt.

Nantes, un Carrefour Industriel et Olfactif : L'Essor de la Savonnerie et de la Parfumerie

Parallèlement à son identité maritime, Nantes s'est affirmée comme un pôle industriel majeur, notamment dans le secteur de la savonnerie et de la parfumerie. Cette industrie s'est fortement implantée dans les années 1830, le long des bords de Sèvre et de Loire, témoignant de l'ingéniosité nantaise à exploiter ses ressources et sa position géographique.

La Savonnerie de la Morinière : Pionnière de l'Innovation Nantaise

La Savonnerie de la Morinière fut l'une des premières en France à tenter une production industrielle de savon à grande échelle, avec l’ambition de concurrencer le célèbre savon de Marseille. Ses innovations résidaient notamment dans l’utilisation de l’huile de palme importée d’Afrique occidentale, une matière première nouvelle en Europe à cette époque. En 1839, la savonnerie reçut une médaille de bronze lors de l’Exposition des produits de l’industrie française, preuve de la qualité et de l’innovation de ses produits. L’usine, idéalement située sur les bords de la Sèvre, bénéficiait de l’accès à l’eau nécessaire au processus de fabrication. En 1842, la savonnerie de la Morinière produisait sa propre soude et en faisait commerce. Elle fut néanmoins vendue la même année, l’association avec la maison de commerce Thomas Dobrée l’ayant entraînée dans de mauvais investissements.

L'Influence de Serpette et Lourmand : La Méthode Marseillaise Réinventée

Dans le même temps, d'autres acteurs façonnaient le paysage industriel nantais. La savonnerie et parfumerie Bernard, spécialisée dans la fabrication et la distribution de savon pour l’hygiène du corps et l’entretien, fut créée en 1836 et basée à Rezé. En 1844, Henri Serpette, armateur et industriel visionnaire provenant de la Somme, s’associa au négociant nantais Henri Lourmand pour établir une savonnerie dans le quartier Lamoricière à Nantes. Afin d’assurer leur approvisionnement en graines oléagineuses, ils équipèrent leur premier navire en 1860, marquant ainsi le début d’une expansion rapide. En l’espace de vingt ans, leur entreprise diversifia ses activités en incluant non seulement le négoce, l’huilerie et la savonnerie, mais également une fabrique de soude artificielle, cruciale pour le processus de saponification. Henri Serpette introduisit la méthode marseillaise après un voyage à Marseille, faisant preuve de pionnier dans la région. Cette technique traditionnelle basée sur la cuisson en chaudron permit à leur entreprise de produire un savon de qualité supérieure. Contrairement aux savonneries marseillaises, où le commerce dictait la production, ici, c’est la fabrique qui structurait les circuits marchands. En 1878, leur compagnie prospéra, employant 250 salariés et produisant plus de 4 000 tonnes de savon.

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Expansion et Consolidation : Les Grands Noms de l'Industrie Savonnière

Entre les Années 1850 et 1870, Nantes connut une expansion de son industrie savonnière, avec la création de plusieurs huileries et savonneries, renforçant le rôle de la ville dans ce secteur. C’est durant cette période qu’Émile Leblanc installa une huilerie sur une parcelle située entre le canal de Chantenay et la Loire. On recensait alors à Nantes cinq autres grandes savonneries fabricant du savon à l’huile de palme et de coco. Parmi celles-ci, on trouvait l’huilerie Pelletreau, chemin de la Tannerie. Émile Leblanc, lui, installa une huilerie à la fin des années 1850 sur une parcelle située entre le canal de Chantenay et la Loire. En 1856, l’huilerie s’associa à Housset et devint une savonnerie. Par la suite, l’entreprise s’allia aux Bonet, qui possédaient leur propre savonnerie de l’autre côté du canal de Chantenay depuis 1875, puis aux Huteau.

La Savonnerie Magra, ancienne savonnerie de la Loire, dont les toitures du hall des chaudières, du bâtiment de trempage et de coulage, et du hall d’expédition furent photographiées par Nicolas Pinier en 1993, illustre l'intégration de l'industrie nantaise dans des groupes internationaux. En 1926, le groupe néerlandais Magra (Margarine Unie) racheta la savonnerie. En 1930, Magra fusionna avec la société anglaise Lever Brothers, spécialisée dans la fabrication de savon et de détergents, pour former la multinationale Unilever. Ajoutons à cela la savonnerie des frères Talvande et Doulaut, établie également sur les bords de la Loire à Chantenay en 1877. Elle sera rachetée par Unilever en 1932, entraînant la fermeture du site originel de la savonnerie Magra.

La Spécificité Nantaise : L'Alliance de la Savonnerie et de la Parfumerie

Outre l’utilisation d’huile exotique pour la création de ses produits, le modèle nantais connut une autre spécificité : celle des parfumeries-savonneries.

Alexis Biette : De la Bougie à la Parfumerie de Luxe

Un exemple emblématique de ces entreprises alliant savonnerie et parfumerie peut être observé chez la maison Biette. En 1882, Alexis Biette racheta une fabrique de bougies et de chandelles dotée d’une raffinerie de suif sur l’Île de Nantes. Un document comptable des Usines Alexis Biette datant de 1909 témoigne de l'activité de l'entreprise. L’association de ces activités, qui pourrait sembler contre-intuitive, reposait en réalité sur une logique industrielle cohérente. À cette époque, les bougies étaient obtenues par saponification du suif à la chaux, un procédé qui générait des acides oléiques comme sous-produit. Or, ces acides pouvaient être réutilisés dans la fabrication du savon, rendant ainsi les deux industries complémentaires. Des cartes postales des Établissements Alexis Biette du début et du milieu du XXe siècle illustrent l'évolution de cette entreprise.

Dès 1906, l’entreprise évolua en une parfumerie de luxe, rivalisant avec les grandes maisons parisiennes. Elle connut également un succès à l’export, notamment en Afrique du Nord et en Europe. Cependant, la Seconde Guerre mondiale marqua un tournant difficile. En 1948, l’entreprise fusionna avec Lever (futur Unilever) avant de cesser ses activités à Nantes en 1961.

Aujourd’hui, l’héritage de la savonnerie Biette est ravivé par des initiatives modernes qui s’inspirent des archives historiques pour proposer des parfums solides et des savons artisanaux. Dans les années 1990, Arnaud Biette, l’arrière-petit-fils du fondateur de la marque, retrouva des carnets de formulations familiales dans une malle remplie d’archives familiales. Grâce aux témoignages d’anciens employés et à l’aide de musées et d’industriels locaux, il parvint à reconstituer près de 80 ans d’histoire de l’entreprise familiale. La marque actuelle reprend les formules de fabrication de la première entreprise. Les savons sont toujours réalisés artisanalement, localement, sans huile de palme et parfumés naturellement. L'entreprise, désormais Société par actions simplifiée ALEXIS BIETTE 1882, au capital de 12 500 euros, a son siège social au 10, rue Voltaire 44000 NANTES, et est enregistrée sous le RCS NANTES 900 963 778. L'assemblée générale ordinaire de la Société en date du 25 mars 2024 a pris acte de la démission de Madame Marielle RAVILY, demeurant 40, Rue Adrien Langlois 44100 NANTES, de son mandat de Directrice Générale à compter de cette date.

Autres Maisons Illustres : Sarradin et Bernard

L'une des plus anciennes maisons alliant parfumerie et savonnerie est celle de Paul Sarradin, parfumeur originaire de Vendôme, formé chez Fargeon. En 1781, après une faillite à Paris, il s’installa à Nantes, probablement pour accéder plus facilement aux essences exotiques. Il établit son laboratoire dans une maison du centre-ville, mais les premières années furent difficiles. Contraint de fermer sa boutique, il vendit et formula ses produits directement à domicile tout en complétant ses revenus en commercialisant d’autres biens, notamment des sabots. En 1792, il fut mentionné dans les Étrennes du commerce, associé à Chaillou, également parfumeur. En 1797, leur boutique, devenue trop petite, fut transférée dans un local plus spacieux. Grâce à Chaillou, Sarradin parvint à impulser une dynamique positive à son entreprise. Il se diversifia en vendant des marchandises exotiques tout en produisant des eaux odorantes pour les médecins nantais, suivant un modèle proche de celui des apothicaires d’Ancien Régime.

À partir de 1820, Paul fut assisté par son fils Émile, formé à Paris auprès du parfumeur Badeuil et ayant acquis les compétences nécessaires à la fabrication de savons. Pressenti pour prendre la relève, Émile rénova le magasin familial afin d’agrandir le laboratoire et élargit la gamme de produits proposés. Il prit officiellement la direction de l’entreprise à la mort de son père en 1838. Suivant la tendance et fort de son expérience, il se lança dans la fabrication de savons parfumés à partir des années 1860. Pendant les Première et Seconde Guerres mondiales, l’entreprise dut faire face à une pénurie de main-d’œuvre et de matières premières. Au début du XXe siècle, Sarradin devint une véritable parapharmacie haut de gamme. L’enseigne proposait une large gamme de produits : lotions et teintures, eau de quinine, shampoing américain, extrait de henné, lait de toilette à l’iris, lait d’amandes, lait de lys, crème de glycérine, poudre de riz, ainsi que divers savons (à l’eau de Cologne, pour bébés, pour le bain, pour la barbe…). Des publicités pour le savon pour bébé Saradin témoignent de cette époque. Cependant, avec l’accélération des innovations industrielles au XXe siècle, il devint difficile pour la famille Sarradin de concurrencer les grandes entreprises internationales.

D'autres entrepreneurs jouèrent un rôle essentiel dans le développement de cette activité dans la région nantaise. Maurice Bertin créa en 1907 la savonnerie Bertin, racheta le producteur de suif Calmer en 1910, puis s’associa en 1914 avec Charles TUEL pour fonder la Société Anonyme Savonnerie et Parfumerie de la Sèvres. Plus de 100 000 pains de savon par jour étaient produits dans l’usine située à la confluence de la Loire et de la Sèvre.

En 1915, en pleine Première Guerre mondiale, la Savonnerie Nantaise fut fondée. Malgré le contexte difficile, elle se développa en répondant aux besoins en produits hygiéniques de la population. En 1941, Clair Bernard reprit la Savonnerie Nantaise et modernisa l’entreprise. Il lança la marque Persavon, qui deviendra l’une des marques de savon les plus emblématiques de France. Après les bombardements qui détruisirent l’usine, une nouvelle usine fut créée au sud de la Loire à Rezé, sous le nom de Savonnerie Clair Bernard. De 1950 à 1980, la savonnerie connut une période florissante, adaptant sa production aux avancées technologiques et aux nouvelles normes sanitaires. Elle diversifia ses produits, notamment en proposant des lessives et des détergents. Cependant, de 1990 à 2005, face à la concurrence internationale et aux mutations du marché, l’entreprise traversa des difficultés financières. Elle mit l’accent sur l’innovation et la qualité pour se démarquer. La savonnerie renaît, perpétuant le savoir-faire traditionnel tout en intégrant des technologies modernes. Des marques comme Persavon, créée par la Savonnerie Bernard, sont emblématiques du savoir-faire nantais, et les savons de la Savonnerie de l’Atlantique, en plus de produire pour d’autres marques, commercialisent leurs propres produits, valorisant le « made in Rezé ».

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