Les origines et les premières racines strasbourgeoises
Christian Fougeron, plus connu en tant que “Christian de RafT”, est une figure emblématique de la scène musicale française dont le parcours est intrinsèquement lié à sa terre natale. Originaire de Strasbourg, il y est né le 9 mars 1958, y a grandi, a effectué ses études et a même enseigné. Véritable Strasbourgeois, Christian Fougeron a suivi un cursus académique solide, obtenant une maîtrise en sciences économiques, avant de se consacrer à l'enseignement durant deux ans en tant qu'instituteur. Cependant, sa passion pour la musique a toujours été le moteur principal de son existence. Comme il le reconnaît lui-même, il a toujours tout fait pour pouvoir faire de la musique, en privilégiant des études et un boulot qui laissent du temps pour la création artistique.
Son apprentissage musical a débuté derrière une batterie, avant de le conduire naturellement vers le chant et la guitare. Il a écumé les scènes d’Alsace, mais a également porté son talent à Paris, Londres, Amsterdam ou Bruxelles, intégrant divers groupes avant de sceller une collaboration historique avec Pierre Schott. Leur complicité musicale prend racine au sein du groupe High & Dry, où Pierre Schott était guitariste et Christian Fougeron batteur. Cette dynamique de duo, qui allait devenir le socle de leur succès, se formalise en 1983 à Strasbourg sous le nom The Drinks, managé par Yvon d’Alberto.
La naissance et l’ascension fulgurante de RafT
Après une première expérience sous le nom The Drinks, qui accouche d'un single autoproduit intitulé « Confession / Right Or Wrong », puis la sortie d'un maxi 3 titres en 1984 chez Ariola/BMG comprenant « Dancing Tango », « Sun’s Too Hot » et « Gone To Africa », le duo prend un tournant décisif. En 1985, le groupe RafT est officiellement lancé. Le duo est alors composé de Christian Fougeron (né le 9 mars 1958) au chant et à la guitare, et de Pierre Schott (né le 24 avril 1958) à la guitare, basse, programmations et voix.
Leurs débuts sous le nom RafT, avec l'album en anglais « It’s Growing Light », passent inaperçus. Toutefois, le duo change radicalement de fusil d’épaule en se lançant dans une pop française aux influences new wave et reggae, teintée d'une dimension burlesque. Cette mutation artistique porte ses fruits en 1987. Christian Fougeron devient l’auteur-compositeur-interprète du titre « Yaka dansé (l’aborigène) », qui propulse le groupe au sommet. Ce morceau se classe numéro 2 du Top 50, y reste six mois, et est certifié disque d’or avec 600 000 exemplaires vendus à l’époque, atteignant plus d'un million d'unités vendues depuis. Ce hit lance une carrière internationale pour le duo strasbourgeois.
L'année suivante, en 1988, RafT confirme son talent avec « Femmes du Congo », écrit et composé par Pierre Schott, qui se hisse à la 20ème place du Top 50 avec 150 000 exemplaires vendus. Durant cette période d'intense gloire, le groupe s'implique dans des causes humanitaires, participant notamment en 1988 à la chanson collective « Dernier Matin d’Asie » sous le nom « Sampan », aux côtés d'artistes tels que Jean-Jacques Goldman, Jane Birkin et l'Affaire Louis Trio, pour venir en aide aux boat people.
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Engagement social et tournées mémorables
Le succès de RafT n'était pas seulement commercial ; leurs chansons, bien qu'offrant un moment de musique joyeux et dansant, abordaient des thèmes de société graves tels que le racisme ou la nécessité de la tolérance. En 1989, le groupe publie son deuxième album, « Madagascar ». Cette même année marque une étape importante dans leur engagement militant avec leur participation au concert « SOS Racisme / Touche Pas à Mon Pote » à Vincennes, devant une foule immense de 100 000 personnes. Ils enchaînent également avec la tournée « Rock En France » aux côtés du groupe Les Avions.
En février et mars 1987, RafT avait déjà prouvé son impact scénique en assurant la première partie de la tournée française de Niagara, notamment lors d'un passage remarqué à l'Olympia le 10 mars. Malgré cette réussite, l'album « Madagascar » ne rencontre pas le succès escompté, ce qui précipite la séparation du duo en 1990. Chacun des membres entame alors une carrière solo, Christian Fougeron enregistrant notamment à Londres son album « Christian Fougeron » sorti en 1994.
La reformation : un succès intergénérationnel
Si la séparation semblait définitive, l'attachement du public au duo ne s'est jamais démenti. En 2007, RafT se reforme pour participer à la tournée RFM Party 80. Ce plateau réunissant une vingtaine d’artistes emblématiques des années 80 permet au duo de retrouver ses fans sur de grandes scènes, avec pour apogée un concert mémorable au Stade de France, le 17 mai 2008, devant 50 000 spectateurs. Cette parenthèse prouve que, malgré une longue traversée du désert ponctuée de remises en question, la musique de RafT a su traverser les époques. Christian Fougeron a d'ailleurs continué à porter le nom « Christian de RafT » au fil des ans, sortant un album en 2012 et tournant régulièrement sur des scènes françaises et internationales, à l'exception des périodes de crise sanitaire.
Un retour aux sources avec « Mes Alsaces »
Aujourd’hui, Christian Fougeron signe son retour avec une démarche artistique ancrée dans son identité profonde. « Cette chanson, je l'écris depuis vingt, vingt-cinq ans » avoue Christian, en parlant de son titre « Mes Alsaces ». Ce morceau a évolué au fil du temps, Christian modifiant les accords, la mélodie et le texte au gré de ses inspirations. C'est durant le confinement qu'il décide de mener ce travail à son terme. « Mes Alsaces » est le fruit d'une réflexion née de ses innombrables voyages : « Quand on visite et découvre beaucoup de choses, on s'aperçoit que chez soi, ce n'est pas si mal ».
Le texte devient un véritable cri d'amour pour sa terre d'origine et une synthèse des dualités historiques de la région. Christian Fougeron, né en 1958, a grandi dans l'écho des récits sur la guerre, l'occupation et le drame des « Malgré-nous ». Il explique : « C'est une région qui a une histoire particulière, avec des choses douloureuses que ma famille a vécues. Donc c'était une façon de faire une synthèse de tout ça. » Refusant l'autodérision, souvent pratiquée par peur, il livre un texte grave, tissé de jeux de mots subtils, évoquant la frontière et le poids de l'histoire, tel que dans ces vers : « De lignes bleues en orées noires pour mieux cacher sa plaine / Le doux pays aux deux histoires conte sa double peine. »
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