L'Achat d'un Voilier en Ferrociment de 18m : Plongée au Cœur d'un Matériau Nautique Unique

L'univers de la plaisance est riche de matériaux et de techniques de construction variées. Parmi celles-ci, le ferrociment, ou ferro-ciment, occupe une place à part, suscitant souvent des débats passionnés. Acquérir un voilier en ferrociment, particulièrement un modèle de 18 mètres, c'est s'intéresser à une histoire, à une méthode de construction spécifique, et à des caractéristiques qui lui sont propres. Cet article vise à éclaircir les multiples facettes de ce matériau, de ses origines à ses implications pratiques pour la navigation, en s'appuyant sur des expériences concrètes et des analyses objectives.

I. Le Ferrociment : Un Matériau de Construction Navale Singulier

Le ferrociment, également appelé micro-béton ou voile de béton, est l’alliance de fers tors ou ronds torsadés, avec un treillis métallique, et du mortier ciment. Aujourd’hui, le ferrociment est plutôt appelé « voile de béton ». Cette technique permet de réaliser des ouvrages immenses ou avec des formes complexes sur une faible épaisseur de matériau. Il ne faut pas le confondre avec le béton armé, même si le premier ouvrage de tous les temps en béton armé est un bateau. En effet, dans le ferrociment, l'armature en acier est finement répartie dans toute la masse du mortier, conférant des caractéristiques de résistance aux charges et une souplesse différentes.

A. Des Racines Historiques Profondes : De Lambot à Nervi

L'histoire du ferrociment commence bien avant son adoption massive par les constructeurs amateurs. Le premier bateau en béton est né en 1848, dans la tête d’un pépiniériste français, Joseph-Louis Lambot (1814-1887), qui avait l’habitude de réaliser des caissons en ciment renforcé de fil de fer pour y mettre ses orangers. Ce jour-là, Lambot se lance dans la fabrication d’une barque pour naviguer sur l’étang de sa propriété de Besse-sur-Issole dans le Var. Le prototype original est d’ailleurs toujours conservé au musée de Brignoles. En 1855, Lambot dépose un brevet et des barges en béton armé commencent à être construites en Europe, surtout sur les canaux fluviaux. Ce que Joseph-Louis Lambot ne sait pas en 1848, c’est qu’avec sa barque, il devient l’inventeur du matériau roi des temps à venir : le béton armé ! C’est plus tard que vinrent les ponts, gratte-ciel, barrages, et nos gracieux HLM.

Au fil du temps, les idées de Joseph-Louis Lambot séduisent plusieurs ingénieurs maritimes qui se jettent sur le béton pour construire des navires de mer, grands ou petits, péniches, cargos, bateaux de pêche, de guerre. Ces différents bateaux connaissent des fortunes diverses, car la mise en œuvre du matériau exige un savoir-faire très différent de ce que maîtrisent à l’époque les chantiers navals. Reprenant les idées de Lambot, l’ingénieur italien Pier Luigi Nervi invente en 1948 « un composite à matrice cimentaire, économique et ductile », plus connu sous le nom de ferrociment. C’est un matériau différent, souple et homogène, cousin germain du béton. Nervi construit ainsi son propre voilier ketch de 12 m, Nennele, dont le bordé n’est pas plus épais que celui d’une coque en bois. Il devient alors le champion et le prosélyte du ferro. Finalement, force est de constater que le béton armé doit tout à la tentative nautique du pépiniériste de Miramas.

B. L'Apogée Post-68 et la Liberté de Naviguer

Mais le ferrociment connaîtra son apogée dans l’après 1968, où nombre de tour-du-mondistes utiliseront le ferro pour construire leur bateau dans leur jardin. L’après 68, c’est le désir de liberté, et à cette époque, le voilier est le symbole de l’évasion par excellence. Bernard Moitessier et son « Joshua » aidant (12m en acier), on construisait grand et lourd, pour partir plus nombreux. Les voiliers en ferrociment avaient le plus souvent des coques dites « en forme » aux lignes épurées, avec un pont et des aménagements intérieurs en bois. Cette période a vu la naissance de nombreuses constructions moins conventionnelles, souvent employant une main d'œuvre réduite et des matériaux parfois de qualité variable.

Lire aussi: Astuces pour l'acquisition d'une voile d'occasion

II. La Construction d'un Voilier en Ferrociment : Un Savoir-Faire Spécifique

La construction d'un voilier en ferrociment est une entreprise qui demande rigueur et précision. L'exemple de Walter, maçon de profession, illustre bien cette approche : rien ne le prédispose à naviguer, mais avec des idées soixante-huitardes, il se lance dans l'achat des plans et décide cette construction en ferrociment, car c'est un matériau qu'il maîtrise.

A. Le Processus de Fabrication : L'Exemple Concret de la Coque

La coque du voilier est construite à l'envers sur un mannequin en bois. Cette technique est souvent utilisée pour les formes complexes et permet une bonne accessibilité. La structure en grillage est faite avec soin, aucune « écharde » métallique ne devant dépasser afin d'éviter que la partie métallique ne soit en contact avec l'eau, au risque de rouiller. C'est une étape cruciale pour assurer l'intégrité à long terme du bateau. Le béton doit être coulé en une seule fois en partant du haut, ce qui représente une nuit de travail intense pour tous les amis réunis. C'est un béton spécifique livré depuis la France, attestant de l'exigence de qualité des matériaux. Ensuite, la coque recevra 6 couches de résine époxy pour l'étanchéité et la finition, garantissant une protection optimale et une surface lisse.

B. Les Caractéristiques Techniques Intrinsèques à la Coque en Ferrociment

L'intérêt de certains plans de voiliers en ferrociment tient dans leur relativement faible déplacement. Par exemple, le bateau de Walter, avec ses 8,5 tonnes, est moins lourd que les constructions amateurs en acier de l'époque. La partie béton est finalement très fine : 13 à 14 mm pour les œuvres mortes, 14 à 16 mm sous la flottaison et 11 mm pour le pont. Cette finesse contribue à la légèreté et à une meilleure utilisation de l'espace intérieur. Cette technique de construction est également souvent employée pour la construction de petits bateaux de pêche partout dans le monde, démontrant sa polyvalence et son accessibilité.

III. Avantages et Potentiels du Ferrociment en Navigation

Le ferrociment présente un ensemble d'avantages qui ont séduit de nombreux navigateurs et constructeurs amateurs ou semi-professionnels.

A. Solidité, Durabilité et Coût Maîtrisé

Le ferrociment est un très bon matériau, reconnu pour sa solidité et sa durabilité. Les bateaux en ferrociment sont souvent décrits comme étant très résistants et capables d'endurer des conditions marines difficiles. C'est un matériau durable, qui a prouvé sa longévité, comme ce voilier de 20,50 mètres en ferro qui fête ses 22 ans et est toujours étanche 30 ans après sans entretien visiblement. En termes de coût, les matériaux sont généralement de très bonne qualité et bon marché. La main d'œuvre peut être semi-qualifiée, ce qui réduit également les coûts de construction. L'investissement initial est souvent compétitif, offrant un bon rapport qualité/prix, surtout si l'on considère les coûts qui peuvent être amortis sur un grand nombre de bateaux.

Lire aussi: Comment choisir une planche à voile ?

B. Facilité de Réparation et Polyvalence

La facilité relative des réparations est un atout majeur du ferrociment. Contrairement à d'autres matériaux qui nécessitent des équipements et des compétences spécifiques pour la soudure ou des réparations complexes, une avarie sur un bateau en ferrociment peut souvent être traitée avec des moyens plus rudimentaires. On peut même envisager de réparer la coque et le pont à la main, n'importe quel coin pommé du globe. Le matériau est accepté partout pour ses qualités structurelles. Le ferrociment est également polyvalent, adapté à la construction de petits bateaux de pêche comme à celle de grands voiliers de voyage.

C. Légèreté Relative et Performances

Bien qu'il puisse être perçu comme lourd, l'intérêt de ce plan tient dans son relativement faible déplacement. Avec ses 8,5 tonnes, un voilier en ferrociment peut être moins lourd que les constructions amateurs en acier de l'époque. Comparé à certains matériaux, le ferrociment peut être plus résistant, ce qui permettrait un voilier bien plus léger et plus facile à manœuvrer, plus performant aussi. Cette légèreté relative peut influencer positivement le problème de régulateur d'allure ou de pilote électrique.

D. Potentiel de Conception et Architectures Spécifiques

Le ferrociment permet la réalisation de formes complexes et de coques « en forme » aux lignes épurées. On a vu des voiliers avec des ponts à vision panoramique, des cockpits centraux et des châteaux arrière, offrant des aménagements intérieurs optimisés pour le grand voyage. Des architectes navals comme Dominique Provin ont conçu des modèles emblématiques tels que la Goélette 15,50 Rose Noire en 1971 ou l'ALIBI 1100 « Galopin », intégrant des normes Norsk-Véritas. Des exemples comme l'ARVOR 12,40 Ketch, homologué 1ère catégorie pour Tour du Monde, avec sa solidité calculée aux normes du Norsk-Véritas en 1972, illustrent la capacité du ferrociment à répondre aux exigences des navigations hauturières.

IV. Considérations Pratiques et Défis Associés au Ferrociment

Malgré ses avantages, le ferrociment n'est pas exempt de défis et de considérations pratiques qui doivent être prises en compte par tout propriétaire ou constructeur potentiel.

A. La Question du Poids et du Fardage

Une critique récurrente concerne le poids et la faible résistance aux chocs du ferrociment. Bien que certains plans parviennent à une légèreté relative, il est vrai qu'il faut relativiser. Un déplacement léger n'est pas toujours acquis, et un voilier en ferrociment peut être très lourd comparé à sa longueur. Le fardage énorme peut devenir très lourd dans certaines situations, ce qui peut affecter la manœuvrabilité et le comportement du bateau par gros temps.

Lire aussi: Tout savoir sur le surf des neiges

B. L'Entretien et le Vieillissement

Si la durabilité est un atout, l'entretien à long terme et le vieillissement de certains éléments peuvent poser question. Les intérieurs peuvent vieillir mal, et la poussière peut être un problème, notamment en comparaison à la poussière de polyester. La corrosion de l'armature en acier est un risque si le grillage n'est pas parfaitement enrobé et si des « échardes » métalliques dépassent, permettant au métal d'être en contact avec l'eau. Une bonne qualité de construction est donc primordiale pour éviter ces problèmes, souvent mal faits, réduisant ainsi la durée de vie du bateau.

C. La Vente et la Commercialisation

La question de la revente est souvent soulevée. Est-ce que le ferrociment est un bon bateau pour prendre la mer ? Oui, des navigateurs ont effectué de magnifiques tours du monde avec. Mais la commercialisation et la vente d'un voilier en ferrociment peuvent être plus complexes que pour d'autres matériaux plus courants. La perception du public et des acheteurs potentiels n'est pas toujours favorable, et la valeur de revente peut en être affectée. Certains pensent que l'ignorance mieux vaut s'abstenir avant de juger, mais la réalité du marché existe. Il faut s'assurer que le bateau reste acceptable par les acheteurs éventuels.

D. Les Matériaux Incompatibles et les Problèmes de Qualité

La qualité de la construction est un facteur déterminant pour le succès d'un voilier en ferrociment. Les constructions avec des succès variés, parfois réalisées par des amateurs sans expérience, ont pu nuire à la réputation du matériau. L'utilisation de matériaux incompatibles, ou un travail mal fait, peut entraîner des problèmes de solidité et de durabilité. La technique de projection, bien que possible, peut aussi créer des problèmes si elle n'est pas maîtrisée. L'importance est de s'assurer que le ferrociment ne doit pas annuler ses potentialités.

V. Le Ferrociment Face aux Autres Matériaux de Construction Navale

Le choix du matériau pour un voilier est une décision cruciale, et le ferrociment se positionne différemment par rapport à l'acier, au polyester, à l'aluminium ou au contreplaqué.

A. Ferrociment vs Acier : Le Duel des Géants

La comparaison avec l'acier est inévitable. Un bateau en acier est généralement très lourd comparé à sa longueur. L'entretien d'un bateau en acier peut être complexe, nécessitant de souder, couper, gratter, peindre régulièrement pour éviter la corrosion. Un bateau en acier qui ne peut être caréné chaque année représente un défi. Le ferrociment, avec son déplacement potentiellement plus faible et sa résistance à la corrosion si bien construit, offre une alternative intéressante. Cependant, la robustesse de l'acier est souvent supérieure à celle d'un bateau de même taille en acier en termes de résistance aux impacts. Les navigateurs aciers qui ne peuvent rien voir d'autre ont une opinion bien arrêtée.

B. Alternatives Modernes : Contreplaqué, Aluminium, Polyester

Les matériaux modernes offrent différentes caractéristiques. Le contreplaqué (CP) peut se conjuguer avec voilier de voyage, offrant une solution potentiellement plus légère et plus performante. L'entretien du CP est aussi une question à considérer. L'aluminium est un autre matériau qui a ses adeptes, certains ayant eu des bateaux en alu en forme, mais se posent la question si c'est plus intelligent. Le polyester est souvent critiqué pour la poussière qu'il génère lors des travaux, et ses intérieurs peuvent vieillir. Le ferrociment propose une voie différente, avec une solidité et une capacité à être réparé qui le distinguent. On dit que le ferrociment est parfois une fois plus résistant, le voilier sera donc bien plus léger.

C. Le Choix du Matériau : Au-delà des Préjugés

En fin de compte, le choix du matériau est une question personnelle. L'important est de naviguer. Il est essentiel de ne pas s'enfermer dans des clichés ou des idées reçues. On est marin ou on ne l'est pas ! Il existe des défauts liés intimement à ce mode de construction, mais il faut savoir raison garder. Certains matériaux, comme le ferrociment, ont permis à beaucoup de vivre leur rêve. Il faut aussi exister ceux qui ont fait un choix différent. Il n'y a pas un matériau qui soit le mieux, mais des matériaux adaptés à des projets et des philosophies de navigation différentes.

VI. Réflexions pour l'Acheteur ou le Constructeur d'un Voilier en Ferrociment

Pour ceux qui envisagent la construction en ferrociment ou l'achat d'un bateau en ferro d'occasion, il est crucial de bien se renseigner et de peser les pour et les contre.

A. Évaluation des Critères Clés pour la Construction

Pour aider ceux qui envisagent la construction en ferrociment, il est utile de catégoriser les aspects importants :

  1. Matériaux : a) disponibilité, b) coût, c) solidité, d) équipement pour les essais.
  2. Main d'œuvre : a) disponibilité, b) qualité, c) coût.
  3. Site : a) convenance de sa situation, b) installations, c) équipement, d) transport.
  4. Travail : La qualité de l'exécution est primordiale pour la longévité et la sécurité.
  5. Coût : a) compétitif, b) bon rapport qualité/prix.

B. L'Importance du Savoir-Faire et de l'Expérience

Le ferrociment exige un savoir-faire. En connaître un rayon est essentiel, dans l'ignorance mieux vaut s'abstenir. Il ne s'agit pas d'être des professionnels de la construction navale, ni ceux du génie civil, mais d'avoir une compréhension approfondie des techniques. Des conseils, mais des vrais, sont nécessaires. Des bateaux ont été construits par hasard, ce qui a pu engendrer des problèmes. Il est vital d'être bien renseigné et, une fois le plan d'action établi, d'agir vite et bien.

C. Exemples Concrets de Voiliers en Ferrociment Réussis

Plusieurs voiliers en ferrociment ont prouvé leur fiabilité et leur capacité à réaliser de grands voyages :

  • ARMEN 1100 CC Cockpit Central FC : Un cotre avec une trinquette, un plan d'architecte naval D.
  • GOELETTE 15,50 Rose Noire : Plan Dominique PROVIN de 1971, avec un pont à vision panoramique et un cockpit central. Sa construction de coque en ferrociment date de 1972.
  • ARVOR 12,40 Ketch : Dessin de 1972, homologué 1ère catégorie pour Tour du Monde, avec une solidité calculée aux normes du Norsk-Véritas.
  • ALIBI 1100 « Galopin » : Plan architecte naval Dominique PROVIN, répondant aux normes Norsk-Véritas, avec une vision panoramique et un château arrière.

Ces exemples démontrent la robustesse et la capacité de ces bateaux à affronter les mers. Ils ont effectué de magnifiques tours du monde. Ceux qui ont fait des tours du monde en ferrociment sont un bon exemple.

#

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *