Sarah Hauser : De la Nouvelle-Calédonie aux Vagues Géantes d'Hawaï, le Parcours d'une Icône du Windsurf

La détermination incarne parfaitement l'esprit de Sarah Hauser, une athlète professionnelle et une jeune femme engagée. Originaire de Nouvelle-Calédonie, cette vice-championne du monde de Windsurf vagues 2023 est revenue sur son île natale après cinq ans passés loin du "Caillou", son pays d'adoption étant désormais Maui, à Hawaï. Son parcours est une odyssée de passion, de persévérance et de dépassement de soi, marqué par des exploits en mer et un engagement profond pour son sport.

Les Racines Calédoniennes et la Naissance d'une Passion

La passion du windsurf est, chez Sarah Hauser, une histoire de famille. Son père l’a initiée à la discipline très jeune, et naturellement, sa mère et ses frères ont également appris à « rider ». Pour Sarah, le windsurf n’était pas seulement un sport, mais « un mode de vie autour de la météo, du vent, des personnalités de ce monde-là ». Elle a grandi en Nouvelle-Calédonie, où elle a découvert la navigation dans les vagues à l'âge de 15 ans. Cette découverte fut une véritable révélation. Elle aimait déjà la planche à voile, qu'elle avait commencée quelques années plus tôt, mais c'est à ce moment-là qu'elle est devenue "complètement accro", ne pensant plus qu'à cela.

Son enfance était imprégnée d’une « vie de rêve » sur une île tropicale, avec un père passionné de plongée sous-marine, d'apnée et de planche à voile. Les week-ends et les vacances scolaires étaient consacrés aux îlots, à la pêche et aux jeux dans l'océan. Son père pratiquait déjà le funboard et participait aux PWA de slalom en Calédonie. Cette immersion précoce dans l'environnement marin lui a permis de développer une relation intime avec la nature et, surtout, un « confort lorsque je suis dans l’eau ». En pratiquant la chasse sous-marine et l'apnée, en s’aventurant dans l'océan quelles que soient les conditions, elle a appris à être à l'aise avec tout ce qu'elle y voyait et ressentait. Elle estime que c'est en grande partie grâce à cette éducation qu'elle parvient à s'adapter à des conditions parfois extrêmes en planche à voile.

Dès l'âge de douze ans, elle prenait des cours de windsurf à l'ACPV, une institution classique pour les débutants. Ce n'est qu'à 15-16 ans, lorsqu'elle a commencé à s'attaquer aux vagues, qu'elle a eu un véritable déclic. Elle a alors réalisé que c'était « ce qui compte le plus pour moi, c'est ça que je veux faire ». Malgré une envie très jeune de se lancer dans la compétition, ses parents n'étaient pas forcément d'accord pour soutenir cette voie et l'ont encouragée à poursuivre ses études, lui disant : « deviens indépendante financièrement et tu feras ce que tu veux après ».

Le Virage Inattendu : Des Maths Sup aux Vagues d'Hawaï

Comme beaucoup d'adolescentes, Sarah avait un rêve secret : devenir windsurfeuse professionnelle. Cependant, elle l'a mis en sommeil pour se concentrer sur ses études. Brillante élève, elle a suivi des études de Math Sup et Math Spé en Nouvelle-Calédonie, une période qu'elle décrit comme « un peu la torture », car elle était dans « le plus bel endroit du monde et tu ne fais que bosser ! ». Elle a ensuite poursuivi son cursus en école d'ingénieur en France, à Grenoble, où elle est devenue ingénieur en informatique et mathématiques appliquées. Durant ces cinq années de prépa et d'école d'ingénieur, le sport n'occupait pas une place centrale dans sa vie quotidienne.

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Cependant, l'envie de l'océan et de la planche était trop forte. Une fois ses études terminées et ses premiers stages commencés, elle a rapidement compris que la vie de bureau « n'était pas ce que je voulais faire ». Elle a alors tenté un « coup de poker », un choix qui semblait « complètement destructeur » à son entourage, qui la jugeait « improbable » de vouloir devenir windsurfeuse professionnelle après un tel parcours académique, d'autant plus que la navigation dans les vagues était une discipline confidentielle.

À 23 ans, avec quelques économies, elle a décidé de changer de direction et de mettre le cap sur Hawaï. Elle y est allée non seulement pour le plaisir, mais aussi pour prendre part à des compétitions. Son premier voyage à Maui en 2012, pour un mois de vacances, a été transformateur. Il se trouvait qu'il y avait l'Aloha Classic, une compétition à laquelle elle a participé sans jamais avoir navigué sur une droite et en découvrant le spot d'Hookipa. Elle a terminé cinquième, un résultat surprenant qui a renforcé sa motivation à poursuivre son rêve. Kai Katchadourian de Simmer l'a rapidement repérée et lui a proposé son aide avec des voiles, car elle n'avait « pas du tout de sponsors à l'époque ». Une session mémorable à Hookipa, avec des vagues très grosses et seulement huit navigateurs, dont des légendes comme Kevin Pritchard et Polakow, a scellé son destin avec Simmer. Elle a été frappée par la facilité à naviguer et enchaîner les sessions à Maui, contrastant avec les longs trajets nécessaires en Calédonie pour trouver une vague.

Les Défis de l'Installation à Hawaï et la Construction d'une Carrière

Le « cheminement a été d'autant plus facile que la vie m'a fait un beau cadeau », comme elle le dit. Alors qu'elle était à Maui, un entretien pour un « job de rêve » en Calédonie s'est présenté, mais elle a immédiatement informé les recruteurs qu'elle ne chercherait pas un CDI. C'est également là qu'elle a rencontré son mari, Casey Hauser, lui aussi compétiteur de l'AWT. Leur passion commune et leur désir d'être constamment à l'eau ont facilité son installation à Maui, un lieu qui lui rappelait un peu la Nouvelle-Calédonie.

Les premières années de sa carrière d'athlète n'ont pas été simples. Il était difficile de trouver des sponsors et d'en vivre pleinement. Elle a dû ranger sa planche quelques temps pour retourner derrière les ordinateurs et faire de la « programmation », une étape qu'elle qualifie de « moins rêvante ». En parallèle, elle a dû « choper des jobs » pour subvenir à ses besoins. Au début, elle travaillait à mi-temps comme programmeuse. En 2015, elle a commencé à donner des cours de fitness et de yoga dans les grands hôtels du sud de Maui, à Wailea, tout en suivant des cours à Haiku. Elle s'est formée et a obtenu une certification en 2019, devenant personal trainer, y compris pour plusieurs riders du Tour comme Marcilio Browne, Ricardo Campello, Robby Swift et Morgan Noireaux, des hommes qu'elle idolâtrait quelques années auparavant. Elle a également créé nc6training.com, proposant des programmes en ligne, dont un programme de préparation physique générale nommé « Ocean Monkey Jedi ». Elle met en avant l'importance d'utiliser tous les talents que l'on a et de ne pas s'obstiner à ce que seules les marques de windsurf financent son rêve. Elle a découvert une passion pour le fitness, qui lui permettrait de continuer si elle perdait ses sponsors.

L'Éclosion et la Reconnaissance Internationale

Un tournant majeur dans sa carrière fut le tournage du documentaire « Girl on Wave » (2017) avec Steven Esparza. Cette rencontre est décrite comme « très importante dans ma vie », un « gros coup de chance » et une « superbe collaboration avec quelqu'un qui ne venait pas du milieu de la glisse ». Le PDG d'une grande entreprise technologique a vu le film et a décidé de la sponsoriser, ce qui a permis à sa situation de s'améliorer considérablement.

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En tant qu'athlète, le sport fait partie de son quotidien, la préparation physique étant essentielle pour prévenir les blessures et se muscler, surtout pour une « petite femme, d'1m60 pour 52 kg ! », comme elle le dit avec humour. En 2015, elle s'impose sur le tour américain IWT. Trois ans seulement après son changement de vie, la Française devient championne du monde de Windsurf vagues. Elle a remporté le circuit IWT à trois reprises et a obtenu une deuxième place à l'Aloha Classic 2022. Ce qui lui plaît le plus dans ce circuit, ce sont « les destinations où l'on va, les vagues ! ». Le fait de s'être rendue à l'Aloha Classic en 2012, un événement alors AWT, lui avait donné l'impression que le saut entre la Calédonie, Hawaï et la Californie était géographiquement réalisable, contrairement aux Canaries ou à l'Europe qui lui semblaient être « un autre monde ». Maui lui rappelait fortement Ténia et la Calédonie, la ramenant dans une zone de confort.

Elle est désormais sponsorisée par Quatro pour les planches et Goya Windsurfing pour les voiles. Elle apprécie d'avoir été « accueillie à bras ouverts » par ces équipes, se sentant respectée non pas seulement comme une femme, mais comme une « bonne windsurfeuse qui représente le ride que ces marques veulent mettre en avant ». Après la période de Covid, elle a ressenti le besoin de travailler avec des personnes sur place, avec qui elle pouvait échanger quotidiennement, comme Keith Teboul, pour discuter du shape et faire construire des planches sur mesure à Maui.

Dompteuse des Vagues Géantes et les Records du Monde

L'un des moments les plus marquants de la carrière de Sarah est sans doute le jour où elle s'est mesurée à Jaws, une vague de plus de 10 mètres de haut, l'une des plus redoutables au monde. En relevant ce pari fou, elle est entrée dans l'histoire pour avoir surfé l'une des plus grosses vagues par une femme, et par la même occasion, dans le Guinness Book des records. Les vagues dans lesquelles elle a appris le windsurf étaient déjà grandes, de la « taille de mât » lors de sa toute première session à Ténia en Nouvelle-Calédonie. Elle n'allait pas au récif pour des petites conditions, naviguant toujours dans le « solide, grosse taille de mât voire plus ! ». Dès le début, le waveriding a été associé à la notion « d'interdiction du droit à l'erreur », où une chute signifie être « bien washer » et le matériel « bien détruit ». Elle aimait cet aspect « un peu extrême », l'adrénaline et l'aventure.

Lors de son deuxième voyage à Maui, elle a vécu sa première session à Jaws, qu'elle considère comme « un miracle de la nature ». Elle décrit la sensation d'affronter une vague de cette taille comme un « mélange de peur, de chaos mais aussi de beauté et de calme au moment où tu descends la vague ». En regardant vers l'horizon, elle ne voit « juste de l'eau qui s'étend au-dessus de toi », et sent « sous mes pieds, la puissance de cette vague qui déferle, qui se raidit ». C'est sa curiosité pour ces sensations qui la pousse à continuer.

Vice-championne du monde de windsurf vagues 2023, la windsurfeuse Sarah Hauser, âgée de 34 ans, n'a pas froid aux yeux. Du haut de son mètre soixante, elle s'est spécialisée dans le surf de "monstres". Pour la deuxième fois consécutive, après un an de validation pointilleuse par le Guinness Book des Records, elle a succédé à son propre titre de dompteuse de la plus haute vague surfée par une femme. En 2020, elle avait officialisé un premier record avec une vague de 36 pieds, soit 10,97 mètres. Quatre ans plus tard, le 22 janvier 2023, elle a repoussé les limites sur Jaws, en surfant un monstre de 40 pieds, soit 12,19 mètres. Cet exploit vient d'être homologué par le Guinness des Records, marquant une nouvelle étape dans sa maîtrise du surf de grosses vagues, en se rapprochant « du cœur de la bête ».

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