L’Épopée des Caravelles : Navires de Découverte et Vecteurs des Conquêtes

Les fondements historiques et la définition technique

Une caravelle est un navire à voiles inventé par les Portugais au début du XVe siècle. La date de création est généralement fixée vers 1435, période durant laquelle on organisait des voyages au long cours servant à l'exploration des « Nouveaux Mondes ». Dans les dictionnaires, le terme est défini comme un navire rapide utilisé surtout aux XVe et XVIe siècles pour des voyages de découvertes. Étymologiquement, le mot apparaît sous les formes « caruelle » dès 1438, « carvelle » en 1462, puis « caravelle » à la fin du XVe siècle. Le terme portugais caravela est dérivé de cáravo, lui-même emprunté au latin tardif carabus, désignant une barque recouverte de peaux, une transposition du mot signifiant « crabe ».

La caravelle est un navire à voiles inventé par les Portugais en 1430 et adapté aux longs voyages. Elle résulte du croisement entre les carabos arabes, des navires de pêche dotés de voiles latines (triangulaires), et les bateaux nordiques, équipés de voiles carrées. Si les premières caravelles étaient d'une taille relativement modeste, environ 25 tonneaux, les plus grandes ont pu atteindre les 150 tonneaux. Elles mesurent généralement entre 20 et 30 mètres, peuvent emporter environ 200 tonnes et filer à 10 kilomètres/heure.

Innovation et architecture navale

La caravelle portugaise est née de la confrontation des marines méditerranéenne et nordique. La voile dite latine, triangulaire, avait été introduite en Méditerranée plusieurs siècles auparavant par les Arabes, après une origine indienne dans la mer d’Oman. Elle avait alors remplacé la voile carrée utilisée depuis l’Antiquité par les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois et les Romains. Toutefois, la voile carrée resta seule en usage dans l’Europe du Nord. Les marines nordiques disposaient de deux éléments techniques d’importance : les bordages à clin, qui renforçaient la solidité des coques en faisant se recouvrir les planches comme les ardoises d’un toit, et le gouvernail d’étambot, gouvernail axial manié depuis l’intérieur du navire.

Ce gouvernail permet de tenir plus aisément la route, à condition que le navire ait une voilure équilibrée. Les navires hauturiers du XVe siècle avaient déjà atteint des proportions importantes, avec des équipages nombreux allant de trente à cent hommes, accomplissant de longs voyages. Cependant, ils ne naviguaient qu’à la belle saison. Avec les découvertes lointaines, il fallut adapter ces navires, augmenter leur rapidité et leur autonomie sans rien perdre de leur robustesse. Les premiers navires à descendre le long de la côte d’Afrique étaient de simples barques de pêche de l’Algarve, d’une trentaine de tonneaux, puis des « barinels », pouvant atteindre cinquante tonneaux.

Avantages stratégiques et limites opérationnelles

Les avantages des caravelles résident dans leurs hauts bords, permettant d'affronter les lames de haute mer, et leur fond plat, permettant de s'approcher des côtes sans trop de risque. Leur maniabilité est supérieure à celle des caraques, grâce à leur double voilure (latine et carrée), qui s'adapte à tous les types de vent. Les voiles triangulaires permettent de remonter contre le vent en tirant des bords, tandis que les voiles carrées font gagner de la vitesse lorsque le vent est en arrière. La bonne utilisation des alizés de l'océan Atlantique a ainsi permis aux explorateurs de contourner l'Afrique ou de rejoindre l'Amérique.

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Néanmoins, les caravelles souffraient de handicaps, comme le risque de chavirage à grande vitesse lié au déséquilibre provoqué par les voiles latines. En raison de leur capacité limitée, elles devaient être accompagnées de navires de charge pour les très longs voyages nécessitant plusieurs mois de vivres. Selon le commandant Denoix, ce fut avant tout le double impératif de l’équipage et de l’approvisionnement qui commanda le développement des navires de découvertes. Pour les voyages de découvertes, les quantités de vivres étaient bien supérieures à la navigation européenne. Colomb avait emporté pour quinze mois de vivres et six mois d’eau, soit un poids par homme de 1 300 kilogrammes. Vasco de Gama était parti avec trois ans de vivres et six mois d’eau. Il fallait donc, pour la découverte, soit prendre des navires d’au moins cent tonneaux, soit accompagner les caravelles de navires de charge.

La navigation et les techniques de « volta »

Il était possible, grâce aux voiles triangulaires, de remonter contre le vent, de naviguer « à la bouline », c’est-à-dire en tirant des bords. Ces manœuvres, qui demandaient de grands efforts physiques de la part de l’équipage, restaient cependant exceptionnelles. Les pilotes des découvertes préféraient rechercher des vents arrières. La recherche de ces vents portants constitua, bien plus que la construction des caravelles, l’innovation majeure des navigateurs de la Renaissance. Les Portugais inventèrent la technique de la « volta », ou volte, ce détour par la haute mer permettant de contourner les vents contraires.

Après bien des tâtonnements, les pilotes, sur le chemin du retour, prirent l’habitude de décrire un arc de cercle vers le nord-ouest, jusqu’à la hauteur des Açores, où se trouvaient les vents variables de l’ouest qui les ramenaient au Portugal en une seule bordée. Cette manœuvre fut bientôt adoptée aussi pour les voyages aller. On l’appelait la « bordée de haute mer », « Volta da Mina » ou encore la « Volta da Guiné ». La pénétration dans l’Atlantique sud se heurta à un problème similaire : il fallait contourner par l’ouest la zone de calmes entrecoupés d’orages qui rendait les navires prisonniers du golfe de Guinée.

Explorateurs et navires emblématiques

Des grands navigateurs comme Dias et Vasco de Gama ont utilisé la caravelle. Magellan est parti faire son tour du monde avec cinq caravelles : La Trinidad, La San Antonio, La Victoria, La Concepcion et La Santiago. La caravelle sous sa forme définitive est mise au point par l’infant Henri le Navigateur, qui fait orner les voiles de la célèbre croix rouge de l’Ordre du Christ. Après le contournement du cap de Bonne-Espérance par Bartolomeu Dias en 1488, les caravelles cessent de tenir un rôle important dans les explorations, remplacées par des nefs ou naos de plus gros tonnage.

L’exemple le plus célèbre reste le voyage de Christophe Colomb en 1492, effectué avec les caravelles La Pinta, La Niña et la caraque Santa Maria. Sur ces trois navires, la Santa Maria s’échoua dramatiquement sur des hauts-fonds. L'histoire officielle a retenu la version du fils de Christophe Colomb, Fernando, mais le Journal de bord de Colomb ne cite jamais le nom de son bâtiment amiral. La conversion de la « Gallega » en « Santa Maria » est jugée improbable par certains historiens. Quant à la « Niña », c'était une caravelle redonda construite à Moguer, appelée ainsi car elle appartenait à Juan Niño, armateur de Moguer.

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