Le Voilier Russe Shtandart à Brest : Une Saga Maritime entre Sanctions et Défiance

Le navire russe Shtandart, un imposant voilier, se trouve au cœur d'une controverse majeure et d'un débat intense alors qu'il visait à participer aux très attendues Fêtes maritimes de Brest. Cet événement, un large rassemblement maritime qui devait se dérouler du 12 au 17 juillet, est un moment très attendu des amateurs des bateaux anciens, accueillant chaque année des milliers de spectateurs au bord de l'océan Atlantique. Cependant, la participation de cette réplique d'une frégate du XVIIIe siècle, réplique exacte d'une frégate du tsar Pierre Le Grand, a été initialement confirmée puis explicitement interdite par les autorités françaises. Le problème central réside dans l'application des sanctions européennes contre la Russie, désormais étendues aux "navires répliques historiques", ce qui a conduit à une interdiction d'accès à l'ensemble des bateaux russes dans le port breton. Malgré cette décision ferme, le capitaine du voilier, Vladimir Martus, a exprimé sa ferme intention de tenter d'accoster dans la ville, posant un défi direct aux autorités et soulevant des questions complexes sur les implications juridiques et politiques de cette situation. L'embarcation, dont le pavillon russe a fait polémique pendant des mois, avait déjà dû en changer au printemps pour celui des Îles Cook, à la demande expresse des autorités françaises, et est immatriculé aux Îles Cook depuis juin 2024.

Les Fêtes Maritimes de Brest et l'Anticipation d'une Présence Annulée

Les Fêtes maritimes de Brest sont reconnues comme l'un des plus grands rassemblements maritimes au monde, attirant une foule considérable et une flotte diversifiée de bateaux historiques et modernes. La présence du Shtandart, un trois-mâts de 34 mètres de long, réplique fidèle d'une frégate du tsar Pierre Le Grand, aurait sans doute constitué une attraction majeure pour les milliers de spectateurs attendus sur les quais de Brest. Il y a tout juste deux semaines, avant l'escalade de la situation, les organisateurs des Fêtes maritimes confirmaient encore la venue du voilier. Régis Lerat, en charge de la communication des Fêtes maritimes de Brest, expliquait alors : « Les services de l’État savent sans doute ce que fait ce bateau et ils ont donné le feu vert. » Cette confirmation témoignait d'une certaine complaisance ou d'une interprétation différente des règles en vigueur à l'époque.

Cependant, le scénario a basculé. Dimanche 7 juillet, en pleine soirée électorale, la préfecture du Finistère a indiqué avoir pris, « en lien avec les autorités gouvernementales », un arrêté d’interdiction d’accès au port de Brest à l’encontre du Shtandart. Un nouveau revirement de situation dans ce dossier pour le moins épineux. Le navire russe Shtandart, interdit d'accès dans les ports du Finistère, voulait quand même tenter d'entrer dans le port de Brest où il devait participer aux Fêtes maritimes qui devaient débuter ce vendredi 12 juillet, avait déclaré son capitaine Vladimir Martus à l'AFP. Ce communiqué a surpris tout le monde, y compris les opposants à ce navire russe qui ne s’attendaient plus à une telle décision. Les Fêtes maritimes de Brest approchaient, et pourtant, aucune mesure n’avait été prise pour l’application de cette interdiction contre le navire russe, dont la venue semblait se confirmer jusqu’à cet arrêté de la préfecture du Finistère notifié à Vladimir Martus, le capitaine du Shtandart.

L'Extension des Sanctions Européennes : Un Cadre Juridique Durci

La raison principale de cette interdiction réside dans le renforcement des sanctions européennes contre la Russie. Depuis le 24 juin, les sanctions ont été étendues aux "navires répliques historiques", comme le Shtandart. Le même jour, paraissait au journal officiel de l’Union Européenne le quatorzième paquet de sanctions adoptées contre la Russie. Et cette modification de l’article 3 sexies bis du texte 833/2014 précisait que « les répliques de navires historiques » devaient bien être concernées par l’application de ces sanctions. Sollicité, un porte-parole de la Commission européenne a officiellement confirmé que « le champ d’application de l’interdiction d’accès aux ports a été clarifié pour couvrir explicitement les répliques de navires historiques. Toute réplique de navire historique battant pavillon russe ou battant pavillon russe avant le 24 février 2022 ne devrait plus faire escale dans les ports de l’UE. » Cette clarification a scellé le sort du Shtandart et de sa venue à Brest.

La décision d'interdiction n'a pas été prise uniquement au niveau départemental. Un texte exceptionnel a été signé par les trois préfets maritimes français, basés à Brest, Cherbourg et Toulon. Ils interdisent tout arrêt, toute escale au trois-mâts russe "Shtandart". Le 5 mars dernier, cette sanction est tombée, bannissant le "Shtandart", navire d'origine russe, immatriculé aux Îles Cook depuis juin 2024, des eaux intérieures françaises. Bernard Grua, président du collectif "No Shtandart in Europe" (Pas de Shtandart en Europe), proche du collectif des associations de défense des Ukrainiens en France, a qualifié cet arrêté d'"arrêté 12 étoiles" car ce sont trois préfets maritimes, chacun trois étoiles, qui ont pris cette décision, affirmant que ses collectifs en étaient fiers.

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Il est important de noter que selon les textes européens, seuls les préfets de département, les directeurs de grands ports maritimes et la Direction générale des Affaires maritimes, de la pêche et de l’aquaculture (DGAMPA) font partie des autorités nationales compétentes pour la mise en œuvre des sanctions de l’Union Européenne envers la Russie. Le SGMer, qui avait initialement pu donner le "feu vert" aux organisateurs des Fêtes maritimes, ne figure pas parmi ces autorités compétentes, ce qui explique en partie la confusion initiale et le revirement de situation.

La Volonté de Défiance du Capitaine Vladimir Martus

Face à cette interdiction formelle, le capitaine du Shtandart, Vladimir Martus, n'a pas l'intention de baisser les bras. Il a déclaré vouloir malgré tout tenter d'accoster dans la ville. L'équipage de ce trois-mâts de 34 mètres de long, parti de La Rochelle (Charente-Maritime) jeudi dernier, comptait bien tenter d'accoster à Brest malgré un arrêté de la préfecture pour l'en empêcher. « Nous allons entrer à Brest avec le (voilier français) Belem et d'autres bateaux (…) Je ne sais pas si la police va m'arrêter ou pas, mais je vais essayer », a assuré M. Martus, interrogé par l'AFP. Le capitaine du Shtandart a affirmé considérer que l'arrêté du préfet n'était « pas fait de manière légale », et qu'il avait demandé à son avocat de contester cet arrêté en justice. « Je ne sais pas combien de temps il va falloir pour que la justice annonce son jugement, mais je suis sûr que j'ai le droit de naviguer en France », a-t-il ajouté, sans vouloir donner plus de précision sur les détails de l'action en justice.

Se présentant comme un dissident au pouvoir russe, le capitaine Vladimir Martus dit œuvrer pour « l'amitié entre les peuples de toutes les nations ». Dans un communiqué diffusé lundi, il a loué la « lutte héroïque » des Ukrainiens « contre l'agresseur ». Il qualifie par ailleurs Vladimir Poutine de « dictateur ». Lors d'un rassemblement de ses soutiens à Brest le mardi 16 juillet 2024, dans un bar de la capitale du Finistère, le propriétaire et capitaine du Shtandart, Vladimir Martus, s'est exprimé au micro. Son but était clairement d’obtenir l’accès aux Fêtes Maritimes. Face à l'assemblée, le capitaine refoulé a assuré : « Pour nous la commission européenne n’a pas pris une décision juste. Le seul à bénéficier de cette décision : le Kremlin et Monsieur Poutine. Aujourd’hui, on ne sait pas où on va ni ce qu’on fait. C’est la grande question ! Je peux parfaitement comprendre le ressentiment des Ukrainiens. J’ai honte de ce que fait mon pays (la Russie) », et de démentir tout lien entre le Shtandart et le régime russe.

Dimanche soir, la préfecture du Finistère avait annoncé que le navire était interdit d'accès au port de Brest, en application des sanctions européennes contre la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine, étendues depuis le 24 juin aux "navires répliques historiques". Néanmoins, selon le capitaine Martus, le Shtandart naviguait mardi matin non loin du goulet de Brest. Son capitaine prévoyait de rejoindre le port breton dans la journée de mercredi, insistant : « On ne va pas gâcher le festival si un autre bateau historique arrive. » Comme le signalait France Bleu, le navire, parti des Sables-d'olonne en Vendée, a reçu la visite de la gendarmerie maritime au large de Penmarch. Dans l'attente d'une décision, il a été contraint de mouiller à 500 mètres environ au large de la pointe Sainte-Marine.

Une Opposition Ferme et Organisée

La position du capitaine Martus est loin de faire l'unanimité. Certains opposants à la venue du bateau contestent toutefois le discours du capitaine russe. Bernard Grua, animateur du collectif "No Shtandart In Europe", a balayé ses arguments en affirmant que « C'est le langage du FSB (ex-KGB) ». Ce militant souligne que Vladimir Martus ne se prononçait « jamais contre la Russie sur les réseaux sociaux ». Une trentaine de détracteurs de l'équipage du voilier, drapeaux ukrainiens à la main, s'étaient rassemblés mardi après-midi devant la mairie de Brest. Ils portaient des pancartes telles que « Russia go home », « Shtandart: espion russe » ou « Merci M. le Préfet ». Pour Bernard Grua, ce bateau était une sorte de "soft power russe" puis il est « passé en mode plus agressif en s'imposant dans les ports pour tester la résilience des sanctions européennes ».

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Le collectif lanceur d’alerte No Sthandart in Europe, représenté par Bernard Grua, était également présent à la conférence de presse de Vladimir Martus, ainsi que Jestin Svitlana, de l’association Iroise Ukraine. Une cinquantaine de personnes étaient présentes à cette réunion : beaucoup de journalistes, des stagiaires de l’équipage du navire russe. Au bout de dix minutes, le premier incident est survenu : Bernard Grua et les opposants au capitaine l’ont interrompu. Bernard Grua souhaitait répondre « aux attaques » le visant selon lui. Mais les partisans du capitaine l’ont interrompu, réclamant : « C’est sa conférence, pas la tienne. » Jestin Svitlana a ensuite pris la parole, rappelant fermement : « On est en Europe. Il y a des lois et il faut les respecter. » Christophe Galès, vice-président de l'association Iroise-Ukraine basée à Brest, a également accueilli la décision d'interdiction avec enthousiasme, la qualifiant d'"excellente nouvelle". Il a ajouté : « Jusque-là, il y avait une complaisance de la part de certaines personnes. Pour nous, c'est un symbole de l'impérialisme russe qui venait parader. Nous avions fait pression à de nombreuses reprises sur les villes accueillant le bateau. » Ces collectifs bretons d'aides aux Ukrainiens attendaient cette décision depuis plus de quatre ans.

Le mardi 16 juillet 2024, le rassemblement annoncé contre la venue du Shtandart était toujours prévu, place de la Liberté, à Brest. Mais il s’agissait plutôt là de célébrer ce qui s’apparente à une « victoire » et de demander l’application effective de cet arrêté préfectoral. De leur côté, les organisateurs des Fêtes maritimes de Brest n’ont pas souhaité réagir, se contentant d’assurer qu’ils allaient respecter et suivre les décisions prises par l’État.

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