Le Muscadet est sans aucun doute le petit voilier le plus populaire pour toutes les générations. Si un voilier a marqué la plaisance et la course au large, c’est sûrement le Muscadet. Ce petit voilier est à l’origine des passions de nombreux voileux et de nombre de carrières dans la course au large. Cet excellent cru, né sous les dessins de Philippe Harlé, fait son apparition en 1963. C’est le chantier Aubin qui en assurera la construction pendant 16 ans. À côté de cette série, de nombreuses unités seront construites par des amateurs. Au final, plus de 1000 Muscadets navigueront sur tous les océans du globe. L’objectif du chantier et de l’architecte était de proposer un voilier simple, économique et rapide. Le pari sera gagné.
Genèse d’un voilier mythique
Tout commence en 1962. À cette époque, le chantier Aubin, dirigé par les trois frères, Marcel, André et Paul, le petit dernier, est installé à Trentemoult, sur les bords de Loire. Ils réalisent bon nombre de voiliers en construction classique entre 10 et 13 mètres signés d’architectes réputés à l’image du cabinet américain Sparkman et Stephens. Dix ans plus tard, c’est ce même Alain Coyaud, éditeur des Petits Cahiers du Yachting, qui débarque au chantier, toujours accompagné d’un jeune architecte. Son nom, Philippe Harlé. Rouennais d’origine, ingénieur de formation, il a 31 ans et vient de passer dix ans comme permanent au Centre nautique des Glénans pour lequel il a rédigé la première édition du Cours nautique de l’École.
En tout cas, l’étrange bateau qu’il propose aux trois frères Aubin - il en a dessiné les plans en 1961, l’année de son mariage avec Claude, son épouse - les laisse pantois. « Sur le coup, se souvient Marie-Anne, on n’en pensait pas grand-chose de ce bateau en contreplaqué. C’était “l’affreux Jojo” et l’on a préféré se donner du temps. Tenez, je me souviens que l’on a bien attendu une dizaine de jours pour lui donner une réponse. »
Mille heures sont nécessaires pour la production du numéro 1. Elle passera à 580 heures sur les modèles suivants. La construction, qui débute à l’automne 62, s’achève en février 63 par une mise à l’eau retardée de jour en jour. Il faut attendre le dégel de la Loire. « Avec la marraine, Madame Coyaud, on a bu un grand coup de Muscadet, se rappelle Marie-Anne Aubin. Mais mon dieu qu’il était laid, se presse-t-elle d’ajouter. »
Une esthétique audacieuse et une conception innovante
Comment ne pas lui donner raison ? La peinture qui recouvre les flancs - deux larges bandes, l’une blanche, l’autre noire - sépare le bordé en son milieu. Ce qui n’arrange rien, les trois hublots intégrés au bordé sont de taille différente. Et puis, comment ne pas s’interroger sur les formes de cette coque à bouchains aux bordés pratiquement verticaux, servis par un pont à teugue qui change radicalement des productions du moment ? Construit en contreplaqué et bouchain vif, le Muscadet est équipé d’un accastillage simple, mais costaud. Pour l’esthétique, les dessins vont, là aussi, dans la simplicité. Le bateau n’a pas de roof, son pont flush deck facilite la circulation et permet de réduire les coûts.
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Dans la grande famille des voiliers construits en bois des débuts de la plaisance, le Muscadet occupe une place tout à fait unique. Une coque de Muscadet est réalisée principalement en contreplaqué de 9 à 12 mm d’épaisseur. Les bordés (deux par bord) sont collés et cloués entre eux et à la quille sur des lisses horizontales. Le mât est posé sur le pont et la reprise des efforts se fait via deux épontilles latérales.
Performances marines et héritage de course
Le Muscadet est un voilier qui se veut simple et qui est pensé pour se faire plaisir à la voile. Si le Muscadet est bien construit et bien pensé, il fait la différence grâce à ses qualités marines. Ce bateau est tout simplement extraordinaire. Le Muscadet est un voilier raide à la toile, très à l’aise au près, comme à toutes les allures d’ailleurs. Ses qualités marines l’ont amené sur de nombreux podiums en régate comme en course au large. 36 unités participeront à la Mini Transat, jusqu’en 1979. Il en est un symbole, au même titre que le serpentaire ou le Pogo. Jean Luc Van Den Heede finira deuxième de l’édition 1979, sur son Muscadet.
En 1967, un jeune étudiant barbu a pris les destinées du Muscadet Cul Sec, le n° 76, appartenant au CNEGF (Club nautique de l’Electricité Gaz de France). Il n’a que 20 ans mais c’est déjà un pinailleur qui ne manque pas de rendre visite à Philippe Harlé, résidant à Sèvres, pour optimiser aussi bien le plan de voilure que pour imaginer un tangon capable de porter un gennaker. C’est Laurent Cordelle. En 68, une première place dans Cowes - Dinard et une victoire en Angleterre dans le James Cook Trophy.
Vie à bord et convivialité
Avec son pont flush deck, la hauteur sous barrots est de 1.27m. Hormis les m², la conception de la cabine n’a rien à envier aux unités plus récentes. Au pied de la descente, deux banquettes forment le carré. Ses deux banquettes sont séparées de la couchette double par un coin cuisine sur bâbord et une table à carte sur tribord. Le Muscadet convient très bien pour des croisières de quelques jours.
L’activité de leur chantier s’est éteinte en 1987 mais ils répondent toujours présents, par exemple pour recevoir les équipages à l’occasion du Trophée Aubin, une épreuve inoubliable disputée depuis trois ans sur l’Erdre. On y régate bien sûr. On dort à bord des bateaux, tout naturellement. Entre deux coups de rabot, on y reparlera des croisières et des régates des courses de la saison, la Régate des Zèbres, le Trophée Aubin, le National, la Solo Mosquito, le Trophée des Monotypes. Car c’est aussi ça l’esprit Muscadet.
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Un voilier pour l’aventure au long cours
En 2015, à 69 ans, l’allemande Birgit Habelt a largué les amarres mi-octobre depuis Roscoff, en Bretagne à bord d’un Muscadet de 1967. Elle a pris la mer, après une bénédiction de son voilier, pour rallier Moorea et rejoindre son fils qui vit là-bas. C’est donc 20 000 milles en solitaire qu’elle a parcouru.
Le 11 mars 1968, c’est du Pouliguen qu’un jeune Baulois, Etienne Grenapin, largue les amarres, cap sur les Antilles. Son Muscadet, qui porte le joli nom de Fleurenn’ lann (fleur de lande en breton), porte le numéro 212. Pour financer sa coque, orange à bande blanche, Etienne a travaillé près de deux années chez les Aubin. Un an après la traversée d’Etienne Grenapin saluée comme un exploit par les médias, c’est au tour d’un jeune Nantais du nom de Daniel Gilard, de s’offrir pour ses 20 ans, à bord du Muscadet familial, l’Atlantique Nord.
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