Le S/Y Tiara et l'Odyssée Nautique de Guy Laliberté : Entre Luxe, Intrigue et Passions Maritimes

L'univers des voiliers de grand luxe est souvent synonyme d'évasion, de discrétion et de voyages lointains. Pourtant, il arrive que ces symboles de prestige se retrouvent au cœur de récits inattendus, mêlant l'audace à l'opulence. C'est le cas du S/Y Tiara, un navire emblématique lié à la figure du créateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, dont l'histoire et les caractéristiques illustrent une certaine idée du rêve en mer, parfois teinté d'événements insolites.

Le S/Y Tiara : Un Joyau des Mers sous les Projecteurs

Le S/Y Tiara, un voilier de 54 mètres de long, s'est retrouvé sous les feux de la rampe à la suite d'un événement qui défie les conventions des eaux européennes. Des hommes cagoulés et qui abordent un voilier de grand luxe et repartent avec le contenu du coffre-fort, la nouvelle serait passée inaperçue si le hold-up s'était produit dans les mers de Chine ou des Caraïbes. Mais il s'est déroulé dans les eaux françaises, peu habituées aux actes de piraterie. En ce dimanche 24 août, le S/Y Tiara mouillait dans le golfe de Porto Novo, à quelques encablures de Porto-Vecchio (Corse-du-Sud). À 23h45, quatre braqueurs se sont dirigés vers le yacht dans leur petit bateau gonflable de style Zodiac. Vêtus de combinaisons sombres, le visage dissimulé, ils portaient des armes de poing et des fusils à canon scié. Ils sont montés à bord du Tiara, menacé le capitaine, un Franco-Américain, et ont exigé d'être conduits au coffre. Ils ont saisi les 138 000 euros qui s'y trouvaient (212 000$) et se sont enfuis. Le capitaine a contacté la police, qui est partie à la recherche des pirates, mais en vain.

La nouvelle a paru dans bien des journaux français et aussi dans les blogues alimentés par les amateurs de yachts de luxe où le nom de Guy Laliberté a été cité comme étant le propriétaire du Tiara. À Montréal, un homme d'affaires a affirmé, sous le couvert de l'anonymat, que son entreprise avait réalisé des travaux sur le bateau pour le compte de M. Laliberté. Joint à Ajaccio (capitale de la Corse), le capitaine Stéphane Bonmarchand, officier de liaison du groupement de gendarmerie de Corse-du-Sud, a dit à La Presse que Guy Laliberté était effectivement le propriétaire. Le service de registre des bateaux des îles Caïmans affirme que le Tiara est enregistré au nom de Cap-10 Limited Partnership, une société qui a donné comme adresse une boîte postale de Road Town, aux îles Vierges britanniques, également dans les Antilles. Cependant, la Commission des services financiers de ce territoire d'outre-mer du Royaume-Uni soutient qu'elle n'a aucune entreprise de ce nom dans ses registres.

Le voilier, dessiné par le célèbre architecte naval Ed Dubois et construit dans les chantiers néo-zélandais Alloy, représente un summum d'ingénierie et de luxe. Selon le New York Magazine, l'homme d'affaires israélien Jonathan Leitersdorf, qui a fait construire le Tiara, l'a mis en vente en 2005 pour 35 millions de dollars. Le nom de l'acheteur, et le prix final, n'ont jamais été révélés publiquement. C'est un des rares sinon le seul à pouvoir recevoir un hélicoptère sur son pont arrière, soulignant son caractère exceptionnel. Doté d'un foyer, mais aussi d'une plateforme où peut se fixer une tente de Bédouins, ce navire a été conçu pour sillonner les eaux froides de l'Alaska ou les eaux chaudes des Antilles. Cinq cabines, dont l'une sur deux étages avec une salle de bains en marbre, sont mises à la disposition des passagers. Décorée dans le style Art déco, cette Rolls des mers est ornée de plusieurs tableaux; M. Leitersdorf y avait accroché un Chagall. La majesté de ce sloop de 54 mètres de long est également perceptible dans son mât qui fait 61 mètres de haut, la limite pour passer sous le pont des Amériques au Canal de Panama. Lorsque Guy Laliberté n'était pas à bord, le bateau était en location, offrant à d'autres la possibilité de découvrir ce chef-d'œuvre nautique.

Guy Laliberté : Du Cracheur de Feu à l'Armateur

L'acquisition et la possession d'un tel navire s'inscrivent dans le parcours singulier de Guy Laliberté, fondateur du Cirque du Soleil. Son histoire est celle d'une ascension remarquable, partie d'ambitions simples pour atteindre des sommets mondiaux. Il avait débuté comme simple cracheur de feu dans la rue. Il est parti de chez lui, au Québec, pour Londres à l'âge de seize ans avec cinquante dollars canadiens en poche. Il en est revenu avec des rêves plein la tête, dont celui de créer un Cirque. Il est devenu milliardaire mais à l'origine cela n'était pas son ambition. Il voulait faire ce qu'il aimait et il n'a jamais oublié d'où il venait. Et il est resté toujours simple, très généreux. C'est vraiment une très, très belle personne. Son esprit innovateur ne se limite pas à la scène; il s'étend à ses choix personnels et à sa conception de l'expérience, comme en témoigne la nature unique du Tiara.

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Cette quête d'innovation et de dépassement se retrouve également dans les créations artistiques de son Cirque du Soleil. Au cours des 25 années de production de « O », le spectacle Bateau est l'une des créations les plus fascinantes de chorégraphie aérienne jamais conçues. Avant de devenir la pièce maîtresse de la célèbre scène du Bateau, l'appareil acrobatique que vous voyez aujourd'hui n'était au départ qu'un simple concept d'échelle tournante : deux échelles croisées reliées par un seul axe et suspendues par des sangles. Mais, aussi ambitieux que soit le concept, il n'a tout simplement jamais vu le jour. « Il aurait été pratiquement impossible de la stabiliser », a expliqué Boris Verkhovsky, ancien directeur de la performance, de la conception et du développement. « Bien sûr, nous sommes le Cirque du Soleil, nous devons donc faire les choses en plus grand… Nous avons beau faire des efforts, nous ne pouvons pas changer les lois de la physique. » Néanmoins, Guy Laliberté, Gilles Ste-Croix et l'équipe de recherche et développement du Cirque ont travaillé sans relâche avec des spécialistes, des gymnastes et des créateurs artistiques pour faire avancer la scène, en apportant des changements progressifs à la conception et à l'interactivité de la pièce. D'autres volants ont été ajoutés. Les barres parallèles ont été allongées et repositionnées. Des porteurs et des chaises fixes ont été introduits à tour de rôle pour trouver le répertoire parfait. Bateau est un rafraîchissant rappel de la beauté de la performance collective. Le numéro ne repose pas seulement sur un ou deux artistes ; c'est l'effort synchronisé de l'ensemble de la troupe qui donne vie à ce bateau. « Cette machine est un monstre », a déclaré Verkhovsky. « C'est l'une des caractéristiques du travail. Un processus très, très long. Incrémental dans certains domaines, très agressif dans d'autres. » Bateau est plus qu'un simple spectacle ; c'est un témoignage de l'innovation et de la collaboration qui règnent entre les murs du Cirque du Soleil. La fusion d'une ambition implacable et d'une vision artistique est ce qui distingue le Cirque. Pour tout artiste désireux de laisser une marque indélébile sur scène, c'est là que l'impossible devient tangible.

Rencontres en Haute Mer : Le Capitaine Éric Saint Plancat et le Tiara

L'histoire du Tiara est également inextricablement liée à celle de ceux qui l'ont navigué et commandé. Parmi eux, le capitaine Éric Saint Plancat a eu le grand bonheur de le commander pendant sept ans. Sa rencontre avec Guy Laliberté est un témoignage de la manière dont les affinités maritimes peuvent forger des liens durables. La rencontre majeure de sa vie a eu lieu lorsque Laliberté avait loué le Catamaran Douce France avec l'idée potentielle de l'acheter. Pour cette raison, le propriétaire du bateau avait demandé à Saint Plancat de s'occuper du charter de ce client dans l'espoir de lui vendre. Il aurait dû être en congé à ce moment-là. Et fort heureusement, il a accepté la mission et a rencontré cet homme absolument exceptionnel, extraordinaire à tout point de vue. Il a compris qu'il n'achèterait pas Douce France, mais il aimait le concept du catamaran et voulait se faire construire son propre bateau. Finalement, Laliberté a acheté le Tiara. La relation entre les deux hommes a dépassé le cadre professionnel, évoluant vers une véritable amitié. Ils sont devenus amis. C'est l'amour de la mer qui les réunissait mais pas seulement : leurs filles sont nées en même temps, à 15 minutes d'écart.

L'Appel du Large : Le Parcours Nautique d'Éric Saint Plancat

Le parcours d'Éric Saint Plancat, tel qu'il l'a partagé, illustre une vie entièrement dédiée à la mer, une passion qui l'a mené à commander certains des navires les plus remarquables et à vivre des expériences humaines profondes. Je suis fils unique de merveilleux parents qui n'ont été qu'amour pour moi. J'ai grandi dans une agréable maison, rien de très "bling bling" mais avec une belle vue sur la mer, à Brusc, un petit village à une vingtaine de minutes de Toulon, où ses parents vivent toujours. Ils y sont depuis 48 ans et rien n'a changé. Lorsqu'il leur rend visite, il retrouve toute son enfance. Il y a dans la cuisine des tabourets sur lesquels il prenait son petit-déjeuner. C'est très émouvant d'avoir tous ces repères de l'enfance quand il y va. Un enfant solitaire par la force des choses puisqu'il était fils unique. Il avait une vie sociale à l'école mais, en-dehors, il vivait un petit peu isolé. Un peu réservé, rêveur. Ses parents lui ont transmis les meilleures valeurs qui soient, selon lui : l'honnêteté, la franchise, la générosité, le partage, l'amour des autres. Il était aussi très attaché au domaine agricole de son grand-père. Le domaine était dans la famille depuis plus de 200 ans. Il adorait y aller. Petit garçon, pendant les vacances, il y prenait beaucoup de plaisir, il y conduisait les tracteurs. Il était immensément heureux. Là-bas, il y avait un point commun avec la mer : la nature et l'espace. Malheureusement, le domaine n'appartient plus à la famille. Son grand-père a dû le vendre lorsqu'il avait 17 ans.

Bon élève en primaire, cela s'est ensuite un peu dégradé. Il a eu son baccalauréat un peu sur un malentendu. Il n'était pas très assidu à l'école. Il était plus souvent à rêver devant la mer ou à faire de la planche à voile ou du kayak. Il n'était pas un élève modèle, non. Mais il avait une idée en tête. Un jour, il a dit à ses parents : "Quand je serai grand, je voudrais avoir une vie extraordinaire". Ce sont ses parents qui lui ont rappelé cette phrase. C'est un souvenir très marquant chez eux. Mais honnêtement, lui ne s'en souvient pas. Ce devait être un propos un peu tombé du ciel. Il leur a dit cela spontanément. Il a d'abord pensé au journalisme parce qu'il aimait bien les lettres, il aimait écrire. Il a voulu intégrer Sciences-Po. Mais c'était sans réelle conviction. Il était déjà passionné par la mer, les bateaux, mais sa vocation ne s'est pas révélée à ce moment-là, alors qu'il avait de l'eau salée dans les veines sans le savoir. Lorsque il s'est retrouvé en prépa Sciences-Po, il s'est aperçu que ça ne marchait pas du tout. Et c'est la visite au Salon nautique de Paris qui a été le révélateur. Là, il s'est aperçu que des gens pouvaient gagner leur vie en étant skipper sur des voiliers. C'est devenu une évidence. Son père lui a demandé de mettre par écrit les raisons de ce choix. C'est la réaction la plus admirable qu'il ait eue. Parce que, jusque-là, il avait vraiment de quoi les inquiéter. Il leur a annoncé de but en blanc qu'il allait arrêter ces études, qui étaient quand même assez onéreuses, pour devenir skipper. C'était un projet assez vague. La plupart des parents auraient dit : "Non, fils, termine d'abord tes études, tout ça n'est que galéjade". Mais son père a pris cela très au sérieux et lui a simplement demandé de rédiger ses arguments par écrit. Cette lettre, ses parents l'ont gardée précieusement. Plus tard, il l'a relue avec les yeux de son père. C'est une lettre immature d'un adolescent de 18 ans. Mais il pense que ses mots traduisaient vraiment toute la puissance de cette vocation. Ils se sont laissé convaincre et l'ont aidé à suivre ses rêves. Il faut dire qu'il avait navigué avant d'être né. En effet, ses parents avaient un petit voilier de plaisance à bord duquel il voyageait déjà dans le ventre de sa mère.

Donc, fini Sciences-Po, le voilà matelot. Simple matelot sur un voilier de charter. Il venait d'avoir 18 ans. Il n'était même pas rémunéré mais "au pair". Il a rencontré un skipper extraordinaire qui est toujours un de ses meilleurs amis aujourd'hui, Alain Cochez, son premier mentor. Il lui a tout appris. Le bateau sur lequel ils naviguaient était le voilier de ses rêves, un Mikado dont il est tombé amoureux. Treize ans plus tard, il a réussi à acheter exactement le même. Il était déjà skipper, mais ses parents l'ont poussé à aller plus loin. Il était content d'être devenu skipper, il voulait partir aux Antilles, faire de la voile. Ils lui ont dit : "Nous t'avons suivi, mais tu dois aller jusqu'au bout, jusqu'à la plus haute marche et devenir officier de marine marchande". Il ne les remerciera jamais assez de l'avoir poussé à ce niveau-là. Sans eux, il ne serait pas là aux commandes de navires aujourd'hui. Il est donc devenu élève officier puis officier de quart, et second capitaine sur des navires de commerce, des cargos transportant des marchandises ou des voiliers avec des passagers.

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À 26 ans à peine, une offre incroyable lui est parvenue : celle de commander le Douce France qui était, à l'époque, le plus grand catamaran du monde. Recevoir cette responsabilité à 26 ans, c'était tout simplement incroyable. Une merveille, ce bateau, doté d'un luxe inouï, pouvant accueillir 12 passagers et huit membres d'équipage. Le bateau était loué à des gens très fortunés. Ils parcouraient les Antilles l'hiver, et la Méditerranée pendant l'été. Deux fois par an, ils faisaient la traversée de l'Atlantique. Dans le même temps, on lui a proposé d'être second capitaine sur le Bélem, navire dont on lui a confié le commandement en 2003, l'année de ses 30 ans. Une légende, ce Bélem. Il est classé monument historique, un des derniers trois mâts de commerce français construit la fin du XIXᵉ siècle pour transporter du sucre et du cacao importés du Brésil et des Antilles. Lancé en 1896, il a été racheté par les Caisses d'Épargne qui ont créé une fondation pour le sauver. Et depuis, il navigue comme navire école civil. Il ne forme pas de professionnels à bord. Mais les passagers qui embarquent, que l'on appelle stagiaires, participent à toute la vie du bord. Ils s'intègrent à l'équipage et participent aux quarts, aux manœuvres, ils frottent le pont, etc. Il ne faut avoir aucune notion particulière, juste aimer la mer et le travail d'équipe.

Saint Plancat a également pris part à un projet généreux, en faveur d'enfants défavorisés. Il s'est beaucoup investi dans ce projet parce qu'il avait beaucoup de sens. Ils emmenaient en croisière entre La Rochelle et Saint-Malo des enfants de 12 à 14 ans qui venaient de Belfort. Des enfants en difficulté sociale, familiale, scolaire. Ils n'avaient pour la plupart jamais vu la mer. Au-delà du plaisir de la navigation, l'important était de les valoriser, eux qui bien souvent n'avaient connu que l'échec scolaire. Là, ils se trouvaient responsabilisés dans les tâches quotidiennes : faire la cuisine, la vaisselle, ranger le bateau, mais aussi dans toutes les tâches liées à la navigation, comme tenir la barre, hisser les voiles, suivre un cap. Ils cherchaient à leur donner de l'espoir, du sens, de la confiance en eux, à leur montrer qu'ils pouvaient prendre leur vie en mains alors qu'on leur répétait à l'école qu'ils étaient des cancres qui n'arriveraient jamais à rien. Malheureusement, le projet s'est arrêté, faute de financement.

Récemment, Éric Saint Plancat a commandé l'Exploris One, premier bateau de la compagnie française Exploris, lors de sa croisière inaugurale de Valparaiso à Ushuaia, en Argentine. Il a partagé des détails sur son parcours. Lorsqu'il s'est présenté aux passagers, il avait révélé quelques aspects de son parcours. Cela a intrigué un journaliste de La Libre Belgique qui, malgré le souvenir d'un horrible mal de mer, a participé à cette exploration, ce voyage d'une vie. Sur le luxueux Exploris One, malgré des murs de trois à quatre mètres d'eau au début de la croisière, l'estomac du journaliste est resté bien accroché, suivant les conseils des marins pour vaincre le mal de mer : éviter les 4 "F" : froid, fatigue, faim et "foif". Les fjords chiliens parcourus sont d'une rare beauté. Ils permettent d'approcher au plus près d'impressionnants glaciers qui "vêlent" régulièrement de petits morceaux. Lors d'un détour, une grande croix blanche, plantée ici par Magellan au début du XVIe siècle, a suscité l'émotion. Tout comme l'est la vie du commandant de ce bateau, Éric Saint Plancat, comme le chante Renaud : "C'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme".

Maritea : Une Vie de Famille sur les Océans

Venons-en au projet de vie d'Éric Saint Plancat, réalisé avec son épouse, Céline, à bord de leur voilier Maritea. Sa femme, Céline, avait vécu avec ses parents sur un voilier qui n'est jamais parti. Ils rêvaient d'un grand voyage, mais jamais ils ne l'ont entrepris. Ses parents ont divorcé et ont vendu le bateau. Un drame pour Céline qui s'est promis de faire cela un jour avec ses enfants. Ils se sont rencontrés quelques années plus tard, au lycée. Ils avaient le même projet : élever leurs enfants sur un bateau. Réaliser leur rêve a pris un peu de temps, 13 ans en tout. Finalement, toute la famille a embarqué sur le bateau en 2005. Leur fille, Juliette, avait quatre ans et leur fils, Damien, deux ans. Le bateau est devenu leur résidence principale pendant quinze ans. Maritéa est un ketch de 17 mètres. C'est une grande maison flottante, ils n'étaient pas à l'étroit. Lui passait deux mois en famille à bord du bateau, puis il allait faire son métier de capitaine pendant deux mois sur un des bateaux dont il a parlé. Ensuite, il y a eu les Canaries, le Cap Vert, les Antilles, le Panama, le Costa Rica. Tous les deux mois, il les laissait quelque part, prenait l'avion, allait travailler et puis revenait.

Ils ont même fait une pause de trois ans en Polynésie. Un coup de cœur : il a acheté une maison dans les Îles de la Société sans même être venu sur place. En quelques clics sur internet. C'était le paradis sur terre. Ils avaient créé une petite communauté où ils vivaient à deux familles en permanence. Ils occupaient la maison et l'autre famille, qui avait deux garçons, vivait sur son voilier juste devant la maison. C'était une sorte de synergie : l'association de plusieurs personnes donne un résultat supérieur à la simple addition des moyens de chacun. Ils vivaient le plus possible en autarcie. La propriété était totalement indépendante avec l'électricité solaire, ils récupéraient l'eau de pluie et mangeaient les fruits et légumes du jardin. Les mamans s'occupaient du potager et de l'éducation des enfants. Lui finançait l'ensemble grâce à son travail rémunérateur, et son ami, extrêmement bricoleur, entretenait la propriété et leurs bateaux. Il y avait trois mouillages dans la baie en face de la maison et, de bouche à oreille, des gens, des familles passaient et restaient parfois quelques jours, quelques semaines, quelques mois et participaient à cette vie communautaire.

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Concernant la scolarité de leurs enfants, Céline a d'abord commencé avec un programme scolaire officiel par correspondance, mais il était plus adapté à des gens qui sont simplement expatriés et qui vivent toujours à terre. Il fallait envoyer les devoirs, en recevoir d'autres. Or, ils changeaient d'adresse. Et donc Céline a eu beaucoup de courage de laisser tomber ce système et de leur offrir une scolarité libre. Elle s'est basée sur la vie qu'ils menaient, sur chaque événement de leur vie. Leur voyage était la source principale de leur apprentissage, une école de vie. Leurs enfants pouvaient apprendre à lire, écrire et compter en se basant sur la vie qu'ils menaient. Finalement, ils ont décidé de scolariser leurs enfants en Nouvelle-Zélande. Ils avaient envisagé le système français, en Polynésie. Ils sont allés voir l'école pour leurs enfants. Le proviseur du collège les a reçus. Ils lui ont présenté leurs enfants qui voyageaient depuis dix ans autour du monde sur un voilier, qui avaient une expérience de vie dont le proviseur aurait dû être friand. Mais sa seule préoccupation était qu'il n'avait aucun moyen d'évaluer leur niveau. La conversation s'est un peu dégradée.

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