Blue Observer : L'essor de l'océanographie décarbonée par la voile

L’exploration des océans a longtemps été synonyme de navires motorisés gourmands en énergie, émettant des quantités importantes de dioxyde de carbone. Face à ce constat, le projet français Blue Observer a cherché à démontrer, à travers une initiative audacieuse et novatrice, qu’il est possible d’entreprendre des missions océanographiques d’envergure en privilégiant la force du vent. Lancée en 2021 à Brest par le navigateur Éric Defert et une équipe de passionnés, cette entreprise visait à substituer la propulsion thermique par une approche de sobriété énergétique, marquant ainsi une étape potentiellement transformative dans la recherche scientifique marine.

La genèse d’une plateforme scientifique singulière : le voilier Iris

Au cœur de cette mission se trouve un navire d’exception : le voilier Iris. Anciennement nommé Adrien, puis L’Oréal et Tahia, ce monocoque en aluminium de 25,7 mètres de long est une légende de la course au large. Dessiné par l'architecte naval Gilles Vaton et construit au chantier Gamelin en 2002, ce bateau possède un palmarès impressionnant. Il est notamment célèbre pour avoir été le support de Jean-Luc Van Den Heede lors de son record du tour du monde à l’envers en 2004, une prouesse réalisée en 122 jours et 14 heures.

Acquis par Blue Observer en 2021, ce « cigare » en aluminium de 30 tonnes a été transformé en véritable laboratoire flottant. Doté d'un tirant d'eau de 4,6 mètres et d'un lest de 12 tonnes, il a été conçu pour résister aux conditions météorologiques les plus rudes, notamment dans les quarantièmes rugissants et les cinquantièmes hurlants. Avant sa première expédition, le navire a fait l'objet d'un chantier de rénovation intensif. L'objectif était d'optimiser sa capacité d'emport de 25 m³ et 2,5 tonnes de matériel scientifique. L’aménagement intérieur a été repensé pour inclure un carré sur cardan favorisant le confort à la gîte, ainsi qu'un espace laboratoire complet équipé d'une hotte à flux laminaire, d'un incubateur et de systèmes de réfrigération. Pour garantir l'autonomie, Iris a été équipé de panneaux photovoltaïques, d'éoliennes et d'hydro-générateurs, remplaçant la dépendance aux combustibles fossiles par une gestion fine de l'énergie renouvelable.

L’expédition inaugurale : une preuve de concept en mer

Le 14 novembre 2021, le voilier Iris a quitté le port de Brest pour sa première mission océanographique d’une ampleur inédite. Pendant 96 jours, l’équipage de six personnes, mené par Éric Defert, a parcouru plus de 17 500 milles nautiques, soit l’équivalent de deux tiers d’un tour du monde. Ce périple, qui s’est achevé avec succès le 10 mars 2022 à Brest, a traversé l’Atlantique nord et sud, avec des escales stratégiques à Woods Hole aux États-Unis, à Sainte-Hélène et au Cap-Vert.

La mission principale consistait au déploiement de 95 flotteurs profilants Argo. Ces instruments, cruciaux pour le réseau mondial d’observation, permettent de mesurer la température, la salinité et la pression de l'eau jusqu'à 2 000 mètres de profondeur. Chaque flotteur, libéré à une position GPS précise, transmet ses données par satellite tous les dix jours. La réussite de ce déploiement, avec une marge d’erreur moyenne de seulement cinq milles nautiques par rapport aux cibles initiales, a démontré la fiabilité du voilier et la précision opérationnelle de l’équipage. La consommation de seulement 700 litres de gasoil pour l'ensemble du parcours a servi de preuve irréfutable de la viabilité économique et écologique de ce modèle.

Lire aussi: Tout savoir sur les voiles de voilier

Diversité des protocoles scientifiques et innovations embarquées

Au-delà de la mission Argo, Iris a servi de plateforme polyvalente pour une multitude de protocoles scientifiques. L'équipage a collaboré avec des instituts de renom tels que le CNRS, l'Université de Laval au Canada, l'Institut de Chimie de Clermont-Ferrand et la Station biologique de Roscoff. Parmi les missions réalisées, on note des prélèvements d'aérosols marins pour étudier le rôle des micro-organismes dans la formation des nuages et la diffusion des gènes de résistance aux antibiotiques.

Des observations en temps réel ont également été menées grâce à l'installation d'un thermosalinographe fourni par l'Ifremer et d'une station météorologique dédiée pour Météo-France. L'observation des mammifères marins et les prélèvements de phytoplancton complétaient ce vaste programme. Cette synergie entre marins et chercheurs a permis d'optimiser l'utilisation de l'espace restreint du bord tout en garantissant la collecte de données précieuses pour les modèles de prévision météorologique et l'étude du changement climatique.

#

Lire aussi: Innovations dans les voiles

Lire aussi: Tout savoir sur les types de voiles

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *