L'Art du Gréement : Comprendre les Voiliers Modernes à Deux Mâts

Quel que soit leur âge et leur taille, nous nous retournons toujours en croisant ces bateaux, sur un ponton ou en mer. Les voiliers à deux mâts sont synonymes d’aventure et de haute mer. Notre imaginaire nous emmène généralement loin face à ces majestueux navires. Si les ketchs, les yawls et les goélettes sont bien des voiliers gréés avec deux mâts, il existe bien une différence entre ces trois bateaux, et même bien d'autres types de gréements à deux mâts, chacun offrant des particularités uniques en termes de navigation, d'histoire et de conception. Il peut être parfois difficile de différencier un voilier à deux mâts d’un autre, mais grâce à une compréhension approfondie de leurs caractéristiques, il devient possible de reconnaître un ketch, une goélette, un yawl, et bien d'autres facilement.

Distinguer les Gréements à Deux Mâts : Ketch, Yawl et Goélette

Les ketchs, les yawls et les goélettes sont des bateaux à voile qui se caractérisent par un gréement particulier, offrant une configuration distincte pour la répartition des voiles et des mâts. Cette famille de voiliers est divisée en deux catégories principales : d’une part, ceux avec un grand-mât à l’arrière, et d’autre part, ceux avec un grand-mât à l’avant.

Un ketch est un type de bateau à voile muni d’un gréement bien distinct. Il est doté de deux mâts, le mât principal étant situé à l’avant du bateau tandis que le mât d’artimon, plus petit, se trouve à l’arrière. Le Ketch est un voilier à deux mâts, dont le mât arrière (mât d'artimon) est moins haut que le mât avant (le grand mât), et dont l’emplanture du mât d'artimon est située en avant de la mèche du gouvernail. Les voiles sont réparties sur ces deux mâts, offrant ainsi une grande surface de toile aux vents. Le ketch est facilement reconnaissable car son mât arrière est à l'avant du safran et est plus petit que son mât principal. Il possède une grande-voile sans flèche. Aujourd’hui, de grands chantiers équipent leurs voiliers avec ce type de gréement. Le ketch bermudien, ou ketch marconi, représente le ketch moderne. Son grand mât et son artimon portent chacun une grand-voile marconi.

Une variante du ketch est le yawl. À l’inverse du ketch, le mât arrière du yawl est à l’arrière du safran. Les yawls sont une véritable incarnation de la tradition hollandaise. Originaires des Pays-Bas, ces voiliers à deux mâts se caractérisent par la position de leur mât arrière, placé à l’arrière du safran. Ce voilier est souvent petit et tient bien l’équilibre grâce à ses voiles. La différence entre un ketch et un yawl se trouve dans la position de la voile par rapport au safran. Si le mât d'artimon est situé derrière l'emplanture de la mèche de gouvernail, ce type de voilier est un yawl. Ces bateaux, bien que souvent de petite taille, sont conçus pour maintenir un équilibre parfait en mer grâce à leurs voiles astucieusement agencées. Initialement instables en raison de la répartition du poids, les yawls ont évolué pour devenir des bateaux de plaisance stables et fiables, tout en préservant leur authenticité. Avec leur voile de mât arrière distincte, les yawls offrent une expérience de navigation unique imprégnée de tradition hollandaise.

Une goélette est également un bateau à voile équipé de deux mâts, mais elle présente une configuration différente de celle d’un ketch. Le mât principal de la goélette est situé à l’arrière, tandis que le mât de misaine se trouve à l’avant. On dit alors que le gréement est « à hunier » ou « à pible ». Le mât de misaine est soit plus petit, soit de la même taille que le mât principal. Une goélette a un mât principal plus haut que son mât de misaine, ce qui le distingue d'un ketch ou une yole. Une goélette est donc un voilier avec deux mâts (ou plus), dans lequel le mât plus en arrière - le grand mât - est de la même hauteur ou plus haut que le mât de misaine. La goélette se distingue par son gréement complet avec des voiles auriques ou triangulaires. Bien que certaines goélettes puissent avoir jusqu'à sept mâts, la forme de leurs voiles les caractérise. Ce sont des voiles « auriques », ce qui veut dire quadrangulaires. Elles ne sont pas carrées. En principe, elles ont toujours le même bord d’attaque au vent. Les mâts d’une goélette peuvent être de tailles identiques ou différentes avec un mât avant plus petit que le mât principal. Au fil du temps, son allure a quelque peu changé, une goélette traditionnelle restera celle des voiliers de pêches de l’époque.

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Les Avantages des Gréements à Deux Mâts pour la Navigation

Si nombre de voiliers, prévus pour le voyage, sont gréés en ketch ou en goélette, c’est qu’il y a une raison. En fait, le ketch, ou la goélette, offrent une meilleure répartition de la surface de voile, ce qui permet au bateau de naviguer avec plus de stabilité et d’équilibre. Cette configuration facilite la gestion des voiles lors des manœuvres.

La répartition des voiles sur deux mâts confère au ketch et à la goélette une stabilité accrue, ce qui est très apprécié lors des navigations en haute mer, notamment par gros temps. Les passagers et l’équipage bénéficient ainsi d’un confort de navigation optimal, avec moins de risques de fatigue. Dans un deuxième temps, un voilier à 2 mâts peut s’adapter à différentes conditions météorologiques et types de navigation. Il est ainsi possible de naviguer en haute mer, en eaux peu profondes ou dans des zones à forts courants avec un bon niveau de performance.

Le gréement d’un ketch permet une grande facilité de manœuvre, notamment en équipage réduit, lors des changements de voilure, par exemple. Les voiles étant réparties sur deux mâts, il est plus simple de les régler ou de les réduire en cas de besoin. Cette caractéristique fait du ketch un choix judicieux pour les navigateurs débutants ou ceux qui recherchent une expérience de navigation simplifiée. Le ketch se démarque également par sa capacité à s’adapter à diverses situations de navigation. Grâce à ses deux mâts et à la variété des combinaisons de voiles possibles, il peut affronter aussi bien les vents faibles que les vents forts.

Enfin, grâce à sa stabilité et son équilibre, un ketch offre un excellent confort de navigation. Il est donc idéal pour les croisières et les voyages au long cours. Le chantier rochelais Amel, constructeur de solides et sécurisants voiliers de voyage, a utilisé avec un grand succès ce gréement de ketch marconi depuis l’Euro 39 des années 1970, à l’Amel 64, sur quasiment tous ses modèles. Les importantes possibilités de fractionnement du gréement de ketch lui permettent d'affronter avec un certain confort le mauvais temps tout en ne nécessitant pas un équipage pléthorique à la manœuvre.

Au final, choisir un ketch pour naviguer offre de nombreux avantages tels que la manœuvrabilité, la stabilité et la polyvalence. Ces caractéristiques font de lui un choix judicieux pour ceux qui souhaitent profiter d’une expérience de navigation optimale, que ce soit pour des croisières en famille, des régates entre amis ou des voyages au long cours.

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Typologies Historiques et Spécifiques de Voiliers à Deux Mâts

Outre le ketch, le yawl et la goélette, de nombreux autres types de gréements à deux mâts ont marqué l'histoire de la navigation et continuent d'exister sous diverses formes, qu'elles soient traditionnelles ou modernes.

Le BrickNavire de prédilection des pirates et corsaires, le brick était aussi utilisé pour le commerce et l’exploration à la fin du XVIIème siècle et ce jusqu’au XIXème siècle. Il a aussi été utilisé par l’armée marine lors des blocus et guérillas. Le brick possède un gréement à voile carrée ce qui permet une très bonne adhérence au vent. Ce voilier, léger et rapide par vent arrière, reste tout de même un peu moins facile à diriger que la goélette. Les bricks portent des voiles carrées sur leurs deux mâts. Le mât arrière (grand mât) porte une petite brigantine mais pas de flèche. Ils ressemblent à des trois mâts carrés qui auraient perdu leur grand mât. Des exemples comme Aphrodite, un brick néerlandais moderne, ou le brick britannique Royalist avec des voiles carrées moins divisées, à la manière des bricks de guerre du 19ème siècle, illustrent bien ce type. Une autre particularité est la grande taille de la brigantine, qui peut être surmontée d'un flèche, offrant là un gréement intermédiaire entre le brick et le brick-goélette.

La Goélette et ses VariationsContrairement au brick, une goélette a une très bonne tenue en haute mer. Avec sa coque fine et peu large, elle est dotée d’une quille profonde qui lui permet d’aller très vite. Ce type de voilier était très prisé des pirates car ils se devaient d’avoir des voiliers rapides pour rivaliser avec leurs ennemis. Après eux, les pêcheurs ainsi que les pilotes ont utilisé la goélette pour sa rapidité légendaire et sa manœuvrabilité. Les goélettes sont appelées schooners en anglais. Les goélettes à hunier portent des voiles à corne sur leurs deux mâts. Le mât de misaine porte des vergues servant à établir un ou deux huniers. Une voile d'étai peut être établie entre les deux mâts, et le grand mât peut porter un flèche. La Recouvrance est un exemple de ce type de gréement. Les goélettes franches, ou à cornes, ou auriques, portent des voiles à cornes et des flèches sur leurs deux mâts. Il existe de nombreux yachts gréés en goélettes franches, comme par exemple Mariette.

Le Ketch Historique et ses DérivésProbablement né en Europe au XVIIe siècle, les ketchs ont beaucoup servi comme navires de pêche. Montés par des équipages réduits, il était important que ces bateaux de travail demeurent manœuvrables par tous les temps et conservent la mer le plus longtemps possible dans le mauvais temps. Le mot Ketch dérive du mot anglais “catch”, qui signifie “prendre” au sens de prise de pêche. On retrouve trace de ketchs armés dans la flotte de Haydar Ali, sultan de Mysore (Inde) engagés contre la Royal Navy. Au cours du 18e siècle, les marines militaires européennes développèrent les Bomb Ketch, ou galiotes à bombe en France, des navires de soutien équipés de mortiers lourds tirant vers l’arrière, comme le Bomb Ketch britannique GLORY de 1760. Un ketch à double flèche harenguier de Fécamp est un exemple historique. Les ketchs francs étaient autrefois des bateaux de commerce, comme Bessie Ellen et AlBarquel, ou de pêche, comme les harenguiers néerlandais (Iris, Lotos, Tecla), allemands (Vegesack BV2, Carmelan) ou danois (Jens Krogh). Parfois, ils étaient aussi des yachts, comme Thendara. Nordlys, construit en Grande Bretagne en 1873, est le plus ancien ketch cargo naviguant, mesurant 25m hors-tout, pour une longueur de coque de 18m, 6.40m de bau et 3m de tirant d'eau. Il existe aussi des ketchs à hunier, où le gréement du mât avant ressemble à celui des goélettes à hunier mais le mât arrière est plus petit. On parle donc de mât d'artimon et de grand mât. Ce gréement se rencontre surtout sur des bateaux nordiques, allemands ou scandinaves, appelés galéasses, comme Anna-Rosa, un ketch norvégien conservé au musée de Douarnenez.

Dundées et Yawls (mât de tapecul)Les dundées et les yawls ressemblent aux ketchs, mais le mât arrière est beaucoup plus petit que le mât avant. On l'appelle mât de tapecul. Il est situé derrière la barre et le gui déborde largement à l'arrière. Les premiers yawls n’étaient pas stables car le centre de gravité de la voilure était trop avancé par rapport à la structure du bateau. Désormais, ils possèdent une « queue de malet », c’est une sorte de bout-dehors afin de le stabiliser, elle se situe à l’arrière du bateau. Les dundées ont toujours des voiles à corne et étaient autrefois des bateaux de travail : de pêche (thoniers comme Nébuleuse, Le Morgatois, Biche ; langoustiers comme Belle Étoile et Sant C'hireg, trawlers anglais comme Providence, Vigilance, Excelsior, Keewaydin) ou de transport (comme la gabare André-Yvette ou encore Fleur de Lampaul, Notre-Dame de Rumengol).

Gréements Traditionnels à Voiles au Tiers et LatinesLes lougres à deux mâts et les chaloupes portent des voiles au tiers. Les lougres sont plus grands et plus lourds que les chaloupes. Un lougre breton à 2 mâts, Le Grand Léjon, en est un exemple. Les lougres du sud de la Cornouailles Britannique (cornish luggers) sont également gréés de 2 voiles au tiers et d'un foc. À l'arrière, la queue-de-malet très relevée est caractéristique. Les chaloupes, surtout nombreuses en Bretagne, et au Pays Basque, sont gréées de 2 voiles au tiers et portent parfois un foc sur bout-dehors. Le mât avant porte la misaine ; la voile portée par le mât arrière est le taillevent ; elle est parfois surmontée d'un hunier (sorte de flèche) comme sur Belle de Vilaine. On peut mentionner les chaloupes sardinières de la côte sud de la Bretagne (Ex. Les forbans du Bono) ou les sinagos du Golfe du Morbihan (Ex. Crialeis et Jean et Jeanne). Les flambarts ressemblent à des chaloupes mais leur tableau arrière est droit et la voile arrière est portée par un gui à sa partie inférieure. Ce gui dépasse largement le tableau arrière. Avec le bout-dehors avant, il double presque la longueur du bateau, qui est ainsi très toilé. Ce sont des bateaux typiques des côtes françaises de la Manche. Les misainiers à tapecul sont des bateaux à voiles au tiers à un mât, qui peuvent gréer par petit temps un mât supplémentaire sur l'arrière du mât principal.

Les voiliers à voiles latines peuvent aussi porter deux mâts. Les plus célèbres de ces bateaux étaient les grandes galères qui ont existé depuis l'antiquité. À l'époque, et au Moyen-Âge, il s'agissait de navires de guerre propulsés à l'aviron souvent par des hommes libres, parfois des esclaves. C'étaient encore des navires de guerre quand elles ont atteint leur apogée (en France, sous Louis XIV) ; mais les galères étaient alors aussi des navires de parade qui transportaient des souverains ou des personnages importants. Elles ont disparu au milieu du 18e siècle après avoir atteint un faste inouï dessus et une misère incroyable dessous. En effet, elles avançaient plus souvent à la rame qu'à la voile, propulsées par des rameurs condamnés à de lourdes peines. Jusqu'au 16e siècle, on pouvait encore en rencontrer de l'Atlantique à la Mer du Nord. Mais, peu adaptées aux vents forts et aux mers agitées, leur usage s'est peu à peu restreint à la Baltique, à la mer Noire et surtout à la Méditerranée. Des bateaux à voiles latines à deux mâts existent encore au Moyen Orient (boutres à deux mâts), en Égypte (felouques). Par contre, les grandes tartanes méditerranéennes à deux mâts n'existent plus, à notre connaissance. Depuis le début du 20e siècle, leurs voiles latines avaient d'ailleurs laissé place à des sortes de voiles auriques. C'est sur le lac Léman que ce type de gréement est désormais le plus répandu : plusieurs répliques de barques lémaniques existent encore sur ce grand lac, tant en France (la Savoie, à Évian - Thonon) qu'en Suisse (la Vaudoise et l'Aurore à Lausanne), tandis que Neptune vient d'être restaurée à Genève. Ces voiliers, de grande taille pour un lac, servaient autrefois à transporter des pierres de taille depuis l'amont du lac (St Gingolph) vers les villes en construction. Les plus grands (la Savoie, Neptune) sont appelés barques ; les moyens (la Vaudoise) sont des bricks (attention à la confusion avec les bricks maritimes, vus ci-dessus) tandis que les plus petits comme l'Aurore sont des cochères.

Comparaisons avec les Voiliers à Mât Unique et les Multicoques

Pour mieux comprendre la place des voiliers à deux mâts dans le paysage nautique, il est utile de les comparer à d'autres configurations courantes, notamment les monocoques à mât unique et les multicoques.

Les Monocoques à Mât UniqueLe voilier monocoque moderne le plus commun est le sloop, qui dispose d’un mât et de deux voiles, ainsi les sloops sont des voiliers avec un seul mât. S’ils ont seulement deux voiles - un foc et une grand voile - alors ils sont nommés sloops bermudiens, le type le plus pur du voilier. Les voiliers sloops avec les gréements modérés, sont probablement les plus populaires de tous les voiliers de croisière.

Un cotre est un yacht à voile monocoque semblable à un sloop avec un seul mât et une grand-voile, mais avec le mât plus en arrière pour permettre de porter un foc et une trinquette endraillés respectivement sur l’étai de tête et sur le bas-étai.

Les MulticoquesUn catamaran est géométriquement stabilisé, ce qui veut dire qu’il tire sa stabilité de sa largeur, plutôt que d’avoir une quille lestée comme un monocoque. Étant non-lesté et plus léger qu’un monocoque, un catamaran peut avoir un tirant d’eau très peu profond. Mais tous les voiliers à deux mâts ne sont pas des ketchs. Les Ketchs sont également généralement des monocoques mais il existe quelques catamarans (très rares) avec un gréement en ketch.

Voiliers Spécialisés et de Croisière Longue Distance

Certaines catégories de navires intègrent des gréements à deux mâts ou des caractéristiques hybrides, répondant à des besoins spécifiques de navigation.

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Le MotorsailerAlors que les yachts à voile appâtent principalement les amateurs puristes de la voile, le motorsailer est plus adapté pour la croisière de longue distance, comme une maison pour que les plaisanciers « vivent à bord ». Les particularités du motorsailer (grand moteur, plus petites voiles, etc.) signifient que, s’il ne s’agira pas du bateau le plus rapide à la voile, le navire est facilement manipulé par une petite équipe. Ainsi, il peut être idéal pour les personnes à la retraite qui pourraient ne pas être entièrement physiquement capables de manipuler de grandes surfaces de voilure.

Le GuletUn gulet est une conception traditionnelle d’une à deux mâts (plus fréquemment) ou même de voiliers en bois à trois-mâts de la côte sud-ouest de la Turquie, en particulier construits dans les villes côtières de Bodrum et Marmaris ; bien que des navires similaires peuvent être trouvés tout autour de la Méditerranée orientale. Pour des soucis d’économie d’équipage, la motorisation Diesel est couramment utilisée sur ces navires, semblables à un motorsailer.

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