Plonger est un mot qui peut faire rêver, évocateur de soleil, d’eau salée et de vacances. Il peut être séduisant d’en faire une activité professionnelle, mais est-ce vraiment le métier que l’on croit ? Dans le domaine professionnel, la plongée est avant tout un outil de travail. Être plongeur professionnel signifie exercer son activité sous l’eau, que l’on soit soudeur, démineur, sportif, photographe, ou moniteur de plongée sportive et de loisirs. Cette distinction fondamentale entre la plongée de loisir et la plongée professionnelle est le point de départ pour comprendre les nombreuses facettes des carrières subaquatiques, parmi lesquelles celle du plongeur scientifique occupe une place singulière et essentielle.
Les métiers en lien avec la plongée ne sont pas uniquement réservés aux plongeurs professionnels au sens strict. Le champ des possibles en termes de travail nécessitant des compétences en plongée sous-marine est vaste, offrant une diversité de parcours et d'opportunités. Pour quiconque souhaite embrasser cet univers, la première étape est de devenir soi-même plongeur, ce qui exige une formation rigoureuse, le respect des règles de sécurité, une bonne condition physique, la maîtrise de sa flottabilité, une conscience environnementale, et une capacité à rester calme sous l’eau. Une pratique régulière est également indispensable pour affiner ces compétences.
La Plongée Professionnelle en France : Formation et Cadre Réglementaire
En France, la plongée s’apprend généralement dans des clubs et centres du secteur associatif ou marchand, souvent dirigés par des professionnels. Il faut généralement plusieurs années de pratique pour atteindre un niveau technique et une expérience suffisante pour évoluer en autonomie et en sécurité à toutes profondeurs. Si l’on souhaite en faire un métier, il faudra ensuite choisir entre une formation de plongeur professionnel menant au métier de scaphandrier et la filière menant à la profession de moniteur de plongée.
Les plongeurs professionnels ou scaphandriers sont généralement des titulaires d’une qualification technique, comme un CAP de soudeur, de mécanicien, d'électricien ou d’autres spécialités, ayant ensuite suivi une formation spécifique pour obtenir le certificat d’aptitude à l’hyperbarie (CAH). Ces professionnels peuvent intervenir en milieu subaquatique pour effectuer des opérations de génie civil ainsi que des travaux maritimes, hydrologiques et portuaires. Ces formations spécifiques sont assurées notamment par l’Institut national de plongée professionnelle (INPP). Bien que souvent onéreuses, les formations peuvent être prises en charge par divers organismes d’État, facilitant l'accès à ces carrières exigeantes.
Les diplômes permettant d’exercer comme moniteur de plongée sont, quant à eux, délivrés par le Ministère chargé des sports. Depuis 2011, le principal diplôme menant à la fonction de moniteur de plongée est le Diplôme d’État de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport (DEJEPS) mention « plongée subaquatique ». Ce diplôme, de niveau E4 jusqu’en 2017 puis de niveau E3 avec réduction des prérogatives pour la mention « Activités de plongée subaquatique », atteste des compétences à gérer une structure de plongée proposant les accompagnements en plongée en scaphandre à l’air et au nitrox en milieu naturel ou artificiel et entre 0 et 40 mètres de profondeur. Depuis 2017, un Certificat complémentaire « Plongée profonde et tutorat » permet au titulaire d’un DEJEPS d’étendre ses prérogatives à la zone 40-60 mètres et d’encadrer des moniteurs stagiaires en formation, offrant ainsi des opportunités d'expertise et de transmission.
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Il existe également un Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport (BPJEPS) spécialité « éducateur sportif » mention « plongée subaquatique », décliné en deux options. L’option A « en scaphandre » permet l’enseignement de 0 à 20 mètres et l’encadrement de 0 à 40 mètres sous l’autorité d’un moniteur titulaire a minima d’un Brevet d’État ou d’un DEJEPS. Cette option permet également l’encadrement de la randonnée subaquatique en autonomie. L’option B « sans scaphandre » permet professionnellement et en autonomie l’encadrement, l’enseignement et l’entraînement en plongée subaquatique sans scaphandre. Ces interventions visent notamment les activités d’apnée, de pêche sous-marine, de nage avec palmes, de randonnée subaquatique, de nage en eaux vives, de hockey subaquatique, de tir sur cible, et bien d'autres disciplines non équipées de scaphandre.
Enfin, le Diplôme d’État Supérieur de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport mention « plongée subaquatique » (DESJEPS, qualification de niveau II) représente un niveau d’expertise supérieur. Il atteste d’une qualification professionnelle en matière d’aménagement et de gestion de sites de plongée subaquatique. Les titulaires du DESJEPS possèdent des expertises techniques, pédagogiques et environnementales en plongée subaquatique, et sont aptes à la direction technique des activités de plongée subaquatique, à l'encadrement et à la formation de tous niveaux, dans tous les milieux. Ils peuvent également assurer le tutorat des stagiaires, ainsi que des fonctions logistiques et des actions de formation de formateurs. Ce diplôme est aujourd’hui accessible uniquement par la voie de la Validation des Acquis de l'Expérience (VAE).
Pour tous ces diplômes, un permis bateau et une attestation de « premiers secours » sont requis. Pour s’inscrire en formation de BPJEPS option A ou DEJEPS, un niveau minimal de Plongeur autonome à 40 mètres est demandé, bien qu'un niveau supérieur puisse être exigé par certains organismes de formation. Pour l’option B « sans scaphandre » du BPJEPS, l’inscription nécessite d’être titulaire d’une qualification attestant d’une compétence à initier, enseigner ou entraîner une activité de plongée subaquatique « sans scaphandre » (hors randonnée subaquatique), comme par exemple moniteur ou entraîneur d’apnée. Pour préparer à ces niveaux, il est conseillé de se renseigner dans l’une des nombreuses écoles de plongée françaises telles que l'ANMP, la FFESSM, la FSGT ou le SNMP. Toutes délivrent des certifications équivalentes et reconnues par le ministère chargé des sports. Deux pages dédiées à la filière professionnelle et à la réglementation sont d’ailleurs disponibles sur le site du syndicat de professionnels des moniteurs de plongée, l’Association nationale des moniteurs de plongées (ANMP).
Le Scaphandrier : Maître des Travaux Subaquatiques Complexes
Le plongeur professionnel ou scaphandrier effectue des explorations et des travaux en eaux profondes. Il intervient en milieu hyperbare, c’est-à-dire dans des environnements où la pression est supérieure à la pression atmosphérique, que ce soit en immersion ou non. Le scaphandrier, parfois appelé plongeur industriel pour le distinguer du moniteur de plongée, est apte et formé pour intervenir dans ces milieux spécifiques. Il doit ainsi connaître et respecter les procédures pour accéder au chantier, travailler en profondeur et remonter en toute sécurité.
Ce professionnel peut exercer pour le compte de secteurs très variés, incluant les travaux maritimes, les opérations de génie civil (BTP), l'industrie nucléaire ou pétrolière, et même l'archéologie sous-marine. Il réalise sous l’eau des tâches qui se font généralement à l’air libre : soudage, découpe de métaux, raccords de tuyauterie, travaux de maçonnerie ou encore inspection de barrages ou d’épaves. Le tout s'effectue à des profondeurs qui peuvent atteindre 150 à 200 mètres. Ces interventions en milieu marin ne doivent pas excéder trois heures par jour et s’effectuent toujours en équipe pour assurer la sécurité de celui qui travaille dans l’eau, soulignant l'importance cruciale du travail d'équipe et de la gestion des risques.
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Le plongeur professionnel dispose d’un équipement spécifique pour évoluer en profondeur, incluant des bouteilles, une combinaison avec casque narguilé, et d'autres outils adaptés. Il communique régulièrement avec les ingénieurs et techniciens restés en surface par un système de communication audio et vidéo. Pour ce métier, la seule pratique de la plongée et de ses règles ne suffit pas : des compétences techniques avancées et une excellente condition physique sont indispensables. Cette dernière est d’ailleurs appréciée chaque année au cours d’une visite médicale très poussée. Les conditions de plongée sont bien souvent loin d’être idéales : mauvaise visibilité, eau froide, parfois polluée, avec du courant. Il n’est pas rare que ces plongeurs aient un mental d’acier pour faire face à de tels environnements.
Pour devenir plongeur industriel (scaphandrier), il faut obtenir une formation spécifique qui définit à la fois la profondeur à laquelle le plongeur peut évoluer et le type de travaux qu’il peut réaliser. Les zones de profondeurs autorisées sont classées :
- Classe 0 pour travailler jusqu’à 12 mètres de profondeur ;
- Classe I pour travailler jusqu’à 30 mètres de profondeur ;
- Classe II pour travailler jusqu’à 50 mètres de profondeur ;
- Classe III pour travailler au-delà de 50 mètres de profondeur.
Quant aux types de métiers autorisés, ils sont définis par des mentions :
- Mention A est dédiée aux travaux subaquatiques (activités de scaphandrier), incluant les travaux maritimes, pétroliers, industriels, et les opérations de génie civil (BTP). Seule cette mention valide les compétences professionnelles de scaphandrier.
- Mention B est une autorisation administrative accordée à certains métiers, les autorisant à plonger. Elle concerne des domaines variés comme les activités physiques ou sportives, l'archéologie sous-marine et subaquatique, les arts, spectacles et médias (photographes, cameraman, cadreurs, éclairagistes, acteurs, etc.), les cultures marines et l'aquaculture (aquaculteurs, marins pêcheurs, corailleurs, ostréiculteurs, etc.), la défense, la pêche et les récoltes subaquatiques, les secours et la sécurité (policiers, douaniers, sécurité civile, pompiers, etc.), ainsi que les techniques, sciences et autres interventions (océanographes, biologistes, archéologues, etc.).
- Mention C concerne les interventions sans immersion, touchant essentiellement les personnels affectés à la mise en œuvre des installations hyperbares médicales (médecins, infirmiers, aides-soignants, techniciens, etc.), mais également les travailleurs intervenant dans les domaines de la défense, des secours et de la sécurité, ainsi que les secteurs scientifiques et techniques.
- Mention D est pour les travaux sans immersion, concernant tous les autres personnels qui interviennent en milieu hyperbare sans immersion, tels que les tunneliers, les soudeurs hyperbares, les tubistes, les agents des centrales nucléaires, ou encore les personnels de l’industrie aéronautique.
Les formations combinent ainsi une zone de profondeur et un type de métier autorisés. Par exemple, le Titre professionnel de scaphandrier travaux publics et le Certificat d’Aptitude à l’Hyperbarie Classe II Mention A permettent d’effectuer tous types de travaux subaquatiques jusqu’à 50 mètres. La Classe 2b, quant à elle, s’adresse aux plongeurs opérant en milieu hyperbare, jusqu’à 50 mètres, souvent dans des conditions nécessitant l’utilisation de mélanges gazeux autres que l’air, pour des travaux plus techniques ou de longue durée. Ces plongeurs professionnels doivent bien souvent avoir un mental d’acier et une excellente condition physique.
La Plongée Militaire : Un Engagement Au Service de la Défense
L’armée propose différents contrats d’engagement pour les plongeurs, allant de contrats courts d’un à trois ans à des contrats longs de huit à dix ans, renouvelables. Une fois recruté, le personnel suit une formation initiale propre à son corps d’armée, puis une formation spécifique selon le métier choisi. Pour ceux qui veulent devenir plongeurs, la sélection reste difficile et exigeante. La formation est assurée par l’école militaire de plongée de Saint-Mandrier dans le Var, un centre d'excellence reconnu pour la rigueur de ses enseignements.
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Le plongeur-démineur dans la Marine nationale illustre parfaitement la nature critique de la plongée militaire. Il recherche et neutralise les engins explosifs détectés en mer, mais aussi dans les ports, sur les terrains militaires ou sur les plages. En dehors de son activité principale de déminage, il doit aussi effectuer divers travaux subaquatiques, tels que la soudure, démontrant une polyvalence technique essentielle. Depuis 2002, la Marine nationale recrute par candidature directe des volontaires pour la spécialité plongeur-démineur et a mis en place récemment une formation préparatoire aux métiers de plongeur de bord et plongeur démineur de la Marine Nationale au Lycée Simone Weil de Conflans-Sainte-Honorine, ouvrant de nouvelles voies d'accès à ces professions stratégiques.
Le Plongeur Scientifique : L'Immersion au Service de la Connaissance
La plongée subaquatique à vocation scientifique désigne toute plongée en milieu aquatique, marin ou continental, dont le but est le recueil de données, d’échantillons ou d’informations à des fins de recherche ou d’enseignement. Elle concerne toutes personnes dont la profession principale n’est pas d’effectuer des travaux subaquatiques en permanence, mais pouvant avoir besoin de s’immerger occasionnellement ou régulièrement pour pratiquer leurs recherches. C’est la raison pour laquelle la plongée scientifique relève de la mention B du certificat d’aptitude à l’hyperbarie (CAH), et généralement un CAH de classe IB suffit pour la plupart des missions.
Depuis 1979, COLIMPHA, l’association française des plongeurs scientifiques, œuvre pour que les scientifiques reçoivent des formations adaptées à leurs besoins dans le cadre de leurs travaux de recherche. Elle a mis en place des stages de formations actuellement gérés par l’Institut national des sciences de l’univers (INSU). Sous l’égide de celui-ci, plusieurs structures sont chargées d’organiser ces formations, généralement destinées à des scientifiques déjà en poste dans des organismes de recherche. Il existe aussi, depuis 1999, un Comité National de la Plongée Scientifique (CNPS) en charge de la promotion de l’information sur la plongée scientifique, renforçant le cadre et le soutien à cette discipline.
Sébastien Motreuil, ingénieur d’études au CNRS, incarne ce profil de plongeur scientifique. Travaillant au laboratoire Biogéosciences (CNRS/Université de Bourgogne) à Dijon, un laboratoire qui compte environ 160 personnes et couvre divers domaines de recherche, il apporte un soutien technique crucial lié à la plongée. Il souligne que la principale différence entre la plongée de loisir et la plongée scientifique réside dans l'objectif. Un plongeur de loisir plonge pour le plaisir, sans obligation professionnelle, pour la photographie, la vidéo ou simplement pour se balader. En revanche, le plongeur scientifique plonge dans un but professionnel, il est rémunéré pour ses missions et doit posséder des qualifications spécifiques.
En tant qu'ingénieur au CNRS, Sébastien Motreuil est en appui technique pour des chercheurs ayant des projets de recherche à travers le monde. Ses missions l'ont mené dans des lieux aussi variés que les Caraïbes pour étudier la biodiversité, l'Amérique centrale pour observer le comportement de certains poissons, ou encore les îles Kerguelen pour étudier la faune et la flore locales. Les domaines avec lesquels il collabore sont nombreux : archéologie, biologie, géologie, et bien d’autres. Par exemple, pour l'archéologie subaquatique, il aide à cartographier des sites et à relever des artefacts. En biologie, son équipe étudie la faune et la flore sous-marine, et pose des capteurs pour surveiller les changements environnementaux. Il a notamment collaboré avec le laboratoire ArTeHiS (CNRS/INRAP/Ministère de la Culture/Université de Bourgogne) sur le lac de Chalain dans le Jura, où il y avait des maisons sur pilotis datant de plusieurs milliers d'années. Son rôle a été d'aider à cartographier cette zone, même si les structures étaient en grande partie dégradées par le temps, illustrant la difficulté et la précision requises par ce travail.
Un plongeur scientifique peut plonger jusqu'à deux fois par jour, cinq jours par semaine, mais cela dépend des besoins spécifiques des missions. Les profondeurs varient selon les qualifications : un plongeur classé 0B peut plonger jusqu'à 12 m, un 1B jusqu'à 30 m et un 2B jusqu'à 50 m. Sébastien Motreuil, étant classé 2B, peut personnellement plonger jusqu'à 50 m, ce qui lui ouvre un large éventail de possibilités d'exploration et d'intervention.
Les outils utilisés sous l'eau par un plongeur scientifique doivent être adaptés à l'apesanteur. Par exemple, pour percer un trou, il faut s'ancrer ou être assisté par un autre plongeur pour éviter de reculer. Les outils doivent être étanches et souvent modifiés, voire fabriqués sur mesure, pour répondre aux besoins spécifiques des missions. La créativité et l'ingéniosité sont donc des qualités précieuses dans ce métier. Sébastien Motreuil est également responsable de la formation des futurs plongeurs scientifiques. Transmettre sa passion est une partie importante de son travail. À Dijon, son équipe a mis en place une formation en plongée scientifique en collaboration avec l'Université de Bourgogne, le SUAPS, l'UCPA et d'autres partenaires, assurant ainsi la pérennité de cette expertise. Sa fascination pour les émissions de Jacques Cousteau depuis son plus jeune âge a nourri sa passion pour la plongée, démontrant que l'inspiration peut mener à des carrières scientifiques passionnantes.
Pour devenir biologiste marin, souvent amené à pratiquer la plongée scientifique, il faut généralement un Bac +5 minimum : une licence (SVT, Biologie) suivie d'un master en Biologie marine, Océanographie (proposé à Marseille, Brest, Paris 6, Montpellier) ou Sciences de la mer (à Toulon). Pour être chercheur, un doctorat est nécessaire, représentant un parcours académique exigeant mais gratifiant. Bien que certains projets puissent permettre de travailler dans ce domaine sans diplôme scientifique strict, la plupart des employeurs exigeront toujours un diplôme d'une autre discipline scientifique pour un plongeur scientifique, car la plongée est un moyen d'investigation au service d'une expertise scientifique de base.