La voile est l'un des moyens les plus anciens et les plus élégants de se déplacer sur l'eau. Depuis des siècles, des navigateurs du monde entier sillonnent les mers grâce à la puissance du vent. La voile nautique est un art qui a évolué au fil des siècles, avec des innovations dans le design, la conception et la technologie, permettant aux marins de naviguer plus efficacement et plus sûrement. La plupart des voiliers sont gréés en sloop, ce qui signifie qu’ils sont composés de deux voiles triangulaires : la grand-voile, située à l'arrière du mât, et la voile d’avant.
Cet article explore les différents types de voiles avant que l'on retrouve sur les voiliers à un mât, en détaillant leur vocabulaire, leur fonction, et leur utilisation.
Vocabulaire Essentiel des Voiles
Avant d'entrer dans le vif du sujet, il est crucial de se familiariser avec le vocabulaire de base des voiles :
- Chute : Bord arrière de la voile.
- Bordure : Bord inférieur de la voile.
- Guindant : Bord avant de la voile, attaché au mât ou à l'étai.
- Oeillets de ris : Anneaux renforcés sur la voile permettant de réduire sa surface par gros temps.
- Penon : Petit bout de laine ou ruban fixé sur la voile pour visualiser l'écoulement de l'air et optimiser les réglages.
- Latte : Baguette rigide insérée dans la grand-voile pour améliorer son profil.
- Garcettes : Petits bouts de cordes servant à enrouler la voile lors de la prise de ris.
- Oeil de Cunningham : Œillet situé près du point d'amure pour régler la tension sur le guindant.
- Croc de ris : Crochet permettant de fixer le point d'amure d'un ris.
La Grand-Voile
Présente sur la quasi-totalité des voiliers de plaisance, la grand-voile est facilement reconnaissable car elle est située à l’arrière du mât. C’est la voile principale d’un voilier à mât unique, elle mesure généralement 21 mètres carrés et a une forme triangulaire. La grand-voile est essentielle à la navigation et permet de diriger le bateau et de contrôler sa vitesse, en se gonflant ou en se réduisant. Elle est installée à l’arrière du mât sur la bôme. On peut régler sa superficie en baissant la voile selon la force du vent. En terme marin on parle de prendre des ris. Les grand-voiles sont maintenues par des lattes rigides qui permettent d’améliorer le profil de la voile et sa prise au vent.
La grand-voile est accrochée à la tête du mât avec une drisse, un bout qui permet de modifier la forme de la grand-voile. Son utilisation est simple, sur certains bateaux, elle se hisse même à l’aide d’un rail ce qui facilite encore plus son maniement.
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La durée de vie de cette voile principale est d'environ 3 ans de navigation, mais cela dépend surtout de la puissance du vent auquel elle a fait face. Comparé aux voiles d’avant, cette voile est bien plus résistante et moins coûteuse. En effet, son prix moyen se situe autour des 1 000€, ce qui est bien inférieur au prix des autres voiles du bateau.
Il existe 4 variétés différentes pour la composition des grands-voiles:
- les fibres
- les tissés
- les laminés
- les membranes
Chacunes de ces variétés contiennent des fils, fibre de carbones, du polyester et fibres de nylon, où le pourcentage varie en fonction de la variété et du tissage.
Réduction de la Surface : La Prise de Ris
Lorsque le vent forcit, il est impératif de réduire la surface de la grand-voile pour maintenir le contrôle du bateau et éviter de surcharger le gréement. Cette opération s'appelle la prise de ris. Elle consiste à amener une partie de la voile vers la bôme et à la fixer à l'aide des oeillets de ris et des garcettes. Les voiliers modernes sont souvent équipés de systèmes de ris automatiques pour faciliter cette manœuvre.
Protection de la Grand-Voile
Pour protéger la grand-voile des UV du soleil et de la lune, on la range le soir dans une housse appelée taud. On plie la GV en accordéon sur la bôme, puis le taud la recouvre. Notez qu’il existe un autre système de rangement composé d’un sac qui reste en place sur la bôme (lazy bag) et de cordes (lazy jack) qui permettent de diriger la chute de la voile directement dans le lazy bag.
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Les Voiles d'Avant
Le choix de la voile d’avant d’un bateau dépend de plusieurs facteurs: le type de voilier, le contexte d’utilisation de cette dernière (croisière, tour du monde, régate), le niveau de navigation de l’équipage et du skipper (facilité d’utilisation), les performances désirées (confort, rapidité), mais aussi du budget disponible.
Il existe plus d’une dizaine de voiles d’avant, dans ce chapitre, nous nous concentrerons sur les 4 voiles les plus utilisées.
Le Génois
Le génois est la voile d’avant la plus grande, c‘est une voile trapézoïdale. Il est généralement utilisé pour naviguer à des allures de croisière en voilier en haute mer. Il est constitué de Dacron, un textile synthétique qui permet une grande rigidité et une robustesse de la toile.
C’est une voile de près, ce qui signifie qu’on navigue avec lorsque le bateau est situé à moins de 40 degrés du vent.
Le taux de recouvrement du génois est supérieur à 100%, cela signifie que sa hauteur atteint la tête du mât et que sa largeur occupe l’espace entre le mât et le nez du bateau.
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Les avantages du génois sont sa facilité à manoeuvrer et sa souplesse. Néanmoins, son coût est élevé lors de l’achat et de l’entretien. Il est souvent installé sur un enrouleur, autour de l’étai : cela permet de pouvoir le dérouler tout en restant à l’intérieur du cockpit sans avoir à aller hisser la voile à l’avant. Son recouvrement est de 100% (la voile va jusqu’au mat, mais ne le dépasse pas).
Le Foc
Le foc est une voile plus légère et plus petite que le génois. Sa particularité est qu’il ne remonte pas jusqu’en haut du mât, ce qui le rend facilement reconnaissable.
Il est aisément maniable grâce à sa forme creuse qui lui permet d’éviter les transitions violentes quand le voilier se situe de travers. L’avantage d’avoir une voile creuse et non raide est qu’elle se dégrade beaucoup moins rapidement, néanmoins, le bateau sera beaucoup plus lent durant la navigation. Le foc est donc une voile idéale pour naviguer à un rythme de croisière, proche des côtes.
Son prix est logiquement moins élevé que celui des autres voiles grâce à sa superficie. De plus, sa durée de vie est d’environ 5 ans, cependant elle peut s'abîmer rapidement face à des rafales de vents.
Le Solent
Le solent est une voile d’avant de taille intermédiaire entre le génois et le foc, son recouvrement monte jusqu’à la tête du mât mais n’est pas aussi large que le génois.
Ce dernier est une voile raide, ce qui signifie que la voile ne se gonfle pas lorsqu'elle prend le vent, et donc qu’elle est bien plus performante. Il est souvent utilisé en régate grâce à la vitesse qu’il permet d’atteindre.
Le solent est cependant difficile à manier et à hisser de par de son poids important émanant de sa taille et de sa composition en polyester bien plus dense que les autres voiles.
Par ailleurs, cette voile se détériore rapidement car le vent détend les tissus et qu’elle se plie lorsqu’elle est enroulée.
Le Tourmentin
Utilisé exclusivement dans des conditions de vent violent, le tourmentin est une voile d'avant réduite et résistante. Le tourmentin est une petite voile, semblable à un foc, qui est constitué de tissu épais et conçu pour être très résistant. Toute petite voile « tempête », quand il y a beaucoup de vent.
Sa taille limitée et sa position basse sur un bas étai permettent d'abaisser le centre de voilure, ce qui stabilise le bateau en réduisant le roulis et les risques de chavirage. Souvent fabriqué en tissu épais et renforcé, le tourmentin est un outil de survie indispensable en haute mer. Il s'installe en cas de tempête pour garantir la sécurité de l'équipage et préserver le gréement principal. Facile à transporter, on le retrouve souvent dans la cale des voiliers de navigateurs réguliers pour qui, sortir durant des vents de force 5 est une partie de plaisir. Il est d’ailleurs conseillé d’en avoir un dans tous les voiliers en cas de rafales imprévues.
Autres Voiles d'Avant
En courses les focs (voiles d’avant) se nomment J (J1 à J3).
- Le J1 est le plus grand foc (140 m2) Cette voile va jusqu’au mat mais ne le dépasse pas C’est la voile que l’on met quand le vent vient de devant (allure de près pour les experts).
- Le J2 fait 100m2. C’est la voile qui reste toujours en place, elle est enroulée sur l’étai qui tient le mât.
- Plus petite que la trinquette, cette voile de 65 m2 est prévue pour le gros temps.
- Elle mesure environ 50 m2 et peut s’affaler. C’est un tout petit foc obligatoire dans le règlement.
- Le Code 0 est une voile de petit temps qui va au bout du bout dehors et en tête de mât.
Les Spinnakers
Les voiliers peuvent aussi comporter un spinnaker ou “spi”. Cette sorte de voile ressemble à un parachute, on la hisse lorsque l’on souhaite que le voilier navigue à des allures importantes, en recevant le vent à l’arrière. Diminutif de spinnaker, c’est une voile qui ressemble à un « parachute » que l’on met quand le vent vient de l’arrière (et donc que le bateau se fait pousser). Contrairement aux autres voiles, le spi n’est pas forcément fixé sur l’étai.
Il existe 2 types de spi, le spi symétrique et le spi asymétrique.
Le textile utilisé pour le spinnaker est l’un des facteurs essentiels qui lui permet sa légèreté. Le spi symétrique est généralement fait en nylon, alors que le spi asymétrique lui, est fait de polyester.
Le Spinnaker Symétrique
Un spinnaker symétrique est idéal pour naviguer aux allures grand-largue et par vent d’arrière. Il offre une grande vitesse, ce qui est idéal pour les voiliers mais aussi les catamarans, néanmoins il nécessite des compétences de manoeuvrabilité supérieure à celles du spi asymétrique. Le spinnaker symétrique peut être hissé avec son point de drisse en haut du mât et une poulie ou des bouts.
Le Spinnaker Asymétrique
Le spinnaker asymétrique est plus récent que le symétrique. Il fût conçu spécialement pour la course. Sa particularité est qu’il est beaucoup moins creux que le spi symétrique, ce qui lui permet d’être encore plus rapide.
Par ailleurs, ce dernier ne navigue pas par vent d’arrière, mais uniquement par grand-largue ou vents de travers.
Autres Types de Spinnakers
- Cette voile de 200 m2 est utilisée quand il y a de la brise (25 à 35 nœuds de vent).
- Le Grand Gennaker mesure un peu moins de 300m2, c’est la plus grande des voiles pouvant être enroulée.
- Le spi reste la plus grande voile du bord (400 m2 ). Il est utilisé entre 7 et 15 noeuds de vent.
Lorsque ces voiles ne sont pas à poste, elles sont rangées dans la soute à voile. Elles servent de contre poids et les navigateurs doivent les matosser c’est à dire les déplacer d’un côté ou de l’autre pour servir de contre poids.
Conseils pour l'Entretien et l'Utilisation des Voiles
Ne soyez pas vexé-e, mais sans un bon jeu de voiles, votre bateau ne sera jamais qu’une caravane flottante. Peut-être restera t-il confortable au port et au moteur, mais en navigation vous allez vite vous ennuyer ou vivre des moments désagréables.
La durabilité: compte tenu du prix des voiles et des agressions qu’elles subissent nous avons intérêt à les protéger autant que possible. Les tauds, les protections placées sur les barres de flèches, haubans, chandeliers, les renforts sur les voiles elle-mêmes sont indispensables à la longévité du jeu de voile. Des voiles bien entretenues dureront plus longtemps, comme tout bien matériel. Elles ne réclament pas tant d’attention cependant. Il faut les préserver du soleil en les couvrant de tauds quand elles ne servent pas, y compris lors d’escales d’une nuit. Certains tissus n’aiment pas les pliures qui cassent les fibres à la longue, notamment ceux composés de mylar. Enfin au fil des années des coutures s’abiment, la chute et les goussets de lattes s’usent, c’est normal. Voilà un autre secret de la longévité des voiles. Une mauvaise utilisation des voiles les déformera prématurément. Mais pour bien régler ses voiles il faut déjà que le gréement lui-même soit bien réglé. Que le pataras et l’étai soient tendus au près, que les haubans soient tendus au vent et légèrement mollis sous le vent, symétriquement. Ensuite il faut disposer de suffisamment de réglages et apprendre à s’en servir.
D’autre part tout doit coulisser, bloquer; débloquer, monter, descendre librement, avec le moins possible de frottement. Qu’il s’agisse des winchs, bloqueurs, des poulies, chariots divers, coulisseaux, mousquetons et autres roulements. Outre les risques de casse ou d’accident, ces dysfonctionnements vous dissuadent d’appliquer les bons réglages et finissent par abimer vos voiles.
Une amélioration peut-être envisagée après chaque sortie: un peu de téflon par ici, de dégrippant par là, une révision du passage des drisses, le renouvellement d’une pièce d’accastillage etc.