Versets Coraniques et l'Obligation du Voile: Une Analyse Approfondie

Cet article se concentre spécifiquement sur l'examen de l'obligation du port du voile pour la femme musulmane à travers l'analyse des versets coraniques, excluant les autres règles relatives à la tenue vestimentaire en public ou devant des hommes étrangers.

Preuves Coraniques de l'Obligation du Voile

Le Coran, parole d'Allah, comprend 114 sourates qui énoncent les règles de jurisprudence établies par le Législateur. Concernant les vêtements et plus précisément le port du hijab, plusieurs passages coraniques y font référence. L'obligation du port du voile en Islam suscite de nombreux débats. Certains remettent en question son caractère obligatoire, tandis que d'autres l'affirment.

Sourate An-Nour (24:31)

Un verset clé se trouve dans la sourate An-Nour (n°24), verset 31, qui exhorte les croyantes à baisser le regard et à garder leur chasteté. Ce verset est souvent cité comme une preuve de l'obligation du voile.

Le verset se lit comme suit (traduction rapprochée du sens) : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de préserver leurs sexes, et de ne montrer de leurs atouts que ce qui est apparent. Et qu'elles couvrent leurs jouyoub avec leurs khoumour… »

L'imam Ibn Kathir (mort en 774 du calendrier hégirien) a expliqué que le terme "khoumour" est le pluriel de "khimar," désignant ce qui sert à cacher une autre chose. Ainsi, Allah ordonne aux femmes de porter un voile qui couvre leurs têtes, cachant leurs cheveux, et qui descend pour couvrir leurs poitrines.

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Sourate Al-Ahzab

Dans la sourate Al-Ahzab, Allah fait référence au jilbab, incitant le messager d'Allah (paix et bénédiction sur lui) à dire aux femmes musulmanes de ramener sur elles de grands voiles afin de ne pas subir d'offenses. À Médine, les hypocrites leur faisaient subir des offenses. Le voile dans le Coran leur permettait d’exprimer leur attachement à la Oumma.

Analyse Lexicale et Sémantique du Verset 24:31

L'analyse littérale du verset 24:31 repose sur une analyse lexicale et sémantique approfondie des mots-clés tels que "abṣâr," "zîna," "khumur," et "juyûb." L'analyse contextuelle révèle que ce verset est intégré dans une sourate centrée sur les rapports moraux dans la société, le couple et la famille. Le verset comporte six recommandations adressées aux musulmans et aux musulmanes au nom de leur foi en Dieu. L'ensemble de ces conseils constitue un cadre moral cohérent en dehors duquel la "question du voile" ne peut donc se comprendre.

Recommandations du Verset

  1. Refréner Certains Regards (Ghaḍḍ al-Abṣâr): Plutôt que de simplement "baisser les regards," il est demandé de dominer les intentions derrière les regards impudiques, de désir, aguicheurs ou concupiscents. Il est demandé d'avoir une maîtrise de ses intentions et une purification de l'âme.

  2. Être Chaste (Yaḥfaẓna Furûja-Hunna): La maîtrise des parties intimes est un appel à la chasteté, symétrique à celui adressé aux hommes. Le Coran reconnaît aux hommes comme aux femmes la même responsabilité et appelle de ce fait les uns et les autres à maîtriser leur sexualité.

  3. Ne Montrer de Leur Beauté (Zîna) que Ce Qui Peut en Paraître: Il est demandé de ne pas exagérément exposer sa beauté, respectant les limites de ce qui peut en paraître raisonnablement, dans un contexte de pudeur et de chasteté.

    Lire aussi: Voile islamique : perspectives coraniques

  4. Couvrir de Leurs Étoffes (Khumur) Leurs Décolletés (Juyûb): Le terme "khumur" est essentiel. Il dérive de la racine "khamara" (couvrir, envelopper, cacher) et désigne étymologiquement tout ce qui sert à cacher et dérober aux regards. Al Isfâhânî au Ve siècle de l’Hégire ajoute que l’usage, postérieur au Coran, lui a donné le sens de ce qui couvre la tête des femmes.

  5. Ne Montrer Leur Beauté Qu'à Certaines Personnes: Le verset énumère les personnes devant lesquelles les femmes peuvent révéler leurs atours : maris, parents, beaux-parents, enfants, beaux-enfants, frères, les enfants de leurs frères et ceux de leurs sœurs, aux femmes, à leurs esclaves, aux domestiques mâles demeurés et aux jeunes enfants qui ne s’intéressent pas à la nudité des femmes.

  6. Ne Pas Frapper des Pieds pour Révéler Leurs Parures Cachées: Il est interdit aux femmes de frapper des pieds de manière à attirer l'attention sur leurs ornements cachés.

Le Hijab : Plus Qu'un Simple Voile

Le terme "hijab" en arabe (حِجَاب) dérive du verbe "hadjaba" (حَجَبَ), désignant un rideau, une cloison, une séparation, ou tout ce qui dissimule et dérobe quelque chose à la vue. Bien que le terme hijab soit souvent associé au voile, son sens originel est plus large. Le terme « Hijab » est apparu dans le Coran à maintes reprises et dans de différents contextes.

Dans le Coran, le terme "hijab" apparaît dans différents contextes, notamment pour désigner une séparation physique ou symbolique. Par exemple, il est utilisé pour décrire la séparation entre les croyants et les épouses du prophète, ainsi que la manière dont Allah communique avec les hommes.

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Divergences d'Interprétation

Les parties de la femme qui doivent être couvertes varient selon le madhab (école juridique) suivi. Une minorité des savants appartenant à l’école Hanbalite, par exemple, présume que les femmes doivent se couvrir entièrement et que même les mains et le visage doivent être dissimulés.

Est-ce que le voile doit descendre en passant sur le visage ou en le contournant ? Ce n’est pas ici que nous trancherons sur cette divergence.

Conditions du Voile Légiféré

Les gens de science ont établi une série de règles vestimentaires qui font office de code de conduite pour les musulmanes. Il s’agit des fameuses conditions du voile légiféré. Ni Allah ni Son messager ne les énumèrent de manière évidente. Les croyantes doivent porter des vêtements amples et larges, opaques et discrets, couvrant leur "awra" (parties intimes) et préservant leur chasteté. La notion de pudeur concerne également le sexe opposé.

Le Voile: Une Question Complexe

Le port du voile est devenu progressivement un quasi-pilier de l’Islam post-moderne, mouvement de réislamisation qui dès l’origine est de nature politique. Voile islamiste donc, et voile islamique par suite. Selon une logique identique, certains pouvoirs séculiers ont compris tout l’intérêt, faute de mieux, qu’ils avaient à agiter ce bout de chiffon dans l’arène politique, ne nous voilons pas la face. Entre ces luttes d’hommes, les femmes sont doublement prises en otages, consentantes ou pas. De fait, le voile peut être à l’heure actuelle l’expression d’une piété sincère, l’affichage d’un certificat d’islamité, une mode identitaire ou une revendication militante.

L'interprétation des versets coraniques relatifs au voile est complexe et sujette à diverses interprétations. Si certains savants considèrent le voile comme une obligation divine, d'autres mettent en avant le contexte moral et les recommandations du Coran, soulignant l'importance de la pudeur, de la chasteté et de la maîtrise de soi pour les hommes et les femmes.

Le Voile et les Hommes

Très souvent, quand on aborde le sujet du hijab, on pense directement aux femmes ; ce qu’elles doivent porter, comment elles doivent se comporter, ce qu’elles doivent éviter, alors que l’Islam est une religion d’équité, et comme il impose aux femmes un certain nombre de règles à suivre, il en est de même avec les hommes. Les hommes, eux aussi, ont une 'awra ; on parle, à cet égard, de la partie entre le nombril et les genoux. Ainsi, il leur est interdit de porter quelque chose en or ou bien fabriquée de soie, et à l’instar des femmes, les hommes ne doivent pas porter des habits excessivement ostentatoires ayant pour but d’attirer et de séduire les femmes. De même, il leur est imposé de baisser le regard «غضّ البصر ; ghaddo al bassar ».

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