Depuis le Vendée Globe 2016, les foils sont apparus sur les IMOCA, remplaçant les dérives sur les nouveaux bateaux. S'ils n'ont pas pu vraiment démontrer leur efficacité sur l'édition 2020 en raison de conditions météo très particulières, le premier mois de course sur le Vendée Globe 2024 montre que les voiliers les plus rapides sont bien des voiliers à foils. Derrière l’acronyme IMOCA se cache avant tout un grand voilier de 18 mètres de long taillé pour traverser les océans de toutes les mers du monde. IMOCA est une abréviation anglaise pour International Monohull Open Class Association. Cette association a vu le jour en 1991, dans la foulée du premier Vendée Globe, avec pour objectif d'établir des règles de jauge pour ces monocoques. Contrairement à la Route du Rhum ou à la Transat Jacques Vabre, qui permettent de retrouver des bateaux de différentes classes, le Vendée Globe n’accueille qu’une seule catégorie de bateaux : les IMOCA.
Architecture et conception des coques
La coque est la partie qui permet au bateau de flotter. Sur le Vendée Globe, les bateaux n’en ont qu’une : ce sont des monocoques. Pour garantir l’équité entre tous les skippers, la taille de cette unique coque est réglementée. Pour la longueur, elle ne doit pas dépasser 60 pieds, soit 18,28 mètres, et pour la largeur, elle ne doit pas faire plus de 5,85 mètres. L’architecte de Charal 2, Initiatives-Cœur 4 et Bureau Vallée 3 souligne que les derniers IMOCA mis à l’eau sont le fruit d’une évolution maîtrisée de la technologie et d’un professionnalisme grandissant des équipes techniques des différents teams.
Le Vendée Globe, c’est avant tout une course, alors pour aller vite, il faut être léger. Les architectes des bateaux utilisent des matières légères mais solides, comme le carbone, pour fabriquer les coques. Les étraves arrondies, dont L’Occitane de Sam Manuard était le précurseur, sont de plus en plus spatulées pour mieux passer la mer tandis que la plage d’utilisation des foils augmente. Avant, les étraves étaient très fines pour « percer » les vagues. Le premier plan Manuard à étrave de scow engagé sur le dernier Vendée Globe, l’Occitane En Provence, est désormais aux mains de Louis Burton (Bureau Vallée).
Les appendices : Foils versus Dérives
Chaque voilier du Vendée Globe est équipé soit de foils, soit de dérives. Foil ou dérive, il faut donc choisir ! Les foils sur un IMOCA fonctionnent comme des ailes immergées, générant une force de portance qui soulève partiellement la coque hors de l’eau. Les foils sont comme de grandes moustaches ou bien des ailes qui sortent de chaque côté de la coque. Leur rôle est d’empêcher le bateau de dériver, mais pas seulement ! Quand le bateau atteint une certaine vitesse, le foil dévie l’eau vers le bas. Cette « aile » pousse vers le haut et fait monter le bateau au-dessus de l’eau. Cela permet à la fois de corriger l’inclinaison du bateau mais aussi de réduire le contact de l’eau avec la coque.
En revanche, une dérive est une pièce immergée sous le voilier qui aide à limiter les mouvements latéraux et à maintenir la stabilité directionnelle. Elles sont comme des ailes sous-marines qui permettent d’éviter les dérapages latéraux dus aux effets du vent. Sur les bateaux du Vendée Globe, il y a deux dérives : une dérive à tribord (droite) et une dérive à bâbord (gauche) au niveau de la quille. Elles sont rétractables, c'est-à-dire qu’elles sont remontées ou immergées en fonction de la gîte (l'inclinaison du bateau), afin que le skipper garde le cap souhaité. À quai, les dérives sont relevées et donc visibles sur le pont.
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Il est important de noter que les foils possèdent quand même un point faible : ils sont fragiles. Durant la 9e édition en 2020, suite à un problème structurel sur son foil bâbord (gauche), Thomas Ruyant a été contraint de le scier pour pouvoir reprendre la course. Sébastien Simon a lui aussi subi une avarie de foil après avoir heurté un OFNI, il a été contraint d’abandonner. Récemment, pendant la 10e édition, Clarisse Crémer a eu un problème de vérin qui l’empêchait de bouger son foil correctement.
La quille et le système de lestage
La classe IMOCA impose des caractéristiques techniques aux voiliers de course au large. Récemment modifiée, elle impose notamment une quille standardisée : elle ne doit pas dépasser les 4,50 mètres sous la surface de l'eau. La quille se situe en-dessous de la coque et permet de garder le bateau en équilibre sur l’eau. Pour cela, elle est lestée d’un bulbe de plomb de trois tonnes. Grâce à son poids, le bateau reste enfoncé dans l’eau et empêche ainsi le voilier de chavirer. Pour que le bateau puisse continuer de « voler » sur l’eau, la quille est pendulaire, c’est-à-dire qu’elle s’oriente de bâbord (gauche) à tribord (droite). Cela permet aux marins de garder la voile la plus grande et donc de garder de la vitesse. Depuis l’édition 2012-2013, durant laquelle il y a eu beaucoup d’incidents mettant en cause la quille, elle est soumise à une certaine réglementation. Elle doit notamment être fabriquée en acier inoxydable et elle doit être peinte dans une couleur repérable.
Mâts, gréements et motorisation
Le mât des bateaux du Vendée Globe mesure 29 mètres de haut maximum, ce qui représente 5 girafes les unes au-dessus des autres ou un immeuble de 9 étages. Tous les IMOCA sont équipés d’un mât en carbone monotype respectant ce tirant d’air et fourni par la société lorientaise Lorima. Certains bateaux sont équipés d’outriggers, deux énormes tubes en carbone placés de chaque côté du mât. Les outriggers sont reliés au mât par des câbles : les haubans. Les IMOCA équipés de ces outriggers ont choisi d’avoir un mât aile. Ce type de bateau a besoin de ces tubes en carbone, implantés à bâbord et à tribord du mât pour le renforcer. En effet, les voiles gonflées par le vent poussent très fort sur le mât et seul, il ne pourrait supporter toute cette tension.
Sur un Vendée Globe, tous les IMOCA sont équipés d’un moteur. Ce dernier n’est pas là pour faire avancer le bateau, mais pour fournir de l’électricité. Il sert essentiellement à charger les batteries qui alimentent tous les appareils nécessaires à la navigation. L’hydrogénérateur permet aussi de produire de l’énergie. Ils sont généralement deux et sont situés à l’arrière du bateau entre les deux safrans. Pour produire cette énergie, l’hydrogénérateur est plongé dans l’eau. Une fois immergée, l’hélice se met à tourner grâce à la vitesse du bateau. L’organisation du Vendée Globe a annoncé qu’en 2028, pour la 11e édition, les skippers n’auront pas le droit d’utiliser un moteur fonctionnant avec une énergie fossile pour produire de l’électricité à bord.
Le système de gouverne et les safrans
Les bateaux du Vendée Globe possèdent tous deux safrans. Les safrans sont situés de chaque côté de la coque à l’arrière du bateau et ont une forme plate qui est souvent immergée dans l’eau. Le safran est important pour diriger le bateau, surtout quand il y a du vent, des vagues ou des obstacles. Les deux safrans sont reliés au gouvernail. Quand on tourne ce gouvernail, le safran pivote dans l'eau. Cela change la direction dans laquelle le bateau avance. Les conditions extrêmes du Vendée Globe, notamment les tempêtes et les risques de collision, mettent à rude épreuve les safrans qui sont souvent endommagés. Lors du Vendée Globe 2008-2009, Jean Le Cam a subi un chavirage spectaculaire. Son bateau, VM Matériaux, s'est retourné, mât sous l'eau, quille et safrans orange fluo en l'air. La couleur des safrans a été très utile pour repérer le marin en détresse qui était resté bloqué sous la coque du bateau renversé.
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La garde-robe et les voiles composites
Les IMOCA font partie des bateaux de course les plus toilés. Pour un voilier, on dit que les voiles sont le moteur et le vent, l’essence. Le règlement du Vendée Globe impose aux skippers d’embarquer seulement 8 voiles. Le skipper met en place les voiles en fonction de la météo, des allures et des conditions de vent. Les matériaux ont beaucoup évolué : avant, les voiles étaient en tissu, plusieurs panneaux cousus ensemble. Maintenant, elles sont en matériau composite et thermoformées sur des grands moules. Elles n’ont plus de couture. Pour cette 10e édition, certains skippers partent en mer avec des voiles en fibre naturelle. Par exemple, la grand-voile de Damien Seguin est fabriquée avec 50 % de fibres de lin.
Parmi les voiles essentielles, on retrouve le J2, installé sur l’étai principal fixe, qui s'utilise au près et au vent de travers. Le J3 est un foc de brise, une trinquette utilisée par vent fort. Les gennakers comme le Mast head 0 ou le Code 0 sont des voiles de grande surface amurées sur le bout-dehors, permettant de couvrir des allures portantes. Chaque marin travaille avec différentes voileries pour confectionner des voiles 100% sur mesure, ajustant le curseur entre surface, forme et installation.
Le cockpit : Ergonomie et sécurité
Le cockpit est un espace, en creux, extérieur à la cellule de vie. C’est là que le skipper surveille et fait les manœuvres. Aujourd’hui, les cockpits des IMOCA sont très souvent protégés grâce à une casquette en dur (en carbone) ou plus souple. Le premier intérêt est un gain de confort : les skippers, à l’abri de l’humidité, n’ont plus besoin de s’équiper de ciré et de bottes. Le deuxième est au niveau de la sécurité à bord : quand ils sont dans les mers du sud, les vagues qui déferlent sur le pont sont comme des murs d’eau. Protégés par la casquette, ils sont à l’abri des assauts des vagues. À l’avant du cockpit, on retrouve un espace réservé à la vie du quotidien. Partie centrale du cockpit d'un IMOCA, ce véritable tableau de bord est le poste de commande du bateau, où le marin surveille les conditions météorologiques, le niveau de la batterie et sa production d’énergie. Appelée le « Moulin à café », cette colonne située en plein milieu du cockpit sert à contrôler les winches pour déployer les voiles.
Électronique et automatisation
Pendant le Vendée Globe, le skipper barre très peu manuellement son bateau. Tous les IMOCA sont équipés de pilotes automatiques, fidèles équipiers des marins en solitaire. Équipement indispensable pour la course au large en solitaire, le pilote automatique agit sur la barre pour maintenir le cap du bateau. Les voiliers de course sont équipés de nombreux capteurs électroniques reliés à l'ordinateur. Ces informations, combinées à celles sur le vent, sont analysées par le logiciel du pilote automatique, qui se charge d’ajuster la trajectoire du bateau pour aller chercher toujours plus de performance. Néanmoins, cette technologie a ses limites et reste très fragile. Le moindre choc peut entraîner le dysfonctionnement du pilote automatique. Lors de la première édition en 1989, Titouan Lamazou en avait embarqué pas moins de 12. Lors du Vendée Globe 2020, Louis Burton et Damien Seguin ont tous les deux subi une avarie sur leur pilote automatique, mettant presque 24h à trouver une solution.
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