Valhalla et l’héritage maritime : Entre mythes vikings et épopées des voiliers rouges

La construction du mythe viking dans l’imaginaire contemporain

Armé d’une hache et d’un bouclier, la neige crisse sous les pas du viking. Le guerrier se faufile dans le froid, discrètement, pour libérer son équipage retenu prisonnier, indispensable à la manœuvre de son drakkar et pour retrouver le clan du Grand Corbeau. Manette en main le joueur prend le contrôle d'Eivor, dans le nouvel opus vidéoludique d'Ubisoft. Après avoir successivement proposé aux joueurs d'incarner des personnages de l’Egypte puis la Grèce antique, la saga vidéoludique Assassin’s Creed s’attaque à une autre grande période de l'Histoire : l'ère des vikings. “Il y avait une vraie demande de la part des joueurs et le studio Ubisoft de Montréal était enchanté par ce projet, justifie Thierry Noël, historien et Inspirational content advisor pour le studio Ubisoft, le développeur du jeu. Fondamentalement, ce qui plaît chez le viking, c'est l'aventurier, le découvreur. Derrière les pillages, on sait que c'est une société d'explorateurs, de commerçants, et de gens qui ont été partout dans le monde… On essaye de représenter ces sociétés là dans toute leur complexité et de ne pas se limiter aux simples brutes vikings. En fait, le viking n'a jamais vraiment disparu. On le voit revenir au gré des époques, au gré des périodes, avec des réinterprétations très diverses, voire parfois contradictoires sur les personnages.”

La mode des vikings serait donc - comme bien des modes - cyclique, et c'est maintenant au tour des jeux vidéo de s’emparer de cette figure du Moyen Âge et d’en proposer sa version actualisée. Connue pour ses représentations très inspirées de la réalité et sa capacité à inscrire ses différents opus dans un contexte historique, la saga Assassin’s Creed, véritable blockbuster du monde vidéoludique, se veut la dernière itération de cette réinterprétation du viking et de sa mythologie. Si avant elle, la saga vidéoludique God of War proposait déjà d’incarner un dieu nordique, c’est surtout le succès de la série “Vikings”, diffusée depuis 2013 par la chaîne History, qui est à l'origine d'une mode moderne du mythe du viking dont le succès ne se dément pas. “La série viking n’a rien inventé, tranche à ce sujet Pierre Bauduin, historien médiéviste spécialisé dans l'étude des mondes normands. Elle reprend des traditions qu'on retrouve dans la littérature scandinave. Il y a plusieurs types de sagas : les sagas des rois, les sagas des familles, etc. Et puis vous avez des sagas imaginaires, au XIVème voire XVème siècle, qui sont totalement de la fiction. Finalement les séries ont fait un peu la même chose que ces sagas : elles réinventent. A partir du moment où nous sommes bien conscientes que c'est de la fiction, nous ne sommes plus dans le domaine de l'histoire mais dans celui de la création !”

Les racines historiques et le nationalisme romantique

Il faut dire que sur le plan historique, les sources de la période viking sont malheureusement peu nombreuses : à l’exception des inscriptions runiques, les premières sources écrites datent du XIIe siècle et sont donc postérieures à l’ère des vikings. Elles sont le fait des fameuses sagas, ce genre littéraire islandais qui mélange allégrement fiction et réalité, ou bien celui des chroniqueurs de l’époque décrivant les pillages de ces barbares venus du nord, “qui transmettent les récits d’invasion sous le mode d'une amplification tellement dramatique que cela installe une histoire mythifiée”, juge Jean-Marie Levesque, conservateur du Musée de Normandie, à Caen. Mais plus encore que les chroniqueurs de l’époque, ce sont les nations scandinaves elles-mêmes qui, les premières, installent le mythe du viking. Cette transmission est liée à l'histoire des nations scandinaves, notamment à partir de la période moderne, autour des XVIème et XVIIème siècles. L'installation des monarchies scandinaves dans le concert des nations européen les conduit à se doter d'une Histoire qui soit à égalité avec celle de l'Histoire romaine ou de l'Histoire grecque, sur laquelle la plupart des nations se fondent. Elles travaillent la valorisation du patrimoine national et des dynasties scandinaves, suédoises, norvégiennes ou encore danoises. Les pays scandinaves puisent, à la fois dans la mythologie et dans l'histoire des dynasties du Moyen Âge, des personnages, des situations, des mises en scène, pour installer une notoriété équivalente, pour eux, à celle des grands moments de l'Histoire grecque, romaine et européenne.

Il faut néanmoins attendre le XIXème siècle pour que s’installe la première “mode” des vikings. Ces derniers acquièrent alors une réputation universelle, grâce au mouvement du nationalisme romantique, raconte Pierre Bauduin : L'image des vikings naît au XIXème siècle, sous l'influence du romantisme, qui va de pair avec la redécouverte des traditions culturelles autres que gréco-romaines, des traditions culturelles celtes ou germaniques. C’est l'image du viking épris de grands espaces, des libertés que lui procurent l'aventure maritime… Il y a d'une part cette influence là et puis également l'influence du réveil des nations qu'on retrouve un peu partout au XIXe siècle, y compris dans les pays scandinaves où le temps des vikings alimente la fierté nationale. “On est en 1814-1815, juste après les guerres napoléoniennes, surenchérit Jean-Marie Levesque. Les nations scandinaves ont connu au XVIIème et XVIIIème siècle, une période faste. La Suède, pendant la guerre de Trente Ans, dominait le continent européen. Après les guerres napoléoniennes, les pays scandinaves sont ravalés à un rang de puissances de seconde zone et on voit alors émerger cette exaltation pour un passé glorieux…”

La Ligue gothique, notamment, composée de jeunes écrivains danois et suédois, va porter ce mouvement à travers des propositions poétiques, essentiellement littéraires. Le Danois Nicolai Grundtvig propose la toute première traduction du mythe de Beowulf en langue moderne. Les pays scandinaves font ainsi l’inventaire des productions populaires et folkloriques et en proposent des interprétations assez libres. “Ca va se manifester dans la littérature, dans l'opéra, comme celui de Wagner avec L’Anneau du Nibelung, mais aussi dans les arts appliqués, voire dans l'architecture et l'immobilier, précise Pierre Bauduin. A la fin du XIXème siècle, une des versions de l'art nouveau en Scandinavie, c'est ce qu'on appelle le “Drake style”, c'est-à-dire le style dragon, qui reprend des motifs décoratifs de l'art viking pour les adapter à l'architecture, puis à tous types d'objets, y compris du quotidien… Comme quoi les modes inspirées par les vikings n’ont rien de nouveau”.

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C’est surtout à ce moment là que le concept du viking se popularise en Europe et au-delà. Le mot “viking” passe d’ailleurs peu à peu dans le vocabulaire courant alors qu’il était quasi-inexistant jusqu’ici, les chroniqueurs du haut Moyen Âge lui préférant le terme de “Normands” ou de Danois pour désigner les envahisseurs scandinaves. Le fait de retravailler cette question des origines des peuples va donner aux vikings une visibilité et une notoriété d'abord dans les pays scandinaves eux mêmes, qui va très rapidement se diffuser en Europe. A partir du XIXe siècle on commence aussi à faire ce travail qui consiste à donner une typicité, une espèce d'exotisme germanique avec le vocabulaire : ce sont des vikings. On crée, on invente les vikings comme peuple, en leur attribuant un certain nombre de caractéristiques dans l'exaltation de l'esprit d'aventure, de la force physique, d'un goût pour la fatalité et le destin tragique. Tout un imaginaire se développe, avec un retour vers les cultes païens, avec les divinités du Valhalla. On construit comme ça des personnages d'un monde imaginaire fondés sur des références historiques. Dans la foulée de ce mouvement, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, le travail des archéologues révèle les premières sépultures-bateaux. La découverte, en 1905, du navire d’Oseberg, d’une longueur de 22 mètres, marque les esprits. Ces embarcations norroises achèvent ainsi d’enflammer l’imaginaire et la figure du navire viking, le mal-nommé drakkar, greffe tout un idéal de conquête, de découverte et d’aventure au mythe viking.

Dérives idéologiques et modernité du "barbare fréquentable"

D’abord exalté dans un but de reconstruction nationale, le mythe viking va cependant être récupéré par une idéologie bien plus extrême : le nazisme. “Les nazis imaginaient dans les vikings la quintessence de ce que pouvaient être les traditions germaniques, explique Pierre Bauduin. Il faut savoir par exemple que les nazis se sont intéressés à la tapisserie de Bayeux, parce qu'on était censé retrouver en Normandie, cet esprit germanique.” L’Ahnenerbe, l’institut de recherche du IIIème Reich, cherche à démontrer, notamment grâce à des fouilles archéologiques, les origines et la supériorité de la race aryenne. Parmi ses nombreuses recherches, elle se penche ainsi sur l’histoire des vikings et envoie en France en 1941, dans l’espoir de récupérer la tapisserie de Bayeux, l’archéologue allemand Herberg Jankuhn. L’opération se soldera par un échec. “Pour les nazis, le Viking est l'incarnation du guerrier victorieux et de la race pure qui régénère l'Occident décadent, précise Jean-Marie Levesque. C’est le culte de la force, de la race, du guerrier… Ce sont des thématiques d'extrême droite très ancrée dans la revitalisation des mythologies nordiques. Pour les aryens, le viking c'est l'aryen suprême.”

Après la guerre, l’imaginaire viking est récupéré par des mouvements régionalistes ou d’extrême droite, y compris dans les pays scandinaves. “L’image du viking ne doit pas forcément être apparentée à cet extrême, tempère Pierre Bauduin. Finalement les vikings représentent aussi un autre, dans le sens d'un représentant de l'altérité. Il peut être violent et barbare, mais on le découvre comme porteur d'un certain nombre de valeurs ou capable d'échanger avec les autres, c'est un peu le barbare fréquentable.” La dimension idéologique a vraiment été évacuée, juge de son côté Jean-Marie Levesque. Elle peut revenir évidemment, il y a toujours des organisations politiques qui peuvent faire front sur l'idéologie de la race, de la pureté guerrière, qui vont se servir de ce type de représentation. Mais pour moi, cette tendance là qui a été très forte dans les années 50, est maintenant très minoritaire.

Les Vikings continuent, au fil du XXe siècle, de s’inscrire en filigrane de l’imaginaire collectif, qu’ils soient présents dans les livres de classe ou bien portés à l’écran, notamment à travers le film de Richard Fleischer en 1958, Les Vikings, avec Kirk Douglas et Tony Curtis. Les raisons du succès de la figure du viking, de l’origine de cette mode qui finit toujours par le remettre à l’honneur, sont complexes, estime Pierre Bauduin : On les présente volontiers comme des hommes courageux, guerriers, intrépides… des barbares, c'est vrai mais épris de liberté, animés d'un esprit d'aventure et de camaraderie. Un peu comme des symboles jugés en péril dans le monde moderne… Mais ils peuvent aussi être perçus comme des précurseurs d'une forme de mondialisation avant la lettre : ils voyagent partout, mettent en relation des terres qui jusque là ne l'avaient pas été. Il y a toute une question, un peu ambiguë, qui se pose de la relation avec la modernité. Le viking serait ainsi cette figure moderne, éprise de liberté, d’inconnu, comme on le représente souvent au cinéma ou dans les jeux vidéo mais représenterait à l’inverse “des valeurs parfois remises en cause par la modernité, de solidarité, de camaraderie…”.

L’art de la navigation : Entre navires norrois et voiliers de course

Le voilà, enfin, le premier trailer du nouveau Assassin’s Creed. Moteur… Action ! Un fier guerrier viking, coiffé de dreadlocks et la barbe tressée, traverse un village à la nuit tombée. Il est reconnu de tous. Les têtes opinent. Le moment est solennel. À son approche, une shamane se retourne, s’avance vers lui avec un récipient rempli d’une substance rouge - serait-ce du sang ? - et lui trace trois traits rouges sur le visage. Odin regarde. L’aube bénit le départ d’une flottille de Knerrir - non pas de drakkars, comme on s’entête à les appeler depuis des décennies. Bourrasques. Plan rapproché. Un vaisseau pourfend les flots sous un ciel menaçant. Eivor, c’est ainsi que notre héros se nomme, se tient à la proue du navire, le regard fixe, l’air décidé. Il assène des ordres à son équipage en pleine mer… Avant de les donner sur terre, en plein strand-högg (« assaut du rivage »), autrement dit en pleine opération commando. Des maisons brûlent, des combattants armés de haches pillent tout sur leur passage. La voix off les diabolise : « Ils tuent et massacrent aveuglement, avant d’ajouter sentencieuse, ils souillent le sol d’Angleterre. Une terre qu’ils ne défendront jamais. Maintenant le temps est venu de leur parler la seule langue qu’ils puisse comprendre ».

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Dans un registre technique bien plus moderne, le nom "voilier rouge" évoque également une prouesse d'ingénierie navale. Construit en composite en 1991 pour le skipper Jean-Luc Van den Heede, ce monocoque de 60 pieds entre dans la catégorie IMOCA. Contrairement à la mode en cours à cette époque des bateaux très larges et très puissants, car très toilés, le voilier de VDH est au contraire très étroit et peu toilé. Un dessin reconnaissable qui a immédiatement donné le surnom de Cigare Rouge au voilier. Il a couru le Vendée Globe 92/93 sous le nom de son sponsor Groupe Sofap-Helvim. Avec une largeur de 3,76 m, ce 60 pieds Open se démarquait des luges dessinées par Finot à l'époque (5,80 m de large pour Bagage Supérior !). Pour gagner en raideur, il était équipé de deux ballasts.

Si l’on revient à l'histoire maritime, on pensa longtemps que l’océan, dont les profondeurs restèrent dans leur plus grande partie inexplorées jusqu’à une époque très récente, renfermait toutes sortes de créatures prodigieuses et menaçantes. Entre serpent de mer et autres baleines fantasmagoriques, le céphalopode géant tenait une place de choix dans ce bestiaire maritime. Si le bosco vous demande d’aller quérir un babouin, ne vous adressez pas au zoo pour espérer revenir avec un singe au cul rouge, mais dépêchez-vous d’aller sous le gaillard d’avant pour en rapporter une « petite élingue servant à en réunir plusieurs » (Dictionnaire culturel de la mer et de la marine). L’officier fut brillant et l’auteur talentueux. Pourtant, quel amateur de littérature maritime pourrait encore citer l’un de ses titres ? L’homme sommeille parmi les 23 500 biographies recensées sur le site de l’École navale et n’a fait l’objet que d’une seule réédition après-guerre (L’odyssée d’un transport torpillé chez Perrin en 2021). Écrire, c’est ordonner, magnifier et partager ses idées, ses souvenirs et ses rêves.

L’Angleterre au IXe siècle : Conquête et transformation culturelle

Assassin’s Creed Valhalla se déroule vers la fin du 9e siècle, à une période où les clans norvégiens quittent leur Scandinavie natale et naviguent vers les royaumes divisés connus comme l’Angleterre. C’est à cette époque que vous serez Eivor et que vous aurez à mener votre peuple vers de nouvelles terres à la recherche d’un nouveau chez-soi. Thierry Noel précise : « Lorsque nous disons « Viking », c’est comme un mot générique. En occident, cela fait référence à des images de brutes et pillards qui ont détruit des monastères partout dans l’Europe de l’Ouest, mais en réalité, c’est beaucoup plus compliqué. Le mot « Viking » réfère actuellement à une élite de la société scandinave. »

Le jeu commence lorsque le clan d’Eivor décide de quitter leur village en Norvège. Pourquoi est-ce qu’ils quittent ? Historiquement parlant, c’est hautement débattable. Nous parlons de guerre continuelle et de manque de ressources et de terre. La réponse est probablement un mélange de tout ça. Ils ont quitté parce qu’ils voulaient découvrir de nouvelles terres et trouver des ressources. Au 9e siècle, le peuple scandinave venait tout juste de découvrir comment utiliser les voiles et les maîtriser à merveille. Cela les a aidés à voyager à travers le monde.

C’est une époque fascinante. C’est appelé l’Âge des ténèbres parce que nous n’avons pas beaucoup d’information par rapport à d’autres époques comme l’Égypte ancienne ou la Grèce. C’est peut-être ténébreux, mais c’est aussi une période de transition et de transformation. Le monde romain a disparu, et le Moyen-Âge n’est pas tout à fait là. C’est une époque intéressante concernant la reconstruction du monde occidental, des valeurs, des états et nations, et du mélange des cultures. Ce n’est pas seulement une période de conflits. Dans ce temps, l’Angleterre est une société multiethnique. Largement dominé par les Anglo-Saxons, mais il y a aussi les Britanniques, descendant d’anciens Romains, et plusieurs autres. C’est un monde riche, mais aussi un monde divisé, spécialement entre les royaumes anglo-saxons.

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Le roi Aelfred est vraiment un personnage important de l’histoire anglaise. Lorsque les Vikings ont envahi et colonisé l’Angleterre, tous les royaumes anglo-saxons sont tombés les uns après les autres. Le seul qui a survécu est celui de Wessex, un royaume dirigé par Aelfred. Le royaume n’a pas seulement survécu, mais ils ont réussi à repousser l’invasion viking, et ont même reconstruit l’Angleterre moderne. Il semble que ce fut une période de conflits fréquents, et évidemment, le combat joue un rôle important dans Assassin’s Creed. Nous savons que les combats, à l’époque, étaient durs et rustiques. C’était vraiment brutal. Nos recherches nous ont montré que les Vikings étaient des combattants très versatiles. Ils utilisaient une grande variété d’armes, et c’est la raison pour laquelle vous pouvez utiliser deux armes dans Assassin’s Creed Valhalla. Il y a tellement de variété dans le combat viking, et nous avons voulu rendre le tout disponible aux joueurs. La recherche nous a aussi permis d’apprendre que les Vikings avaient différentes tactiques de bataille, et les raids sont l’une de ces tactiques.

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