# Les Vagues Scélérates : Mythe De Marin Devenu Réalité Terrifiante des Océans

Pendant des siècles, les marins racontaient des histoires effrayantes au retour de leurs voyages. Ils parlaient de murs d’eau surgissant de nulle part dans une mer calme, des vagues géantes, imprévisibles et isolées qui pouvaient survenir n’importe où et à n’importe quel moment dans tous les Océans du monde, sans aucunes raisons apparentes. Ces récits, mythes et légendes maritimes ont toujours fait référence à des vagues géantes, sorties de nulle part et dotées d'une énergie destructrice. Les scientifiques pensaient que c’était des légendes ou de simples exagérations de marins fatigués et alcoolisés à bord de leurs navires. Pourtant, ce phénomène est malheureusement bel et bien réel. Aujourd'hui, nous savons que ces monstres existent bel et bien. On les appelle vagues scélérates, ou vagues géantes. Ce phénomène naturel fascine autant qu’il effraie les navigateurs du monde entier, représentant la peur ultime des marins puisqu’il est quasiment impossible de leur résister. Faute de mesures objectives, les vagues scélérates ont été longtemps considérées comme le fruit de l’imagination débordante des marins. Elles n'ont commencé à attirer l’attention des scientifiques et à faire l'objet de recherches sérieuses qu'à partir de la deuxième moitié du XXème siècle, marquant la fin d’un scepticisme général face à ce phénomène maritime exceptionnel et dévastateur.

Qu'est-ce qu'une Vague Scélérate ? Définition et Caractéristiques Distinctives

Les vagues scélérates, également appelées « freak waves » ou « monster waves » en anglais, sont des vagues inattendues et extrêmement grosses qui peuvent se produire parfois en haute mer. Il ne faut pas confondre la vague scélérate avec un tsunami. Un tsunami est provoqué par un mouvement de terrain sous-marin, comme un séisme, et se différencie par leur grande longueur d’ondes et le fait qu’elles ne s’élèvent qu’en bordure de côtes. La vague scélérate, quant à elle, est une vague de vent « normale » mais démesurée, et elle est une vague solitaire. Contrairement aux vagues de tsunami qui sont des flux de grande longueur d'onde et qui ne s'élèvent qu'à l'approche des côtes, les vagues scélérates ont à peu près la même longueur d’ondes que leurs voisines mais puisqu’elles font partie d’un train d’ondes dû à l’état de la mer, leur profil est bien plus abrupt et dangereux. Elles se définissent scientifiquement par leur hauteur soudaine et leur brièveté.

Une vague est qualifiée de "vague scélérate" lorsque la hauteur du creux à la crête est 2,1 fois supérieure à la moyenne des hauteurs des autres vagues, ou 2,5 fois selon d'autres sources. Cela signifie qu'elle doit être au moins deux fois plus haute que la moyenne des vagues environnantes. Ces vagues peuvent atteindre une hauteur de crête de plus de 30 mètres, voire plus, et ainsi, exercer des pressions phénoménales. En effet, une vague scélérate de 30 mètres de haut peut exercer une pression allant jusqu’à 100 tonnes par mètre carré. Une telle force est une menace considérable : aucun navire ni équipage ne peut résister à une telle pression. De plus, elles surgissent souvent sans prévenir, avec une pente très raide, presque verticale. Imaginez un immeuble de huit étages fonçant sur votre navire au milieu de l’océan. Le profil de ces vagues est beaucoup plus abrupt que celui des autres vagues.

L’état de la mer étant irrégulier, la formation de hautes vagues est un incontournable mais plus elles sont hautes par rapport aux autres, moins elles sont fréquentes. Les vagues scélérates se différencient donc de leurs voisines par leur hauteur, fréquence, violence et brutalité. Le phénomène des « trois sœurs » existerait également : il s’agirait de trois vagues scélérates qui se succèdent et qui seraient encore plus virulentes, ajoutant à la terreur et à la complexité de ce phénomène.

Une Légende Devenue Réalité : La Reconnaissance Scientifique

La reconnaissance des vagues scélérates comme un phénomène réel et non plus comme une simple légende est relativement récente. De nombreux cas de vagues scélérates se sont succédé et ont pu être enfin enregistrés et analysés par des scientifiques, ce qui a marqué la fin d’un scepticisme général. En l’espace de 20 ans, il y a eu trois grandes vagues scélérates de référence qui ont permis de consolider cette reconnaissance scientifique.

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La première date du 1er janvier 1995, la vague Draupner ou « vague du Nouvel An » est devenue célèbre comme la plus haute des vagues jamais enregistrées : 25,6 mètres de haut exactement. Elle doit son nom à la plateforme pétrolière norvégienne qu’elle a heurtée en mer du Nord. Ce jour-là, une plateforme pétrolière a enregistré une anomalie terrifiante sur ses capteurs. Les vagues environnantes ne dépassaient pas les 12 mètres ce jour-là. C’était la première preuve scientifique irréfutable de leur existence réelle et physique, sans causer de dommage notable heureusement. La vague d’Andrea a surgi quant à elle dans la mer du Nord en novembre 2007 et la vague de Killard en janvier 2014 sur les côtes irlandaises. Ces enregistrements, couplés aux observations des satellites (comme ceux des projets Maxwave), ont confirmé qu’elles sont plus fréquentes qu’on ne le pensait. Les satellites ERS-1 et ERS-2 de l'ESA ont permis aux scientifiques du projet Maxwave d'en repérer à travers toutes les mers du monde, allant ainsi au-delà des témoignages isolés.

Avant ces preuves concrètes, l'existence des vagues scélérates, ou « rogue waves » selon la traduction littérale anglaise, était une question de débat. Il est important de noter que le rendu de « rogue wave » par « vague scélérate » est un faux sens de première classe comme les réussissent si bien les logiciels de traduction automatique : « rogue » dans le cas présent signifie vagabond, chemineau, homme sans feu ni lieu. Pourtant, le terme s'est imposé pour désigner ces vagues errantes et imprévisibles. En recoupant différentes sources, on constate qu’elles sont mentionnées depuis, au moins, le XVe siècle. Des figures historiques comme Christophe Colomb ou encore l’explorateur français Dumont d’Urville assuraient en avoir vu. Ces vagues, longtemps reléguées au domaine du mythe, sont aujourd'hui un objet d'étude sérieux.

Les Théories Expliquant la Formation de ces Monstres Marins

La science commence à peine à comprendre ce phénomène physique complexe de la formation des vagues scélérates, nées d’une combinaison de différents phénomènes. Il existe principalement deux théories pour expliquer leur formation soudaine en mer.

La première explication est l’addition de l’énergie de plusieurs vagues, un phénomène appelé « interférence constructive ». Parfois, des vagues de tailles et de vitesses différentes se rencontrent au même endroit. Si leurs crêtes s’alignent parfaitement, elles s’additionnent pour former une seule vague géante. Ce phénomène peut se produire avec des vagues générées par des sources différentes, telles que le vent et les courants, ou avec des vagues voyageant sur une longue distance et dont les longueurs d’onde deviennent similaires. L'interférence constructive signifie que dans certaines circonstances, il peut suffire de deux crêtes de vagues parfaitement synchronisées pour former une vague scélérate.

La seconde cause fréquente est la rencontre de la houle avec un fort courant contraire. Le courant ralentit la vague, la comprime et la fait gonfler démesurément. La rencontre des grandes vagues des latitudes australes et de courants contraires, comme dans la zone du courant des Aiguilles, le long de la côte est de l'Afrique du Sud, peut en partie expliquer leur présence, par la théorie dite de "current focusing". Des vagues scélérates peuvent également se former lorsqu’une grande vague rencontre un obstacle, un récif ou le fond marin, et que l’énergie de la vague se réfléchit sur elle-même, ce qui augmente la hauteur de la vague et crée une grande vague raide qui peut être difficile à gérer pour un navire. Formées sans raisons océaniques spécifiques, qu'il y ait du courant en surface ou non, elles sont le produit de ces interactions complexes.

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Au-delà de ces explications, la fréquence des vagues scélérates est directement liée au caractère non linéaire des vagues, connu depuis le XIXème siècle, mais avec des conséquences encore incomprises. La propagation de vagues dans des sens différents provoquerait dans certaines circonstances encore floues, non pas la diminution mais l’accumulation des ondes de houle, à l’origine des vagues scélérates. En effet, dans un train de houle, les vagues scélérates se forment en empruntant l’énergie des vagues voisines et leur rendent en déferlant et disparaissant ; c’est le concept de la modulation d’amplitude, ou « focalisation non linéaire ». Celle-ci traduit le fait qu’une vague un peu plus haute que ses voisines leur pompe de l’énergie, augmentant ainsi son amplitude au détriment de son environnement immédiat.

Les théories mathématiques avancent également. Pour mener à bien des calculs complexes, Howell Peregrine s’est limité à un modèle mathématique simple où toutes les vagues se propagent dans la même direction et sont faiblement cambrées, c’est-à-dire où la surface de l’eau reste peu inclinée par rapport à l’horizontale. Bien entendu, ces contraintes ne sont pas compatibles avec les mers déchaînées rencontrées lors des tempêtes, où des vagues se propagent dans toutes les directions et sont tellement raides qu’elles déferlent régulièrement. Ces limites d’application rendent la réalisation d’expériences en laboratoire indispensables pour déterminer à quel point cette solution mathématique est pertinente pour décrire les vagues scélérates observées dans l’océan. En 2011, trois chercheurs ont réalisé une étude dans un canal hydrodynamique de quinze mètres de long disposant à une extrémité d’un batteur permettant d’engendrer les vagues souhaitées. Une onde scélérate est alors effectivement observée. Deux ans plus tard, deux mathématiciens ont élargi le résultat de Peregrine et ont montré que beaucoup d’ondes évoluent spontanément pour former des vagues scélérates, ressemblant lorsque leur amplitude est maximale au soliton de Peregrine. Ce résultat théorique est certes toujours limité aux vagues qui se propagent dans une seule direction et qui sont faiblement cambrées, mais leur forme peut maintenant être quelconque. Des ondes aléatoires peu cambrées sont d’abord envoyées dans le bassin avec un batteur. Comme prédit, des vagues scélérates ressemblant à des solitons de Peregrine apparaissent au cours de la propagation. La même expérience est ensuite réalisée avec des ondes de plus grande amplitude, qui sortent alors du modèle théorique des deux mathématiciens. Des vagues scélérates sont toujours observées, mais déferlent alors rapidement et ne ressemblent plus au soliton de Peregrine. Aucune explication des conditions provoquant leur formation ne fait actuellement l'unanimité.

Dangerosité et Impact Dévastateur sur la Navigation

Les vagues scélérates représentent une menace existentielle pour les navires et leurs équipages. Responsables de nombreux accidents tragiques en mer, ces vagues scélérates brutales sont d'une extrême dangerosité. Face à ces monstres, les bateaux et les équipages n’ont que très peu de chances de survie. La masse de l'eau en mouvement représente une énergie au moins doublée par rapport aux vagues habituelles qui va percuter le bateau par sa proue (par exemple). L'effet cumulé de la hauteur exceptionnelle des vagues et de la longueur d'onde peut littéralement soulever le bateau par les deux extrémités. Elles peuvent faire chavirer les navires, endommager gravement les équipements, mais aussi blesser ou tuer les marins. Le 8 décembre 2006, Laura Gainey, la fille du directeur général du Canadien de Montréal, Bob Gainey, fut victime d'une telle vague à environ 700 km au sud-est de Cape Cod, dans l'État du Massachusetts. Sans crier gare, une énorme vague de fond s'est abattue sur le navire vers 21h30.

Entre les années 1973 et 1994, on estime que 22 cargos ont disparu à la suite d’une rencontre malheureuse avec des vagues scélérates. Selon les chercheurs, les vagues scélérates auraient piégé plus de 500 victimes rien que durant la seconde moitié du XXème siècle. La puissance exercée par ces "murs d’eau", qui peuvent atteindre jusqu’à 30 mètres de haut et balayent tout sur leur passage, est telle qu'elle peut anéantir même les plus grands navires. Elles peuvent également créer des conditions dangereuses pour les voiliers et même les grands navires, rendant la navigation et le contrôle des bateaux difficiles pour les marins. C’est dans les eaux du Kuroshio Current, où le célèbre croiseur-école porte-hélicoptères français « Jeanne d’Arc » encaissa 35° de gîte par trois lames consécutives estimées entre 15 et 20 mètres de hauteur en 1963, que le MV Derbyshire s’est également perdu.

Les Efforts de Détection et de Prévision

La nature imprévisible des vagues scélérates rend leur détection et leur prévision particulièrement complexes. Toutefois, des efforts sont déployés pour tenter de pallier ces catastrophes et d’anticiper en amont la formation des vagues scélérates.

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Un système d’alerte de vagues extrêmes (SAVAS) susceptible de prévoir sur 7 jours les zones les plus à risques de vagues scélérates a été présenté en 2012 par la Direction générale de l’Armement et l’entreprise Noveltis. Ce système fonctionne grâce à une modélisation de données météorologiques, physiques et statistiques, qui sont actualisées toutes les 6 heures. Puis en 2000, l’Union Européenne a également lancé le projet MAX WAVE qui consiste à anticiper la formation de vagues scélérates grâce aux satellites, notamment les radars des satellites ERS-1 et ERS-2 de l'ESA, qui ont permis de repérer ces vagues à travers toutes les mers du monde.

Ces avancées technologiques sont cruciales, car la fréquence des vagues scélérates n’est pas encore bien comprise et reste difficile à prévoir. Il s’agit d’événements rares qui peuvent se produire à tout moment, en tout lieu, et qui sont dus à une combinaison de facteurs tels que le vent, les courants et la profondeur de l’eau. On ne peut prévoir une vague géante, tout au plus, on peut la détecter via un réseau de bouées ou balises de surveillance ou un navire touché, puis diffuser l’information. Les conditions météo sont surveillées en permanence par les services de sécurité, et les bateaux modernes sont conçus pour être très robustes et marins. Votre capitaine saura toujours éviter les zones à risque pour naviguer sereinement, bien que le risque zéro n'existe pas.

Zones à Risque et Conditions Favorables

Si les vagues scélérates peuvent survenir n’importe où et à n’importe quel moment, certaines zones géographiques et conditions météorologiques sont plus propices à leur apparition. Elles sont plus susceptibles de se produire dans des zones où les vents et les courants sont forts.

On peut citer des régions spécifiques comme la zone du courant des Aiguilles, le long de la Côte Est de l’Afrique du Sud. C’est dans cette région que les grandes vagues se forment dans une mer agitée, lors d’une tempête ou dans des endroits de vents contraires. Des vagues scélérates ne semblent pas précisément localisées, mais des phénomènes comme les courants jouent un rôle. On estime à 10% les courants de surface, quant aux courants profonds, les plus importants, ils sont encore très mal connus. Pour compliquer l’évaluation des risques et l’impossible prévision de ces vagues, des contre-courants latéraux, les courants de Foucault, circulent en périphérie des courants principaux. C’est ici que s'est perdu le Waratah ainsi que près de 50 autres navires au cours des quelque trente dernières années, du fait de vagues géantes.

Un autre exemple est le puissant courant circulant autour de l'Atlantique nord, le Gulf Stream, qui atteint une vitesse de 9 km/h au large de la Floride. Les deux incidents des Queen Mary s’y sont déroulés, tout comme l’accident du Wildstar et la disparition du München. Le fameux Triangle des Bermudes est d'ailleurs traversé par le Gulf Stream. Le Kuroshio Current, courant chaud océanique orienté nord-est le long des côtes est du Japon, signifiant « courant noir », est une autre zone d'observation de ces phénomènes.

Les "Quarantièmes rugissants" et les "Cinquantièmes hurlants" sont également des zones notoires pour leurs conditions maritimes extrêmes. La hauteur moyenne des vagues dans ces latitudes se situait généralement entre 4 et 6 mètres en haute mer. Cependant, ces vagues peuvent atteindre des hauteurs beaucoup plus importantes dans certaines zones et lors de conditions météorologiques spécifiques. Par exemple, lors d’une tempête, les vagues peuvent atteindre une hauteur de 10 à 15 mètres ou plus, avec des crêtes en surplomb et des masses d’écume provenant des déferlantes qui soufflent en traînées dans la direction du vent. Il n’est pas difficile de constater que lors de fortes tempêtes, après le passage du front froid, l’onde de traîne générée par les vents du nord-ouest sera croisée avec le nouveau modèle d’onde provenant du sud-ouest. L’interférence constructive signifie que dans ces circonstances, il peut suffire de deux crêtes de vagues parfaitement synchronisées pour former une vague scélérate. Dans les conditions météorologiques extrêmes et les tempêtes violentes, leur apparition ne doit pas être considérée comme une anomalie totalement imprévisible.

Malgré ces identifications de zones à risque, les vagues scélérates restent la plupart du temps imprévisibles. Il est important de distinguer les grandes vagues des vagues scélérates. Les grandes vagues se forment dans une mer agitée, lors d’une tempête ou dans les endroits de vents contraires, sans pour autant que leur hauteur ne dépasse de 2,1 fois la hauteur moyenne des autres vagues. Faut-il avoir peur de croiser ce monstre lors de votre prochaine sortie ? Rassurez-vous, ce phénomène reste extrêmement rare près des côtes touristiques. Les vagues scélérates se forment surtout en haute mer et par mauvais temps. Lors d’une croisière aux Antilles en saison sèche, le risque est quasi nul.

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