Le monde de la voile a toujours été synonyme de quête de vitesse, d'élégance et de performances extrêmes. Au cœur de cette quête, le catamaran Tornado occupe une place de choix, ayant marqué son époque comme un véritable emblème de rapidité et d'innovation. Pendant longtemps, le Tornado a été le roi des catamarans de sport, un statut qu'il a consolidé en tant que catamaran olympique pendant 32 ans. C'est un catamaran unique, élégant, rapide, long et large, dont les performances ont redéfini ce qui était possible sur l'eau. Il est reconnu comme un bateau extrêmement rapide autour de 3 bouées, un facteur déterminant dans le monde de la régate.
Le Tornado : Un Géant de l'Histoire Olympique et un Symbole de Vitesse
Le Tornado est bien plus qu'un simple catamaran ; il représente une page importante de l'histoire de la voile olympique. Dessiné au Royaume-Uni par Rodney March en 1966 comme catamaran de classe olympique, le Tornado, long de 20 pieds, s’est illustré aux Jeux de Kingston (Ontario) de 1976. Cette période a été marquée par l'émergence d'une nouvelle génération de voiliers axés sur la vitesse pure. Avec une longueur légèrement supérieure à 6 mètres et une largeur de 3 mètres, le Tornado est une machine terriblement efficace sur un parcours entre 3 bouées. Ses dimensions, combinées à sa conception novatrice pour l'époque, lui ont permis de repousser les limites de la vitesse pour un bateau de sa catégorie.
Avec ses deux longues coques et sa surface de voile de 25,2 m2, il atteint des vitesses record de 15 à 20 nœuds, qui en font le bateau de classe olympique le plus rapide. Ces chiffres étaient, pour l'époque, stupéfiants et ont fait du Tornado une référence incontournable pour les compétiteurs et les amateurs de sensations fortes. Le Tornado est essentiellement conçu pour la régate, ce qui explique sa conception optimisée pour la performance pure et l'agilité autour des marques. Sa construction très soignée avec des matériaux haut de gamme comme le nid d’abeilles pour les coques lui confère une grande longévité mais il faut en prendre soin. Cette attention aux détails dans la fabrication a permis au Tornado de maintenir son intégrité structurelle même sous les contraintes extrêmes de la compétition de haut niveau.
Malgré le temps, son aura n'a pas faibli, et le Tornado reste un objet de passion pour de nombreux navigateurs. William, par exemple, est heureux avec son Tornado. Des témoignages comme le sien soulignent l'attachement à ce bateau. Le Tornado est une catamaran extraordinaire : fin, puissant, plaisant, ludique, un vrai plaisir à barrer, même pour un enfant qui débute et qui en apprécie les sensations de vitesse. Cela témoigne de la polyvalence du bateau, capable d'offrir des sensations fortes aux experts tout en restant accessible, dans une certaine mesure, aux navigateurs moins expérimentés.
Les Avancées Technologiques et les Performances Modernes du Tornado
Si le Tornado originel était déjà un champion de la vitesse, les évolutions technologiques l'ont rendu encore plus redoutable. Grâce à l’ajout récent de doubles trapèzes, d’un spi asymétrique de 25 m2 et d’éléments de gréement en carbone, le puissant Tornado, manœuvrable par 2 équipiers, peut atteindre une vitesse de portant de 30 nœuds. Cette amélioration significative illustre la capacité du design initial du Tornado à s'adapter aux innovations, permettant à ce catamaran de continuer à rivaliser avec des embarcations plus récentes en termes de performances pures. Ces modifications modernisent un bateau qui, bien qu'ayant un héritage olympique riche, continue de chercher l'excellence dans la vitesse.
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Ces avancées ne se limitent pas seulement à l'équipement ; elles reflètent également une compréhension plus approfondie de l'aérodynamisme et de l'hydrodynamisme. Le bateau reste un mélange d'attributs contradictoires mais complémentaires : c’est un bateau à la fois fragile et durable, technique et puissant. Cette dualité résume bien l'exigence de la voile de performance, où la légèreté (fragilité apparente) est essentielle à la vitesse, tandis que la robustesse (durabilité) est impérative pour résister aux forces intenses de la mer et du vent.
Les sensations offertes par le Tornado sont uniques. William Viaud, qui a toujours été attiré par les « camions », comme il le dit, et qui est autodidacte de la voile (jamais été à l’école), a commencé à naviguer en planche à voile. Comme beaucoup, il pensait le Tornado inaccessible techniquement et financièrement. Cependant, après avoir croisé le chemin du président de la classe (AFTOR) et participé en tant que bénévole à l’organisation du Mondial Tornado de La Rochelle en 2005, il a fini par craquer. Il a fait l’acquisition de FRA264, un Marström de 1997 pour un coût aux alentours de celui d’un F18 de 5 ans, avec lequel il a navigué près de trois ans. Il conseille le Tornado à tous et il lui arrive aussi de sortir en solo jusqu’à 3 bft avec les trois voiles, s'interrogeant même : « Alors le Tornado pour les experts ? ». Ce témoignage souligne l'accessibilité relative du Tornado pour ceux qui sont prêts à s'investir, et l'immense plaisir qu'il procure, notamment grâce à ses sensations de vitesse.
Le Tornado dans le Paysage de la Voile de Compétition Moderne
Le Tornado, malgré son histoire glorieuse et ses performances impressionnantes, rencontre un défi majeur dans le paysage de la voile de compétition actuelle : sa faible représentation en régate ou raid. À l’Eurocat, ils étaient quatre, et à l’Armistice, cinq. Cette faible part de pratiquants s’explique par le fait que ce catamaran est au sommet de la pyramide de la filière catamaran mondiale, exigeant un niveau d'expertise et d'investissement conséquent. En tout, on peut compter une vingtaine d’équipages en France. Ces équipages représentent une trentaine de pays pour 16 places aux Jeux Olympiques, à raison de une place par pays. Les « professionnels » sont des sportifs de haut niveau qui sont engagés dans une préparation olympique et qui naviguent environ 150 jours par an, répartis entre l’entraînement d’une part et les compétitions internationales d’autre part.
En contraste, la classe des Formule 18 (F18) rassemble beaucoup plus de pratiquants sur des bateaux issus de constructeurs différents, mais répondant à un cahier des charges strict (jauge) garantissant une certaine équité. Tous les propriétaires de F18 naviguent ainsi les uns contre les autres en temps réel. Cela montre une tendance vers des classes plus uniformes et accessibles, tandis que le Tornado conserve son statut d'icône de performance, nécessitant un engagement plus spécialisé.
Les courses longues distances ou raids permettent à ces bateaux très rapides de proposer aux participants des courses sur un terrain de jeu immense. Le parcours à effectuer utilise bien souvent le milieu naturels (îles à contourner) et le balisage maritime. Ces deux types de courses peuvent être panachées sur une même compétition, comme l’EUROCAT qui se déroule chaque année à Carnac début Mai et qui regroupe plus d’une centaine de F18. William Viaud se souvient d'ailleurs avec émotion : « assurément, le raid de l’eurocat ! Je n’avais jamais fait le tour de Houat et navigué avec autant de canots ensembles. » Ce type d'événement met en lumière le potentiel de vitesse et d'exploration de ces catamarans, qu'il s'agisse des Tornado ou des F18.
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Au-delà du Tornado : L'Explosion des Vitesses en Voile de Haute Technologie
Si le Tornado a longtemps incarné la vitesse en catamaran, le monde de la voile a connu des révolutions technologiques qui ont repoussé encore plus loin les limites du possible. On pensait avoir tout vu avec les Ultimes, ces géants des mers, capables d'effectuer le tour du globe en 42 jours en frôlant les 45 nœuds (83 km/h). Mais la voile n'en finit plus de faire sa révolution. L'Imoca d'Armel Le Cléac'h, détenteur du record autour du monde (revendu depuis la victoire de 2017), est ainsi considéré comme "totalement has been" face aux nouvelles générations.
L'attraction de la prochaine édition de la Transat Jacques Vabre sera, par exemple, Alex Thomson et son Hugo Boss supersonique, qui à peine sorti de chantier se maintient hors de l'eau avec une stabilité déconcertante. C'est dans ce contexte d'innovation effrénée que se situent les développements les plus spectaculaires en matière de vitesse. D'autres bateaux, ceux du circuit Sail GP, qui étaient engagés dans la rade de Marseille ces derniers jours, flirtent d'ores et déjà avec les 100 km/h.
Ces bolides de nouvelle génération sont équipés de technologies radicalement différentes. Fini la grand-voile traditionnelle. Ces bateaux sont équipés d'une aile rigide, déjà vue sur les catamarans de la prestigieuse Coupe de l'America, celle qui a longtemps servi de laboratoire technologique et a ébahi le grand public. Matthieu Vandame, membre du Team France, décrit cette innovation : « C'est comme une aile d'avion, mais posée verticalement. De par sa structure, l'aile propose beaucoup moins de frottements dans l'air qu'une voile. » Et qui dit moins de frottements, dit plus de vitesse.
L'autre innovation majeure réside dans les foils. Ces appendices permettent de soulever la coque hors de l'eau. Largement améliorés dans leur composition et leur design, les foils permettent à ces F50 de se maintenir plantés à un mètre au-dessus de l'eau. Le fait d'avoir moins de contacts permet de diminuer la traînée et d'aller encore plus vite. Ces F50 n'ont plus grand-chose à voir avec leurs ancêtres. Les chiffres sont éloquents : « Si, lors de la Coupe de l'America 2017, le bateau français plafonnait à 39 nœuds (72 km/h) et faisait parfois une pointe à 42 et se mettait alors à trembler, le F50 atteint facilement et surtout très rapidement 45 nœuds », précise Matthieu Vandame.
L'expérience à bord de ces engins est tout aussi révolutionnaire. Marie Riou, seule femme engagée en Sail GP, témoigne : « Au début, c'était effrayant, on était crispés. Mais l'accélération est complètement grisante. On est à 40 nœuds et, d'un coup, ça accélère et on ne sait pas jusqu'à combien ça va aller. On entend alors juste un sifflement de plus en plus fort, causé par l'eau qui frotte sur le foil et les safrans. » Cette description évoque une expérience presque extraterrestre, bien au-delà de la voile traditionnelle. Matthieu Vandame anticipe même l'avenir : « La vitesse maximale théorique de ces bateaux est pile 100 km/h, mais des évolutions technologiques sont encore possibles. On dépassera de plus en plus les 50 nœuds et, dans un futur proche, on atteindra 60 nœuds (plus de 110 km/h). »
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Le vocabulaire lui-même a évolué pour décrire ces nouvelles réalités. Désormais, on parle de décollage et de maîtrise du vol, des termes empruntés à l'aéronautique plutôt qu'à la navigation maritime classique. Cependant, Marie Riou rappelle l'essence de la voile : « Même au-dessus de l'eau, on sent les embruns, il faut faire des réglages, gérer le vent… Alors, oui, ça reste de la voile. » Mais la comparaison avec d'autres sports mécaniques est inévitable. « Mais c'est vrai qu'on se rapproche fortement du pilotage d'un bolide, admet Mathieu Vandame. On réagit, on régule pour que ça aille vite. » Cette fusion entre la voile et le pilotage de bolides implique également des mesures de sécurité accrues, comme en témoigne l'équipement des marins : un casque sur la tête, un couteau et une bonbonne d'oxygène accrochés à la combinaison.
Facteurs Influant la Vitesse et l'Art de la Navigation
La recherche de la vitesse en voile est un domaine complexe où de nombreux facteurs interagissent. Le poids est l'ennemi de la vitesse, une vérité universelle en matière de performance nautique. Cette notion est souvent discutée par les navigateurs. "Une masse ne veut rien dire en bateau", affirme l'un, tandis qu'un autre rétorque "Pas trop ok avec toi. Sorry !!" Cette discussion met en lumière la nuance autour de la notion de masse dans le contexte nautique, où l'emplacement et la répartition du poids sont tout aussi cruciaux que la masse totale. Un bon exercice consiste à vider le bateau pour maximiser la légèreté. Toutes les masses sont données à vide, une spécification importante pour les calculs de performance. Les architectes navals d'ailleurs mettent déjà un coefficient pour en tenir compte.
La géométrie de la voile est également fondamentale. Des questions comme "Quelles surfaces de voile ? GV ?" sont courantes, car la grand-voile (GV) joue un rôle prépondérant dans la propulsion. La capacité à bien maîtriser l'ensemble des réglages est donc primordiale pour atteindre la vitesse maximale. Cela inclut des termes techniques fondamentaux tels que l’empannage, le virement, le gennaker, les drisses, les bordures, le guindant, le bord de fuite, le portant, le près, le reaching et bien d'autres. La parfaite exécution de ces manœuvres et le réglage précis de chaque élément du gréement sont ce qui distingue les navigateurs d'exception et permet d'optimiser chaque nœud gagné.
L'expérience personnelle de William Viaud illustre comment l'on peut atteindre des performances remarquables même avec un bateau d'une classe moins représentée. Sa place de n°1, juste devant son équipier habituel Jean-Christophe Caye et 1250 autres classés, est aussi remarquable en considérant le support. En effet, complètement à rebours de la mode et des discours sur les petites bombes, le sociétaire du club de Sanguinet, spot de Classe A, a su imposer dans la bagarre du temps compensé, le choix du (superbe) Tornado devant la flotte des Spitfire, Viper et Mattia Esse. Cela aussi bien dans la pétole que dans les conditions très viriles du dernier GP de l’Armistice. Son succès met en lumière que la maîtrise du bateau et l'habileté du navigateur peuvent parfois l'emporter sur la nouveauté technologique.